Profitez-en, après celui là c'est fini

L’herbe du voisin bleu du futur est toujours plus pourpre

avril 21st, 2010 Posted in indices

L’article qui suit est un brouillon de brouillon, une étape, quelque chose de très mal fini, en vrac. Je le publie malgré tout car je peine sur ce texte depuis des semaines et je ressens un fort besoin de m’en débarrasser.
Je demande au lecteur de remplir les blancs de ma réflexion et de me lire avec indulgence ou même, de ne pas me lire du tout. Mon point de départ était de réagir au livre Mainstream, de Frédéric Martel, livre que je n’ai d’ailleurs pas lu, que je ne connais donc qu’en creux (critiques, interviews, et chapitre final que m’a fait parvenir un collaborateur de l’auteur), et qui me semble traiter de la mondialisation (au sens « américanisation ») et de l’industrialisation de la production et de la diffusion des biens culturels. Apparemment très documenté et soutenu par des centaines d’entretiens, cette somme d’origine universitaire est largement diffusée et semble remporter un vrai petit succès en librairie.
J’attendrai l’édition de poche pour lire cet essai, car mon petit doigt me dit que c’est un livre avec lequel je ne vais pas être d’accord, et je n’ai pas envie de dépenser vingt-deux euros juste pour le constater.

G. Kurnin, forêt extra-terrestre (illustration soviétique, support inconnu, date inconnue)

En 1996, Le Monde Diplomatique a publié un article complètement idiot sur les mangas. Tellement idiot que j’ai fait deux choses à l’époque : d’une part je me suis désabonné, de rage, et de d’autre part, j’ai rédigé avec Nathalie une réponse à cet article et à la vision caricaturale de la bande dessinée japonaise qu’il véhiculait.

En déplorant que seule Ségolène Royal se soit insurgée contre les productions japonaises à la fin des années 19801 l’auteur énonçait tous les poncifs que l’on entend à ce sujet depuis les débuts d’Albator et de Candy Candy à la télévision française : violence exacerbée, thèmes perturbants, dessin laid et mal proportionnée, médiocre qualité de l’animation, etc. Son argumentation semblait par ailleurs soutenue par une nippophobie grossière et la conviction que les mangas étaient l’instrument d’un péril culturel et économique d’envergure : méchants japonais qui veulent nous imposer leur modèle de fourmilière à coup de dessins animés.
À l’époque, un tel article me semblait surtout indigne du niveau du journal, que je surestimais sans doute ou dont je surestimais la capacité à porter un regard critique sur des idées qui collaient d’une manière ou d’une autre avec sa ligne politique.

La réponse que nous avions rédigée contredisait l’article d’origine, paragraphe par paragraphe, sur notre page « Mygale » — c’est à dire notre tout premier site web. Notre motivation était avant tout de prouver que les mangas étaient d’une variété extraordinaire et qu’une critique générale n’avait pas plus de sens qu’il ne serait légitime de dire du mal des romans ou du cinéma « en général ». Mais nous ne nous étions pas arrêtés là, nous avions par ailleurs entrepris de défendre très précisément tout ce que critiquait l’auteur : la violence, les grands yeux, les thèmes perturbants, la qualité graphique, etc.
On m’a fait savoir plus tard que l’auteur de l’article, Pascal Lardellier (qui était alors jeune docteur en information/communication), avait été chagriné de se voir attaqué de cette façon, mais je n’en sais guère plus. Il faut dire qu’à l’époque, en saisissant son nom dans le moteur de recherche Altavista (le Google de l’époque), on était absolument certain de tomber sur mon site. Ceci dit il y avait en ces temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître mille fois moins d’abonnés à Internet qu’aujourd’hui, et les pages en question totalisaient à peine quelques dizaines de lecteurs chaque mois (un succès !).

Notre article a par la suite été publié sur d’autres supports, notamment dans « L’Indispensable », regretté magazine de critique et de théorie de la bande dessinée.

L’eau a coulé sous les ponts depuis et je suppose que pour n’importe qui l’article publié par Le Monde Diplomatique semblerait risible.
Les ventes de Naruto ou de Death Note n’ont rien à envier à celles des romans de Marc Lévy ou de Guillaume Musso, ce qui n’est évidemment pas un argument qualitatif mais provoque des manifestations de respect dans toute la presse ; Le festival Japan expo attire quant à lui près de 200 000 visiteurs sur seulement quatre jours ; le ministre Laurent Wauquiez (né en 1975) a un avis sur l’évolution de la série One Piece ; Tout le monde sait que Hayao Miyazaki est un des plus grands auteurs de l’histoire du dessin animé et Arte lui consacre en ce moment même une rétrospective. Bref, le ton a changé.
À l’époque dont je parle un peu plus haut, j’étais facilement révolté par l’injustice que constituait le dénigrement d’une culture artistique aussi étendue que celle de la bande dessinée et de l’animation japonaises. Aujourd’hui je comprends que ce que je défendais recouvrait, sans que j’en ai précisément conscience, un enjeu beaucoup plus important que le droit aux goûts et aux couleurs.
Je défendais aussi le droit à se servir d’une culture exotique, de s’appuyer sur un ailleurs, une utopie, une réalité que l’on s’approprie sur une base fictionnelle. Personne ne deviendra jamais japonais en lisant des mangas, ni même en se passionnant pour la culture japonaise. Mais cet orientalisme du XXIe siècle est un moyen comme un autre pour se créer un « ailleurs », une évasion2.

Je ne dispose pas de données sociologiques précises à ce sujet mais je pense pouvoir dire que mes étudiants en Arts plastiques de niveau Licence3 à Paris 8 sont pour une grande part issus de familles modestes de la région parisienne et souvent nés du mauvais côté du boulevard périphérique, parfois même en Seine-saint-Denis4. Ont-ils un profil particulier qui fait qu’ils ont préféré dessiner dans leur coin au lycée, passer leur bac et atterrir en arts plastiques plutôt que de caillasser des autobus ?5 Peut-être bien.

Quelques étudiants ou ex-étudiants à Paris 8. De gauche à droite : Gwendoline « Kaori » Duquenne réalise des petits strips dont le dessin n’est pas si « manga » mais qui utilisent avec naturel les codes expressifs du genre / Une princesse Kawai par Béatrice « Nalida » de Lorenzy / une case extraite d’une saga sur l’affrontement entre des clans du Japon médiéval par Zacharie « Natoleza » Boulayoune / L. D., qui a représenté la France au World Cosplay Summit, ici vêtue en Sailor Jupiter

Je suis frappé par l’importance qu’a la culture japonaise (et de manière à présent nettement plus discrète, la culture « comic-book ») chez les étudiants de licence que j’ai à l’Université Paris 8. Au lieu de lire Tintin et Blake et Mortimer (mais pourquoi diable le feraient-ils, finalement ?), ces jeunes gens tirent du Japon ce qu’ils veulent. Certains se passionnent pour la langue, la calligraphie, l’histoire, l’esthétique graphique des mangas, le folklore traditionnel ou la science-fiction, mais aussi les codes sociaux, vestimentaires, et la tournure d’esprit telle qu’ils transparaissent dans les fictions qui arrivent jusqu’à nous : quand, comment et pourquoi exprimer sa joie, son embarras et sa colère, etc.
Les plus passionnés, ceux qui finiront par faire leur voyage au Japon (comme ma fille qui économise dans ce but depuis des années et qui a eu une bonne note en japonais au bac sans l’avoir étudié au lycée), ne sont pourtant pas dupes de leur rêverie. Ils savent parfaitement qu’on ne risque pas de devenir japonais si on a un physique de banlieusard « black-blanc-beur » (ou vietnamien, d’ailleurs) car si la culture japonaise est extrèmement ouverte aux influences, de par une volonté politique précise, elle n’en est pas moins notoirement bouffie d’orgueil nationaliste pour ne pas dire ingénument (mais poliment) raciste. Mais pour des jeunes gens de la région parisienne, ça n’a aucune importance, ils ne veulent pas échanger une société contre une autre, ils prennent ce qu’ils veulent, rejettent ce qu’ils veulent, la transposition n’est ni littérale ni naïve.

Les Na’avi de Bil’in, le 12 février 2010.

Autre cas.
À Bil’in en Cisjordanie, des palestiniens manifestent pacifiquement chaque semaine contre la manière dont la barrière de séparation israélienne a amputé le village de soixante pour cent de ses terres cultivées. Des journalistes équipés de masques à gaz viennent régulièrement photographier ou filmer l’asphyxie des jeunes gens invariablement exposés à des grenades lacrymogènes et autres bombes assourdissantes. Les photogrammes que je reproduis ici (origine : Youtube) montrent les manifestants déguisés en Na’avis, les habitants de la planète Pandora dans le film Avatar.
Cette manifestation-là est particulière car elle célébrait une petite victoire : un jugement de la Cour suprême d’Israël leur a en effet partiellement donné raison aux plaignants et a abouti à une modification du tracé du mur de séparation, permettant aux habitants de Bil’in de récupérer la moitié des terres qu’ils revendiquent.
Mais pourquoi Avatar, un film grand public américain ? Est-ce juste parce que ce film a eu tellement de spectateurs qu’il devient une référence mondiale qui « parle à tout le monde » ? Je n’en jurerais pas : beaucoup de gens ont vu Avatar, mais beaucoup aussi ne l’ont pas vu, et je doute que ce soit déjà une référence commune comme c’est le cas de Star Wars par exemple. Je fais le pari que ce qui a motivé cette manifestation, c’est tout simplement le propos d’Avatar.

C’est évidemment un hasard, mais le mix visuel entre les oreilles pointues, la peau de couleurs non humaine et le fichu traditionnel donnent à la manifestante de l’image de gauche un faux-air du personnage de Piccolo dans DragonBall.

On a beaucoup dit qu’Avatar, de James Cameron, se contentait de reprendre, en la transposant dans un futur cosmique chamarré, l’histoire de Pocahontas ou celle de La Forêt d’Émeraude, c’est à dire la rencontre entre un peuple aborigène et pacifique avec un autre peuple, dominateur et lâchement soutenu par une technologie meurtrière et mû par l’avidité.

Pourtant, il existe une différence énorme entre ces récits de peuples conquis et l’histoire des Na’avis. Les indigènes amazoniens qui étaient évoqués dans La Forêt d’Émeraude existent toujours un peu mais voient chaque jour leurs conditions d’existence se dégrader sous le coup de l’exploitation forestière et humaine. On ne les ménage (ou on aménage leurs conditions de vie) que par la même commisération qui pousse à laisser quelques hectares de forêt aux orang-outangs ou aux pandas. Les indiens d’Amérique du nord ont quant à eux une longue histoire bien connue : Pocahontas, la vraie, est morte à Londres à vingt-cinq ans alors qu’elle était employée comme publicité pour la colonisation du nouveau monde. Après soixante-cinq « guerres indiennes » et les ravages d’épidémies (typhus, petite vérole, alcoolisme) parfois sciemment provoquées, il ne reste aux derniers représentants des tribus survivantes que des musées, un monopole sur l’artisanat traditionnel, des dédommagements financiers tardifs et pour toute consolation, le fait d’avoir laissé leurs noms à des rivières ou à des villes.
Voilà toute la différence entre les Na’avi et les amazoniens ou les amérindiens du nord : les indigènes véritables ont perdu leur guerre, leur destin est scellé, leur martyr est accompli.

En 1620, des indiens, apitoyés par le sort des pèlerins britanniques du Massachusetts qui mouraient de faim, leur offrent du gibier et leur apprennent à cultiver le maïs. Au lieu de les remercier, les colons remercient Dieu et se représentent sur des tableaux en train d’offrir à manger aux indigènes. Trois cent ans plus tard, le chef Apache Géronimo s’est rendu aux autorités américaines et a financé sa retraite de guerrier en vendant ses souvenirs personnels. La tribu des Patuxet, qui était venue au secours des pélerins de la colonie de Plymouth n’existe plus depuis longtemps.

Les Na’avi obtiennent une victoire sur la puissante armée américaine à la fin d’Avatar, mais ce qui est peut-être le plus attrayant dans leur cas, c’est que leur combat est un combat futur, car Avatar n’est pas une fable historique mais un film de science-fiction. Or le message intrinsèque de la science-fiction est que l’avenir est, comme son nom l’indique, à-venir, qu’il est ouvert6. Créer une analogie entre une situation et celles des protagonistes d’un lointain futur, c’est se projeter, c’est se donner un futur. Et peu importe que le film relève de l’impérialisme culturel américain, les palestiniens de Bil’in y prennent ce qu’ils ont envie d’y prendre.
On notera tout de même que le moyen-orient — en dehors d’Israël, justement — ne produit pas ou extrêmement peu de fictions spéculatives (de science-fiction), ce qui est une bonne raison d’aller puiser sa métaphore dans une fiction américaine.

Les rêves d’exotisme, de futurs hypothétiques, de désastres (Mad Max, etc., qui remettent à plat tout un monde) et parfois même de passé fantasmé7 sont autant d’outils conceptuels qui permettent à chacun d’échapper à la représentation du monde actuel qu’on lui impose, et donc de refuser la place hiérarchique qu’on lui attribue dans ce monde. En voyant par les yeux d’un auteur de mangas, on se libère autant de la doxa que construit le journal de 13 heures de TF1, que de la société japonaise qui a produit Dragonball ou Naruto et qui a évidemment aussi ses inconvénients. La science-fiction est encore plus intéressante puisque son caractère fictif est clair et assumé. Et peu importe que ça rapporte de l’argent à de gros studios américains : malgré leurs gesticulations légales, ces derniers ne parviendront jamais à maîtriser la manière dont on reçoit leurs productions.

Pour l’adaptation en film « live » de la série animée « Avatar The last airbender », les producteurs ont procédé à une spectaculaire inversion ethnique : les héros inuits ou chinois  deviennent de jeunes wasps tandis que le « méchant » de l’histoire est à présent interprété par un acteur d’origine indienne, ce qui lui confère une physionomie moyen-orientale marquée. Son rôle semble par ailleurs avoir été réécrit pour en faire un personnage absolument négatif, loin de l’ambivalence qu’a son personnage dans la série d’origine.

Le monde se mondialise, mais ça ne signifie pas que des cultures « faibles » vont disparaître au profit d’une culture dominante, et surtout pas dans le registre des œuvres de l’esprit (inquiétons-nous plus pour les traditions culinaires !), où les échanges et les réappropriations sont une évidence.
Le public est d’ailleurs souvent moins bête qu’on le croit, comme le montre l’accueil très négatif qu’a reçu l’annonce de la distribution « blanchie » de Avatar The Last Airbender (rien à voir avec le Avatar de James Cameron). On est loin de l’époque où le public acceptait sans broncher Mickey Rooney en japonais, Fred Astaire, Anthony Quinn ou Christopher Lee en chinois et  John Wayne en empereur mongol. Bref, le public n’a pas de mal à effectuer des transpositions, à se sentir concerné par autre chose que par le reflet de lui-même qu’on lui impose.

Revenons à la Science-Fiction — et perdons définitivement notre sujet de départ.
La fiction spéculative n’est pas qu’un outil d’évasion, un moyen de démontrer « par l’absurde » qu’une société pourrait être autrement qu’elle n’est. Elle peut aussi être employée de manière littérale, c’est à dire qu’elle peut servir à inspirer le futur. C’est sans aucun doute parce qu’ils ont lu les fantaisistes aventures d’Astro Boy lorsqu’ils étaient enfants que les hommes politiques japonais ont voté des lois fiscales extrêmement avantageuses pour les sociétés qui ont une activité de recherche en robotique, par exemple. Ce qui est particulièrement intéressant dans leur cas, c’est qu’après soixante-cinq ans de doctrine pacifiste, les japonais effectuent des recherches scientifiques dans divers domaines, mais négligent celui de la défense.

Université d’agriculture et de technologie, Tokyo ; Kanagawa Institute of Technology ; Université Tsukuba et Cyberdyne ; Tokyo University of Science. Les prototypes d’exosquelettes japonais sont censés servir à aider les personnes âgées à conserver une activité professionnelle, notamment une activité d’agriculteur.

L’exosquelette a été inventé par l’écrivain américain Edmond Hamilton (l’auteur du « pulp » Captain Future, que nous connaissons ici par son adaptation animée japonaise Capitaine Flam) dans sa novelette A Conquest of two worlds (1932), où il imagine un peu naïvement que la pression qui règne sur Jupiter pourrait être rendue supportable à des visiteurs humains par l’emploi d’armures capables de décupler leur force mécanique (associés, par prudence, à un traitement biochimique capable de renforcer leurs os). Le principe a été repris par de nombreux auteurs, de Fritz Lieber et John Campbell à Bruce Sterling et William Gibson en passant par Robert Heinlein et bien entendu Stan Lee, avec Iron Man.
Du fait des progrès des matériaux et des principes de la robotique, l’exo-squelette est en train de devenir une réalité. Je trouve intéressant que cette même idée technique aboutisse à des résultats si différents selon la culture des sociétés qui les produisent : tandis que les universitaires japonais veulent développer une robotique destinée à assister les personnes âgées (et à les aider à maintenir une agriculture traditionnelle notamment), les américains, après plus d’un demi-siècle de doctrine du complexe militaro-industriel, ne pensent d’abord qu’au potentiel militaires et policier de ces inventions.
Une même science-fiction, plusieurs futurs.

Sarcps XOS exoskeleton. Inspiré par le super-héros Iron-man, il est conçu pour la police et l’armée.

Je serais quand même sacrément étonné d’apprendre que quelqu’un a compris où je voulais en venir exactement, mais pour tenter de conclure, je dirais que tout est bon à prendre dans les œuvres de fiction, et qu’une crainte des cultures exogènes est absurde. La réception des œuvres dépend de celui qui en est la cible — toute exportation culturelle est une transposition parce que le public n’est pas le même et n’a pas les mêmes filtres. Le public est opportuniste, il prend ce qui lui est servi lorsque ça lui est utile et le rejette lorsque ce n’est plus le cas.

  1. Ségolène Royal : Le ras-le-bol des bébés zappeurs, 1989, éd. Robert Laffont. Ouvrage assez médiocre mais on reconnaîtra à l’auteur le mérite de s’être penchée sur les programmes télévisés destinés aux enfants, si importants sans doute et en même temps si négligés. Le combat de Ségolène Royal fut solitaire mais pas sans effets, car l’animation japonaise a été victime d’une interdiction totale d’antenne sur les chaînes publiques pendant les années qui ont suivi, au bénéfice des bandes dessinées japonaises, qui ont trouvé un large public de nostalgiques des séries d’animation censurées. []
  2. Il faudrait relire Henri Laborit, ou au moins revoir Mon oncle d’Amérique, à ce sujet : l’évasion, la fuite (dans l’espace ou dans l’imaginaire, peu importe), est essentielle au bon fonctionnement de notre cerveau. []
  3. À partir du niveau Master, la sociologie des étudiants change beaucoup : certains ont fait une école d’art et viennent par équivalence, souvent de pays étrangers : américains du sud ou du nord, chinois, japonais, coréens. Les étudiants d’origine « banlieusarde », quant à eux, ont tendance à intégrer des formations plus directement professionnalisantes une fois leur licence validée.  []
  4. Un texte passionnant, à propos : Enseigner Bourdieu dans le 9-3, par Fabien Truong. []
  5. À ce propos, on a appris que l’attaque d’un bus à Tremblay-en-France après laquelle le président de la république a annoncé sans surprise plus de répression et moins d’allocations familiales, avait été précédée par l’arrestation policière d’une violence inouïe de jeunes roulant sans casque…  un riverain a filmé cette scène qui apporte un éclairage bien différent aux faits.  []
  6. Il existe cependant plusieurs formes de science-fiction. Les dystopies (1984, A perfect day, A brave new world, Children of men, A Clockwork Orange…, récits dont les auteurs sont rarement des spécialistes de la science-fiction — ceci, peut-être, expliquant cela) affirment au contraire que le pire est certain. Les uchronies (récits steampunk par exemple) appartiennent au champ de la science-fiction parce qu’ils rappellent que ce qui est aurait pu être autrement, et qu’une décision politique ou l’émergence d’une invention peut radicalement modifier le cours de l’histoire. []
  7. Le passé fantasmé est une forme d’évasion un peu suspecte lorsqu’elle se rapporte « génétiquement » à celui qui s’y intéresse, car cela sert souvent à figer une « identité » sur une base qui nie l’identité individuelle et la liberté d’action et de pensée. Cependant le sujet est vaste, car le passé historique (fantasmé ou scientifique) a déjà servi à émanciper les esprits, notamment en montrant qu’une culture apparemment figée a des bases plus diverses qu’on ne l’avait cru. Un peu d’histoire amène au nationalisme, beaucoup d’histoire en éloigne ?  []
  1. 21 Responses to “L’herbe du voisin bleu du futur est toujours plus pourpre”

  2. By Bishop on Avr 21, 2010

    Oula je comprends l’impossibilité de venir à bout d’un tel texte, surtout pour terminer sur les exosquelettes. Si on sent bien qu’il y a un « lien » quelque part, c’est plus dans le suggéré que dans le réflexif. Sinon pour la culture japonaise et l’influence sur les jeunes de banlieue, je suis bien placé pour savoir, tout ceci me semble bien juste. L’article du monde diplomatique est risible et montre surtout une inculture flagrante et un dédain nationaliste de 4 sous, j’espère que son auteur a eu l’occasion de se rattraper par la suite.

    Par contre sur la SF c’est exactement cela. Souvent on perçoit chez certains l’idéeque la SF serait une sorte de futur inexorable et destructif, alors que justement c’est un simple jeu avec le maintenant et le pourquoi pas?. Étant plus de la culture comic books, je me souviens d’une série, chez Marvel, qui se nommait « Et si? » et permettait par l’intermédiaire d’un personnage « le Gardien » d’avoir des versions alternatives aux Bds préexistantes. On dédoublait à l’infini les « possibles ».

    D’où aussi chez certains auteurs, Farmer mettons, le fait que dans une Science Fiction assez cohérente on s’affranchisse parfois des règles physiques, car après tout on ne va qu’au bout du raisonnement ainsi. Un monde Cubique, un monde en forme de tour de Babel etc… Il y a toujours l’explication des sciences que nous, modestes humains, ignorons mais personne n’est dupe.

  3. By Jean-no on Avr 21, 2010

    J’admets que mon final sur les exo-squelettes est vraiment le coup de grâce d’un texte à la dérive :-)
    J’ai un excellent souvenir du « What if? » de Marvel, pourtant série mineure et qui réclamait une solide culture Marvel à ses lecteurs.
    Je ne sais pas si l’auteur de l’article du Monde Diplo s’est rattrapé. Il a écrit plein de trucs sur la culture numérique des ados ou des célibataires… Aucune idée de ce que ça vaut.

  4. By Stéphane Deschamps on Avr 21, 2010

    Oui c’est assez bordélique comme article, mais comme toujours ça se lit (et donc « bordélique » n’est pas négatif ici) :)

    Il paraît même que c’est ce qui fait la spécificité du blog, l’écriture en devenir et le dialogue avec les lecteurs: « Blogging is not just about the finished blog post, but the process of thinking things through and having a conversation around ideas. » http://www.computerweekly.com/blogs/enterprise-social-software/2010/04/blogging-is-a-journey-not-a-de.html (j’aurais voulu faire un lien propret mais je ne sais plus si ton blog supprime le HTML à la truelle)

    Au passage pour ajouter à la confusion, j’ai hâte de lire quelque part un article expliquant comment Edmond Hamilton est l’archétype de l’auteur paranoïaque pendant la guerre froide.

    J’ai lu un recueil de romans de lui quand je faisais mes humanités (huhu) et dans le premier, les extra-terrestres arrivent sur Terre et veulent tout détruire.

    Allons bon, je lis le deuxième dans la foulée. Les terriens vont dans l’espace et trouvent une planète habitée par des extra-terrestres. Ils ne nous aiment pas et nous tombent dessus à bras raccourcis.

    Tiens donc, y aurait-il une tendance de fond ? Je prends le troisième : la comète qui passe près de la Terre (je dirais Halley mais il y a trop longtemps que je l’ai lu pour m’en rappeler) cache en fait de vils extra-terrestres qui veulent nous détruire.

    Et ainsi de suite avec des variantes.

    Une chance, à chaque fois on finit toujours par leur mettre une pâtée carabinée qui leur montre bien, à ces sales extra-terrestres, que nous sommes les vrais gagnants, nous autres les terriens.

    Remplacer « nous les terriens » par « nous les Américains » et « ces sales extra-terrestres » par « ces sales rouges » pour avoir une idée du tableau. (et d’ailleurs Capitaine Flam est assez simpliste et parano, dans la même veine).

    Voilà voilà. Sinon, vous, ça va ?

  5. By Jean-no on Avr 21, 2010

    Ben oui ça va, nous.
    Il faut que je l’écrive quelque part mais mon wordpress laisse passer les <a>, <em>, <b> et quelques autres tags. Faut que je vérifie s’il laisse passer des iFrames ou du javascript mais je ne pense pas.
    Je connais très mal Hamilton, mais je pense que « les rouges » n’est qu’une partie des ennemis de l’amérique. Je me rappelle avoir lu un Doc Savage où l’homme de bronze expliquait à des sud américains que son pays (les usa) mènerait la guerre dans tout pays qui chercherait à nuire à ses intérêts économiques en lui interdisant d’exploiter leurs ressources ! Doctrine toujours actuelle.

  6. By xavier löwenthal on Avr 21, 2010

    j’ai lu. c’est très optimiste. le contrôle (de la réception, de la ré-appropriation) n’existe pas. mais tout de même, tu le fais justement remarquer pour la bouffe, et c’est valable pour d’autres coutumes, vestimentaires par exemple: le marché renforce les conformismes. on a besoin de lieux communs, certes, d’une doxa, mais pas forcément de celle qui répond aux besoins des marchés. en fait, en craignant telle culture ou telle autre, on se trompe, évidemment. le marché n’est d’aucune culture. (il est de la nôtre au départ, peut-être (j’en doute) mais, par nécessité, il est devenu universel, meta-culturel).
    en matière artistique et intellectuelle, le marché aussi entend dicter sa loi. dans une certaine mesure, il y parvient. et tout ce qui ne le satisfait pas est relégué à la marge, dans les caves de l’underground, dans des marchés dits « de niche », càd en dehors des marchés. c’est un autre débat.
    donc, on trouve aussi de quoi satisfaire sa curiosité et son appétit dans les offres du marché, et on s’approprie ses produits (qui sont bien aussi, quelquefois, des oeuvres). c’est rassurant: on ne contrôle pas les esprits.
    ce n’est pas en censurant qu’on sauvera cette idée éculée de « civilisation ». finkilkraut et lyotard pouvaient bien avoir raison ou tort: qu’est-ce que ça change? on lira encore chateaubriand, foucault, debord, miyazaki ou tsugé. et même, semble-t-il, e.a. schmitt ou lévy (mais pas moi). ou même on ne lira pas. mais on trouvera toujours, d’une manière ou d’une autre, une manière propre d’être au monde.

    disons que le marché, il fait avec les formes qui ne lui servent pas comme les gentils blancs avec les Indiens.

  7. By Jean-no on Avr 21, 2010

    @Xavier: Oui, je suis optimiste tant qu’on parle d’art et d’idées, parce que tout ça circule facilement. En revanche quand un pays entier abandonne un mode de production gastronomique, revenir en arrière est extrêmement difficile parce qu’il y a des implications industrielles lourdes.
    Je crois tout à fait aux dangers de la « mondialisation du plus fort » mais dans certaines matières, les choses s’additionnent au lieu de se chasser. Évidemment, quand Disney fait du chantage aux networks pour qu’ils censurent Tezuka, achète les droits de films tchèques pour les brûler (ça s’est vu, dit-on) ou ceux de Ghibli pour en contrôler totalement la diffusion hors asie, on est dans une zone de grand danger culturel, car ce sont des cas de censure. Je crains donc la censure mais pas la profusion. Je ne crains en revanche pas le mainstream car il y en aura toujours un, ce n’est pas grave, même s’il est médiocre – la médiocrité du mainstream étant par définition quasi-inévitable puisque pour plaire à tous, il faut n’avoir peur de déplaire à personne.

  8. By PCH on Avr 21, 2010

    j’ai pas lu, j’ai regardé les images qui m’ont fait me souvenir de certaines soirées où je travaillais à enquêter des visiteurs de l’exposition star wars, et où certains étaient habillés en je ne sais quoi ni qui du reste, mais en avaient, m’avait-il semblé alors, un sentiment de fierté pour le moins disproportionné; cet après midi, en passant dans les sous-sols d’une librairie, j’y ai vu un stagiaire qui était en train de poser/coller à l’intérieur des couvertures de mangas – c’est là que je me suis arrêté de lire l’article- des antivols – 15 ans; il avait l’air content de son travail; il disait à qui voulait l’entendre (je n’en étais pas) qu’il avait refusé un rôle dans ce film que je n’ai pas vu « les mauvais garçons » peut-être ? Il avait l’air d’en tirer une certaine fierté. En sortant, j’ai vu qu’un cinéma programmait, pour le début du mois de mai, « l’aventure de madame Muir » un film que j’ai beaucoup aimé quand je l’ai vu, il y a trente ou quarante ans. Je ne crois pas qu’il y ait tellement de rapport avec votre article.

  9. By Westeetee on Avr 22, 2010

    « Les ventes de Naruto ou de Death Note n’ont rien à envier à celles des romans de Marc Lévy ou de Pierre Musso, ce qui n’est évidemment pas un argument qualitatif mais provoque des manifestations de respect dans toute la presse ; Le festival Japan expo attire quand à lui près de 200 000 visiteurs sur seulement quatre jours ; le ministre Laurent Wauquiez (né en 1975) a un avis sur l’évolution de la série One Piece ; Tout le monde sait que Hayao Miyazaki est un des plus grands auteurs de l’histoire du dessin animé et Arte lui consacre en ce moment même une rétrospective. Bref, le ton a changé. »

    Mis à part la dernière ligne, la médiocrité du reste des productions japonaises citées dans ce paragraphe donnerait presque raison aux arguments anti manga/anime de l’auteur de l’article du Monde Diplomatique non ?

    Franchement je comprends pas comment on peut critiquer à juste titre l’hégémonie de Disney et le formatage culturel qui en résulte et avoir dans le même temps en 2010 un respect presque inconditionnel pour la production culturelle japonaise, qui dans son immense majorité est tout aussi médiocre que ce que propose son frère aux grandes oreilles, et qui a un effet de formatage et de simplification esthétique et intellectuelle tout aussi marqué aujourd’hui – voire plus.

    Du cosplay Sailor Moon, sérieux quoi ??!!!

    Bref y’a d’autres idées très intéressantes dans l’article, mais qui là encore s’applique tout autant à la production culturelle du Japon qu’à celle des USA.

  10. By Jean-no on Avr 22, 2010

    @Westeetee : Ah mais je n’ai rien contre Disney (sauf quand ils se servent de leur pouvoir pour empêcher la diffusion de certaines œuvres) mais la qualité n’est pas tellement mon propos (note : je ne pense rien de Naruto ou de Death Note et le simple fait que Laurent Wauquiez aime One Piece – pas lu non plus – me rend cette série aussi suspecte). L’œuvre elle-même est une chose, mais sa réception en est une autre, je défends le droit à se construire un imaginaire où on a envie de se le construire, justement, et pas là où untel et untel l’ont décidé, et même dans des productions médiocres.

  11. By Kim Su Jung on Avr 22, 2010

    Un petit détail peut-être :

    Vous parlez certainement de Guillaume Musso et non de Pierre (ni de l’estimé Frédéric).

  12. By Jean-no on Avr 22, 2010

    @Kim Su Jung : honte à moi ! (corrigé)

  13. By Shadok on Avr 22, 2010

    Pour moi, la science-fiction, c’est se permettre de se poser la question « et si… » ou « si on va au bout de… ».

    Je considère cela comme les contes de fées, les légendes, les mythes, etc. Ça prépare l’esprit à certains sujets, à certaines problématiques, etc.

    Et ça fait une culture commune… une sorte de langage commun, qui passe au-dessus de la barrière de la langue.

    Et puis, il y a aussi l’aspect « exotique » : quelque chose d’exotique, de nouveau… ça suscite généralement l’intérêt, la curiosité… Et réciproquement aussi : « nul n’est prophète en son pays ».

    Et enfin, pour les robots au Japon… je crois que c’est surtout pour des raisons démographique ! Et la culture (des robots dans la science-fiction) a aidé à préparer leur arrivée, dans les esprits.

  14. By Jean-no on Avr 22, 2010

    @Shadok: Je ne pense pas que la démographie explique grand chose, sinon d’autres pays industriels comparables auraient le même genre d’obsessions…

  15. By r on Avr 22, 2010

    Il me semble que l’obsession des japonais pour la robotique est très lié à leur culture et à leur philosophie. Ils investissent énormément dans la création de robots androïdes, ce qui se fait avec beaucoup plus de réticence dans la culture occidentale. Les robots par ici ou aux Etats Unis on bien plus souvent un aspect dédié à une fonction (type robot d’assemblage).

  16. By Bishop on Avr 22, 2010

    D’ailleurs en science-fiction, j’aime beaucoup les uchronies involontaires de par le travail du temps. Les livres dont les thèmes, idées, sciences, étaient de l’ordre du possible pour passer à celui d’une imagination datée. On découvre ainsi d’une certaine manière la différence de perception des détails qui rendent l’exotisme.

  17. By Shadok on Avr 22, 2010

    Je n’ai jamais essayé de voir si c’était vrai, mais pour moi : les Japonais font de moins en moins d’enfants, il y a donc de moins en moins de main-d’œuvre… et avec le « jeu » de l’offre et de la demande, il a dû sembler nécessaire à certains de trouver une « nouvelle » main-d’œuvre.

    Et s’il y a une « tendance » nationaliste au Japon, ça expliquerait pourquoi ils ne souhaiteraient pas recourir à une main-d’œuvre venue de l’étranger. Le recours à une main-d’œuvre venue de l’étranger (ou même des « campagnes »), notamment pour diminuer les salaires, a été très largement utilisé dans les « autres pays industriels comparables », il me semble.

  18. By Jean-no on Avr 22, 2010

    Ces problèmes sont gérés de manière différente au Japon. L’immigration y est effectivement inexistante, en dehors de chinois et de coréens qui ne sont franchement pas assimilés. Mais la main d’oeuvre du développement du pays a surtout été beaucoup externalisée : les Chines, la Corée, etc. Par ailleurs la pyramide des âges est très différente de chez nous car les gens travaillent longtemps après l’âge légal de la retraite (qui est le même que chez nous je crois).

  19. By Natacha on Avr 23, 2010

    Est-il possible de trouver en ligne l’article par lequel vous avez répondu au Diplo ? (« Ce que nous dit le Monde Diplomatique sur les manga… »)

  20. By Jean-no on Avr 23, 2010

    Oui, il en existe une version sur Archive.org : Ce que le Monde Diplomatique nous dit des mangas. J’hésite à relire :-)

  21. By SR2 on Fév 19, 2013

    typo : « Emmeraude »

  22. By Jean-no on Fév 19, 2013

    @sr2 : merci, je ne sais pas pourquoi je tenais à l’écrire ainsi.

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