Profitez-en, après celui là c'est fini

Off Screen

mars 23rd, 2011 Posted in Au cinéma, Écrans et pouvoir, Parano

Le 11 mars 2002, soit six mois jour pour jour après le 11 septembre 2001, John R., un conducteur de bus de 59 ans se présente à l’accueil de la Tour Rembrandt, gratte-ciel d’Amsterdam. Il est armé, affirme être en possession d’une bombe et exige que l’on convoque la presse mais aussi le dirigeant de la division électronique grand public de la société Philips, car il a des révélations à faire. L’affaire se complique lorsqu’il découvre que les bureaux de Philips ont déménagé pour l’immeuble d’en face une semaine plus tôt. Pendant la durée de la prise d’otage, le film raconte sous forme de flash-backs les évènements qui ont amené John R. à se retrouver dans cette situation. L’histoire est vraie, cela nous est dit dès les premières images, mais le film, réalisé par le néerlandais Pieter Kuijpers en 2005, la raconte de manière assez subjective et se place du point de vue du preneur d’otage.

Séparé de son épouse après plus de trente ans de mariage, John R. ne se résigne pas à prendre sa retraite malgré l’insistance de son employeur. Il semble avoir quelques manies bizarres et sa perception de la réalité n’est pas exactement celle des autres. Un jour, il bande le pied d’une passagère qui a fait une chute et avec qui il a eu une conversation badine sur son emploi chez Philips. Quelques jours plus tard, il apprend que cette femme a porté plainte contre lui pour insultes. Plusieurs fois, on s’étonne de la manière dont John est traité dans sa compagnie de bus, parfois raillé pour ses manies curieuses, parfois réprimandé pour son insistance à venir travailler alors que ses horaires ont été réduits. Régulièrement, John scrute son téléviseur écran large Philips car il a remarqué que très peu de programmes 16/9e étaient disponibles et que dans les bandes noires qui se trouvent de part et d’autre des images diffusées, apparaissent des messages codés. Il écrit de longues lettres chez Philips mais personne ne lui répond jamais.

Un jour, sur le trajet de son bus, sur une route de campagne, il recueille un homme dont la voiture est tombée en panne et qui se rend dans son village natal. En partant, l’homme oublie son attaché-case dans le bus et John découvre en l’ouvrant que ce passager est Gerard Wesselinck, un dirigeant de la société Philips. Il décide d’aller rendre ses affaires en mains propres à Wesselinck. En passant, il veut l’interroger au sujet des nombreuses lettres qu’il a envoyé : ont-elles été lues ? L’homme lui explique qu’un service de la société est dédié à ouvrir le courrier des consommateurs, mais qu’il est évidemment rare que des courriers lui soient transmis à lui.

Quelque temps plus tard, Wesselinck prend à nouveau le bus de John. Il a même acheté une carte d’abonnement. John est alors certain qu’il n’y a aucune forme de hasard dans l’enchaînement des situations : si le dirigeant de Philips a pris son bus, s’il a oublié son attaché-case, c’était exprès, c’est parce qu’il a bel et bien lu ses lettres. Lorsque John lui explique  ce qu’il pense avoir deviné de la situation, Gérard ne dément pas.

Gérard, qui devient l’ami de John, lui explique qu’il a effectivement lu toutes ses lettres, et qu’il a même été frappé par la vérité de ce qu’elles contenaient, par la clairvoyance de John. Oui, dit-il, les écrans larges envoient bien des messages codés. Un jour, Gérard emmène John en rase campagne dans une bâtisse discrète où se trouve un prototype d’écran de télévision. Alors qu’il ne fait que regarder des poissons rouges, John est saisi par des sentiments très divers : une forte envie d’uriner ou de vomir, une sensation de chaleur inconfortable, une peur irrépressible, une colère ou une excitation sexuelle, etc.

Ce téléviseur manipule le cerveau des spectateurs, et cela inquiète Gérard qui explique à John que les actionnaires, avides d’argent, veulent commercialiser ce produit sans le tester sérieusement et sans mesurer les conséquences qu’il aura. De plus, Gérard craint d’être évincé de chez Philips. L’homme qui lui a tout appris, son mentor, a déjà disparu et tout est fait comme s’il n’avait jamais existé.

Pour son anniversaire, John invite son supérieur hiérarchique et sa femme, qui ne viennent ni l’un ni l’autre. On sait que John fait peur à sa femme, mais on ne sait pas trop pour quelle raison. En revanche, Gérard se présente, et il est accompagné de la présentatrice du Quizz, le jeu télévisé favori de John. Tous trois partent dans une salle de tir où ils s’entraînent sur une cible.

Plus tard, la présentatrice confie à John que Gérard a besoin de son aide. Comme cadeau d’anniversaire, John a reçu de Gérard une arme à feu. Lorsqu’il revient travailler le lendemain, John apprend qu’il a été licencié. Tout est en place pour la prise d’otage, mais les choses ne se passeront pas comme prévu : Gérard refuse de venir, prétend ne pas connaître John et a été promu à la tête de Philips… Aux fenêtres, John exige que soit affiché le slogan We mislead1.

Évidemment, l’histoire se termine mal.

On comprend assez rapidement que John a quelques petits problèmes avec la réalité et a quelques idées fixes — il se sent notamment poursuivi par un jeune homme qui l’a agressé. Ce n’est pas mal filmé, les acteurs sont bons, notamment l’acteur principal, John Decleir, qui a une physionomie extraordinaire qui peut rappeler Spencer Tracy. Pourtant le spectateur reste extérieur au délire, ne se sent finalement ni entraîné, ni perturbé. Peut-être paralysé par le fait qu’il s’appuyait sur une histoire vraie et cherchant avant tout à bâtir un personnage cohérent dans sa folie, le scénariste n’a pas osé produire un récit véritablement inquiétant sur le thème de la paranoïa, d’une psychose centrée sur les objets technologiques et les émissions télévisées. C’est sans doute assez dommage, on est loin de réussites telles que Videodrome ou They Live, mais le film se regarde malgré tout avec intérêt.

  1. Dans la réalité, les slogans, rédigés dans un anglais approximatif, étaient « Philips Mislead » et « CEO Kleisterlee is lies ». — du nom de Gerard Kleisterlee, l’actuel président de Philips.  []
  1. One Response to “Off Screen”

  2. By PdB on Mar 23, 2011

    Le film a l’air bien, en effet. Merci. Il ilustre sans doute cette mode de relater des films « d’après une histoire vraie » comme si une histoire avait à être vraie, ou fausse…- qui se démarque (probablement) de ces histoires de sorciers (potter) ou de vampyres (twilight) blabla il me semble…

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