Profitez-en, après celui là c'est fini

Bientôt, la reconnaissance biométrique dans le métro ?

mai 22nd, 2013 Posted in Non classé

(L’information est caduque, puisque le projet a été abandonné presque sitôt découvert, mais il me semble important de ne pas l’oublier)

L’image ci-dessous est extraite d’un « cahier de spécifications fonctionnelles et techniques » qui émane de la RATP et dont l’existence a été révélée par le blog Sete’Ici, puis relayé par Numérama et PC Inpact, notamment.
Il s’intitule « Fourniture d’un système de biométrie faciale ».
Les auteurs du document sont à la recherche d’entreprises compétentes pour les aider à étudier la mise au point du prototype d’un nouveau genre de péage de transport public, sans portillons, qui reconnaît automatiquement l’usager à son visage.

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Puisqu’il n’y a plus de portillons, les usagers peuvent se sentir incités à frauder. Ceux qui n’auront pas un abonnement en cours de validité paieront tout de même : le programme comparera leur visage à ceux de sa base de données (de clients, mais aussi, j’imagine, de fraudeurs interpellés ?), et calculera automatiquement le tarif de régularisation. Les visages des fraudeurs non-identifiés seront conservés eux aussi dans la base de données.

S’agit-il d’un projet de projet, de l’initiative de quelques ingénieurs, non validée par la RATP1, comme le dit ce tweet de Pierre Serne, militant Europe écologie et administrateur du Syndicat des transports d’Île-de France ?

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La seule chose certaine est qu’un « appel à compétences » assez précis (il spécifie même les langages informatiques à employer) a bien été lancé sur le site PactePME, avec le concours du pôle de compétitivité Systematic, et a reçu la réponse positive d’au moins une société, si l’on se fie à cette page conservée par le cache de Google.

La page qui présente le proje, ainsi que le document pdf qui le détaille, ont été supprimés du site PactePME2, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus intéressant dans l’affaire : l’idée d’un métro façon Minority Report existe en germe, mais les décideurs ne pensent pas que le public soit, à ce jour, prêt à l’accepter.

...

Je me suis toujours demandé si la loi dite « anti burqa » n’avait pas été motivée par le problème que représente le fait de cacher son visage dans le cadre d’une utilisation extensive de la reconnaissance biométrique. Les fraudeurs pourront toujours se cacher sous le masque de Guy Fawkes, utiliser le bonnet à infra-rouges de Geoffrey Dorne3, qui aveugle les caméras, ou encore, pencher la tête — les logiciels de reconnaissance du visage que j’ai expérimenté moi-même (qui ne sont sûrement pas les plus performants) étaient en effet très troublés dès que le visage de la personne à reconnaître n’était pas droit.

Simple question de temps, à mon avis : la promesse d’un système plus fluide, moins contraignant  pour l’usager (plus besoin d’avoir une carte sur soi, il suffit de porter sa tête sur les épaules) et les inévitables affaires de terrorisme ou de criminalité dont on dira qu’elles eussent pu être empêchées si le système avait été déployé, se chargeront de façonner l’assentiment du public. La technologie, quand à elle, est disponible et de plus en plus performante.
Il ne reste qu’à parier sur la date.

Quelques vieux articles qui ne sont pas sans rapport : Ordinateur raciste ; On ne sourit plus, le petit oiseau électrique va sortir ; Clic Invisible ; Prison automate ; Terminaux portables ; Vingt ans de contrôle.

  1. Complément après publication : Numérama a publié cet après-midi un article qui donne la parole aux instances dirigeantes de la RATP, qui confirme qu’une unité de la RATP « a effectivement lancé cet appel à compétences pour un projet d’étude d’un nouveau concept de péage de transport public » mais précise qu’il « s’agit d’une initiative non validée par la hiérarchie et qui ne correspond pas à la déontologie de l’entreprise ». Bonne blague, à mon avis : c’est lorsqu’il a été publiquement révélé que le projet a disparu du site PactePME, pas avant. À l’évidence, ce n’est pas la déontologie qui pose problème à la RATP, mais juste la peur d’une réaction négative de la part du public. []
  2. Le document pdf a été conservé par PixelLibre. []
  3. Voir le projet Hacking citoyen, avec lequel Geoffrey a passé son diplôme des Arts-décoratifs. []
  1. 9 Responses to “Bientôt, la reconnaissance biométrique dans le métro ?”

  2. By Julien on Mai 22, 2013

    Deux liens intéressants à ce sujet pour tromper ce genre de système
    http://cvdazzle.com/
    http://www.guerrilla-innovation.com/archives/2012/06/000822.php (peut-être plus loufoque)

  3. By Wood on Mai 22, 2013

    « À l’évidence, ce n’est pas la déontologie qui pose problème à la RATP, mais juste la peur d’une réaction négative de la part du public. »

    Je ne crois pas qu’ils soient capable de faire la différence. La déontologie consiste désormais à éviter de faire ce qui susciterait une réaction négative du public.

    Je suis curieux quand à l’efficacité réelle d’un tel système. Et si l’usager se laisse pousser la barbe ? Et s’il a un frère jumeau ?

  4. By Jean-Michel on Mai 22, 2013

    Il semblerait que la chose soit abandonnée:
    Big Browser / Métrouille, la RATP fait marche arrière sur la reconnaissance faciale

  5. By Jean-no on Mai 22, 2013

    @jean-Michel : oui oui, ils ont abandonné, une fois le projet connu, je l’ai su pendant que j’écrivais l’article (enfin j’avais vu le tweet), mais je l’ai quand même fini et publié pour me rappeler.
    @Wood : la barbe n’est pas un problème, je crois. Ce sont les cotes du nez, de la bouche et des yeux qui comptent. Le système est de plus en plus balaize. Par contre des lunette, c’est plus embêtant, il paraît. Les jumeaux, je ne sais pas, il y a toujours des différences, mais est-ce qu’elles suffisent ?

  6. By bertrand on Mai 23, 2013

    PRojet abandonné. Comme l’a été le projet Safari quand il a été dévoilé par la presse dans les années 70.
    L’objectif était de réaliser une base de données des français avec tout ce que l’administration connaissait sur eux.
    Le scandale qui s’ensuivit aboutit à la création de la CNIL.
    Aujourd’hui, avec quelques « fichiers » (Stic, adn…) l’administration a réalisé son rêve.

  7. By U.H.M. on Mai 24, 2013

    Une ITW qui rappelle le caractère fondamental de la vie privée : http://www.levif.be/info/actualite/technologie/la-notion-de-vie-privee-est-un-leurre/article-4000310395916.htm

    Sous l’impulsion des gouvernements sécuritaires occidentaux (en la matière, droite et gauche ne procèdent pas différemment) et des industries du contrôle, on est en train de plonger vers un techno-totalitarisme orwellien sans précédent…

    Les prétextes marketing (Facebook, Microsoft, Google, Apple…) ou sécuritaires (STIC ou FNAEG, vidéosurveillance, traçabilité, etc.) battent la vie privée en brèche. Le souci, c’est que la disparition de la vie privée signe la disparition de très nombreuses libertés.

    Regardez ce qu’on glane, en moins d’une semaine, sur les sites spécialisés :

    http://www.numerama.com/magazine/26017-samsung-se-penche-sur-le-deverrouillage-avec-les-empreintes-digitales.html

    http://www.numerama.com/magazine/26005-la-ratp-envisage-le-peage-par-reconnaissance-faciale.html

    http://www.numerama.com/magazine/26031-microsoft-veut-recompenser-ceux-qui-regardent-les-pubs-tv.html

    http://www.numerama.com/magazine/24199-drm-espion-microsoft-veut-compter-les-spectateurs-chez-vous.html

    Quand une entreprise collecte tellement d’informations sur vous qu’elle en sait plus que votre conjoint (Google ou Facebook), quand elle s’approprie jusqu’à vos données biométriques, cette information lui confère un pouvoir sur vous. Qu’elle l’utilise ou pas, c’est autre chose, mais on n’a rarement vu des pouvoirs qui restaient inutilisés.

    Quand un organisme prétend avoir un oeil dans votre salon, une oreille dans votre chambre, et contrôle la façon que vous avez d’utiliser des produits que vous avez achetés, vous n’êtes plus autonomes, mais vivez comme vous l’imposent une myriade de CGV et autres « terms of use ». Dès lors, vous ne pouvez plus prétendre vivre en liberté.

    Si en plus d’autres organismes contrôlent voire interceptent vos correspondances (électroniques), tracent tous vos déplacements et les enregistrent, filtrent ou surveillent vos accès à l’information quelle qu’elle soit, vidéosurveillent vos gestes… vous avez également cessé de vivre en démocratie.

    Et quand toutes ces informations seront regroupées, que ce soit pour « améliorer le service », pour « renforcer l’expérience utilisateur », pour « centraliser l’information » comme savent nous le dire tous ces services cloud plus ou moins inutiles auxquels nous souscrivons, ou pour « lutter contre le terrorisme / la pédophilie / l’usurpation d’identité / les fraudes / etc. » comme l’expliquent les gouvernements hypocrites qui s’appuient sur ces phénomènes pour hâter l’avènement des sociétés de contrôle et grignoter les libertés civiles, une fois que tout est interconnecté, c’est fini, game over, le techno-totalitarisme entrevu par les cyberpunks règne en maître.

    Il est utile de se souvenir du rapport Tricot qui avait précédé en France le vote de la loi « Informatique & Libertés » :

    « – L’ordinateur est réputé infaillible. C’est faire bon marché des déductions inexactes, tendancieuses, moralement ou juridiquement critiquables qui peuvent entacher les données et devant lesquelles il n’aura « aucune capacité d’étonnement ».
    – Le recours à l’informatique, fondée sur la logique et les mathématiques, renforce une tendance de notre civilisation à la catégorisation des situations et des individus.
    – La conservation massive et systématique des données relatives à chaque personne tend à figer les situations en attachant aux individus des étiquettes jadis plus rares et plus approximatives et dont il leur était plus facile de se débarrasser.
    – En renforçant les moyens pour l’État de suivre, analyser, confronter les diverses activités humaines, l’informatique agit dans le sens de l’efficacité technique mais non dans celui de la liberté.
    – Une circulation trop fluide des informations entre les différents services de l’Administration abattrait d’utiles barrières et conférerait à tout fonctionnaire détenteur d’une parcelle de la puissance publique des pouvoirs excessifs sur les administrés. »

    C’était en 1978. Dommage que l’alliance des néoconservateurs obsédés par le sécuritaire, et des marchands obsédés par le contrôle de l’utilisateur ait conduit les populations et leurs représentants à oublier le primat indépassable des libertés publiques et de la vie privée, en démocratie.

    Dans tous les cas, une conférence à lire d’urgence, à retenir, à propager : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/01/20/Sans-medias-libres-pas-de-liberte-de-pensee

  8. By laurens13 on Mai 25, 2013

    De la à comprendre que si le terrorisme s’atténue et ou disparaît il faudrait exploiter son retour afin de justifier cette surveillance que les dirigeants de toutes sortes rêvent partout de nous imposer! La publicité,les vitrines colorées suscitent des besoins que nous n’avons pas par des envies intempestives qui nous endettent toujours plus: ou comment rendre accros les pauvres animaux que nous sommes en les surveillants de plus en plus près!!!

  9. By SR2 on Mai 26, 2013

    Ces systèmes sont déjà routinièrement utilisés au RU et dans les aéroports, sans provoquer de grands embarras.

    Il semble même admis d’enregistrer les identifiants de téléphonie mobile des usagers filmés pour mieux corréler ultérieurement

  10. By Jean-no on Mai 26, 2013

    @SR2 : dans les aéroports, les gens sont relativement dociles face à ce genre de dispositifs, parce que tout ce qui participe à faire croire à la sécurité et à la maîtrise est bienvenu, ne serait-ce que, parce qu’au fond d’eux-mêmes, les passagers ne sont pas très rassurés à l’idée de se trouver dans un engin de tôle qui vole. Au Royaume-Uni, la surveillance a beaucoup d’ennemis, et c’est là-bas que l’on trouve le plus de caméras, oui, mais c’est là-bas aussi qu’il y a une réaction : projets d’artistes, films, débat public. Mais il est pour moi certain que tout ça a vocation à se généraliser et que l’indifférence publique le facilitera.

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