Profitez-en, après celui là c'est fini

Mon premier vrai programme (1983)

août 1st, 2015 Posted in Mémoire, Personnel, Vintage

(accaparé par des projets importants, je n’ai rien posté ici de tout le mois de juillet. Un mois sans article, ça n’était jamais arrivé depuis la naissance de ce blog ! Le billet qui suit est une tentative de me remémorer les conditions dans lesquelles j’ai écrit mon premier long programme informatique. Je pense que c’est un article que j’écris essentiellement… pour moi-même. Mais en espérant pouvoir tout de même distraire mes lecteurs)

Je ne sais plus si c'était avant, après ou pendant ces vacances, mais je me souviens que c'est cette année là que j'ai vu The Meaning of life, des Monty Python. Ce n'était peut-être pas adapté à mon âge, mais malgré ou à cause de cela, The Meaning of Life reste un des films les plus importants de ma vie.

Je ne sais plus si c’était avant, après ou pendant les vacances d’été, mais je me souviens avoir vu The Meaning of life, des Monty Python l’année de sa sortie, en 1983. Ce film philosophique à l’humour noir ravageur n’était peut-être pas adapté à mon âge, mais malgré ou à cause de cela, The Meaning of Life reste un des films les plus importants de ma vie. Les auteurs, eux, l’ont un peu rejeté, car malgré un grand prix du jury à Cannes, ils l’associent à une fatigue du groupe.

Pendant l’année 1983, j’avais suivi assidûment l’émission La Voix du Lézard, par Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manœuvre, sur la radio « libre » du même nom — devenue, depuis, Skyrock. Une des rubriques de l’émission était un jeu auxquels participaient les auditeurs, par téléphone. Il s’agissait d’un jeu de rôle assez siimple qui consistait à circuler dans un donjon dont chaque salle pouvait être pleine de goules, d’orcs, de trolls ou de trésors. Je crois que les décisions possibles se limitaient au choix de telle ou telle porte. Ce sont les dés qui décidaient de ce que l’on trouvait derrière les portes, et, s’il fallait combattre, de l’issue des combats.

voix_du_lezard

J’ai passé le début de l’été 1983 en Bretagne, dans un « camp vidéo » itinérant qui circulait entre les diverses colonies de vacances du comité d’entreprise de la société où travaillait mon père, la Thomson. Nous devions faire un reportage sur tous les sites, et notre quartier général se trouvait à Loctudy, dans le Finistère. Je me souviens que c’est là-bas que j’ai fabriqué mon premier tee-shirt « dye-batik », plongé avec des nœuds dans de la teinture pour obtenir des motifs psychédéliques. Je me souviens que j’avais acheté un chapeau en cuir bouilli et un bracelet en cuir foncé qui sentait fort et où j’avais fait graver en lettres vaguement gothiques le nom de la fille que j’aimais. Je me trouvais globalement un air de rockeur californien ou australien.

ete_1983_musique

J’écoutais une cassette en boucle : Uprising, de Bob Marley. Partout, dans les cafés, on entendait Let’s Dance, de David Bowie, en jouant au baby-foot ou à Pac-Man.
Je me souviens que le « bad boy » du camp vidéo avait sniffé de la colle à rustine, une nuit, que cela lui donnait une haleine d’acétone suffocante à plusieurs mètres de distance, des yeux rougis qui partaient dans tous les sens et un rire de dément.
Ce gars était intelligent, mais brutal et dangereux pour lui-même comme pour les autres. Il avait un jour décidé de me mettre par terre, pour s’amuser et pour faire rire la galerie, mais je lui avais fait une prise de judo, à ma propre surprise. Il avait été lui-même tellement étonné et vexé de sa chute qu’il m’a toujours laissé tranquille ensuite.

jn_bretagne_1983

Ça, c’est moi à quatorze ans. La couleur du papier photo a viré, mon tee-shirt était plutôt vert.

Je me souviens que deux lyonnais musulmans avaient mangé du porc sans le savoir. On aurait dit qu’ils avaient été empoisonnés et qu’il ne leur restait que quelques heures à vivre. La violence de leur réaction m’avait beaucoup impressionné : ils n’étaient pas en colère, pas fâchés, ne faisaient pas de reproches aux organisateurs du camp, ils semblaient juste persuadés d’être frappés de malédiction. Il faut dire qu’ils avaient mangé d’excellent appétit. J’habite en banlieue, j’ai toujours fréquenté un certain nombre de musulmans, mais je n’avais rien vu de pareil jusqu’ici.
Notre prof de vidéo, qui s’appelait Sassi Noui, je m’en souviens, les a un peu rassurés en leur disant qu’il connaissait bien le Coran et qu’il y était dit que l’on n’était pas responsable de ce que l’on faisait de mal si on y avait été forcé ou si l’on avait été mal informé. Ils ont malgré tout quitté le camp et sont rentrés chez eux, comme des touristes que l’on rapatrierait d’urgence après un accident grave.

Tue

Monty Python: The Meaning of life. La mort vient annoncer aux convives d’un dîner qu’ils sont tous décédés à cause d’une mousse de saumon frelatée.

Je ne me souviens pas des films que nous avions réalisées, mais je me rappelle avoir appris quelques principes de tournage, ainsi que l’usage du mot « moniteur » en vidéo.
Dans un des lieux de vacances visités, je suis tombé sur l’album La Mort de Captain Marvel, par Jim Starlin, et ç’avait été un choc. J’avais cessé de lire Strange et autres magazines de super-héros depuis deux ou trois ans, mais Captain Marvel était un héros dont j’avais passionnément vécu les aventures enfant, alors le voir mourir d’un cancer, entouré de dizaines de super-héros venus lui dire adieu, m’avait profondément ému. Je me suis dit à ce moment là qu’il pouvait y avoir quelque chose de fort dans les histoires de super-héros. Je me garderai bien de relire cet album, étant presque certain de le juger dégoulinant de pathos un peu facile.
Mais hé, j’avais quatorze ans.

mort_captain_marvel
Ce « camp vidéo » avait dû durer deux ou trois semaines, et j’ai passé une partie de la suite du même été avec mes parents, ma sœur et mon frère, toujours en Bretagne, à faire du camping. Nous avions une grande tente de toile orange et peut-être bleue, je ne sais plus. Nous n’écoutions pas La Voix du Lézard, qu’on ne captait sans doute qu’en région parisienne, mais France Inter, dont le tube, cet été là, était Moonlight Shadow, par Mike Oldfield. Je crois que je lisais les derniers tomes de la série Dune, par Frank Herbert, chez Presses-pocket, avec les couvertures de Siudmak.
Je me souviens que je buvais toute la journée du thé à la mandarine de marque Éléphant, préparé dans une casserole en aluminium, sur un réchaud à gaz. Je ne suis pas sûr que j’aimerais goûter ce breuvage à nouveau.

the_mandarine

C’est cet été-là que j’ai écrit mon premier long programme, en langage Basic. Il s’agissait d’une tentative de reproduction fidèle du jeu d’aventure animé par Dionnet et Manœuvre à la radio. Ce premier vrai programme a donc été un plagiat, ou plutôt une copie. Je me souviens que j’avais utilisé un grand cahier à petits carreaux, il me semble qu’il s’agissait d’un cahier à spirale, et que sa couverture était rouge. Je ne pouvais travailler que sur papier, car même si mon ordinateur de l’époque ne pesait que quelques centaines de grammes, il fallait le brancher à un téléviseur pour pouvoir l’utiliser. C’était un Sinclair ZX81. J’imagine que c’est la frustration de ne pas avoir eu la machine sous la main pendant des semaines qui m’a tant donné envie de programmer, et qui m’a forcé à le faire de tête.

sinclair_zx81_tv

Le téléviseur familial, sur lequel je branchais mon ZX81 pour pouvoir programmer.

J’ai donc écrit ce programme de tête, enfin sans pouvoir le vérifier, et sans mon manuel (j’utilisais, il est vrai, très peu de commandes).
Après les vacances, je me suis dit que je n’étais pas forcé de saisir mon code sur ordinateur. Je le connaissais par cœur, je savais qu’il occuperait presque l’intégralité des seize kilo octets de mémoire vive disponibles, ce qui impliquait une saisie laborieuse, alors l’avoir écrit sur un cahier me suffisait. J’étais certain qu’il fonctionnerait comme j’avais prévu qu’il fonctionne, et certain aussi que le résultat me décevrait, précisément parce que son fonctionnement ne me surprendrait pas. Je n’ai plus eu le goût à la programmation ensuite, en tout cas jusqu’à ce que j’acquière, deux ans plus tard, mon ordinateur suivant, un Atari 520ST, que je programmais en Basic GFA, et qui disposait d’une interface graphique en couleurs et d’une souris. Mais ceci est une autre histoire.

  1. 5 Responses to “Mon premier vrai programme (1983)”

  2. By Wood on Août 1, 2015

    Je ne peux m’empêcher de penser à Urbain Le Verrier, calculant précisément la position de la planète Neptune (qu’il découvrait), et laissant à un autre le soin de vérifier sa découverte au télescope.

  3. By alterlibriste on Août 1, 2015

    Je me souviens de cette anecdote racontée dans l’émission Place de la Toile.

    Personnellement, mon premier vrai programme (en 1985 environ sur un Amstrad PC 1512) était aussi un système de labyrinthe en mode texte, sauf qu’il n’a justement jamais marché comme prévu et que c’était n’importe quoi (et je comprends que les goto soient maintenant prohibés).

  4. By moutarde on Août 2, 2015

    Je trouve que tu ressemblais à ton fils (je n’ai rien à dire d’intéressant sur la programmation).

  5. By Jérôme on Août 3, 2015

    Où l’on peut voir que tu occupais le canal 4 de la télé (une Thomson), tu as certainement dû changé quelques mois après, avec l’arrivé de Canal+.
    Mise à part ce détail (histoire d’en trouver un !) c’est une belle tranche de vie remémoré, bravo pour la mémoire, l’exercice de mémoire.

  6. By tehel on Août 6, 2015

    Merci pour les souvenirs.

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