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Workshop : la Mort

septembre 3rd, 2014 Posted in Études, Mémoire, Parti

Pour cette rentrée à l’école d’art du Havre, je propose un atelier de quatre jours (du 29 septembre au 2 octobre) consacré au thème de la mort. Il sera ouvert à une vingtaine d’étudiants de toutes les années programme/projet et toutes les filières (art, design graphique et création littéraire).

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L’agonie de Valentine Godé-Darel, par Ferdinand Hodler ; Photographie post-mortem d’une enfant ; Momtomb, par Wolfgang Natlacen ; cercueils personnalisés, par François Lassere.

Voici le texte d’intention que j’ai proposé :

Pour certains, la mort est le grand sujet de la vie – ç’en est évidemment l’aboutissement –, mais nos sociétés modernes peinent à lui faire une place : nous ignorons les rites du deuil qu’observaient nos arrière-grands parents il y a un demi-siècle, les cimetières sont excentrés aux frontières des communes et leur aménagement est souvent d’une grande laideur. Tout se passe comme si nous ne voulions jamais y penser. Certains affirment (sans doute à tort) que l’omniprésence de la fiction ou du jeu vidéo dans l’imaginaire collectif rendent la mort encore plus difficile à imaginer concrètement que jamais. Le rapport d’une société à ses morts nous en dit long sur chaque société, c’est du moins ce que nous disent les anthropologues (qui définissent d’ailleurs parfois la spécificité de l’homme, parmi les grands singes, par le fait qu’il met le deuil en scène) ou des historiens de l’art comme Erwin Panofsky.
L’art et la mort sont liés de plus d’une manière : d’innombrables œuvres sont consacrées à la commémoration et au souvenir des défunts et pour certains, la création est un moyen, pour l’artiste, de survivre à son temps. Certains artistes ont fait du passage de la vie au trépas un sujet direct, comme le peintre Ferdinand Hodler qui a peint jour après jour l’agonie de sa maîtresse Valentine Godé-Darel – ce n’est qu’un exemple parmi des centaines. Le design est lui aussi concerné, comme on le voit avec des propositions utopiques (Afterlife, par Auger/Loizeau, les montagnes russes du jeune Julijonas Urbonas,…) ou concrètes (épitaphes multimédia, urnes bio-dégradables,…).

Pendant quatre jours, nous allons réfléchir au sujet, en artistes, en designers, ou en écrivains, et nous pourrons même (en amateurs), nous faire sociologues, écologistes, urbanistes, inventeurs de rites, théologiens, humoristes, philosophes… Tout est imaginable.

Je déconseille bien entendu aux étudiants qui se sentent fragiles vis à vis de ce sujet de participer à l’atelier : il faudra savoir faire preuve d’un minimum de distance.

Urne

Bios Urn, par Roger et Gérard Moliné ; Euthanasia coaster, par Julijonas Urbonas ; Afterlife, par Auger/Loizeau ; Une photographie du cimetière de Najaf

Cela fait des années que je parle d’organiser un « Workshop » sur la mort, dans la continuité directe de celui consacré à la Fin du Monde, en 2011, mais ce projet résonnera peut-être de manière funeste pour certains en cette rentrée, alors que l’école est en deuil de sa bibliothécaire, Sylvie Fortin, que nous avons tous appréciée et dont il est difficile d’imaginer que nous ne la reverrons plus.
Un peu avant les vacances, elle s’était démenée (avec succès) pour trouver une bibliothèque de la région qui puisse me prêter La sculpture funéraire de l’antiquité au Bernin, d’Erwin Panofsky, grand classique non-réédité, que je voulais relire pour préparer l’atelier.

Je suis preneur de toutes références, liens, expériences, qui m’aideront à confectionner un petit blog documentaire sur le thème.

  1. 6 Responses to “Workshop : la Mort”

  2. By Scons Dut on sept 3, 2014

    Excellent projet !

    Peut-être une modeste contribution: ce très intéressant livre de J.-P. Vernant (grand helléniste) sur des thèmes associés, L’individu, la mort, l’amour.

    http://www.amazon.fr/LIndividu-mort-lamour-Soi-même-ancienne/dp/2070329224

    (chez les grecs donc)

  3. By Cassandre Poirier-Simon on sept 4, 2014

    Bonjour Jean-Noël,
    À ce sujet, je te fais passer le projet de diplôme de deux étudiantes en communication visuelle à la HEAD — Genève :
    http://post-mortem-3-0.com
    Elles ont fait tout un travail de réflexion sur la possible sauvegarde de la vie numérique après la mort, et des nouvelles formes de recueillement. On y trouve aussi des témoignages recueillis lors d’un questionnaire sur les influences d’internet sur la mort.

  4. By Jean-no on sept 4, 2014

    @Scons Dut : merci !
    @Cassandre : merci, c’est amusant, ce projet est très proche d’un vieux projet que j’avais et que je n’ai finalement fait exister que dans une nouvelle de science-fiction.

  5. By renaud on sept 6, 2014

    sur la mort, il y a le livre Morgue de Jean Luc Hennig, et j’avais lu Macchabées de Mary Roach (2005), car il apparaissait dans une scène de Six Feet Under, un des personnages le lisait! J’ai lu aussi le livre d’un sportif de l’extrême qui consacre un chapitre à chaque façon de mourir en essayant de décrire ce que l’être ressent jusqu’au bout (insolation, chute, déshydratation…). Je peux retrouver la référence si ça vous intéresse.

  6. By Donald on sept 9, 2014

    @Renaud : Je sais pas pour Jean-Noël, mais moi ton ultime référence m’intéresse ! C’est pas un sportif de l’extrème, mais j’ai pensé à Mike Horn, ce serait bien le style du bonhomme ? (jamais lu, mais entendu/vu beaucoup d’interventions)

  7. By renaud on sept 9, 2014

    @Donald : il s’agit de Péril extrême (je préfère son titre anglais qui reflète mieux le contenu : Last Breath), onze scénarios d’aventures à la limite de l’endurance humaine, de Peter Stark (2002, JC Lattès).

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