Profitez-en, après celui là c'est fini

Voir du pays

avril 20th, 2008 Posted in Après-cours, Clips

Le « Wanderlust », c’est l’envie de voir du pays, l’envie de partir à la découverte du monde. C’est aussi le titre du dernier single issu de l’album Volta, par Björk. Dans une interview, la chanteuse islandaise explique que Wanderlust traite (en s’en moquant un peu) de sa faim de nouveauté (« I have periods when I’m hungry for something new ») et de la quasi-impossibilité qu’il y a à arriver là où on avait décidé d’aller.
La nouveauté est bien le moteur de Björk Gudmundsdottir qui ne s’est jamais satisfaite de ses succès. Lolita punk ultra-populaire dans son pays (une espèce de Lio ?), elle a appartenu à de nombreux groupes islandais, du rock gothique au jazz fusion, avant de percer internationalement avec le rock alternatif/new wave des Sugarcubes. Mais à peine le groupe découvert aux États-Unis et en Europe, sa chanteuse se lance (1992) dans une carrière solitaire, parce qu’elle vient de s’emballer pour les musiques électroniques émergentes de l’époque, house et techno. Et cela continue… En pleine mode techno, Björk reprend une balade de Betty Hutton ou fait jouer des ensembles de cordes. Toujours à l’affut de ce qui se fait de bien en musique, elle récupère les idées sans s’imposer de cohérence particulière, sa personnalité, sa voix inimitable et l’honnêteté de sa démarche suffisant amplement à rendre son œuvre cohérente.

Wanderlust

Depuis son album debut, Björk prête une attention particulière aux images et notamment au video-clip. Les films de Stéphane Sednaoui (son compagnon de l’époque), de Sophie Müller ou de Jean-Baptiste Mondino restaient assez banals malgré le talent de leurs rélisateurs, mais le célèbre Human Behaviour, par Michel Gondry, embarquait tout un univers écolo puissant et un rien torturé (ébauché dans le très amateur clip Birthday des Sugarcubes), que l’on retrouve dans Joga ou dans Wanderlust et qui colle de manière évidente à la musique de Björk. L’approche scandinave de la nature (bien visible dans les peintures romantiques des norvégiens August Cappelen et Johan Christian Dahl) est un mélange de fascination et d’effroi, de beauté et de mystère. Un rocher peut aussi bien être un troll (chez l’illustrateur Theodor Kittelsen par ex), les rivières sont meurtrières,…
Digression au passage : sans doute marqué par cet aspect très scandinave de l’univers de Björk, le cinéaste Bruno Nuytten a réalisé un très beau film, passé totalement inaperçu, et intitulé Jim, la nuit (Pierre Javaux productions). L’héroïne est une petite fille, Géraldine, adoptée par un couple d’enseignants français après que sa famille ait été massacrée en Afrique. Géraldine rêve d’aller dans le grand nord rencontrer la reine des neiges, l’ourse blanche qui la dévorera, et qui est aussi Björk. J’espère toujours une sortie en DVD de ce film, vu par hasard sur Arte (il n’est pas sorti en salles d’ailleurs). Fin de la digression.

Wanderlust

Le clip de Wanderlust a été créé pour être visionné en trois dimensions (stéréoscopie), il a d’ailleurs été montré par la New York Stereoscopic Society au musée américain d’Histoire Naturelle avant de sortir dans une version 2D. Le choix d’un musée d’histoire naturelle comme lieu d’exposition est assez logique car l’image est fortement inspirée par les panoramas et les dioramas des musées scientifiques, avec leur grande beauté picturale, leurs perspectives et leurs lumières étranges
Ce n’est pas la seule influence du clip, je note entre autres : les animaux géants de Princesse Mononoke et les divinités élémentaires de Chihiro. Les textures décoratives de Azur et Asmar. La peinture romantique américaine de paysages – qui montrait l’ouest sauvage et ses bisons (alors même qu’ils disparaissaient) et voyait souvent le « nouveau monde » dans une perspective religieuse, celle du paradis terrestre retrouvé. La peinture chinoise et les masques asiatiques. On pense peut-être à certaines scènes de Rêves, de Kurosawa.
Réalisé par le collectif Encyclopedia Pictura (Isaïe Saxon et Sean Hellfritsch, qui travaillent à San Francisco, passionnés par la résistance de la nature contre l’homme et s’inspirent notamment de la poésie et de la bizarrerie qui ressortent des illustrations scientifiques en couleurs du XVIIIe siècle) et produit par Ghost Robot, le clip de Wanderlust se situe dans un monde ancien où les rivières sont creusées par des dieux géants et où les forces de la nature ne sont pas domptées par l’homme.
Composé de films « live » réalisés dans l’atelier de l’artiste Matthew Barney (père du second enfant de Björk) et d’animation informatique, le clip a coûté plus d’un million de dollars puis a du être fini bénévolement.

Wanderlust

Le résultat, c’est un des clips les plus innovants et les plus beaux qui aient été produits depuis longtemps.
On peut voir la version 2D au format Quicktime sur le site de Ghost Robot, et un making-of sur Youtube. Est-ce qu’un musée ou une galerie française auront l’idée de présenter la version 3D de par chez nous ?

  1. One Response to “Voir du pays”

  2. By Stan Gros on Avr 20, 2008

    Incroyable ce clip! Il me réconcilierait presque avec l’album – qui m’avait énormément déçu.

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