Profitez-en, après celui là c'est fini

Bande dessinée psychogénérative (1930)

septembre 13th, 2012 Posted in Bande dessinée, Images, Vintage

Une de mes voisines est morte il y a un an, précisément. Sa maison a été vendue, j’imagine que ce qui lui restait de famille a emporté tout ce qui était un peu précieux. Ce matin, devant chez elle, se trouvait le reste, ce qui n’a intéressé ni la famille, ni l’acheteur de son immense maison. Cette dame, comme son mari, avait exercé le métier de psychologue et de graphologue, dans le domaine du recrutement.
Ma mère, qui passait par là et que je remercie au passage, a ramassé ce document en supposant, avec raison, qu’il m’intéresserait :

La pochette plastique a permis au livret et aux images d’échapper à la pluie. Au dos est imprimé le prix : 10 dollars, port compris.
Il s’agit d’un test psychologique mis au point en 1930 (mais la pochette a été imprimée en 1958) reposant su les quatre reproductions d’aquarelles qui suivent.

Le test a été inventé par un universitaire hollandais, Van Lennep.
Dans un premier temps, le sujet doit regarder les quatre images pendant une durée d’une minute.  Il peut le faire seul, et le psychologue n’intervient surtout pas.

Une fois que c’est fait, le sujet est invité à proposer une interprétation narrative. Il doit transformer les images — ou plus exactement le souvenir qu’il en a, puisqu’on les lui a confisqué — en un unique récit écrit.

Les images, dans l’ordre, représentent : le fait de se trouver avec une autre personne ; le fait de se trouver seul ; le fait de se trouver solitaire (socialement seul) ; et pour finir, le fait de se trouver avec plusieurs autres personnes.

Ce qui intéresse le psychologue, dans le récit produit, ce sont toutes les « variables », tous les éléments qui ne se déduisent pas des images mais relèvent de l’interprétation et de l’association d’idées : l’homme seul sous un réverbère est-il sorti prendre l’air ou bien a-t-il été quitté par sa femme ?… L’angle étudié en priorité est celui des rapports homme-femme et des rôles de domination et de soumission. Le livret de 16 pages contient diverses pistes d’interprétation ainsi que les références d’études produites à l’aide de cet test. Le nom de l’auteur des aquarelles n’est pas mentionné.

J’imagine que ce genre d’outil est banal pour les psychologues — comme tout le monde je connais le célèbre test de Rorschach, qui impose l’interprétation de taches abstraites symétriques, et j’ai entendu parler du Thematic Apperception Test, qui s’appuie sur des dizaines d’images ambiguës que le sujet interprète —, mais cette méthode singulière m’intéresse particulièrement car elle impose d’élaborer une fiction dessinée en quatre cases. Je ne tire de cette simultanéité aucune conclusion, mais les années 1920-1930 constituent précisément une période particulièrement dynamique pour le comic-strip, qui est présent dans toute la presse, et qui s’est diversifié thématiquement, puisqu’en plus de l’humour (PopeyeMickey,…), les auteurs se mettent à produire des récits d’aventure plus ou moins sérieux : Little Orphan Annie, Dick Tracy, Tarzan, Flash Gordon, etc.
C’est aussi l’époque où l’agence Opera Mundi a inventé la locution française « bande dessinée ».

  1. One Response to “Bande dessinée psychogénérative (1930)”

  2. By Stéphane Deschamps on Sep 13, 2012

    Chouette artefact, en tout cas.

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