Profitez-en, après celui là c'est fini

Espace virtuel et réel (notes)

juin 11th, 2012 Posted in Images, Les pros

(peu de temps pour poster en ce moment : je suis en train de finir mon prochain livre, un « beau livre » de 300 pages dont la parution est prévue pour octobre prochain. Sans en faire un vrai article, et malgré une photo floue, j’avais envie d’évoquer ce sujet, avant qu’il ne sorte de ma mémoire)

Pour la seconde fois cette année, un commerçant m’affirme mordicus que le paquet que je suis venu chercher ne se trouve pas dans son stock, puisqu’il n’est « pas dans la machine ». Effectivement, la base de données ne contient pas mon nom. Cette fois-ci, j’ai dû appeler le transporteur qui, après m’avoir d’abord raccroché au nez (« tous nos opérateurs sont actuellement occupés. Afin d’écourter votre attente, nous vous conseillons de renouveler votre appel ultérieurement. Tuuuut… ») a fini par identifier mon problème : la boutique en ligne où j’avais effectué ma commande avait interverti mon nom et mon prénom. Le colis était donc bel et bien là où il devait se trouver, mais les informations liées étaient incorrectes. Je m’en suis voulu de ne pas y avoir pensé plus tôt, c’est un type d’erreur assez basique.

Ces boutiques (deux maisons de presse différentes, en l’occurrence) sont terriblement encombrées par leur activité de relais de distribution : les colis sont entassés et débordent, il semble avisé de vouloir vérifier ce que dit la machine qui sert à gérer le stock avant d’y engager des fouilles laborieuses. Mais de même que la carte n’est pas le territoire et qu’une représentation de pipe n’est pas une pipe, la base de données d’un stock n’est pas le stock.

Toujours cette semaine, j’ai visionné le film Revolver, par Guy Ritchie, qui m’a un peu dérouté, mais pas suffisamment intrigué pour que je parvienne à garder les yeux ouverts jusqu’au bout. Le peu que j’ai vu du film m’a été désagréable et je me demande si ça n’est pas dû, outre le scénario un peu vaseux (la récit est fait en voix off pendant une grande partie du film) à un problème de représentation de l’espace.

Pendant tout le début du film en tout cas, les personnages apparaissent dans un espace fictif. Le tournage a manifestement été réalisé sur fond vert et les figures ont été incrustées sur des décors filmés séparément. Le procédé est très répandu (tourner en décors réels, par exemple en ville, est devenu extrêmement coûteux), souvent indétectable, mais plus ou moins bien réalisé, plus ou moins respectueux des règles de la perspective. Contrairement aux incrustations ostentatoires dont raffolaient les réalisateurs de télévision il y a une trentaine ou une quarantaine d’années (par exemple Jean-Christophe Averty), le trucage n’est pas fait pour être vu, ne saute pas aux yeux, et c’est à mon avis précisément ce qui provoque une gène, semblable au célèbre phénomène de l’uncanny valley pour les figures humaines : moins la différence entre l’automate et l’homme est perceptible et plus il est dérangeant.

Il me semble qu’il existe un véritable plaisir pour le spectateur lorsque la caméra et le scénario expliquent bien l’espace. Inversement, rien de plus désagréable qu’un scénario qui rend incohérent un espace que nous connaissons bien (une course-poursuite dans Paris qui effectue un circuit illogique pour ceux qui connaissent la ville, par exemple). Bien sûr, l’effet peut servir à créer un climat onirique lorsqu’il est maîtrisé, mais ça n’est pas le cas ici.

  1. 4 Responses to “Espace virtuel et réel (notes)”

  2. By Fatima Aziz on Juin 11, 2012

    Tu penses que ça été réussi dans Inception?

  3. By Stéphane Deschamps on Juin 11, 2012

    @Fatima : Ah oui pour moi de ce point de vue Inception est une réussite. (de plein de points de vue, d’ailleurs).

  4. By Jean-no on Juin 11, 2012

    C’est marrant, j’ai pensé à Inception en écrivant. Les deux scènes que j’ai aimées dans le film jouent sur l’espace : le Paris haussmanien qui se replie et le pont du métro aérien en jeu de glaces fonctionnent, je trouve, très bien. Pour le coup, ce qui m’a manqué, ce n’est pas le rapport à l’espace mais le reste : des personnages ou une trame que j’aie vraiment envie de suivre. Pour moi, le film reste un peu à l’état de potentiel, et je sais que c’est méchant de dire ça mais je crois que j’ai préféré la bande-annonce :-)
    Note : je l’ai vu sur un petit téléviseur, en DVD, et mon petit doigt me dit que ça me fait perdre une partie des qualités du film.

  5. By V L A O T C H O S E ! on Juin 11, 2012

    J’approuve, et trouve que c’est justement l’absence de cette intelligence de l’espace qui est un des échecs de Dark Shadows (parmi d’autres certes)il est extrêmement difficile de situer les lieux du film les uns par rapport aux autres, et même les différentes pièces du manoir où se situe l’action ! Quel désarroi de voir Tim Burton avouer de film en film (Charlie, Alice, …) cette si flagrante lacune !

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