Profitez-en, après celui là c'est fini

Le 8e art (1983)

juillet 23rd, 2014 Posted in Images, logiciels, Ordinateur célèbre, Science & Vie

À partir de 1980, le magazine Science & Vie a publié une série d’articles consacrés à la micro-informatique, signés par le journaliste Pierre Courbier, qui se présentait comme un « candide » du domaine, découvrant la programmation en partant de zéro. L’article du numéro 787, paru en avril 1983, est intitulé Candide et le 8e art, ou le dessin informatique.

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Pour l’anecdote, on notera que la couverture annonce l’avènement de la voiture à ordinateur de bord, « qui parle et qui entend », excellent exemple de technologie rêvée qui, bien que techniquement possible et ayant été maintes fois proposée par l’industrie, n’a pour l’instant pas tourné comme prévu1.

Trois ordinateurs sont utilisés : le New Brain, de la société britannique Grundy, le PC-1500, du japonais Sharp, et enfin le DAI imagination machine, de la société belge Indata, machine assez précoce puisqu’elle a commencé à être commercialisée en 1977, soit en même temps que l’Apple II, le TRS-80 de Tandy ou le PET de Commodore. On apprend que les trois machines testées sont commercialisées aux prix respectifs de 4000, 4200 et 8950 francs2.

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Pour quelqu’un qui ignorait tout de l’image à l’écran en 1983, l’article ne devait pas être bien clair. On y apprenait entre autres que l’ordinateur « dispose de deux instruments graphiques » : la « plume à encre », qui se déplace lentement mais qui a l’avantage de laisser une trace permanente sur le papier, et la « plume à lumière », qui est plus souple et plus rapide puisque sa nature est d’être un « faisceau électronique », mais qu’elle est éphémère, à moins d’être photographiée, enregistrée sur bande magnétique ou imprimée à l’aide d’une table traçante, périphérique dont le coût, nous précise-t-on, est « hors de portée de l’amateur moyen ».

Beaucoup de circonvolutions pour dire, finalement, que les images peuvent être soit imprimées sur papier, soit affichées à l’écran.

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La plupart des images montrées sont le résultat de fonctions mathématiques. L’auteur de l’article compare une image, constituée d’arcs de cercles aléatoires, aux peintures de Georges Mathieu, qui n’était pourtant pas vraiment dans la lignée de l’art optique ou géométrique.
Les commandes de base (dessiner un point, tracer une ligne) sont détaillées : PLOT PLACE (x, y) ; PLOT MOVE (x, y) ; LINE (X1, Y1) – (X2, Y2) ; etc.

La présentation du dessin avec le DAI est intéressante : on ne doit pas utiliser des commandes en langage BASIC, on dessine directement, à l’aide d’un joystick et d’un logiciel de dessin, nommé CLIO (Conception Ludique d’Images par Ordinateur).

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L’article explique que le DAI peut produire des images en « haute définition » (336×256 points, en 16 couleurs), et décrit ensuite un bête logiciel de dessin tel que MS-Paint ou Apple Paintbrush, si ce n’est (si je comprends bien l’article), qu’on peut compléter le dessin « assisté » tracé à main levée par des ordres directs en programmation, ce que nos logiciels standards ne prévoient pas3.

La conclusion est assez lyrique : « soyez persuadé que les résultats vous passionneront et vous étonneront toujours. L’espace matériel accessible à la plume de l’ordinateur ne limite pas l’univers de l’informatique de plaisance. Au contraire, il est un révélateur qui permet à chacun d’explorer sa propre imagination. Vous constaterez bien vite que sa profondeur est insondable… ».

  1. Les automobiles qui parlent mettent trop longtemps à dire leur message, alors un simple signal sonore est amplement suffisant pour que le conducteur sache si une ceinture est mal attachée ou une portière mal fermée. En revanche, les GPS, qui diffusent des messages variés et impossibles à signaler par des séries de « bips » (« dans trente mètres, tournez à gauche ») ne déplaisent pas à tout le monde. Je remarque que la reconnaissance vocale, ici comme dans bien d’autres domaines, ne prend pas, bien que la technologie ait atteint un niveau de fiabilité satisfaisant : dans la pratique, parler à un système de commande vocale oblige à s’adapter à lui (vocabulaire, diction), et à ne pas utiliser sa voix pour autre chose (pour une conversation téléphonique, par exemple), de peur que la machine ne tente d’interpréter des phrases qui ne la concernent pas. []
  2. Selon le calculateur de pouvoir d’achat de l’INSEE, 4000, 4200 et 8950 francs de 1983 équivalent à 1190, 1250 et 2663 euros actuels. []
  3. On peut « scripter » Gimp, Illustrator ou même Photoshop, mais il s’agit avant tout d’agréger des séquences de commandes dans un but d’automatisation. Pouvoir dessiner par « live-coding » serait intéressant et offrirait dans bien des cas un vrai gain de temps. Curieusement, si le « live coding » créatif est plutôt répandu pour les outils de performance visuelle/sonore en temps réel (Thingee, PureData, MaxMSP, SuperCollider), il ne l’est pas tellement pour la création graphique traditionnelle — j’entends par là la création qui aboutit à l’enregistrement d’un fichier. []

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