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Appareils et cerveaux électroniques

novembre 20th, 2010 Posted in Sciences, Vintage

Encore un peu d’Albert Ducrocq : Appareils et cerveaux électroniques, publié par en 1952 par Hachette dans la collection Bibliothèque des merveilles, destinée à édifier l’honnête homme du XXe siècle au sujet de toutes les avancées récentes de la science.
J’adore la dégaine de savant fou du jeune homme qui fait une démonstration de chauffage par induction (ci dessous à droite).

Le livre traite comme d’un ensemble de toutes sortes d’appareils électroniques : télécommunications, télécommandes (avec lesquelles, dans le futur, « la main de l’homme agira partout à distance et de manière invisible »), capteurs, instruments de mesure, servo-commandes, cybernétique, etc. L’ordinateur est abondamment cité, sous le nom de « cerveau électronique » — rappelons que le mot « ordinateur » n’a été employé qu’à partir de 1955.
On notera que la programmation est nommée ici « conditionnement du cerveau ».

Ducrocq affirme que cette technologie révolutionnaire n’est que la dernière étape d’une longue évolution : boulier, pascaline, etc., mais voit le « cerveau électronique » (dont le prototype est selon lui l’ENIAC) comme bien autre chose qu’une simple machine à calculer électrique. Il rêve de « cerveaux portatifs » qui ne contiendraient que quelques centaines de lampes et pourraient, par exemple, être placées à l’intérieur d’avions.

Il insiste sur les performances extraordinaires de ces machines : William Shanks a passé trente ans de sa vie à calculer les sept-cent-sept décimales de π, alors que l’ordinateur en calcule plus de 1000 en une dizaine de minutes seulement. Des applications précises sont mentionnées : prévision météorologique, compréhension des mécanismes de l’économie, établissement de statistiques, fichage.
Il n’est cependant pas question d’ordinateurs effectivement pensants comme l’ont proposé les auteurs de science-fiction Murray Leinster (Un logic nommé Joe, 1946) ou Isaac Asimov (Multivac, 1955).

Ducrocq ne parle pas encore du fameux « bureau sans papier » (qui n’a été prédit sous ce nom qu’au milieu des années 1970), mais suppose que l’ordinateur permettra à l’avenir de réduire considérablement les besoins des administrations en termes d’encombrement comme en termes de personnel.

Les cerveaux électroniques n’apporteront rien à l’homme sur le plan de la pensée, mais dans le domaine de l’organisation, leur puissance paraît fabuleuse. Ne nous y trompons pas : sous mille variantes ils administreront demain la terre entière.

Ce petit livre, qui se présente comme destiné au grand public, effectue des prédictions raisonnables, que les faits n’ont pas fait mentir, et est illustré d’une quantité de schémas ou d’explications techniques plutôt pointues.

  1. 7 Responses to “Appareils et cerveaux électroniques”

  2. By Pashupati on Nov 22, 2010

    Bonsoir,
    Je vois à peu près comment l’Eniac fonctionnait, mais je me demande si vous ne connaîtriez pas des titres de documents/romans/quoi-que-ce-fûtent qui donneraient au moins une vague idée de comment, en pratique, on le programmait, au moins rien que pour calculer 1+1 ? (oui, je sais, les câbles, mais comment ?)
    Mel Kaye me cognerait dessus :(
    Merci !

  3. By Jean-no on Nov 22, 2010

    Le livre de Ducrocq répond justement à ce genre de questions mais je ne dirais pas que je comprends vraiment bien.

  4. By jefaispeuralafoule on Nov 22, 2010

    Ce que je trouve intéressant, c’est que bien qu’utilisant la définition « cerveau électronique », il semble que l’auteur ait créé un périmètre très particulier pour lui, au titre qu’il dit que le dit cerveau n’apportera rien à la pensée, mais qu’il aidera à calculer, analyser, classer les informations. Les termes « ordinateur » et « computer » ont un sens qui valident d’ailleurs ses idées.

    A partir de là, je me demande, n’ayant pas une grande culture SF, quel auteur a commencé à envisager que la machine puisse devenir pensante. Nombre des exemples présents ici laissent suggérer que ce serait bien antérieur à l’ouvrage du jour. En ce cas, je suis presque surpris que A.Ducrocq n’ait pas saisi cette idée pour se dire « après tout, si l’on développe un cerveau, c’est aussi pour que celui-ci aille au-delà de ‘simples’ calculs, si compliquées soient-ils pour le cerveau humain » (comprendre simple dans le sens qu’ils ne représentent aucun défis philosophiques, qu’ils sont donc un enchaînement de calculs élémentaires).

    Qu’en pensez-vous?

  5. By Jean-no on Nov 22, 2010

    La première évocation d’une pensée mécanique, à ma connaissance, c’est The Ablest man in the world, par Edward Page Mitchell, en 1879 : excité par les travaux de Babbage et pensant qu’on pourrait les miniaturiser grâce à l’horlogerie, l’auteur a imaginé qu’on pourrait remplacer le cerveau d’un simple d’esprit par une mécanique et en faire un dictateur pire que Napoléon…
    Enfin en général, les « cerveaux mécaniques » sont tous liés à des corps mécaniques, à des robots, quoi (ex. l’hilarant Jim Click de Ferdinand Fleuret).
    Ensuite il y a le fameux Un logic nommé Joe de 1946, qui invente l’ordinateur pensant et surtout, le micro-ordinateur, car la nouvelle est sortie après la découverte de l’existence de « machines à penser » (qui étaient des secrets militaires jusque là) mais avant que le cliché des lourdes machines à calculer ne soit installé dans l’imaginaire collectif.
    Au fond, plus on est proche de la réalité d’une chose et plus il est probable qu’on limite son imagination, c’est peut-être tout l’intérêt de la science fiction qui s’autorise à imaginer sans s’embarrasser de faits ennuyeux tels que l’impossible dépassement de la vitesse de la lumière ou le sens de la flèche du temps.

  6. By jefaispeuralafoule on Nov 22, 2010

    Merci pour ces précisions.

    Je reconnais quelques lacunes en SF, simplement parce qu’étant issu d’études « mécaniques », j’ai souvent eu du mal à avaler les couleuvres technologiques « mal » expliquées. Pourtant, je ne suis pas réfractaire, loin de là… Seulement, de là à gober des aberrations, il y a un pas que j’ai souvent du mal à franchir.

    C’est intéressant de se rendre compte qu’il y a des mouvances très différentes dans le domaine, surtout concernant la « conscience » électronique. Entre la froideur d’un HAL et le sentimentalisme intégré par Asimov dans certains de ses écrits, il y a pléthore de regards sur l’avenir. J’apprécie ceux qui sont positifs, au titre qu’il suggèrent un progrès plus en complément du quotidien, qu’invasif comme c’est trop souvent décrit. En plus, la psyché électronique conduit immanquablement à des débats sans fin sur les bonnes pratiques de développement de la dite conscience: intégrer les préceptes d’Asimov (lois de la robotique), ou bien plutôt s’orienter vers une forme d’indépendance de réflexion, ceci pouvant éventuellement (pour ne pas dire immanquablement dans la SF sombre) vers des dérives de névroses et paranoïas.

    Quoi qu’il en soit, certains furent visionnaires, d’autres à côté de la plaque. J’aime l’idée peut-être saugrenue que, justement, quelque seront les progrès de l’électronique/informatique, ces « cerveaux » resteront (je l’espère) des assistants serviles, dénués d’une responsabilité individuelle, car, sans ego (développé ou non), nous n’auront pas à craindre un jugement relatif de leur part. J’estime en effet que notre plus grand danger vis-à-vis des technologies serait de rencontrer une nouvelle forme d’intelligence électronique, rigoureuse, et constatant à juste titre que la rigueur est l’aspect le plus controversé de l’homme. Ne dit-on pas (à tort) que ce qui nous différencie de l’animal commun, c’est de pouvoir philosopher?

  7. By Hubert Guillaud on Nov 23, 2010

    Je suis en train d’attaquer un livre qui devrait te plaire Jean-Noël : Une histoire de la mémoire de Douwe Draaisma, qui non seulement est très intéressant, mais qui en plus est bourré de vieux schéma de machines permettant la mémorisation.

  8. By Jean-no on Nov 23, 2010

    @Hubert : ah oui ça a l’air bien. Je viens d’acheter Total Recall par Gordon Bell et Jim Gemmell, liés à Microsoft, sur le sujet de l’extension numérique de la mémoire. Pas inintéressant, mais très Microsoft, avec une imagination parfois limitée à ce qui peut se vendre comme produit ou comme service, me semble-t-il (mais je dois trouver le courage de le finir avant d’en jurer).

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