Profitez-en, après celui là c'est fini

Science (et) Fiction

novembre 14th, 2010 Posted in Non classé

Je ne pouvais pas rater l’exposition Science et Fiction, Aventures Croisées, qui se tient à la Cité des sciences et de l’industrie depuis le 21 octobre dernier et jusqu’au 3 juillet 2011. Je n’y ai pas appris grand chose, et je ne m’attendais pas à ce que ce soit le cas, mais j’ai pu voir des documents assez émouvants : maquettes et costumes de films, éditions originales de livres et de revues, mais aussi manuscrits et notes de travail d’auteurs de science-fiction. L’objet le plus étonnant, pour moi, aura été le costume d’un personnage du film Tron : ce vêtement est noir et blanc, ce qui donne une idée des manipulations chromatiques opérées en post-production pour obtenir le résultat électrique que l’on sait.

On apprécie l’œuf d’Alien, les pyjamas futuristes de l’équipage Star Trek, les somptueux costumes et accessoires de Dune, ceux un peu plus kitschs de Battlestar Gallactica, la veste de Rick Deckard dans Blade Runner, les tuniques sexy de Logan’s Run, les uniformes des extra-terrestres de V, les combinaisons spatiales venues de Sunshine, 2001 ou encore de Outland, les maquettes (souvent authentiques) des Eagle de Cosmos 1999, des vaisseaux de Star Wars ou d’autres films et séries déjà citées. On trouve aussi de nombreux robots célèbres, dont certains ne sont que des répliques (la créature de Métropolis,  Robbie le robot ou encore C3PO) mais certains ont effectivement été filmés : R2D2 ou le robot de Buck Rogers, notamment.

L’exposition présente aussi une sélection plutôt réussie (mais pas très inattendue) d’affiches de cinéma, et un bon nombre de revues et de livres, dont certains que l’on a rarement l’occasion de voir autrement que sous forme de reproduction, de Cyrano de Bergerac, John Wilkins et Johannes Kepler à Analog, Amazing stories et Science-fiction magazine. Quelques documents uniques sont aussi montrés : extraits du story-board de l’Empire contre-attaque, dessins d’Albert Robida ou, sans doute le plus intéressant, documents de travail de romanciers qui, m’a-t-il semblé, sont presque tous français : Villers de l’Îsle-Adam, Pierre Boulle, Stefan Wul, Jacques Mondoloni,…

Des films à vocation pédagogique sont diffusés un peu partout, ils sont plutôt amusants, d’une facture un peu cheap, très courts. Sur de grands écrans, on aperçoit régulièrement des extraits de classiques du cinéma de science-fiction qui zappent à une cadence infernale (une astuce pour économiser sur les droits d’auteur ?). On peut aussi manipuler des bornes multimédia diverses (pas très réussies visuellement parlant) pour déclencher une simulation de voyage dans le temps, pour vérifier si l’on ferait un bon psycho-roboticien ou pour découvrir la réalité augmentée. Un film plus long, réparti sur quatre écrans, entend nous expliquer les enjeux de l’espace-temps. Il contient quelques bonnes idées visuelles, mais il aurait pu être un tout petit peu plus soigné, notamment du point de vue scientifique.

Si les collections sont superbes et d’un très bon niveau, le projet initial semble avoir été complètement oublié en cours de route. L’imaginaire scientifique et l’imaginaire science-fictionnesque se nourrissent-ils mutuellement ? Sans aucun doute, mais l’exposition n’en apporte presque aucune preuve. En dehors de l’exploration spatiale et de la robotique, la collection de thèmes traités (mondes virtuels, dystopies, génétique,…) n’est pas reliée à l’histoire des sciences ou des techniques, ou en tout cas ne l’est que de manière franchement superficielle. On perçoit une petite ambition dans l’explication du voyage dans le temps et de ses implications, mais cela ne va pas bien loin. Il semble que le travail véritable, de ce côté-là, se soit fait ailleurs : colloques, conférences, documents à consulter en ligne1 , catalogue, etc.

En bref, une assez belle exposition sur la science-fiction, mais en aucun cas une amorce de réflexion véritable sur la question du rapport qui lie ou ne lie pas science et fiction.
Quant à la science-fiction proprement dite, il faut bien admettre que les références présentées sont d’un grand classicisme et ne bousculeront pas l’idée qu’ont du genre les gens qui ne le fréquentent que par le biais des blockbusters américains.

  1. On peut notamment visionner ce débat entre Ursula Bassler et Roland Lehoucq sur UniversSciences.tv : Science et science-fiction, unies pour toujours ? []
  1. 13 Responses to “Science (et) Fiction”

  2. By Pashupati on Nov 15, 2010

    s/Quand à/Quant à
    :)

  3. By Nathalie on Nov 15, 2010

    Concernant le costume de Tron, j’ajouterais que le plus étonnant est de voir à quel point il est frustre : il a une touche vraiment grossière, très carton pâte (on a presque l’impression que les circuits sont dessinés au gros feutre) ce qui ne se perçoit pas nécessairement sur tes photos où il bénéficie d’un « éclairage » qui suffit à le flatter… En le voyant, on comprend que c’est justement la lumière qui, dans Tron, fait tout.

  4. By rxra on Nov 15, 2010

    petit réaction à propos du costume de Tron : sur le DVD sortie pour le 25 anniversaire (il me semble) il y a un making off super intéressant. Il y a notamment des explications sur les trucages, le compositing … j’ai été assez bluffé de voir en quoi la technique était proche de ce qu’on fait maintenant dans les jeux vidéos. L’impression de voir de « shader analogique » (enfin je me comprends).

  5. By Jean-no on Nov 15, 2010

    @Pashupati : corrigé !

    @rxra, @nathalie : je trouve très amusant Tron soit si souvent considéré comme un film pionnier de la 3D alors qu’il n’y a que dix minutes de 3D dans le film (la course en « light cycle » puis le vaisseau « ligne de commande », essentiellement). Tout le reste est un bricolage complètement analogique.

  6. By Clément on Nov 15, 2010

    J’y suis allé ce week-end et j’ai eu le même ressenti. Ça ressemblait davantage à une expo sur les block-buster de SF, avec du coup beaucoup trop de costumes à mon goût. Blade Runner j’adhère bien évidement, mais j’aurais préféré voir les objets dessinés par Syd Mead (la machine de Voight-Kampf) plutôt que le costume de Deckard qui fait plus référence aux films noirs qu’à de la SF. J’aurais aimé aussi plus d’équilibre : la moitié de l’expo est consacrée à l’espace et au space-opéra : il n’y avait rien par exemple sur Idiocracy dans la partie voyage dans le temps ou Avalon pour le cyberespace (c’est mon avis purement subjectif). Du coup dans l’ensemble, l’expo faisait je trouve vieille SF (je suis né dans les années 80 et pour moi Star Trek et la planète des Singes ne me touchent pas vraiment, à tort peut-être)
    C’est bien dommage, car à part les petites vidéos pédagogiques un peu « cheap », il n’y avait pas beaucoup d’éléments pour faire le lien entre la science et la fiction, mis à part les costumes spatiaux de cinéma (et celui d’Abyss) comparés à un authentique costume d’astronaute.
    Je pense qu’il y avait de quoi faire : la galerie des robots était une bonne idée, pourquoi n’y avoir mis aucun robot industriel ou de loisirs ? (en fait il y en avait un mais bof)

  7. By Trois Carrés on Nov 15, 2010

    C’est un symptôme des difficultés qui atteignent la science fiction actuellement. On ne sort pas de l’ombre sans péril. Après avoir parcouru le XXe siècle dans les genres mineurs, la SF est devenu un genre plébiscité, fabriquant des récits reconnus par tous. Valorisée par le capital, institutionnalisée, elle oublie sa fonction séminale pour rentrer dans les bottes apologétiques du récit majoritaire. Quant à la science, le récit continue de s’enfler exponentiellement, plus de connaissances, mais aussi des difficultés de même taille pour faire comprendre ses enjeux. la complexité court, nous avons beaucoup de difficultés à intégrer les nouveaux paradigmes épistémologique. Alors le plus souvent on raccorde la fantasme à ce que l’on connait déjà et cela tient lieu de science fiction. C’est ainsi que les expositions grand public ne sont pas en mesure de répondre à nos préoccupations de connaisseurs. Les responsables de ces évènement doivent rabâcher ce que l’on sait au risque de ne pas être compris si ils sortent des lieux communs.
    Une exposition sur ce sujet aurait du être conçue comme une activité prospective en soi et non pas comme un produit supplémentaire pour la Cité des Sciences. l’ennui règne !

  8. By Bishop on Nov 15, 2010

    Du coup cela recoupe mon envie. C’est dommage de ne pas se pencher plus sur la littérature… et tout ce que cela mettait en branle.

    Bref. Tant pis.

  9. By Jean-no on Nov 15, 2010

    @Bishop : il faut dire que la littérature, c’est difficile à montrer finalement, surtout en concurrence avec des accessoires de cinéma.
    J’ai regretté (mais ça aurait demandé plus de place) qu’il n’y ait pas quelques œuvres d’art contemporain science-fictionnesques, comme les boulots de génétique d’Eduardo Kac ou tous les travaux sur la surveillance, qui eussent rendu la partie « dystopienne » de l’expo un peu plus intéressante – c’était clairement la partie la plus vide, dommage.

  10. By J... on Nov 15, 2010

    Je me permets de la référence à 2001 pour vous demander pourquoi le fameux HAL n’apparait pas dans votre liste des ordinateurs célèbres. Je doute qu’il s’agisse d’un oubli. Mais alors pourquoi ?

  11. By Jean-no on Nov 15, 2010

    @J… : hé hé :-)
    L’article est en chantier depuis longtemps, il est déjà très (trop) long, d’autant que je ne me suis pas limité à 2001, j’ai visionné 2010, et lu trois des quatre romans de Clarke et même la nouvelle La sentinelle qui est à leur origine… Bref, ça viendra, ça viendra. Je pense que cet article est attendu :-)

  12. By troiscarres on Nov 15, 2010

    @ bishop
    A mon avis le Finnegans Wake est une oeuvre de science fiction, dans le sens où poussant le rapport fond forme l’oeuvre nous met en place une autre expérience du réel. Nous permettant ainsi d’utiliser une autre conceptualisation.
    Un peu comme lorsque tu comprends la première l’utilisation des nombres imaginaires. Jamais tu aurais pu croire qu’une racine négative soit opérationnelle et tu découvres que c’est efficace. finalement la bizarrerie de l’ensemble est un voyage. La traducteur le compare à Star Trek…
    Nous croulons sous les récits dickiens fait par les exégètes hollywodiens dont la trahison est colossale. nous avons un Dick sans sa substance. D’un mort, ils ont fait un ectoplasme littéraire. Ils ignorent les questions théologiques sous jacentes de son oeuvre. Les contraintes marketing corrodent tout même les plus belles idées.
    Ne soyons pas surpris si la substance vient à manquer à la Cité des Sciences. Il ne peut en être autrement et sachons leurs être gré de ne pas avoir invité les jumeaux que l’on ne saurait citer…
    Bonjour chez vous …

  13. By troiscarres on Nov 15, 2010

    @JN
    Eh oui Hal a 9 ans en temps romanesques…
    Nous attendons les résultats de l’expédition américano_soviétique… Hal a 41 ans en temps historique, mais il était pressenti par les lecture rigoureuse et obsessionnelle de Kubrick. Abonné au Scientific Américan, il avait constitué une base de données sur les faits scientifiques… 2001 est une histoire incroyable.. Préexistant il était déjà présent dans le cerveaux anglais de Turing. C’est en 1955 que Philippe K Dick a commis ces premières esquisses fictionnelles.
    Nous avions la machine et ses conséquences.
    Les visionnaires Shannon, Weiner et Turing et le théologien PK Dick… La technique et sa morale… C’est beau… Kubrick nos raconte une histoire de double contrainte et de défiance à l’esprit humain.

  14. By Jean-no on Nov 16, 2010

    Bon, allez, j’ai publié mon 2001… J’ai enlevé quelques pistes non développées sur lesquelles je reviendrai.

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