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Les étudiants, Wikipédia et le plagiat

juillet 2nd, 2008 Posted in Après-cours, Wikipédia

De nombreux enseignants se plaignent de voir arriver entre leurs mains des devoirs, et même des mémoires de Master, partiellement copiés-collés depuis des articles de Wikipédia ou d’autres sources sur Internet. Ils ont raison de se plaindre. Puisque l’on se tourne souvent vers moi à ce sujet — après tout j’ai initié à Paris 8 un « Atelier encyclopédique » qui utilise Wikipédia comme support (j’y consacrerai un article en temps utile) —, je ressens le besoin de résumer mon avis sur la question.

La fiabilité de Wikipédia n’est pas vraiment le problème, mais je me dois d’en dire deux mots. Tout le monde sait que Wikipédia peut être édité par n’importe qui, et le public est au courant des bonheurs et des dérives qui en découlent. Ce même public est moins au courant des principes qui sous-tendent l’encyclopédie contributive et qui permettent que, bon an mal an, tout cela fonctionne et que les articles tendent généralement vers un mieux. Le plus important de ces principes est certainement la « neutralité de point de vue » qui impose de toujours créditer les opinions exprimées. Ainsi on n’écrit pas « Dieu existe » ou « Dieu n’existe pas » mais « selon untel (théologien, philosophe, physicien, biologiste,…), dans tel livre, la nature de dieu est… ». Cette neutralité de point de vue est la seule garantie d’un travail collaboratif serein. Car si chacun a son idée exclusive sur un sujet de ce type (personne n’est neutre), il est tout de même plus facile de s’entendre non sur la qualité de l’avis des auteurs reconnus mais sur leur existence.
Évidemment, cela ne suffit pas à tout résoudre : qui décide ce qu’est un un auteur reconnu ou ce qui constitue une opinion notable chez un auteur ? Chaque point est discuté par l’ensemble des wikipédiens, généralement de manière assez sérieuse, car si de nombreux anonymes parfois mal intentionnés participent aux articles, les contributeurs aux débats et aux votes sont déjà plus soucieux de la qualité générale de Wikipédia et plus avertis de son fonctionnement. Il en résulte toutes sortes de règles et de jurisprudences : quand est-ce qu’un artiste ou un musicien est suffisamment célèbre dans son domaine pour se voir consacrer un article ? Est-ce que telle notion est encyclopédique ? Est-ce que tel sujet a un potentiel encyclopédique ? Wikipédia reflète bien évidemment les préoccupations de ceux qui y contribuent, pour le meilleur et pour le pire : certaines sections sont orphelines, d’autres anormalement fournies (il suffit d’un passionné de guerres napoléoniennes, d’un chercheur en ornithologie ou d’un thésard en mathématiques pour que ces sections se développent de manière disproportionnée), d’autres tout à fait unique à Wikipédia (Pokémons, personnages de Harry Potter, etc.). Je ne trouve pas ça bien grave car pourquoi une encyclopédie qui se veut « libre » et qui repose sur la passion de ceux qui l’édifient devrait-elle se contenter de reproduire l’ordre hiérarchique établi par des supports académiques ?

Le problème du plagiat est de toute manière ailleurs, il réside dans le fait même de plagier. Le plagiat n’est pas une invention récente et existait bien évidemment avant Wikipédia, mais il est vrai que l’encyclopédie en ligne apporte une facilité d’accès sans précédent. Copier-coller un texte sur Internet prend quelques secondes, tandis qu’aller recopier des écrits en bibliothèque demande du temps et de l’énergie, à tel point que l’exercice n’est pas dénué de vertus pédagogiques. Sur les supports informatiques on peut malheureusement recopier sans lire, donc sans comprendre, ce qui est effectivement assez grave ou en tout cas complètement stérile. Il est même un peu absurde de recopier les yeux fermés une source ouverte aux contributions de tous. Combien de lycéens ont recopié, sans sourciller, des informations canulardesques malicieusement insérées au corpus wikipédien ?
L’extrême popularité de Wikipédia, due à son bon référencement par Google, constitue cependant une chance, car il est extrèmement facile d’identifier la source d’un plagiat lorsqu’elle est si commune. C’est la grande bizarrerie de ces affaires de plagiat d’ailleurs : quelle drôle d’idée de s’approprier des texte dont on peut si aisément retrouver l’origine ! Lorsqu’une tournure de phrase semble un peu décalée par rapport à un texte et par rapport à ce que l’on sait de celui qui prétend l’avoir produit, il suffit d’en extraire quelques mots et de saisir ces derniers dans le champ de recherche de Google pour connaitre aussitôt le texte plagié, si celui-ci se trouve sur Internet. Certains se pensent malins et brouillent les pistes en ayant recours à leur dictionnaire de synonymes ou en périphrasant, mais encore faut-il bien le faire.

Comme tout le monde j’ai vu défiler des textes abominables. Je me souviens de deux étudiantes chinoises qui parlaient difficilement le français et qui m’ont proposé un texte sur la comparaison entre la peinture de paysage chinoise et la peinture de paysage européenne. Ce texte contenait des passages tels que :

Les spécialistes, prééminents sur le terrain scolastique de leur choix, n’ont pas toujours les connaissances corollaires qui leur permettraient d’appliquer sur un plan plus largement humain les faits qu’ils découvrent et qu’ils maîtrisent si bien : ou plutôt, leurs connaissances et opinions, en dehors du cercle clos de leurs études, manquent parfois de l’autorité qui ne peut résulter que d’une expérience prolongée et intime

…phrases qui se retrouvaient accolées à d’autres, à peine lisibles telles que :

Au moment de Caracci en Italie et d’autres personnes ,ils ont aussi fait évoluer le « paysage parfait » ,ils peignent parfaitement les paysages bucoliques, il y a ici une similitude avec les artistes de paysages chinois ,ils ont poursuivit avec cœur le ciel et le sol

Ce n’est pas tout. Le texte était en outre farci de phrases manifestement traduites avec Google translator, les notions employées passaient sans prévenir d’une extrème précision à des formules vagues et vaseuses, le rédacteur sautait de manière tout aussi abrupte du ton « dictionnaire » au ton de la confidence, et l’ensemble n’avait ni queue ni tête. Afin de donner le change, les deux étudiantes m’avaient fourni un texte extrèmement long, près de 40 000 signes. Elles n’ont pourtant pas contesté leur zéro. Il m’est déjà arrivé que certains étudiants se défendent : « C’est sur Internet, j’ai le droit » ou « Il fallait le dire avant qu’on n’avait pas le droit de prendre le texte ailleurs ».

Si l’on tient à confondre l’auteur d’un plagiat, ce n’est pas bien difficile, il suffit d’extraire quelques formules singulières et de les soumettre à Google. Par exemple : Les spécialistes, prééminents sur le terrain scolastique de leur choix. Le résultat mène directement à un texte qui se trouve sur le site de l’Université d’Hawaï.

Quoi qu’il en soit, le problème n’est pas Wikipédia. Le problème, c’est l’immaturité de certains étudiants, leur incapacité à produire des textes, leur goût pour les systèmes qui ne réclament pas d’effort. Leur cas m’attriste mais j’ai pris depuis longtemps le parti de me dire que ça les regarde. Étudier les arts plastiques à l’université ne rapporte pas grand chose : les diplômes fournis n’ont pas un intérêt notoire sur le marché du travail, les professions qui y sont associées reposent uniquement sur la passion et l’énergie de ceux qui s’y investissent, ce sont des études que l’on mène pour soi-même, alors à quoi peut-il servir de tricher ? S’ils n’aiment pas leurs études, qu’ils en fassent d’autres !

La seule chose qui me préoccupe finalement c’est la difficulté que rencontrent de nombreux étudiants face à la lecture et à la rédaction. Cela me préoccupe car la question dépasse les études en arts plastiques. Quels citoyens peuvent bien devenir des gens qui ne comprennent pas ce qu’ils recopient ou qui rédigent des textes complètement illisibles ? Je ne parle pas des étudiants étrangers, mais bien de jeunes gens titulaires d’un baccalauréat tout frais, et qui n’ont pas lu dix romans dans leur vie, qui ont peur du texte. Je ne pense pas que les étudiants de ce genre soient majoritaires en début de licence, mais j’ai pu constater qu’ils étaient malgré tout nombreux.

Je ne pense pas qu’on doive accuser Wikipédia, ni les jeux vidéo, ni le téléphone portable, ni le SMS, ni l’IRC, ni la bande dessinée (qui, cela a été étudié très sérieusement et c’est loin d’être illogique, rend plutôt lecteur qu’illettré), et peut-être même pas la télévision. Non. Je pense qu’aucune cause unique et facile à identifier ne sera trouvée. L’écrit vit une crise importante qui remonte sans doute plus loin dans le temps qu’on ne se l’imagine. On n’écrit plus à ses frères et soeurs en province de longues lettres pour raconter tout ce qui s’est passé dans l’année. On ne compte plus sur la presse écrite pour nous dire, avec deux jours de retard, ce qu’il s’est dit à Berlin ou ce qui s’est passé à Prague. Il n’existe quasiment plus de scandales littéraires — à moins qu’on range dans cette catégorie les révélations « choc » sur des sujets triviaux.
J’ignore si les jeunes gens s’envoient encore des lettres d’amour, cela se faisait encore il y a peu de temps.

Si l’on n’écrit plus pour les mêmes raisons qu’autrefois, on écrit énormément, sans doute plus que jamais dans l’histoire humaine. Le nombre de parutions de nouveaux romans ne cesse de s’accroitre, la « blogosphère » (vous y êtes) enfle considérablement, l’e-mail fait que chacun de nous consacre plusieurs heures de sa journée à soigner sa correspondance, renouant avec la tradition des intellectuels du XVIIIe siècle, chacun donne son avis en commentaire d’articles ou sur des forums,… Et ne parlons pas de la nature d’Internet qui reste essentiellement textuelle.

On écrit beaucoup donc, mais quelle est la qualité du rapport signal/bruit dans cette profusion ? Combien d’articles sur Internet ne relèvent que du vague commentaire ? Quelle est la part de nos e-mails ou de nos articles qui dépasse le stade de la propagation d’adresses de sites web et d’informations que l’on se contente de faire suivre ? Combien de choses écrites ne sont pas réellement faites pour être lues et sont lancées comme des bouteilles à la mer en direction d’un public informe et inconnu ? Je n’en ai aucune idée, mais mon sentiment est qu’il y a bien plus d’« écriveurs » que de lecteurs.
J’espère sincèrement être victime du syndrome du vieux con auquel, dit-on, personne n’échappe, mais il me semble que nous vivons une mutation radicale dans notre rapport à l’écrit. Il est sans doute inutile de chercher à pointer du doigt des raisons ou des responsabilités, la vague est bien trop puissante. Tout au plus supposerons-nous que tout cela a un rapport avec l’impatience, avec le besoin de satisfaction immédiate dans le plaisir comme dans les obligations. Cela ne touche pas que l’écrit, la culture non-utilitaire, qu’elle soit littéraire, artistique ou scientifique, le plaisir d’apprendre et de comprendre sans enjeu particulier, semble plus déprécié que jamais.

Ne blâmez pas le porteur de mauvaises nouvelles, ne prenez pas le symptôme pour la maladie. Si des gens qui font des études supérieures ne voient pas qu’un devoir n’est qu’un prétexte à apprendre et à devenir curieux, s’ils sont capables de faire quelque chose d’aussi absurde que de rendre des devoirs copié-collés sur Internet, ce n’est ni à cause d’Internet ni à cause de Wikipédia.
J’irai même plus loin : la foule des gens qui donnent de leur temps pour collecter des informations, compiler le savoir, le synthétiser, enfin tous ces gens qui participent à Wikipédia, ou qui tiennent un site web consacré à leur passion (le jardinage, la cuisine, le cinéma, peu importe), tous ces gens sont justement en train de lutter contre l’abêtisation. Ils luttent avec leurs moyens et à leur niveau, mais ils luttent. En quoi est-ce que ça pourraît constituer une mauvaise nouvelle ?

  1. 26 Responses to “Les étudiants, Wikipédia et le plagiat”

  2. By Fred Boot on Juil 3, 2008

    Jean-No : « Combien de choses écrites ne sont pas réellement faites pour être lues et sont lancées comme des bouteilles à la mer en direction d’un public informe et inconnu ? »

    Une connaissance m’avait résumé la chose en une phrase : « aujourd’hui on ne s’adresse plus à personne (celui a qui on s’adresse considère de plus en plus qu’on l’agresse), aujourd’hui on communique ».

  3. By Serein on Juil 3, 2008

    Ton billet est intéressant, bien écrit, synthétique et lucide. J’essaie de trouver un point de critique, mais j’ai du mal, j’ai du mal !

    Oui il y a, au-delà du problème du plagiat en soi, un problème général de changement du rapport à l’écrit.

    Que le plagiat soit un souci ponctuel dû à une mauvaise conscience de ce qu’est un véritable travail intellectuel, je pense que ça n’est pas nouveau. Et rien ne sert d’incriminer Wikipédia pour cela, elle n’en est pas plus responsable que toutes les autres sources de documentation des étudiants.

    De toutes façons, au bout d’un moment l’étudiant se rend compte qu’il ne pourra pas avancer s’il ne s’approprie pas la connaissance et ne la « digère » pas avant de mettre à l’écrit sa réflexion et son travail.

    C’est vrai qu’il serait bon de le lui faire comprendre avant qu’il ne se plante, mais d’une part c’est un souci qu’eneignants et parents devraient avoir bien plus tôt, d’autre part c’est en se plantant qu’on avance, et une mise en évidence d’un plagiat peu glorieux peut sans doute être un déclic pour un étudiant un peu trop paresseux d’esprit.
    Enfin, je suis optimiste de nature…

  4. By Olivier Hammam on Juil 3, 2008

    Le phénomène est plus général, je crois. Les critiques récurrentes à l’égard d’Internet ne tiennent pas compte de deux choses : le fait que les mêmes pratiques ou tendances étaient/sont à l’œuvre dans la société avant le/hors du WWW et le fait que, à l’inverse de la perception de ses détracteurs, Internet est un puissant moyen pour aller contre ces pratiques et tendances, car contrairement à l’état des choses antérieur, l’enseignant qui soupçonnera un plagiat (pour l’exemple qui a motivé ton article) peut plus facilement en retrouver la source. Et il en va de même pour le reste : tout ce qui a le réseau pour source ou pour vecteur est traçable.

    Autre trait récurrent de ces critiques basées sur une profonde méconnaissance du réseau, on se fixe sur un ou deux sites non parce qu’ils sont représentatifs du phénomène pointé mais parce qu’ils sont très visibles. Comme tu le dis, pour imparfait qu’il soit le projet Wikipedia a l’avantage d’être correctible, ce qui n’est pas le cas de la plupart des sites, or les critiques sur la non fiabilité des informations sur Internet prennent souvent Wikipedia comme exemple pour la raison dite : sa visibilité et non sa représentativité. Cela montre clairement que ces critiques sont le fait de personnes qui en parlent de façon indirecte et se contentent le plus souvent de relayer les lieux communs diffusés par les médias – y compris Internet.

    Ce que tu écrivais sur un autre site à propos de la cause initiale de cet article me fait considérer, ô paradoxe! que les enseignants qui se plaignent des plagiats commis par leurs étudiants en citant Wikipedia, font une sorte de plagiat : celui du discours dominant dans les médias. Le plagiaire intelligent du XIX° siècle ne cherchera pas son inspiration sur Internet, ou en tout cas pas sur un site très visible, parce qu’il sait que n’importe qui peut retrouver cette source. C’est en cela comparable au plagiat « à l’ancienne » : l’étudiant imbécile plagiera un livre ou autre document qui est au programme, celui intelligent trouvera une autre source.

    Comme tu le dis en conclusion, trop de gens prennent le symptôme pour le mal. Internet est moins une « aide à la triche » qu’un instrument précieux pour la détecter, et pour permettre mieux qu’avant de constater, dans le cas présent du plagiat, que certains étudiants sont parvenus à suivre leur cursus sans avoir jamais compris que le but d’un devoir est de les aider à mieux comprendre ce qu’on lui enseigne et, à partir de cette compréhension active, aller au-delà ce det enseignement.

    Mon expérience de l’Université me fait moins optimiste que toi quand tu écris que «au bout d’un moment l’étudiant se rend compte qu’il ne pourra pas avancer s’il ne s’approprie pas la connaissance et ne la “digère” pas avant de mettre à l’écrit sa réflexion et son travail»: dans le cursus à l’ancienne, un étudiant pouvait très bien aller jusqu’à la licence et même la maîtrise sans que cette compréhension ne lui vienne. J’ai le même souvenir précis de deux mémoires de maîtrise qui étaient de la compilation inintelligente, du pur plagiat, et qui valurent pourtant à leurs auteurs d’obtenir leur diplôme.

  5. By Jean-no on Juil 3, 2008

    Il y a une chose qui me vient en tête, et qui correspond à une obsession d’enfant (ça me paralysait dans mes rédactions :-)), c’est qu’on a facilement l’impression que tout existe, que tout a déjà été dit ou écrit. Et avec les téraoctets de données qui sont accessibles sur le réseau, cette impression est encore plus forte je pense, et elle est d’autant plus pesante que tout se consulte sans grands efforts, sans faire partie des happy fews qui ont vu le film ou lu le livre. Est-ce que certains en déduisent qu’on ne peut plus être original ? Qu’il ne sert plus à penser pour soi, que c’est illusoire, naïf, ou que c’est une trop grosse dépense d’énergie ?

  6. By DC on Juil 3, 2008

    « Si des gens qui font des études supérieures ne voient pas qu’un devoir n’est qu’un prétexte à apprendre et à devenir curieux, s’ils sont capables de faire quelque chose d’aussi absurde que de rendre des devoirs copié-collés sur Internet, ce n’est ni à cause d’Internet ni à cause de Wikipédia. » : ce propos est quand même assez naïf. Les étudiants font des études parce qu’il faut bien avoir un diplôme pour avoir (peut-être) un bon niveau de « qualification » et (si Dieu y pourvoit) un emploi. La proportion d’étudiants qui s’intéressent réellement au cursus qu’ils suivent a toujours été faible (pour ne pas dire marginal).

  7. By Jean-no on Juil 3, 2008

    Il y a des cursus qui fournissent des emplois (médecine, droit, par ex), et là j’entends bien, mais dans les domaines où le diplôme n’a pas de valeur de ce genre ?

  8. By DC on Juil 3, 2008

    Et ben c’est pareil. Obtenir un diplôme n’exige pas de s’intéresser à ce qu’on fait dans le cursus qui y mène.

  9. By Jean-no on Juil 3, 2008

    Mais si on ne s’intéresse pas au cursus et que le diplôme n’a pas vraiment de valeur, je ne vois plus du tout l’intérêt.

  10. By Olivier Hammam on Juil 3, 2008

    Pas trop d’accord avec DC : bien sûr que des étudiants font ça pour la peau d’âne en bout de course, mais ils ne m’ont jamais paru former une majorité, sauf peut-être en fac de droit où, de toute manière, l’originalité et la pensée personnelle sont plutôt des handicaps. Et bien sûr, dans des domaines comme les arts, les lettres classiques ou la sociologie, l’intérêt pour la matière est nécessaire, car on n’y a pas vraiment la naïveté de voir ça comme un tremplin pour l’emploi…

  11. By Jean-no on Juil 3, 2008

    En fait il existe une catégorie d’étudiants qui visent le diplôme et rien d’autre, ce sont ceux qui veulent devenir profs de collège ou de lycée (enfin ça vaut pour les matières qui s’enseignent à ces niveaux). Je suppose qu’eux peuvent chercher les crédits faciles ou les méthodes pour profiter de l’anonymat relatif des amphis…

  12. By Jean-no on Juil 3, 2008

    Une statistique assez effrayante effectuée auprès de 1200 étudiants (mais commanditée par un éditeur de logiciel anti-plagiat) signalée sur Wikipédia : 79,5 % des étudiants déclarent avoir recours au copier-coller, sans indiquer la source des citations

  13. By DC on Juil 3, 2008

    Il ne s’agit pas d’être d’accord ou pas avec moi. La massification de l’enseignement supérieur n’a pas engendré des générations spontanées de passionnés. L’enseignement supérieur ne se distingue en rien du lycée où les élèves sont contraints de potasser de nombreuses matières pour obtenir le bac. Ce qui rend les étudiants un peu moins malheureux c’est que d’une part ils ont moins d’heures de cours et que d’autre part ils ont moins de matière à subir.

  14. By Jean-no on Juil 3, 2008

    C’est quand même un peu différent : a priori ils ont choisi leurs études, et en général ils sont conscients qu’ils font ça pour eux. Enfin j’espère !

  15. By DC on Juil 3, 2008

    La massification de l’enseignement supérieur n’est pas liée à un choix des individus mais à l’allongement des « parcours de formation » rendu nécessaire par la lutte contre le chômage et le but idéal (et fantasmé) d’une hausse du niveau de formation.

    La « crise » que traversent les facultés (échecs massifs en particulier) est justement le fruit de cette inconséquence collective.

  16. By sf on Juil 3, 2008

    Certaines personnes choisissent aussi de retarder le plus possible l’entrée dans la vie active : soit les parents les y encouragent financièrement, soit les bourses allouées sont assez conséquentes pour éviter l’emploi Mac Do (ce qui assez rare, quand même).

  17. By Jean-no on Juil 3, 2008

    Déjà, on dit beaucoup trop souvent « pour réussir il faut avoir bac+5 », parce que c’est ridicule. Un master de lettres moderne ou un diplôme d’architecte n’ont pas du tout la même valeur sur le marché du travail, un ingénieur diplômé et un philosophe diplômé ne peuvent pas prétendre aux mêmes débouchés. La faute est effectivement collective et sans doute extérieure à l’université (qui est consciente de ses limites et n’est pas connue pour donner trop de faux-espoirs me semble-t-il). Les annonces d’emploi sont un média particulièrement vicieux à mon avis : en demandant des bac+5 partout, on met une pression terrible sur chacun, ça a l’air honteux de ne pas avoir le bac ou d’avoir juste un deug pas fini (enfin une licence maintenant), choses courantes finalement, alors qu’une fois sur le marché du travail, en vérité, un doctorat en sciences humaines ouvre moins de portes qu’un petit diplôme de langues étrangères par exemple.
    Un des problèmes est que l’éducation nationale a dirigé tout le monde vers le bac, car cette voie est de loin la moins coûteuse : les arts plastiques ou les lettres, ça ne demande aucun équipement contrairement à un apprentissage de carrossier ou de plasturgiste. Résultat, les gens qui maîtrisent un métier manuel/industriel sont rares et donc chers tandis que les gens qui sortent de fac sont un peu comme les cellules souches du tertiaire (si on me permet cette image étrange), c’est à dire nombreux et disponibles, donc banals et forcés d’accepter le smic. Quand on dit « à bac+5 tu gagnes le smic », on oublie de dire qu’avec un CAP, ce qui est souvent vrai (mais pas toujours puisque pour diverses mauvaises raisons, les CAP et autres BEP ne suivent pas toujours la demande du monde du travail).

  18. By DC on Juil 3, 2008

    La mise en concurrence de tous contre tous sur le marché du travail (qui se réduit comme peau de chagrin) a rendu nécessaire cette course illusoire au diplôme et à la qualification. C’est un immense attrape-nigaud et un immense gâchis.

  19. By Marc Mongenet on Juil 3, 2008

    Si l’on est poussé à étudier («il faut avoir BAC+5»), et que rien ne fait particulièrement envie, alors il me semble assez logique de faire du «tourisme étudiant», c’est-à-dire choisir la voie qui semble la plus facile et distrayante. On peut toujours espérer que la motivation vienne en cours de route. A priori, ce choix «touristique» élimine les voies réputées difficiles ou techniques (médecine, sciences dures, etc.), et encombre d’autres voies.

  20. By Serein on Juil 4, 2008

    Oui, enfin ça encombre les premières années des autres filières.

    Parce que, même en Lettres modernes ou en Histoire, il arrive un moment où ça devient difficile si on n’a ni motivation ni capacités. J’avais personnellement situé ce niveau au bac + 3 (en histoire), là il y avait un sacré tri.

    Sinon, pour info, quand j’étais chargée de TD en première année de DEUG d’histoire dans une fac pas très bien cotée, j’avais pas mal d’étudiants qui disaient venir là pour avoir « une bonne culture générale ». En gros, pour acquérir en un ou deux ans de quoi briller en entretien d’embauche après le BTS qu’ils allaient faire. Là, forcément, on ne cherche pas l’effort intellectuel intense si on ne veut qu’engranger un vernis de culture (et je ne vous raconte pas la désillusion, parce que l’histoire c’est quand même un peu spécialisé, même en première année).

    Et il est dur de faire comprendre à ces étudiants que leur culture générale, il va falloir qu’ils l’acquérissent seuls, à côté des études, parce que l’essentiel reste d’avoir une formation diplômante et qui leur donne un travail…

  21. By Jean-no on Juil 4, 2008

    Je me rappelle d’un prof de chinois, un des plus grands spécialistes de l’étymographie (et auteur de la grande référence française sur le sujet), qui commençait son cours en disant : « si ça ne vous intéresse pas, si vous ne venez que pour l’UV, vous me laissez votre nom, je vous donne 10/20 et ce n’est plus la peine de venir. Si vous restez, vous aurez peut-être moins que la moyenne ». J’ai suivi ce cours trois semestres, il était tout à fait brillant. Je ne sais pas si les étudiants qui ont laissé leur nom le premier jour pour ne pas revenir ont eu la moyenne mais ceux qui sont restés pour le cours n’ont jamais eu de mauvaises notes et je ne suis pas sûr que c’était par indulgence… Ils ont profité d’une expérience extraordinaire et stimulante.
    C’était il y a plus de quinze ans, très « esprit de Vincennes » même si Paris 8 avait depuis longtemps déménagé à Saint-Denis.

    Pour ma part, j’ai trois types d’étudiants : des Licence 1/2, les Licence 3 et les Master 1. C’est chez les étudiants en début de licence que j’ai vu le plus de choses absurdes et gonflées, mais il faut dire que mes étudiants de licence doivent produire des textes tandis que les autres doivent produire des travaux multimédia. Avec les L3, on en voit parfois passer de belles dans les projets dits de « détermination » et, me dit un collègue désespéré, dans les rapports de stage. Les étudiants de Master ont bien plus de maturité : ils savent souvent ce qu’ils font là, ils ont parfois fait d’autres choses (écoles supérieures d’art par ex., ou autres cursus). Constats subjectifs…

  22. By Dodoiste on Juil 4, 2008

    Les problèmes de copyvio peuvent être amhà facilement contournés. Il suffit de ne pas demander un texte écrit mais un exposé oral. Ou de poser des questions à l’élève, pour être sûr qu’il a compris. Si enfin l’on demande une recherche à un élève, et qu’il peut être tenté par le copié-collé, eh bien demandons-lui de sa baser sur ladite recherche pour entamer une réflexion plus approfondie. Ainsi il sera obligé de lire, comprendre et réfléchir sur le texte qu’il aura copié.

    Critiquer Wikipédia ou le net est un peu facile. En revanche je comprends que cela demande un adaptation de la part des profs qui ne soit pas facile : étant habitués à travailler ainsi, il n’est pas toujours facile de savoir quoi faire.

    Et puis on ne peut pas critiquer qu’un seul côté, si l’élève a fait un copyvio c’est aussi que le prof n’a pas sur lui donner envie de faire mieux qu’un copyvio… Ce sont là des situations délicates qu’on ne résout pas en critiquant le web. Nombreux sont les enseignants qui en tirent profit au contraire.

  23. By yugiz on Juil 4, 2008

    Débat très intéressant. Je suis actuellement étudiant en Master 1 de psychologie, et j’ai toujours cité mes sources. Mais là où ça devient comique (ou pas), c’est que ce n’est pas l’université qui m’a formé à procéder ainsi, mais Wikipédia. Comme quoi…

  24. By Jean-no on Juil 4, 2008

    Tu ne m’étonnes pas du tout ! C’est une école de rigueur intellectuelle. Et ç’en est même frustrant : c’est hyper-défoulant pour moi de mettre sur ce blog des images au copyright douteux par exemple :-)

  25. By Hannah on Juil 11, 2008

    Rien qu’au lycée, beaucoup de professeurs avaient une haine avérée des « devoirs maison », craignant que les élèves pompent tout sur wikipedia, d’autres sites ou encore des anabacs… Et effectivement, quand on lit certaines dissertations de philo, on sent bien que la majorité des phrases n’ont pas été écrites par l’élève.
    Mais résultat les gens s’autorisent plus facilement à oublier comment écrire.

    Combien d’élèves, pour une expression écrite en anglais, commencent par faire un brouillon en Français qu’ils recopient sur l’outil linguistique de Google pour finalement se retrouver avec un pâté dénué de sens ? Des tas.

  26. By Jean-Michel on Avr 6, 2009

    À ton sentiment « d’écriveur » Beans (Anti-Pop Consortium) signalait quelque chose de similaire dans le monde du rap et de l’inflation plagiaire des formes
    sous la formule « Too many MC’s not enough listeners » (Beans, ”Crave”, in, ”Tomorrow Right Now”, Warp Records Limited, 2003).

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  2. Août 23, 2008: Le technoblog d’Eric Charton » Blog Archive » Et si on parlait de web sémantique (et de wikipédia ?)

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