Profitez-en, après celui là c'est fini

De la traçabilité des affiches (entre autres)

avril 20th, 2013 Posted in Depuis ma fenêtre, Images

J’ai vécu plusieurs engueulades à ce sujet sur Twitter, mais je persiste : même si je suis d’un avis bien différent, je trouve très bien que les anti « mariage pour tous » s’expriment. Enfin tant qu’ils le font de manière civilisée, bien entendu1. Ça me semble important parce que parler est le moyen de régler les problèmes, de faire accepter une nouveauté, parce que la parole n’est pas un luxe, et qu’elle est même, en démocratie, une obligation. C’est un poncif, mais je l’assume : la démocratie, c’est le sang-froid, c’est chercher à se comprendre entre gens d’avis différents.

Dans plusieurs médias

Dans plusieurs médias réputés sérieux et sur les réseaux sociaux, j’ai pu lire que les anti-mariage pour tous s’inspiraient des affiches de propagande pétainiste. C’est une grosse erreur d’interprétation, les affiches de la « manif pour tous » sont clairement inspirées de celles de mai 1968 et de la propagande2 « de gauche » des années suivantes. Les affiches que pastichent la « manif pour tous » étaient réalisées selon la technique de la sérigraphie, mais généralement sans insolation : le « bouche pores » (du latex liquide ou quelque chose du genre) était appliqué directement au pinceau, d’où l’emploi de formes simplifiées qui évoquent visuellement le pochoir, et d’où l’usage d’un nombre réduit de couleurs – une seule, presque toujours.

Je dirais même qu’une démocratie mérite plus son nom si la parole y est libre de circuler, si l’information n’y est pas entravée, que si on se contente de donner un droit de vote ponctuel (et très limité) aux citoyens, parce que le scrutin n’a pas de valeur s’il est exercé par des citoyens désinformés et incapables de débattre. Sur l’échelle démocratique, je ne place pas la France très haut, car les lieux de parole publique les plus influents sont les plus verrouillés, sont squattés par des « spécialistes » qui n’ont pas grand chose à raconter, et qui se gardent bien d’amener une diversité véritable de points de vue. Les voix un peu dissidentes sont rares sur les sujets économiques, en tout cas dans les médias les plus suivis (journaux télévisés, débats en prime-time, quotidiens nationaux). Et la loi française censure ceux qui auraient l’impudence de s’attaquer à des marques ou à des entreprises, qui sont plutôt mieux protégées que des personnes physiques mais n’ont, quand à elles, pas de casier judiciaire. Et ne parlons pas des mantras ânonnés par des journalistes pseudo-impartiaux pour construire dans l’esprit du public une idée de ce qui est raisonnable et de ce qui ne l’est pas, je pense notamment à la manière dont le Front de gauche et le Front national, pourtant différents en tout, sont si facilement englobés par les médias sous l’étiquette de « populisme », ou de la légèreté avec laquelle certains pays, le Venezuela, au hasard, sont qualifiés de dictatures, quand d’authentiques dictatures « amies de la France » sont présentées, elles, comme des pays parfaits pour passer ses vacances, ou en tout cas suffisamment respectables pour y fourguer les « Rafale » de Serge Dassault.

affiches-manif-pour-tous

Ce n’est pas en fonction de contraintes techniques que les affiches des « anti » rappellent la tradition de mai 1968, mais bien par parenté esthétique. Or cette référence semble un peu absurde venant du camp qui, il y a quarante ans, défilait contre les manifestations « gauchistes ». On remarque une différence notable avec les sérigraphies de 1968 : il n’y a plus une couleur, mais deux ou trois, ce qui permet des affiches « bleu blanc rouge », raison pour laquelle, peut-être, certains ont cru voir un rapport avec la propagande de l’occupation.
Au passage, je trouve incroyable l’affiche avec un bébé qui réclame une « traçabilité » en se comparant à une bête à viande : on se demande de quel genre d’humanité il est question ! Et la traçabilité graphique, au fait ?

Le « mariage pour tous » est un de ces sujets dont les médias raffolent pour occuper le bon peuple, et offrir à ce dernier une apparence de débat contradictoire : il y a des « pour », des « contre » et des « sans-opinion », ce qui suffit à offrir un ersatz de pluralité sur un projet de loi dont le succès ou l’échec ne risquent de changer l’existence d’aucune multinationale. Pour être certain d’encourager la passion et les affrontements, on évite de convoquer aux heures de grande écoute des gens qui mettent les choses en perspective, qui peuvent rassurer les inquiets en évoquant des études psychologiques, historiques, anthropologiques, qui vont comparer ce qui se passe ici avec ce qui se passe dans d’autres pays, etc.
Internet joue un rôle ambivalent dans l’idiotie générale, car on y trouve toutes les opinions imaginables, toutes les approches, depuis les expressions militantes les plus viscérales jusques aux développements savants les plus fins, ce qui est formidable, mais on y trouve aussi et surtout ce qu’on y cherche. Je veux dire par là que sur Internet, de lien en lien, de réseau social en réseau social, on peut facilement en venir à s’enfermer dans son petit monde personnel, à ne fréquenter les gens ou les sites web que par communauté d’opinion, dans l’ignorance de ce que d’autres personnes peuvent penser. Bien entendu, de temps en temps, des amis nous signalent des gens qui pensent différemment d’eux et de nous, mais c’est toujours pour s’en moquer, pour s’en horrifier, pour participer à constituer notre opinion commune, en nous disant : on n’est pas comme ces gens-là, on n’est pas des américains ultra-conservateurs religieux, on n’est pas (ou plus) des adolescents qui massacrent l’orthographe, on n’est pas des conspirationnistes paranoïaques, etc. Ce mécanisme peut aboutir à placer chacun de nous dans une bulle apparemment confortable, puisqu’on peut finir par croire que l’on n’est entouré que d’amis, que tout le monde a la même opinion que soi et que ceux qui pensent différemment se trouvent au delà d’une frontière infranchissable, qu’on ne veut ni les connaître, ni les voir, ni, surtout, les écouter. Mais une société sans dialogue, ce n’est plus une société, c’est un agrégat de petites sociétés, de communautés étanches, de gens qui ne peuvent plus entrer en confrontation autrement que sur le mode de l’affrontement, et qui ont même tendance à s’enfermer sur leur propre groupe, en s’imposant des consensus par réflexe grégaire — j’observe que les plus violentes engueulades sur des forums ou sur les réseaux sociaux déchirent souvent des gens qui sont d’accord sur presque tout.

...

Serge Dassault (à gauche) juge que le mariage pour tous signifie la fin de la nation, car «On va avoir un pays d’homos (…) dans dix ans, il n’y a plus personne». C’est pendant les événements de mai 1968 qu’il a découvert le militantisme politique, en s’engageant avec le Centre national des indépendants et paysans, parti conservateur qui cherchait à l’époque à servir de passerelle, si j’en crois Wikipédia, entre la droite républicaine et le Front national (fondé en 1972).
Nicolas Sarkozy (centre) était collégien en 1968, mais en 1976, il défilait contre le droit de grève. Sur le mariage pour tous, il dit : «Avec leur « mariage pour tous », la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui, bientôt ils vont se mettre à quatre pour avoir un enfant. Et le petit, plus tard, quand il demandera qui sont ses parents? On lui répondra: « désolé, il n’y a pas de traçabilité».
Quand à Christine Boutin (droite), j’ignore ce qu’elle pensait de mai 1968, mais à présent, elle est contre : «La Manif Pour Tous, c’est la France qui se lève pour dire son ras-le-bol des idées de Mai 68». Ce qui ne l’empêche pas de recourir à une communication inspirée de cette même époque.

Évidemment, quand je dis qu’il est bien que les opposants au mariage pour tous s’expriment, c’est surtout en théorie, puisque dans la pratique ils semblent avant tout être utilisés comme ciment d’une refondation de l’UMP après sa déroute électorale de l’an dernier. Et un ciment de la pire qualité, qui nivelle l’opposition vers le bas, comme le dit bien le billet d’Autheuil, qui est visiblement désespéré par l’état dans lequel tout ça a mis son propre camp. Le débat est loin de se placer sur un terrain favorable à la réflexion. Les « anti » ne peuvent pas avoir gain de cause et ils le savent, mais l’important pour eux est ailleurs, ils veulent compter leurs troupes, les souder, et tant pis si c’est dans des conditions et sur un sujet qui les plonge dans des abysses de pensée réactionnaire.
Mais je reste optimiste, au fond, je pense que si tout peut être dit, et surtout contredit, les bons arguments ont plus de chance de triompher à terme que les mauvais. Je sais que tout le monde ne pourra pas entendre mon avis, au moment où les « anti » sont déchaînés et promettent même « du sang », mais ce n’est pas ces gens que je défends, c’est le droit à débattre. Bien sûr, je ne suis pas naïf, je sais que le dialogue n’empêche pas toute violence, que les mots peuvent être porteurs de violence, ou en susciter, et je suis le premier à trouver suspect, voire scandaleux, qu’une catégorie de la population voie son droit à se marier civilement mis en cause par une autre partie3. Je vois aussi que les manifestations des « anti » sont redoutablement bien organisées, avec code vestimentaire, apparence de diversité (culturelle, religieuse) et goût de la confusion (invocations de mai 1968 ou du printemps arabe, mise en avant d’une born-again night-clubbeuse qui s’affirme « gay-friendly » comme tête d’affiche,…), et tout ça pour cacher des armées de curés en soutane…
J’ai vu sur Twitter plusieurs personnes qui croyaient, au début du mouvement, que la « manif pour tous » défendait le « mariage pour tous »4 !
Reste que, pour avoir été surpris de découvrir que j’en connaissais, je sais qu’il y a des gens que le « mariage pour tous » perturbe sincèrement, sans arrières-pensées politiques, sans vœu de nuire à quiconque, car il bouleverse leur vision du monde : tout ça est venu un peu vite pour eux — je rappelle qu’il y a vingt ans l’homosexualité était une maladie mentale selon l’OMS, et il y a trente ans, un délit dans de nombreux pays réputés démocratiques. Et on ne peut pas balayer les doutes de ces gens avec mépris, ni sous-estimer leur nombre. Dans dix ans, ils admettront leur erreur (comme chaque fois, comme avec la contraception, la peine de mort,…), à condition peut-être que la plaie qui s’est ouverte ne soit pas trop infectée5.

noFiction

Bon, je m’arrête là, je suppose que la fièvre retombera bientôt (sitôt le vote acté), et ce qui m’intéresse est ailleurs : c’est cette idée de « fiction » (après la science-fiction), évoquée dans le slogan « Pas de fiction pour la filiation ». Certains « anti » semblent réellement persuadés qu’un jour, deux hommes qui élèveront un enfant essayeront de faire croire à ce dernier qu’il sort du ventre d’un de ses papas6. Enfin quelque chose du genre. Venant du camp politique (la droite conservatrice catholique) qui a toujours combattu l’éducation sexuelle à l’école, et qui ne veut donc pas que les jeunes comprennent véritablement comment se font les enfants, c’est plutôt cocasse.
Ce slogan n’a pas vraiment de sens, puisqu’il dénonce une situation qui n’existera pas7 au nom d’un principe difficile à appliquer, celui d’une filiation qui serait exempte de fiction. La filiation est toujours une fiction, toute famille est une fiction, un récit, un roman, des histoires que l’on se raconte, des secrets que l’on ne se raconte pas (5% des pères élèveraient, à leur insu, l’enfant d’un autre), des histoires que l’on s’invente (combien d’enfants ont rêvé avoir été adoptés, ou auraient voulu être les enfants de leurs voisins !), des légendes que l’on se transmet, des manies, des goûts, un langage, des gestes,…
Et puis la protestation des « anti » s’appuie elle-même sur des fictions : vulgarisation historique au ras des pâquerettes, avec le spectre de la chute de l’Empire romain, évoqué par des gens qui n’y connaissent manifestement rien ; anthropologie de bazar (il existerait un « mariage naturel » !?) ; légende révolutionnaire, avec  l’invention d’un « printemps français » au cours duquel les Français sont censés chasser François Hollande comme les Tunisiens ont chassé Ben Ali, événement qui avait fait démarrer(en plein hiver, bizarrement) le « printemps arabe » ; légende dorée, avec le martyre webogénique de Christine Boutin ; et n’oublions pas le fondement religieux de l’engagement de certains, qui lui aussi repose sur une très très vieille fiction.

...

Effrayant symbole : deux cent militants, presque exclusivement des hommes, sont venus « accueillir » Caroline Fourest à l’arrivée de son train à la gare Montparnasse. Sur les vidéos, on voit un curé et ceux qui le suivent marcher sur les gendarmes qui préfèrent reculer devant ces imbéciles et leurs projectiles et ont finalement escorté Caroline Fourest « en formation de tortue ». Deux cent hommes pour dire leur haine à une femme : quel courage !  Et si les gendarmes n’avaient pas été là, il se serait passé quoi ? On n’est plus du tout dans la libre-expression.
J’aime bien l’image complètement absurde du curé, monté en chaire sur un distributeur automatique, qui harangue ses ouailles tandis que la foule, sensible au comique de la situation je suppose, immortalise la scène smartphones en mains.

Parmi les autres slogans, j’ai bien ri en lisant « Contre le mensonge aux enfants ». Je suis totalement favorable à ce que l’on dise la vérité aux enfants, je n’ai jamais cru aux vertus de la dissimulation, mais je ne suis pas sûr que tant de gens pensent comme moi, bien au contraire. Vaste programme, donc, comme disait l’autre. J’ai ri aussi à « On veut du sexe, pas du genre », qui signifie « on veut de la biologie, pas de la sociologie » mais où on lit surtout un « On veut du sexe » qui semble indiquer une frustration décomplexée.
Enfin, le slogan « non au mariage mirage » me semble lui aussi très savoureux, car qu’est-ce qu’un mariage, sinon le vœu pieux de connaître et de contrôler sa vie familiale et affective future, c’est à dire d’arriver à voir quelque chose de lointain et qui n’existe pas (encore), autrement dit, un mirage ?

  1. La « manière civilisée » de s’exprimer n’inclut pas forcément pour moi les cortèges de manifestants. J’ai plutôt peur de la foule, ce taureau furieux dont la puissance est si souvent proportionnelle à l’imbécilité. []
  2. La « Propagande » est une notion mal vue, mais elle n’est pas synonyme de mensonge, il s’agit du fait de diffuser – propager – des idées. []
  3. Je pense d’ailleurs que de nombreux homosexuels se sont positionnés « pour » comme Virginie Despentes ainsi qu’elle l’expliquait dans une tribune mémorable, non pas par envie personnelle de se marier, mais en voyant que des non-homosexuels se mobilisaient pour le leur interdire. []
  4. Si vous lisez ce texte des années après sa rédaction, je résume : le « mariage pour tous » désignait l’ouverture du mariage à des couples de même sexe, projet porté sans grande vigueur par la majorité de gauche, qui en avait fait une de ses promesses de campagne, tandis que la « manif pour tous » est le mouvement de protestation organisé par ceux qui refusaient le vote de cette loi. Une importante partie de la droite dite « républicaine », dans l’opposition, s’est engagée dans ce combat contre le mariage « pour tous », et à quelques exceptions près, ceux qui ne l’ont pas fait se sont abstenus de le dire trop fort. []
  5. Ceci dit ces gens sont souvent convaincus par des non arguments, qu’ils choisissent de croire malgré les démentis ou qu’ils croient parce que les médias ne font pas leur travail en ne rappelant pas le contenu de la loi, et le fait, notamment, que la gestation pour autrui n’y soit pas mentionné et n’ait pas plus de raison de l’être que pour le mariage « pour certains ». On m’a fait remarquer à juste titre que les politiques de premier plan qui ne sont pas « contre » le mariage pour tous restent assez discrets, notamment dans la majorité — de fait les seuls politiques de carrure nationale que j’ai entendu s’exprimer sans ambiguïté en faveur du mariage pour tous, hors Christiane Taubira, sont de droite : Bachelot et Jouanno, qu’on peut féliciter de leur courage, pour le coup. []
  6. En revanche, il ne faudrait pas le dire car ça va faire peur, mais on pense pouvoir créer un embryon humain (forcément féminin) en associant deux ovules, ou à partir d’une unique ovule. Donc deux mamans biologiques ou une maman sans papa biologique sera peut-être, un jour, une chose techniquement envisageable, bien qu’on en soit vraiment très loin. Par contre avec deux spermatozoïdes, on ne fait rien et ça ne changera jamais. []
  7. Non seulement je doute que deux parents de même sexe cherchent à se faire passer pour co-parents biologiques d’un enfant, mais comme l’explique Maître Eolas, ça ne fait pas partie du projet de loi. Il serait bien que les journalistes reprennent un peu les « anti » sur cet argument qui n’a jamais eu de sens et n’en aura jamais. []
  1. 37 Responses to “De la traçabilité des affiches (entre autres)”

  2. By Le blog de Jean Trito on Avr 20, 2013

    http://triton95.wordpress.com/2013/03/28/boutin-le-christ-et-che-guevara/

    Je suis aussi frappé par l’image de Christine Boutin présentée par les medias

  3. By Rama on Avr 20, 2013

    Très joli, cette comparaison des images; côte à côte, la similarité est frappante. C’est quand même amusant qu’un certaines Droite n’ait toujours pas digéré Mai 68 et en soit à ce point omnubilée qu’elle en reprenne l’esthétique. On dirait Laibach avec la symbolique nazie, à ceci prêt que je comprends qu’on se torture avec le nazisme, moins avec Mai 68.

    Le slogan « non au mariage mirage », c’est aussi un gros échec d’historiographie. Ces gens se réfèrent étroitement au mariage dans son acceptation romantique et bourgeoise, où il est idéalisé comme la concrétisation de l’amour, et devient le champs exclusif de la sexualité légitime. Ça, ça date de la moitié du XIXe siècle.

    Le mariage a longtemps été avant tout une façon de lier les intérêts de deux familles, et du moment qu’il n’y avait pas de scandale, il n’était guère important que l’on couchât ailleurs, y compris pour des relations homosexuelles ou si des enfants en naissaient.

  4. By Rama on Avr 20, 2013

    PS: l’affiche « François résiste… » me semble être de la cross-polénisation entre Mai 68 et la fameuse carricature de Louis XVIII en poire.

  5. By sylvette on Avr 20, 2013

    Dans mes bras!

  6. By Goulwen on Avr 20, 2013

    « Par contre avec deux spermatozoïdes, on ne fait rien et ça ne changera jamais.  » On sort un peu du mariage gay, mais peut être pas tant que ça, car cela participe à la fin du patriarcat. D’un autre côté, les 2 figures du mouvements sont des femmes, ce qui semble un peu contradictoire.

  7. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @Jean Trito : oui, très mis en scène.
    @Goulwen : si le patriarcat n’était défendu que par des hommes, je pense qu’il aurait disparu il y a longtemps :-)
    @Rama : et même après le romantisme, et jusqu’aujourd’hui sans doute, le mariage bourgeois, c’est aussi le mariage avec secrets de famille et du vaudeville (ou de l’après vaudeville, quand viennent les conséquences) : le fils de la bonne qui est ton demi-frère, ta maman qui a un amant, ton papa qui passe sa vie au Chabanais ou au One two two… Finalement, le mariage d’amour et d’eau fraîche c’est peut-être un truc prolo et post soixante-huitard. La tête de poire de Hollande a un faux air de Siné… Mais effectivement, c’est peut-être une référence à Philipon.

  8. By Emeline on Avr 20, 2013

    Un des trucs qui m’a le plus choqué ces derniers jours, c’est un article dans un journal encarté à gauche et promouvant le « slow » (slow food, une réflexion sur notre économie etc.) s’y mettait aussi en disant que la PMA allait détruire la filiation et la figure paternelle. Je me rappelle m’être dit « noooon ils sont partouuuuut ».
    Je connais en fait toute une flopée de personnes contre le mariage gay, pour des raisons diverses. Je me suis rendue compte que pour eux, le sujet touchait à bien plus que ce que d’autres faisaient de leur vie – et notamment la peur de la perte des rôles genrés. Finalement, j’ai l’impression que, si ça se passe si mal en France (alors que l’Etat est légalement séparé de l’Eglise, contrairement à l’Angleterre!), ça provient plus d’une culture machiste que d’une culture catholique. Que par extension, les droits des femmes ont sacrément reculé (quoique je salue le remboursement total de l’IVG.)

    Après, je peux me tromper.
    (sinon j’appuie toute la partie sur la famille comme fiction. D’ailleurs mon grand-père, prêtre catholique, est pour le mariage gay parce qu’il trouve qu’on n’en célèbre plus assez, des mariages ! :D)

  9. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @Emeline : je pense aussi qu’il y a un truc avec le machisme en France. On s’est longtemps laissé croire qu’il y avait une sorte de status quo, mais à présent le fossé entre les pays du Nord et la France se creuse. Mais ce n’est pas qu’un recul : beaucoup de filles découvrent le féminisme, on parle de genre, on débat,…

  10. By Wood on Avr 20, 2013

    @Emeline : « Mon grand-père, prêtre catholique »… Il doit y avoir une fameuse histoire derrière ce petit bout de phrase :-)

  11. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @Wood : j’ai un grand-oncle un peu éloigné qui a été curé et qui s’est marié pendant Vatican II, en pensant que le concile légitimerait son mariage de prêtre, ou plutôt qui pensait que ça irait et qui s’est marié juste après, en quittant l’Église déçu, je sais plus. En tout cas il est maintenant un prêtre défroqué.

  12. By Emeline on Avr 20, 2013

    @Wood, ah ça…
    J’ai eu deux papas et une maman avant l’heure, ET un grand père prêtre. Donc le débat, je l’avoue, me dépasse complètement.

  13. By Goulwen on Avr 20, 2013

    @Jean-no : « si le patriarcat n’était défendu que par des hommes, je pense qu’il aurait disparu il y a longtemps :-) » On croirait entendre Margaret Thatcher :p

  14. By Emeline on Avr 20, 2013

    @Jean-no : Ce n’est certes pas qu’un recul, mais en tout cas, ça patauge (et les femen n’arrangent pas les choses en déformant la vision du féminisme…)
    Même expérience avec les pays du nord, et entre autre les flamands : récemment, en compétition sur un projet, le client m’a dit « vous savez, vous êtes jeune, vous êtes freelance, ce n’est pas ce qui inspire le plus confiance. Mais vous êtes celle qui semble le mieux connaître son projet. Bienvenue à bord. »

    Mine de rien, cette approche est excessivement différente de la culture d’entreprise française telle que j’ai pu l’expérimenter.

  15. By Jastrow on Avr 20, 2013

    Les méthodes des plus radicaux des anti (« harcèlement démocratique ») reprennent apparemment celles de l’extrême-gauche, du coup il ne paraît plus si étonnant que ça que les affiches descendent de Mai 68…

    Personnellement je m’amuse plutôt de voir reprendre des symboles comme Marianne par des personnes que je ne qualifierais pas de grandes républicaines. Du coup on voit le bonnet phrygien côtoyer le drapeau blanc fleurdelysé et frappé du Sacré-Cœur.

  16. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @Emeline : Carrément, en France il y a un truc bizarre, il faudrait avoir fait ses preuves avant d’exister, c’est parfois plus difficile et plus méritoire de réussir l’entrée dans une école que la sortie… Bref, montrer patte blanche, prouver qu’on fait partie de la bonne bande,… Et une fois que c’est bon, on peut dire et faire plus ou moins n’importe quoi, parfois. Au fond c’est assez lamentable.
    La manière dont la société entière (mais plus l’institution, qui est désormais plus souple) semble considérer comme « perdus » ceux qui ont fait un lycée technique, aussi, est assez terrible.

  17. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @Jastrow : tout ça ne manque pas de sel, d’autant que ça n’est sans doute pas toujours destiné à désorienter, je pense qu’il y a aussi des gens qui manipulent ces symboles n’importe comment. Il faut dire que le Sarkozysme a fait très fort dans le genre.

  18. By nicolas on Avr 20, 2013

    je n’ai vu qu’une toute petite erreur mais qui viendrait de wikipédia…le FN n’existait pas en 68, il réussit au début des années 70 à federer anciens de l’oas, vichystes, intégristes, etc etc ….. pas en 68…. mais le centre national des indépendants était en effet le lien droite extrême-droite

  19. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @nicolas : merci, j’ai bien fait de préciser « selon Wikipédia » pour me couvrir :-)
    Du coup je viens de spécifier que le FN datait de 1972. Wikipédia ne le présente pas de manière anachronique mais cette partie de l’article est un tout petit peu vague, voire vaseuse, et peut laisser penser que le FN existait en 68.

  20. By Karl-Groucho D. on Avr 20, 2013

    Que les menaces fachos et débiles et lâches, etc. qui pèsent sur Caroline Fourest ne lui servent pas à redorer son vilain blason pour pas cher. Qu’elle soit ainsi menacée ne pardonne en rien sa façon d’attiser par tous les moyens la haine anti-musulmane. Non à TOUTES les religions & à TOUS les dogmes sans exception ni traitement « de faveur ». ET pour commencer, arrêt de tout financement pour les écoles confessionnelles, DE QUELQUE CONFESSION QU’ELLE SOIENT.

  21. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @Karl-Groucho : peu importe Caroline Fourest, si irritante qu’elle soit, deux cent mecs n’ont pas à l’accueillir agressivement ! Pour le financement des écoles confessionnelles sous contrat, c’est à double-tranchant : le principe c’est que leurs programmes sont décidés par l’éducation nationale, et que leurs profs dépendent de l’éducation nationale, histoire que la République garde la main dessus et leur interdise de sélectionner les gens selon leur croyance, d’imposer le catéchisme, etc. Là où c’est affreux, c’est que les écoles confessionnelles sous contrat sont très peu chères, tandis que les écoles privées avec une pédagogie expérimentale (que n’aime pas du tout l’éducation nationale) sont hors de prix…

  22. By Karl-Groucho D. on Avr 20, 2013

    Au citoyen Jean-no.

    « […] Caroline Fourest, si irritante qu’elle soit, deux cent mecs n’ont pas à l’accueillir agressivement ! […] »

    Relis, KaMaRaD CiToYeN, relis ;-))

    « […] les menaces fachos et débiles et lâches, etc. qui pèsent sur Caroline Fourest[…] »

    & elle n’est pas seulement « irritante » aec son sale jeu !

  23. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @Karl-Groucho : c’est bien beau mais en attendant, une personne contre deux-cent, aucune excuse. Par ailleurs Fourest a toujours tapé sur toutes les religions (cf. ses livres contre tous les intégrismes : chrétien, juif ou musulman), je ne comprends pas pourquoi on veut en faire une monomaniaque de l’anti-islam. D’ailleurs c’est pas majoritairement des musulmans qui sont venus la chercher à la gare, preuve qu’elle gène sans doute d’autres personnes !

  24. By Karl-Groucho D. on Avr 20, 2013

    Bon. Citoyen Jean-no, tu ne sais pas lire ou tu es borné. Ou tu fais comme si. Je m’en tiendrais donc là. Relis-moi, au lieu de pousser tes fantasmes et tes projections. Et renseigne-toi aussi sur la RÉALITÉ. & calme tes raisonnement manichéens. Ça va de pair. Bonsoir chez vous.

  25. By Bernard Samson on Avr 20, 2013

    Dans votre note 5, vous écrivez  » On m’a fait remarquer à juste titre que les politiques de premier plan qui ne sont pas « contre » le mariage pour tous restent assez discrets (…) »
    Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé plusieurs fois sur la question : pour le mariage homosexuel, et pour la PMA.
    Mais eut-être ne le considérez-vous pas comme un « politique de premier plan »?

    1er exemple :

    Extrait d’une interview donnée par Jean-Luc Mélenchon au magazine La Vie le 23 janvier 2012

    “La Vie : Le programme du Front de gauche, c’est « l’humain d’abord ». N’y a-t-il pas une contradiction à être antilibéral sur le plan économique, mais libéral sur les questions de mœurs ? À être pour le mariage et l’adoption homosexuels ?

    Jean-Luc Mélenchon : L’orientation sexuelle n’est pas un choix. Elle a même posé de grandes difficultés aux homosexuels compte tenu de l’opposition de la société sur la base de préjugés tels que : « l’homosexualité est un choix individuel » ou « un vice ». Ils assument leur situation et pensent que les amours sont égales en dignité. Dès lors que des gens s’aiment, ils doivent pouvoir vivre ensemble normalement. En 1988, le hasard de la politique m’a mené dans une réunion avec une association appelée Gays pour la liberté. Les membres m’avaient interpellé sur les drames affreux que certains vivaient à la mort de leur compagnon. C’est pourquoi j’ai déposé le premier texte de loi sur le partenariat civil, devenu le pacs. J’ai répondu à un appel humain. Ces gens s’étaient choisis d’amour. Quand des homosexuels ont commencé à me parler de mariage, ça m’a bien fait sourire, car je ne suis pas partisan du mariage pour moi-même ! Ce n’est pas pour le proposer aux autres ! Mais raisonnablement, quelle objection opposer au mariage des homosexuels ? Aucune. La communauté humaine a intérêt à ce que les démarches d’amour soient reconnues et validées par elle.”

    2ème exemple : Le Point 11 janvier 2013.
    Mariage homosexuel: Le Front de gauche et son porte-parole Jean-Luc Mélenchon ont relayé jeudi un appel à « manifester massivement » en faveur du mariage homosexuel les 19 et 27 janvier.

  26. By Jean-no on Avr 20, 2013

    @Bernard Samson : au temps pour moi, j’aurais du préciser que je ne parlais que des politiques appartenant à un des deux camps en force à l’Assemblée. Je ne veux pas minimiser les positions de Mélenchon (pour qui j’ai voté aux dernières présidentielles, c’est vous dire), Borloo, Bayrou ou même Le Pen, mais elles n’ont, pour le coup, qu’une importance très symbolique dans ce qui se joue en ce moment.

  27. By Folavril on Avr 21, 2013

    Voilà une présentation du sujet qui parvient à retenir mon attention (les affiches). Je dois dire que je m’en balance complètement du mariage pour tous, étant pour ma part favorable à une reconnaissance des mêmes droits pour les couples non-mariés, voire même du mariage pour personne. Vivant à Mexico où le mariage gay existe depuis quelques années déjà, je peux vous dire qu’on s’en contrefout et que plus personne n’en parle. D’autre part, venant de perdre brusquement mon conjoint (non, je ne l’ai pas perdu, il est mort), j’ai bien vu à quel point je n’avais aucun droit de réclamer une autopsie, ni de décider de ce qui serait fait de son cadrave au fallacieux prétexte que n’étant pas mariée, je n’ai que le droit de la fermer devant la famille catho (lui était athée) qui a décidé d’enfermer ses cendres dans un placard sinistre dans une église après une messe du pauvre (pour plusieurs morts en même temps, allez hop, à la chaîne). J’aimerais donc qu’on arrête de nous bassiner avec une égalité entre égaux si j’ose dire (certains animaux, plus égaux que d’autres, toussa).
    Vu de loin – mais j’étais en France il y a peu, je ne peux pas comprendre comment ce gouvernement a laissé d’abord traîner cette histoire en longueur, s’agissant d’un sujet qui me semble tout à fait secondaire, à moins qu’on y associe la gestation pour autrui qui en effet pose le problème de la marchandisation. Problème auquel il existe pourtant une solution simple, la collectivisation des ventres, la nationalisation des ventres, le don de ventres, etc. :P
    Pff, pardon, je suis de mauvais poil aujourd’hui.

  28. By Jean-no on Avr 21, 2013

    @Folavril : la majorité a été assez maladroite au début, notamment avec la déclaration incompréhensible de Hollande sur le droit des maires à ne pas célébrer d’unions homosexuelles si leur conscience le leur dictait. Une loi ça s’applique ou ça ne s’applique pas et les maires ont d’ailleurs toujours laissé leurs adjoints marier les gens dont ils ne voulaient pas voir la tête, c’était pas la peine de le dire. Cette maladresse a créé une espèce d’indécision, mais le travail parlementaire, lui, a été mené normalement et je pense, dans un calendrier logique – ça aurait été très bizarre de dire « on passe la loi en urgence », car il ne s’agit pas d’une urgence. Ceci dit tout ça aurait moins traîné si l’opposition n’avait pas fait d’obstruction, car la loi le lui permet, mais elle a beau jeu ensuite de reprocher au gouvernement de traîner sur ce sujet de société au lieu de voter des lois sur l’économie…

  29. By Rose on Avr 21, 2013

    C’est drôle j’étais complètement passée à côté de ces affiches… assez ahurissantes il faut bien l’avouer !

  30. By Goulwen on Avr 21, 2013

    @folavril: les mauvaises langues diront que ça arrange bien les principales organisations politiques que les choses trainent en longueur : l’UMP y trouve un moyen de s’y refonder après la perte des élections et la bataille des chefs qui s’en est suivi, et ça permet au PS d’occuper le terrain tandis que du côté économique, c’est pas ça.

  31. By Bishop on Avr 21, 2013

    Mouais.

    L’abolition de la peine de mort avec opinion publique contre fut entérinée en… octobre 1981.

    Donc bon.
    Soit du conseil des ministres du mois d’août au vote… 1 mois et des poussières.

  32. By Jean-no on Avr 21, 2013

    @Bishop : il y a peut-être eu moins d’amendements ?

  33. By Folavril on Avr 21, 2013

    @Bishop et Goulwen : voilà. Exactement.
    @Jean-no : j’étais justement en France juste après la déclaration débile de F. Hollande au sujet des maires et j’ai été soufflée par son indigence. L’affaire semblait dans le sac, et paf, vas-y que je te fous les pieds dans le plat sans crier gare. Enfin, comme le disait son ex, hein, qu’est-ce qu’il a fait en 20 ans à la tête du PS, ce mec ? La question qui se pose c’est jusqu’à quand ce « débat » grotesque va s’éterniser ? Encore une fois, Mexico, catho, cardinaux, toussa, passé comme une lettre à la poste ou presque (le problème que ça pose, c’est que dans les autres états fédérés, les lois anti-gay ou anti-avortement – légal aussi à Mexico – se se durcissent, effet collatéral). Et, pardon d’insister, mais le « mariage pour tous » ne règle en aucun cas la question des inégalités entre couples « déclarés » et les autres qui parfois n’ont tout simplement pas eu le temps de « régulariser » leur situation. À la base, j’ai un sérieux problème avec une « gauche » qui défend ce type de pensée.

  34. By Jean-no on Avr 21, 2013

    @Folavril : pour la succession, la loi ne reconnaît pas de droits à un conjoint qui n’est ni marié, ni pacsé, ni concubin déclaré, oui oui, je comprends le problème…

  35. By Un Oeil on Avr 22, 2013

    J’ai vécu plusieurs engueulades à ce sujet sur Twitter, mais je persiste :je trouve très bien que les anti « mariage pour tous » s’expriment.
    => très aimable à vous ! Ne trouvez-vous pas justement effrayant que ce soit là-dessus que porte le débat, plutôt que sur le mariage homosexuel lui-même ? On en est à se demander si une opinion qui rassemble des Français en masse (environ 3 fois plus que le camp adverse) a le « droit » d’exister. Le débat devient : être contre le mariage pour tous est-il une opinion ou un délit ?

    Par ailleurs, à quoi bon être « pour » que ces gens s’expriment, si de l’autre côté vous n’accordez aucun crédit sérieux à ce qu’ils peuvent avoir à dire ? A quoi bon faire semblant de les considérer comme des interlocuteurs crédibles si de l’autre côté vous les voyez exclusivement comme des droitards bornés, des « curés en soutane », qui au mieux finiront par rejoidre votre avis éclairé dans 20 ans, et au pire retourneront dans leur cuisine poussiéreuse parmi les photos de Pétain, de l’OAS et de février 34 ?

    Depuis des mois que le sujet nous occupe, n’avez-vous pas rencontré une seule personne qui soit « anti » sans pour autant correspondre à la caricature que vous en faites ? J’ai bien l’impression que vous en avez rencontrés, mais plutôt que d’en enrichir votre grille de lecture, vous les avez immédiatement évacués sous le terme « apparence de diversité ». Pourquoi « apparence » ? Pourquoi tenir absolument à ce que tout ce qui n’a pas le crâne rasé ou le chapelet autour du cou soit un simulacre ? J’ai traversé rapidement la manif du 27 mars et, sans dire qu’ils étaient la majorité, j’ai vu des Français d’origine asiatique ou africaine, ou simplement des gens, des jeunes, qui ne correspondent pas à vos portraits. Selon vous, ces gens-là ne sont là qu’au titre de prétexte ou de faire-valoir ? En quoi est-ce une « apparente diversité » et comment faites-vous la différence avec la diversité tout court ?

    Pour finir, les persécuteurs de Caroline Fourest ne sont plus dans la libre-expression, mais considérez-vous que les FEMEN l’étaient lors d’une des premières « Manif pour tous », quand elles ont aspergé des personnes à la bombe avec des inscriptions telles que « Fuck your god » sur le corps ? Pour Caroline Fourest oui : c’était même « pacifique », « plutôt sympathique », et bon enfant. Pouvez-vous concevoir que les gens s’exaspèrent de tels mensonges, relayés par une personne qui a accès aux plateaux télé tous les jours de l’année et qui est présentée, malgré ses positions radicales, comme l’arbitre objectif du débat ?

  36. By Jean-no on Avr 22, 2013

    @Un Oeil : je ne pense pas qu’une personne sur trois seulement soit favorable au mariage homosexuel, aux dernières nouvelles la proportion était plutôt de moins d’1/3 contre, avec une variation selon l’étendue des sujets (certains sont pour mais craignent telle ou telle dérive). Mais il est certainement exact que les « anti » sont bien plus mobilisés que les « pro ».
    Votre seconde question est bizarre : je suis pour le droit d’expression des gens avec qui je ne suis pas d’accord… Il est normal que je ne suis pas d’accord dont je défends le droit d’expression, non ? Je n’ai pas dit que les « anti » étaient des interlocuteurs crédibles, je pense (j’espère) que tous ne veulent pas de mal aux homosexuels, mais je considère qu’ils sont dans l’erreur pour de nombreuses raisons, à commencer par le fait que se battre contre le mariage des autres est terriblement gonflé. Par ailleurs les « anti » réfléchissent en fonction de pures représentations, souvent fausses ou malhonnêtes (la GPA par ex), pas de faits. Et cacher des curés intégristes derrière des poèmes d’Éluard et des affiches de 68 c’est une méthode d’une grande hypocrisie de la part des organisateurs.
    Je suis étonné de voir à quel point certains se sentent fragilisés par ce mariage « pour tous », ont peur qu’on leur enlève quelque chose. Pourtant, il ne changera rien si ce n’est qu’on verra moins la cousine lointaine hériter d’un appartement et en chasser le compagnon de son oncle, ou des gens élever un enfant vingt ans puis ne même pas avoir le droit légal de le revoir après que leur couple ait disparu. Mais ce sentiment de fragilité, que je juge idiot (et j’ai bien écouté tous les arguments), je ne le respecte pas pour sa justesse mais pour lui-même : le sentiment, lui, existe, et on ne peut pas le nier, à défaut de peser sur la loi, il doit pouvoir être exprimé, et je préfère qu’il soit exprimé en paroles qu’à coup de batte de baseball.
    Je ne suis pas fan des Femen (comme expliqué ici : http://hyperbate.fr/castagne/2013/04/07/filles-nues/) mais elles ont le droit de s’écrire « Fuck your god » sur le corps si ça les chante, et si Dieu est mécontent, il n’a qu’à venir le dire, non ? (mais nous savons tous pourquoi il ne le fera pas, bien sûr) Je n’ai pas vu qu’elles aspergeaient des gens à la bombe (bombe de quoi ?), mais si elles le font, c’est très con.
    Sur Caroline Fourest, je crois que son métier est d’être irritante, comme Zemmour, Élisabeth Lévy, etc. : ils sont invités sur les plateaux mais personne ne les aime, ou quasi. Un rôle étonnant, un peu masochiste.

  37. By Un Oeil on Avr 22, 2013

    « Je n’ai pas vu qu’elles aspergeaient des gens à la bombe » => Je comprends que vous ne l’ayez pas vu, cela vous a été caché : Caroline Fourest, qui était aux premières loges, a oublié de nous en informer (cherchez « FEMEN gaz » dans Google Images). « Irritant », non ?

    Pour reprendre le fil de notre discussion : la tolérance s’exprime en effet envers ceux avec qui on n’est pas d’accord, sinon elle ne vaut rien. Mais que vaut de laisser s’exprimer les autres si c’est pour les cataloguer sous une étiquette standard qui les disqualifie d’entrée de jeu ? Quel débat sérieux pouvez-vous avoir si vous considérez que celui en face est un « phobe » de quelque chose, c’est-à-dire un déséquilibré mental ? Débattre, c’est aussi considérer que son propre avis contient une marge d’erreur sur laquelle l’autre peut influer, sinon quel intérêt ? Pourquoi débattre avec quelqu’un qui n’envisage aucune autre option que celle où de vous rallier entièrement à son opinion ?

    Vous voulez croire que tous les manifestants ne veulent pas de mal aux homosexuels, mais vous n’y parviendrez pas tant que vous considérez que leur motivation est de « se battre contre le mariage des autres », justement. Si vous défilez contre le clônage humain, vais-je vous dire que vous vous mêlez de ce qui ne vous regarde pas et que vous vous battez « contre le clonage des autres » ? Il faudrait commencer par reconnaître que cette loi touche à des questions de société qui interpellent tout le monde à juste titre. Et évidemment, derrière le mariage, je pense qu’une bonne partie des manifestants craignent en fait les étapes suivantes, qui s’enclencheront automatiquement (PMA, GPA) ou à plus long terme (si l’amour est le seul critère pour se marier, pourquoi le limiter au couple, conception bourgeoise et réactionnaire s’il en est, et qu’est-ce que la République aura à opposer à 3 ou 4 personnes qui veulent élever un enfant dans l’amour ?)

  38. By Jean-no on Avr 22, 2013

    @Un Oeil : je m’en voudrais de prendre la défense des Femen ou de Caroline Fourest, mais en voyant les photos, je doute qu’il s’agisse de bombes lacrymogènes, plutôt de bêtes fumigènes, non ? Manipulées comme ça, en formation chaotique, tout ce que peuvent faire les personnes de bombes lacrymogènes, c’est d’être leurs premières victimes !
    J’ai l’esprit assez ouvert, quand on me propose une nouveauté (le mariage pour tous par exemple), j’y réfléchis, et j’écoute les arguments des uns et des autres. Mais ça fait des années qu’on en parle, et des mois que plus aucun argument neuf ne vient : je me suis fait mon idée depuis longtemps, c’est sûr. On voit facilement percer de mauvaises raisons aux demandes des « anti », ne serait-ce que dans le fait de présenter des arguments absurdes – par exemple de craindre des dérives qui ne sont pas dans la loi et que la loi n’implique aucunement : la GPA, typiquement (la PMA, elle, est permise à une femme célibataire ou à des couples hétérosexuels à qui la nature refuse des enfants…, il semble logique qu’elle soit possible pour deux) ou le droit des hommes à accoucher (oui, je sais, personne n’en a vraiment peur, mais tant qu’on y est à dire n’importe quoi).
    Sur le couple, faut voir. Les tribus polygames façon Robert Heinlein (cf. Des papas, des mamans) pourraient exister, être régularisées (j’imagine que ça existe), mais ça semble un casse-tête terrible pour le fisc et la succession, sans parler de la difficulté de s’assurer que ça ne servira pas un projet anti-égalitaire et notamment, opposé aux droits des femmes. Inversement, le « mariage pour tous » est une étonnante affirmation de la primauté du couple stable et institutionnalisé dans la société, non ?

Désolé, les commentaires sont fermés pour cet article