Profitez-en, après celui là c'est fini

La trace du pipi

novembre 25th, 2010 Posted in indices, Interactivité, Parano

Si l’on veut pouvoir utiliser les toilettes publiques des gares RATP d’Auber ou de Chatelet — et de bien d’autres sans doute — on doit présenter son « passe Navigo », une carte d’abonnement qui contient une puce RFID.
La porte reste fermée pour toutes les personnes en situation irrégulière, mais aussi pour celles qui ne disposent pas d’une carte d’abonnement et persistent soit parce qu’elles n’ont pas l’usage régulier des transports en commun, soit par refus d’être « traçables », à utiliser de simples tickets de métro1.

On se souviendra Gilles Deleuze dans son Post-scriptum sur les sociétés de contrôle en se disant qu’un tel système pourrait même servir à refuser un accès à certains détenteurs de passe Navigo et pas à d’autres, puisqu’ils permettent de connaître l’identité de leur porteur :

« Félix Guattari imaginait une ville où chacun pouvait quitter son appartement, sa rue, son quartier, grâce à sa carte électronique (dividuelle) qui faisait lever telle ou telle barrière ; mais aussi bien la carte pouvait être recrachée tel jour, ou entre telles heures ; ce qui compte n’est pas la barrière, mais l’ordinateur qui repère la position de chacun, licite ou illicite, et opère une modulation universelle ».

Une fois de plus2, les machines utilisées pour réguler et organiser le flux et l’activité de ses usagers sont conçues dans un esprit brutal. Le fait d’uriner, qui est une fonction vitale et commune à à peu près tous les animaux et qui, chez l’homme, engage aussi la pudeur et les conventions sociales, est ici traçée, contrainte, encadrée.
Pas la peine de rappeler que le fait d’empêcher quelqu’un d’uriner lorsqu’il en a besoin ou de l’empêcher de le faire de manière décente, est une technique de torture et d’humiliation qui a été employée, par exemple, dans les prisons d’Abou Ghraib et de Guantanamo.
Il y aurait beaucoup à dire sur les toilettes publiques en France, au delà du métro parisien.

  1. On me fait remarquer qu’il y a, sous la borne Navigo, une fente servant à passer un ticket de métro. Je l’avais bien remarquée, malgré l’absence d’indications écrites et le fait qu’elle ne semble pas adaptée au format du ticket, mais elle n’a pas fonctionné en ce qui me concerne et j’avais supposé qu’elle était destinée à un autre type de carte magnétique… Je referais une tentative à l’occasion. []
  2. Lire aussi : Machines hostiles et Les portes. []
  1. 20 Responses to “La trace du pipi”

  2. By Rufus on Nov 25, 2010

    Au bas de l’interface de contrôle de la carte navigo, il y a un petit symbole: un rectangle rose traversé d’une ligne noire. Ce symbole représente un ticket de métro: il est possible d’ouvrir ces toilettes avec un simple ticket, non traçable. Fail.

  3. By Jean-no on Nov 25, 2010

    @Rufus : essayez, vous m’en direz des nouvelles !

  4. By noname on Nov 25, 2010

    C’est vrai qu’il vaut mieux que les fraudeurs pissent dans les couloirs ou dans les coins. C’est quand même plus sympa.

  5. By Jean-no on Nov 25, 2010

    @noname : et les clochards, qui, il me semble, ont le droit de s’abriter dans le métro en cas de grand froid et qui ne sont à ce moment ni fraudeurs, ni usagers réguliers (mais peut-être que ça aussi a changé ?)

  6. By Gunthert on Nov 25, 2010

    On peut constater une fermeture semblable des toilettes dans certains cafés parisiens, qui nécessite un jeton ou une pièce pour y accéder. On comprend bien qu’il s’agit d’éloigner les usagers illégitimes, dont on devine au développement de ces systèmes que leur nombre a dû s’accroître dans la période récente. Bienvenue dans un monde néolibéral, qui montre qu’il sait partager les effets la paupérisation qu’il a créé…

  7. By Clément on Nov 25, 2010

    @Gunthert

    Bien vue en effet ! Un système imaginé par K.Dick il y a bien longtemps dans Ubik :
    http://www.designetrecherche.org/?p=251

  8. By Alessandra on Nov 25, 2010

    Il existe un pass Navigo anonyme (Navigo Découverte) mais il coûte 5 euros. Ouvre-t-il la porte des toilettes de la RATP ?

  9. By Jean-no on Nov 25, 2010

    @Alessandra : je suis certain qu’il ouvre la porte des toilettes, mais est-il si anonyme, ce passe « découverte » ? Bien sûr on ne donne pas son nom, mais on continue d’être tracé et il suffit d’un contrôle policier pour rapprocher le « passe » de la personne.

  10. By GM on Nov 25, 2010

    @Jean-no : il fait comment le policier pour vous tracer ? (bon, c’est un peu HS, mais la fantasmagorie autour de Navigo est sidérante)

  11. By Jean-no on Nov 25, 2010

    @GM : Je prends les choses à l’envers, je me demande, si j’étais un service de renseignement, ce que je ferais. Première chose, je me dirais que les gens qui veulent de l’intraçable sont plus intéressants que les autres. Le reste en découle ;-)

  12. By cld on Nov 25, 2010

    et cet oeil violet, on dirait HAL..

  13. By Pierrre on Nov 26, 2010

    Bon mais est-ce qu’il y a vraiment une discrimination pass/ticket, pas seulement ticket/no ticket ?, faudrait vérifier…

    En dehors de la traçabilité, imposer ce mode d’accès – sans que l’on ai probablement demandé à personne si tel système valait mieux qu’un autre – renvoie à cette logique ou l’usage devient un service rendu et à rendre au seul client, à celui qui participe aux transactions que l’usage des lieux suppose. Mais je crois que c’est cette supposition qui ne va pas, car les usages peuvent être multiples et légitimes, comme celui des sans-abris dans le métro.

  14. By Jean-no on Nov 26, 2010

    @Pierre : les sans-abris (qui sont accueillis par grand froid) sont sans doute la catégorie visée.
    Je vais publier un vibrant mea-culpa quand j’aurais fait des photos explicatives : oui, on peut bien entrer muni d’un seul ticket, j’ai vérifié pas plus tard que cet après-midi. Mais c’est pas intuitif, ni même facile.

  15. By Pierrre on Nov 26, 2010

    Oui sans doute, et il n’y a pas que les chiottes, l’installation de sièges individuels et de bancs surelevés visent clairement à empêcher que quelqu’un puisse y rester, ou s’y allonger.

  16. By manu on Nov 27, 2010

    C’est en même temps un système qui dit clairement qu’on ne fait pas confiance aux gens même une fois passé la barrière. Faudrait ajouter un truc ou tu passe le navigo pour pouvoir rabattre un strapontin aussi tant qu’on y est.

  17. By Pierre on Nov 27, 2010

    Oui et c’est un message répété sans cesse : « faites attention aux pickpockets, à vos affaires, soyez sur vos gardes, méfiez vous des autres… »
    Ce qui devient assez agaçant , hormis le fait que cela me fait inévitablement penser aux superbes séquences du film du Bresson !

  18. By delfine on Nov 27, 2010

    j’ai toujours rêvé de faire pipi devant la porte des toilettes payantes de la SNCF…

  19. By opl on Déc 5, 2010

    Qui n’a pas de pass Navigo ? Fraudeurs, clochards … et provinciaux ! (c’est-à-dire tous les utilisateurs occasionnels de la RATP, ça doit inclure pas mal de franciliens également)

    Si un jour il me prend une envie pressante et que je ne suis pas dans le train qui m’amène à Paris (ou m’en éloigne) ni près d’un urinoir de surface JCDecaux (et s’il est confirmé qu’un simple ticket ne permet pas d’y accéder), dites-moi svp si une caméra surveillera l’entrée pendant que je me soulagerai sur la porte ? Je peux être dégueulasse si on m’y incite (en me refusant l’accès) mais je suis pas téméraire ^^

  20. By bd-cine on Déc 5, 2010

    si ce drôle d’oeil est Hal, je sais comment le neutraliser : il faut uriner dessus (ou avoir son pass navigo)

  21. By Nian on Jan 26, 2011

    Dans le même style en quinze fois mieux on va lancer les chaussure qui tracent et vous ouvre (Ô seigneur !) des pissotières VIP.
    http://vimeo.com/18926005
    Des chaussures à rfid intégrée, ne plus subir mais choisir d’avoir sa chaine.

    Le concept de marque conitnue d’évoluer, hérité, si je me souviens bien, des chaussures des vendeuses de charmes d’Alexandrie qui laissaient des traces dans le sable permettant de les identifier.
    L’idée est remise au goût du jour avec une ressemblance assez ahurissante à celle de départ.

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