Profitez-en, après celui là c'est fini

La science en train de se faire (Andromeda Strain)

juin 2nd, 2008 Posted in Au cinéma

Michael Crichton est un peu le Jules Verne américain. Ses romans emblématiques sont basés sur les implications d’une découverte scientifique récente ou crédible. Ils ont souvent été adaptés au cinéma : Mondwest (dont on reparlera), Jurassic Park, Sphere,… Comme Jules Verne, Crichton a une écriture parfois laborieuse. Soucieux d’exactitude, il ne nous épargne rien du détail qui rend crédible le prétexte scientifique de départ de ses intrigues.
La première adaptation d’un de ses romans est The Andromeda Strain (en français : Mystère Andromède. Strain signifie « souche » au sens d’une souche de virus), réalisé en 1971 par Robert Wise, dont tout le monde connaît West Side Story et La Mélodie du bonheur. Wise est aussi l’auteur de Le jour où la terre s’arrêta, un classique de la Science-Fiction américaine.
Mystère Andromède est un film d’un ennui terrible, car il tente d’expliquer de manière aussi réaliste que possible ce que pourraît être un centre top-secret dédié à la recherche de germes extra-terrestres. Après deux heures passées à regarder des bras-robot manipuler des boites de pétri, le spectateur espère un peu d’action, mais en dehors de la crise d’épilepsie d’une biologiste, il ne se passe pas grand chose. Le film a pourtant quelques petites choses pour lui.
Le générique, agréable, est dû à un dénommé Attila De Lado qui n’a pas fait parler de lui par la suite.

L’histoire commence à Piedmond, un bled perdu de l’Utah où l’armée américaine tente de récupérer une capsule spatiale. Seulement voilà, tous les habitants du village sont morts ou se sont suicidés, et ceux qui s’approchent du bourg ne tardent pas à mourir eux aussi d’une affection effrayante : leur sang coagule spontanément et devient pareil à du sable. Vêtus de combinaisons étanches, des militaires trouvent tout de même deux survivants – un bébé et un vieillard souffrant d’un ulcère à l’estomac.
L’exploration du village fantôme par les militaires est l’occasion d’une scène cinématographiquement intéressante. L’écran est découpé en deux images (Split Screen), où l’on voit chaque fois à gauche un militaire qui regarde à l’intérieur des maisons des habitants de Piedmond, et à droite, dans des cadrages divers apparaissant comme des diapositives, l’image fixe des cadavres.
Le procédé du split screen était assez à la mode au début des années 1970 (L’Affaire Thomas Crown, l’Étrangleur de Boston, Woodstock), mais il est utilisé ici d’une manière relativement différente de celles qui avait généralement cours. Il ne s’agit pas seulement de montrer des actions synchronisées, mais de montrer une personne en train de voir, et de confronter cette action à la vision qui en découle.

Donc, tout le monde meurt mais on ne sait pas réellement de quoi.
Il convient alors d’activer en urgence le plan « Wildfire » : cinq chercheurs (volontaires) sont extraits à leurs familles et à leurs travaux pour être placés au secret dans un laboratoire souterrain du Nevada. Ils ont la charge d’identifier le germe pathogène extra-terrestre et de trouver le moyen de lui enlever toute dangerosité. Suit une laborieuse description de l’organisation de la sécurité dans une base secrète américaine. Je ne pense pas que la mythologie des bases secrètes (Zone 51, Roswell, etc.) était bien connue avant ce film. Alors on nous explique tout : le vrai-faux centre de recherches agronomiques, les mots de passe ridicules (« ça va ? » – « ça va fort » – « vous avez l’heure ? » – « ma montre est arrêtée à 11h46 » – « c’est dommage » – « ça doit être à cause de la chaleur »), la cabane de jardinier qui est aussi un ascenseur, etc.

Depuis 1971, on en a vu défiler des bases secrètes en Arizona, dans le Nevada ou ailleurs. Ma préférée est peut-être celle du Hulk de Ang Lee : tout comme dans Mystère Andromede, le protocole qui permet de descendre aux plus bas niveaux de la base est interminable et procédurier, en revanche le monstre vert, une fois très en colère, remonte les étages à toute vitesse, en défonçant les portes et débarque à l’air libre par un cinéma désaffecté.

La suite, ma foi, c’est « la science en train de se faire », sujet dont les pédagogues, les muséologues et bien entendu les scientifiques se demandent toujours comment il peut être montré de manière à la fois captivante et instructive (je vous renvoie au récent billet qu’Enro a consacré à la question sur son blog).

Comme WildFire est un projet top-secret de l’armée, on ne nous inflige pas ici ce qui constitue, pour les non-initiés, la partie la moins spectaculaire, qui est aussi la partie immergée de l’iceberg de la vie des chercheurs : la paperasserie. Non, ici, les savants voyagent luxueusement dans des avions de ligne dont ils sont les seuls passagers, ils n’ont pas de chef de service, ils ne soumettent aucun texte à un comité de lecture. Ils sont directement dans le vif du sujet, à savoir le sacrifice de macaques rhésus et de rats, l’observation microscopique, l’enquête épidémiologique, etc. Et ils peuvent même s’offrir le luxe de faire savoir qu’ils désapprouvent certaines recherches menées par leur employeur, l’armée (car si j’ai compris, le germe fatal a été amené sur terre exprès pour mettre au point une arme biologique).
Au passage, on apprendra que l’erreur 601, pour les ordinateurs de l’époque, c’est quand un germe vivant en forme de cristal (nanotechnologie extra-terrestre ?) s’est tellement reproduit que son observation fatigue trop la machine qui doit tout laisser choir non sans avoir émis ce râle désespéré : « overloooad ! ».

Bon, je vous raconte la fin ?
Alors à la fin, après une petite peur due à un bout de papier coincé dans une imprimante (qui a eu pour effet de couper le labo secret du reste du monde), l’humanité triomphe de la menace grâce à une astuce trouvée par le moins diplômé des savants, qui n’était que médecin et dont les autres se moquaient en l’appelant « Prix Nobel ». En effet, le garçon a l’idée qu’en respirant beaucoup comme les bébés et en ayant un taux de je ne sais quoi comme quelqu’un qui prend un traitement contre les ulcères à l’estomac, eh bien on survit au germe de l’espace, lequel germe est finalement neutralisé et envoyé mourir dans l’océan dont la salinité le tue. Ouf, sauvés. Mais cela se passera-t-il aussi bien la prochaine fois ? On ne sait pas, mais le film se termine sur un inquiétant chiffre qui clignote : 601… 601…

Au chapitre informatique, on remarquera un peu de 3D pour montrer le plan des lieux. Même s’il s’agit plutôt d’une simulation de 3D que de 3D véritable, c’est sans doute un des tout premiers exemples du genre au cinéma, je ne vois en fait rien de similaire avant 1977, avec le plan en relief de l’étoile noire dans le premier film de la série Star Wars. Il faut dire que Michael Crichton a toujours suscité (quand il ne les a pas créées lui-mêmes) des adaptations de ses romans à la pointe de la technologie du moment et même au delà : la vision robotique du Yul Brynner dans Mondwest (dix ans avant Terminator), le personnage virtuel de Looker (1981, vingt ans avant S1m0ne), l’interface d’un système d’exploitation en 3D dans Jurassic Park, etc.
Un des protagonistes de l’histoire est par ailleurs amené à travailler sur ordinateur à l’aide d’un stylet optique. Le stylet optique existait depuis la fin des années 1950 (il a notamment été utilisé dans le cadre de la surveillance aérienne militaire américaine), mais il était loin d’être répandu ou même connu au début des années 1970.

Andromeda Strain est avant tout un film terriblement long. Bourré de bonnes choses, mais désespérément mou. J’aurais du mal à recommander son visionnage autrement qu’à titre historique. Une version récente du même scénario a été tournée sous la forme d’une mini-série télévisée. Les commentaires que j’ai lu au sujet de cette seconde adaptation ne donnent guère envie de voir le résultat.

Bon, promis, la prochaine fois j’essaie de parler d’un bon film.

  1. 3 Responses to “La science en train de se faire (Andromeda Strain)”

  2. By Wood on Juin 2, 2008

    Tu veux dire « 20 ans avant S1m0ne », je suppose.

  3. By Jean-no on Juin 2, 2008

    Vingt ans ! C’est vrai ! Bon sang que le temps passe. À propos du temps qui passe, cette vidéo retrouvée par Écrans, qui a 12 ans : Internet, le minitel du futur

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  2. Août 19, 2008: Le dernier blog » Blog Archive » Le dernier starfighter

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