Profitez-en, après celui là c'est fini

L’homme terminal

novembre 15th, 2008 Posted in Lecture

Michael Crichton est décédé le 4 novembre dernier. Son nom est un peu moins célèbre que celui de Stephen King mais son œuvre est bien connue, notamment de par ses adaptations au cinéma ou à la télévision : Jurassic Park, le Mystère Andromède, le 13e guerrier, Sphere, Harcèlement, Turbulences, Soleil Levant, Timeline, Congo… On lui doit par ailleurs la série télévisée Urgences et des scénarios originaux pour des films dont il a parfois été le réalisateur tels que Mondwest, Runnaway et Looker. Quelques romans historiques, et beaucoup, beaucoup de récits de science-fiction.
Anthropologue et médecin de formation, il complète souvent ses livres d’une bibliographie annotée des ouvrages et des articles qui lui ont servi de documentation.

Il a été à sa manière le Jules Verne des quarante dernières années, mais un Jules Verne un peu moins positif que ne le fut, la plupart du temps, l’original, car si la science le passionnait et le fascinait, il a peu ou prou fondé tous ses récits sur cette question : « et si ça déraille ? ».
Et si les cow-boys automates du parc à thème se dérèglent ? Et si les dinosaures ressuscités par génie génétique s’échappent ?…

La question posée dans L’Homme terminal (1972) semble un peu tirée par les cheveux : fallait-il vraiment implanter un ordinateur dans le cerveau d’un homme épileptique, psychotique, soufrant d’absences pendant lesquelles il se montre dangereux et peut-être même meurtrier ? Cet homme, Harry Benson, est un programmeur dont le cerveau dysfonctionne depuis un accident de voiture. Très intelligent, d’un naturel doux, il est persuadé que les machines, les ordinateurs, vont conquérir le monde et que le cerveau humain est quelque chose d’obsolète. Il pense même être complice de cette inéluctable domination de la machine sur l’homme, c’est même ce qui l’a poussé à accepter que l’on ouvre sa boite crânienne pour connecter un minuscule ordinateur alimenté au plutonium à son cerveau par le biais d’une quarantaine d’électrodes censées corriger en temps réel les anomalies du fonctionnement de son système nerveux. Car l’homme a échafaudé un plan et compte profiter de son opération pour détruire l’ordinateur IBM 360 que vient d’accueillir l’hôpital universitaire.
Un petit extrait des enregistrements de séances de psychiatrie de Benson avant son opération donne une idée de son état d’esprit :

Ils ne savent pas ce qu’ils font. La machine est partout. Autrefois elle était là pour servir l’homme, à présent c’est l’homme qui peu à peu devient l’esclave de la machine […] Je sais que je trahis l’espèce humaine en essayant de perfectionner la machine. C’est mon métier, je programme l’intelligence artificielle […] Je les déteste, particulièrement les prostitués, les mécaniciens sur avions, les danseuses, les traducteurs, les pompistes, tous ceux qui sont des machines ou qui servent la machine, tous ceux qui se prostituent, je les hais.

Pour tout arranger, Gerhard et Richard, les chercheurs en intelligence artificielle qui ont mis au point la puce implantée à Benson ne maîtrisent pas totalement leurs créations, comme en témoignent les dialogues entre deux de leurs programmes, l’acariâtre Martha et le doux « Saint » George, qui apprend finalement à devenir aussi hostile que le programme Martha : Je te donne une aubergine – non merci – j’insiste – vas au diable, je vais te tuer.
Patient fou, technologie hasardeuse, les conditions ne sont pas vraiment réunies pour tester sur Benson un dispositif qui stimule les zones de plaisir ou de déplaisir du cerveau à chaque fois qu’une crise menace d’advenir. Car si elles semblent bien être neutralisées par l’action de l’interface bionique, les crises s’avèrent de plus en plus fréquentes et, trente-six heures seulement après l’opération, Benson s’évade de l’hôpital au nez et à la barbe du policier qui était chargé de veiller sur la porte de sa chambre. Aidé par une amie et par une prescription médicale ambiguë que les infirmières s’étaient refusées à administrer, le patient se retrouve dans la nature, prêt à chavirer d’un moment à l’autre. Et ce qui devait arriver arrive. Benson tue une danseuse, un mécanicien, tente d’assassiner plusieurs de ses médecins et est, pour finir, abattu par un policier.
Ne pensez pas que je vous ai gâché le livre en vous en révélant la fin, celle-ci peut-être devinée dès les premiers chapitres, tout au plus se demande-t-on quels seront les dégâts collatéraux. Le récit met l’accent sur la vie de l’hôpital (et notamment sur la lutte de pouvoir entre l’oligarchie des médecins et celle des infirmières). La chose est à peine ébauchée mais c’est pourtant ce qui me semble le plus intéressant ici.
Je suppose que l’Homme terminal a eu une petite influence sur le film Le Cobaye (The Lawnmower Man, 1992), dont nous reparlerons.

L’homme terminal n’est pas considéré comme un très bon Crichton mais le livre a néanmoins été adapté au cinéma en 1974. Le film n’a pas été édité en DVD à ce jour.

(mise à jour 2011 : The Terminal Man est à présent édité en DVD, j’ai d’ailleurs consacré un article à ce film)

  1. 2 Responses to “L’homme terminal”

  2. By Wood on Nov 15, 2008

    Pour ma part j’avais bien aimé le roman « Les Mangeurs de Morts » (adapté au cinéma sous le titre « Le 13ème guerrier »), mais pour vraiment l’apprécier, il faut le comparer au « Voyage chez les Bulgares de la Volga » d’Ahmed Ibd Fadhlan. (et à « Beowulf » bien sur).

  3. By CaroKazah on Mar 9, 2011

    Ah et bien merci en voila un que je ne connais pas, je croyais les avoir tous lu!

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