Profitez-en, après celui là c'est fini

L’autre monde

mai 19th, 2013 Posted in Interactivité au cinéma | No Comments »

autre_monde_dvdL’autre monde est un film de Gilles Marchand, dont c’est la seconde réalisation, après Qui a tué Bambi ?
Au début du film, Marion (Pauline Étienne) et Gaspard (Grégoire Leprince-Ringuet), deux jeunes adultes qui s’aiment dans le Sud de la France, découvrent un téléphone mobile oublié dans une cabine de plage et enquêtent sur sa propriétaire, Audrey (Louise Bourgoin), une femme mystérieuse aux penchants auto-destructeurs qu’ils espionnent puis parviennent à empêcher le suicide. En tentant de se donner la mort avec un inconnu, Audrey avait laissé tourner une caméra, que Gaspard a récupéré et dont les images le hantent. Par hasard, en accompagnant un ami chez des dealers, il revoit Audrey, qui le fascine et qu’il essaie de contacter sur Black Hole, un monde virtuel du genre de Second Life. Délaissant sa bande d’amis, et blessant les sentiments de Marion, Gaspard s’enfonce dans une spirale morbide à la poursuite d’Audrey qui ne veut qu’une chose : rester pour toujours sur la plage noire, le lieu où se retrouvent les participants à Black Hole lorsqu’ils meurent. C’est du moins ce qu’elle dit. Avec la complicité ou sous le contrôle de son frère Vincent (Melvil Poupaud), elle semble prendre un plaisir malsain à contrôler les vies des gens que qu’elle rencontre sur le réseau (ou que son frère rencontre en se faisant passer pour elle) et peut-être même à les pousser au suicide.

Ce film m’en a rappelé deux autres. Tout d’abord, le Blue Velvet de David Lynch, sorti en 1986, dont le héros Jeffrey était tiraillé entre son amour pur et simple pour la jolie Sandy, et la fascination qu’exerce sur lui Dorothy Vallens, une chanteuse qui se trouve elle-même sous la coupe d’un psychopathe, Frank Booth. Ensuite, j’ai pensé à The Cat, the Reverend and the Slave, d’Alain della Negra et de Kaori Kinoshita (2010), documentaire dont j’ai déjà parlé ici et qui porte, entre autre, sur le monde virtuel Second Life et sur ceux qui y ont déporté une partie de leur existence.

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Malheureusement, L’Autre monde est loin d’avoir toutes les qualités de ces deux films. Le scénario ne parvient jamais à dépasser le stade de la bonne idée, les personnages manquent d’épaisseur, notamment celui de Gaspard dont les actions ne nous semblent jamais très crédibles. Pourtant, L’Autre monde dispose de quelques qualités, à commencer par l’exceptionnelle opposition entre Marion et Audrey. La première est une « vraie fille », jolie, fraîche, sans mystère mais pas sans caractère, tandis que la seconde est un fantasme, une femme fatale mélancolique à la beauté sophistiquée et aux mœurs déréglées.

En revanche, le rôle de Gaspard fonctionne moins bien, parce que ses actions, ses réactions et ses rapports aux autres manquent un peu de cohérence. Le scénario ne parvient en tout cas pas totalement à convaincre le spectateur que l’enchaînement des situations est crédible et que le récit ne pouvait avoir qu’une issue tragique. On peine aussi un peu à croire aux motivations du duo diabolique d’Audrey et de Vincent et ce qui se veut vraisemblablement une exploration de la folie et de la face la plus sombre de l’âme humaine ressemble plutôt à une accumulation un peu immature de clichés.

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L’image est souvent belle et l’univers en images de synthèse où se déroule une partie du scénario n’est pas ridicule, ce qui est suffisamment singulier pour être noté. Les rares moments un peu humoristiques laissent entrevoir l’excellent film que l’Autre monde n’a pas réussi à être.

Ordinateur et cinéma sur Place de la toile (after)

mai 18th, 2013 Posted in médiatisation, Ordinateur au cinéma | 3 Comments »

Quarante-cinq minutes, c’est toujours un peu court, quand on a plein de choses à raconter. L’émission Place de la Toile de toute à l’heure est donc un peu frustrante si cherche à recenser tout ce qui ne s’y est pas dit et tous les films dont il n’a pas été question. Mais c’est la règle du jeu : on a plus de matière que de temps.

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Michael Douglas en train de chercher à récupérer des fichiers dans un espace virtuel, dans le film « Disclosure » (Harcèlement), en 1994.

Si on avait eu plus d’espace pour ça, j’aurais aimé rebondir sur la remarque d’Emmanuel Burdeau, qui disait que l’ordinateur servait parfois à réactiver d’anciennes formes du cinéma, notamment muet, comme les inter-titres. Et effectivement, je suis frappé de la manière dont certains scénarios basés sur des correspondances épistolaires ne (re-)deviennent « filmogéniques » que grâce à l’intervention de l’ordinateur comme accessoire du scénario. Les exemples qui me viennent spontanément sont You got m@ail (1998), de Nora Ephron (remake « high-tech » du Shop around the corner de Lubitsch) et Harcèlement (1994) d’après Michael Crichton (où l’e-mail a une importance scénaristique énorme). Dans un esprit comparable, on peut parler aussi des ordinateurs « de bord » (Alien, Ulysse 31, Sunshine, Barbarella, Flight of the navigator, Blake’s 7,…) que la science-fiction utilise pour expliciter des événements particulièrement difficiles à figurer à l’écran.
J’aurais pu parler des spécialistes de la création d’interfaces de cinéma, comme Mark Coleran, ou pourquoi pas, rappeler Les Sous-doués, par Claude Zidi, qui parle d’informatique éducative d’une manière assez grinçante.

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De gauche à droite : Alexis Blanchet, Thibault Henneton et Xavier de la Porte.

Même si je ne me sens pas complètement prêt à synthétiser la question, j’aurais bien voulu parler aussi des grandes époques de l’utilisation de l’ordinateur comme élément central du scénario, car j’en distingue : la fin des années 1950, avec Planète Interdite, mais surtout Desk Set et The Invisible Boy, qui l’un rationnellement et l’autre irrationnellement, présentent l’ordinateur comme une menace ; la deuxième moitié des années 1960, avec 2001: l’Odyssée de l’espace, The Forbin Project, et d’autres ordinateurs chargés de prendre des décisions à la place d’une humanité qui ne semble plus capable de le faire elle-même ; les années 1980, avec des films sans doute isolés, mais marquants, comme TronWargames, Live and let die et The Last Starfighter ; la première moitié des années 1990, et notamment l’année 1995, avec l’arrivée des thèmes cyberpunks (Le Cobaye 2, Johnny Mnemonic, VirtuosityGhost in the shell) et du réseau (The Net, Hackers, HarcèlementSneakers) dans les scénarios ; Le passage du millénaire a aussi été une période riche en films marquants dans le domaine : Matrix, eXistenZ, Swordfish,…

Le film Hackers, sur lequel je n'ai toujours pas fait d'article...

Le film « Hackers », sur lequel je n’ai toujours pas fait d’article…

Pour conclure l’émission, Xavier de la Porte m’a posé une question qui m’a pris un peu de court : de quel film méconnu je conseillerais le visionnage ? J’ai finalement proposé Antitrust, film que je n’ai pas encore chroniqué ici et que je trouve intéressant à beaucoup d’égards. Bien sûr, choisir un unique film est impossible, alors après réflexion, voici une sélection de quinze films que je recommande, classés par date.

Quinze films plus ou moins méconnus mettant en scène l’ordinateur

Desk Set (1957), par Walter Lang, avec Spencer Tracy et Katharine Hepburn.

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Bunny Watson dirige le service de documentation d’un grand quotidien. L’ingénieur Richard Sumner vient y installer un ordinateur. Toutes les employées du service ont peur pour leur emploi et sont persuadées que la machine est destinée à les remplacer. Sumner, qui tombe amoureux de Bunny Watson, devra dépenser beaucoup d’énergie pour convaincre tout le monde que l’ordinateur n’est pas une menace, d’autant qu’un autre ordinateur, à l’étage du dessous, émet des fiches de paie roses, synonymes de licenciement.
Le thème du remplacement de l’homme par la « machine à penser » était tout nouveau lorsque Desk Set a été monté comme pièce de théâtre, puis adapté au cinéma. La société IBM, qui souhaitait répondre par avance à ces angoisses a été partie-prenante dans la production du film.

Colossus : The Forbin Project (1970), par Joseph Sargent, avec Eric Braeden.

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Charles Forbin est un grand scientifique qui a mis au point le moyen ultime pour empêcher les États-Unis d’être menacés par l’URSS : le super-ordinateur Colossus, enterré dans une montagne, totalement autonome, qui répondra à la moindre agression par la destruction du pays rival. À peine branché, Colossus entre en contact avec son homologue soviétique, Guardian. Les deux machines fusionnent et décident de prendre en mains la destinée humaine de manière despotique.

Dark Star (1974), par John Carpenter, sur un scénario de Dan O’Bannon.

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L’équipage du vaisseau Dark Star parcourt le Cosmos pour détruire les planètes qui risquent d’être dangereuses. Personne ne se rase, on fume, on s’ennuie. L’ordinateur de bord s’appelle « mother » et un passager extra-terrestre sème la terreur… C’est la trame du film Alien, dont Dan O’Bannon écrira le scénario quelques années plus tard, sauf qu’ici, la créature indésirable ressemble à un ballon de plage géant… Pour une fois, la parodie précède le film parodié.
Un des moments marquants du film est celui où l’équipage doit utiliser la phénoménologie pour convaincre une bombe « intelligente » de se retenir d’exploser.

Rollerball (1975), de Norman Jewison, avec James Caan.

Dans un futur proche, les gouvernements ont disparu au profit de corporations qui dirigent le monde technocratiquement et offrent à tous la sécurité et une certaine prospérité. Le peuple est abruti par le spectacle d’un jeu ultra-violent, le Rollerball. Il n’existe plus qu’une bibliothèque, dans le monde, qui ne contient plus de livres mais juste un ordinateur dépressif nommé Zéro.

Looker (1981), par Michael Crichton, avec Albert Finney, James Coburn, Susan Dey, Leigh Taylor-Young et Dorian Harewood.

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Un chirurgien esthétique que l’on soupçonne d’être lié à la mort de ses patientes, des top-models, découvre un procédé informatique mis au point pour manipuler optimalement le spectateur à qui l’on montre des publicités et destiné à faire élire un homme politique peu recommandable. Ce n’est pas le film le plus célèbre de Michael Crichton, sorte de Jules Verne du XXe siècle à qui l’on doit (comme romancier et/ou réalisateur et/ou scénariste) The Andromeda StrainThe Terminal ManWestworldJurassic ParkRunnawayHarcèlementSphereTwister ou encore la série Urgences.

Electric Dreams (1984), par Steve Barron, avec Lenny Von Dohlen et Virginia Madsen.

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Un architecte renverse par mégarde du champagne sur le clavier de son ordinateur, qui devient conscient. Mélomane, la machine s’éprend d’une violoncelliste qui habite l’appartement voisin et avec qui, sans qu’elle la voie, elle communique en produisant à son tour des mélodies. Le propriétaire de l’ordinateur est forcé de faire semblant d’être l’auteur des improvisations musicales, ce qui rapproche le film du Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Mais l’ordinateur finit par devenir jaloux et tente de tuer son propriétaire.
Concentré de l’esthétique des années 1980, ce film est réalisé par l’auteur de clips de Michael Jackson, de Toto ou de A-ha, et contient des chansons de Human League, Culture Club, Heaven 17, Philip Oakey ou encore Giorgio Moroder.

Une créature de rêve (1985), par John Hughes, avec Anthony Michael Hall, Kelly LeBrock et Ilan Mitchell-Smith.

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Dans ce « teenage movie », Gary et Wyatt fabriquent la femme idéale à l’aide d’un ordinateur. Celle-ci prend vie et les aide à perdre leurs complexes. Au delà de l’apparente sottise du prétexte fantastique, ce film, réalisé par l’auteur de Breakfast Club et La Folle journée de Ferris Bueller, parle assez bien des adolescents et du nécessaire besoin qu’ils ont d’oser entrer dans la vie réelle.
Pour l’anecdote, on voit Robert Downey Junior, dans le rôle d’un garçon rival des héros du film. En France, ce film est nettement moins connu que la série qui en est dérivée, Code Lisa.

Nirvana (1997), de Gabriele Salvatores, avec Christophe Lambert et Diego Abatantuono.

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Cas sans doute unique de film cyberpunk italien, Nirvana raconte l’histoire d’un personnage de jeu vidéo, Solo, qui devient conscient de son état et qui supplie son créateur de l’effacer, car il ne supporte plus de revivre encore et encore les mêmes choses.

23 (1998), par Hans-Christian Schmid, avec August Diehl.

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Ce film allemand raconte l’histoire vraie du hacker Karl Koch, paranoïaque, passionné de théorie du complot et coupable d’avoir vendu des informations confidentielles au KGB avant la chute du mur. On l’a retrouvé dans une forêt, brûlé à l’essence, en 1989. La police a conclu au suicide. La véracité historique du film a été contestée par la famille de Karl Koch.

Thomas est amoureux (2000), de Pierre-Paul Renders, avec Benoît Verhaert, Aylin Yay, Magali Pinglaut, Micheline Hardy et Frédéric Topart.

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Thomas, agoraphobe, est en contact visiophonique avec sa mère possessive et son psychiatre. Ce dernier l’inscrit dans des services de rencontre, et le jeune homme tombe amoureux de deux de ses correspondantes, une prostituée médicale et une jeune femme très « new age ». Il aimerait sortir de chez lui mais sa maladie l’en empêche.
Tourné en vue subjective (on ne voit jamais Thomas, mais seulement ce qu’il voit sur son écran), ce film d’auteur mérite d’être vu.

Antitrust (2001), de Peter Howitt, avec Ryan Phillippe, Rachael Leigh Cook, Claire Forlani et Tim Robbins.

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Gary Winston (Tim Robbins) est un personnage charismatique qui dirige une société informatique à vocation hégémonique. Milo (Ryan Phillippe), le héros du film, est un jeune programmeur idéaliste qui déteste tout ce que représente Winston mais qui finit par se laisser séduire par l’offre d’embauche de ce personnage qui le fascine irrésistiblement. Le film parle de programmation, de logiciel libre et de logiciel propriétaire. Il me semble assez unique dans son genre.

Code 46 (2003), de Michael Winterbottom, avec Tim Robbins et Samantha Morton.

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Ce film d’auteur mélancolique est un peu la version réussie du très populaire (mais à mon avis un peu surestimé) Bienvenue à Gattaca, et constitue une illustration convaincante de la société de contrôle prophétisée par Gilles Deleuze. Ici, les gens vivent dans une dictature molle, où leur existence est tracée à chaque instant mais où l’envie de rébellion est absente, ou bien n’existe qu’à l’état d’ébauche. Le héros, qui mène une enquête sur un trafic de faux-papiers, tente de protéger celle qu’il croit coupable.

Sleep Dealer (2008), par Alex Riviera, avec Luis Fernando Peña, Leonor Varela, Jacob Vargas.

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Dans ce film cyberpunk tiers-mondiste, les travailleurs mexicains aux États-Unis n’ont pas besoin de passer la frontière, ils travaillent dans des sweat shops numériques d’où ils pilotent des robots domestiques, des robots de chantier, sans savoir où se trouvent ceux-ci. Un des personnages importants du film, Ramirez, est un américain d’origine mexicaine qui pilote des drones depuis les États-Unis pour empêcher des mexicains d’accéder à l’eau, confisquée par des sociétés américaines.

The cat, the Reverend and the Slave (2009), film documentaire d’Alain della Negra et Kaori Kinoshita.

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Film d’artiste, The Cat, the Reverend and the Slave va à la rencontre de gens qui inventent leur vie, sur Second Life, dans le monde des Furries ou à Burning Man.
Les mêmes auteurs ont réalisé un excellent court-métrage sur les Sims, Neighborhood, que l’on trouve en bonus au DVD de The Cat, the Reverend and the Slave.

8th Wonderland (2010), par Nicolas Alberny et Jean Mach.

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Des citoyens de divers pays du monde créent une république utopique sur Internet et s’entendent pour faire des farces, à la manière des Yes Men, dans le but de dénoncer des scandales écologiques ou autres. Mais peu à peu ils se prennent au jeu et envisagent des actions terroristes. Sorti dans une indifférence certaine, ce film préfigure le printemps arabe et le mouvement « occupy ».

Ordinateur et cinéma sur Place de la toile

mai 17th, 2013 Posted in Brève, médiatisation, Ordinateur au cinéma | No Comments »

La seule émission de radio que j’écoute régulièrement est Place de la toile, sur France-Culture, « le magazine hebdomadaire des technologies numériques ».

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Je suis donc particulièrement fier d’avoir été invité à venir y parler, demain samedi, de dix-huit heures dix à dix-huit heures cinquante-six. Le sujet, en clin d’œil au festival de Cannes, sera celui de l’ordinateur au cinéma. Outre Xavier de la Porte, qui produit l’émission, et Thibaut Henneton, qui la co-anime, on pourra entendre Alexis Blanchet, notamment auteur de Les Jeux vidéo au cinéma, et Emmanuel Burdeau, critique de cinéma et co-fondateur de Capricci, l’excellent éditeur de (entre autres) The Cat, the reverend and the slave, d’Alain de la Negra et de Kaori Kinoshita. La bande musicale sera un duel assez jouissif entre Giorgio Moroder et Jean-Sébastien Bach.

Comme chaque semaine, des auditeurs réagiront interactivement sur Twitter avec le « hashtag » #pdlt. Si vous ratez la diffusion de l’émission sur les ondes de France-Culture (ou sur le site) vous pourrez  vous rattraper en différé ici.

Bande dessinée et histoire

mai 15th, 2013 Posted in Bande dessinée, Brève, Fictionosphère, médiatisation | No Comments »

Demain jeudi 16 mai, entre 16h30 et 18h00 aura lieu la diffusion de l’émission « Bande dessinée et histoire » de Radio Goliard[s], sur Libertaire (89.4 Mhz FM, ou en ligne).
Présentée et préparée par Adrien Genoudet (doctorant en histoire), cette émission se penche sur les rapports qui lient la bande dessinée et l’histoire : outil de propagande ou d’éducation, document historique,…

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Les participants sont : Étienne Rouillon (Rédacteur en chef de Trois couleurs), Patrick Peccatte (Culture Visuelle/Lhivic), William Blanc (co-auteur de Les Historiens de garde), Exomène (créateur multimédia) et moi-même.

mise à jour 17/05 : l’émission est désormais disponible à l’écoute sur le site Goliard[s].

Tablette tactile (2004)

mai 12th, 2013 Posted in Interactivité, Vintage | 13 Comments »

À la recherche d’images sur un autre sujet, je tombe sur une séquence étonnante dans le film Alien vs. Predator (Paul W.S. Anderson, 2004), que j’avais vu à sa sorti mais plus depuis. On y voit une assemblée de scientifique, dont l’un utilise une tablette numérique. Avec son doigt, il navigue dans la carte en trois dimensions d’une pyramide souterraine découverte en Antarctique (où il découvrira à ses dépens que des extraterrestres joueurs, les predators, ont dissimulé d’autres extraterrestres, les affreux Aliens,…).
La séquence m’a d’abord semblé bien naturelle. Mais voilà : lorsque le film a été tourné, il y a dix ans exactement, les tablettes tactiles n’existaient pas.

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Il existait bien des « tablet-PC », mais on les manipulait avec des stylets, et le concept de l’informatique portable que l’on manipule au doigt n’a été disponible pour le public qu’en 20071, avec l’iPhone, puis en 2010 avec l’iPad.
En fait, les premiers brevets dans le domaine datent précisément de 2003 et émanent de la société Fingerworks, qui produisait des interfaces tactiles destinées aux gens souffrant d’une incapacité physique à manipuler le clavier et la souris. En 2005, cette société a brutalement interrompu ses activités, expliquant que ses technologies avaient été acquises par une autre société — dont on a appris plus tard qu’il s’agissait d’Apple.

Est-ce que les créateurs des accessoires du film étaient au courant des produits qui étaient en cours d’élaboration, ou bien n’ont-ils fait qu’imaginer la convergence de deux technologies existantes, l’interface tactile et l’ordinateur-tablette ? Et pourquoi voit-on le logo de la société Hewlett-Packard, dont la première tablette tactile n’est sortie qu’il y a deux ans2 ?
Reste qu’il est amusant de voir qu’une interface qui se voulait futuriste dans un film de 2004 nous semble pour le moins banale aujourd’hui, banale au point que la plupart des spectateurs du film, comme moi, ne verront pas tout de suite que la situation est anachronique.

Lire aussi : La presse électronique en 2001 (1968).

  1. Lucas Papillon me signale que les PADD de la série Star Trek Next Generation (fin des années 1980) étaient déjà des tablettes tactiles. Il faut que je voie ça. Mais à vrai dire ce qui m’étonne ici ce n’est pas tant l’invention de la tablette tactile que le fait que le spectateur actuel verra un bête iPad, et pas une interface « du futur ». []
  2. Mathias Girel me signale qu’HP a sorti un ordinateur (fixe) à écran tactile en 1983, le 150 Touchscreen, qui repérait la position du doigt à l’occultation de faisceaux infra-rouges. En commentaire, Casaubon me signale que le modèle HP, le TC11000, a bien existé. En revanche il s’utilisait avec un stylet. []

Franciscopolis

mai 8th, 2013 Posted in Images, Lecture | 3 Comments »

Franciscopolis a été le premier nom de la ville du Havre, fondée il y a un peu moins de cinq cent ans par François premier (d’où le nom : la ville de François), dans le but de placer à l’embouchure de la Seine un port important pour aller pêcher la morue, se protéger d’éventuelles incursions des flottes du roi Henri VIII puis de l’Empereur Charles Quint, et partir à la découverte du nouveau monde.

à dessein

Le premier livre édité par Franciscopolis est la transcription inédite d’une conférence de Jacques Derrida sur le dessin, intitulée À dessein, le dessin (distribution : Presses du réel).

À présent, Franciscopolis est une maison d’édition fondée par mes deux excellents collègues Yann Owens et Jean-Michel Géridan, où se sont engagés avec eux Mariina Bakic, Agnès Maupré, Jacques-Olivier-Ponce et Yves Troyard.

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De gauche à droite : Ludovic Boulard Le Fur, Pèlerin. 2013 (matrice d’une gravure sur bois); Shoboshobo, Untitled. 2012 (taille-douce) ; Jeremy Boulard Le Fur, Combat, 2013 (aquatinte avec report de sérigraphie sur plaque de zinc et utilisation de la programmation…).

Ils éditent des livres (deux, à ce jour) et des multiples (Thomas CimolaïShoboshoboJean-Louis BoissierVladimir Mavounia-Kouka, Jeremy Boulard le Fur, Ludovic Boulard le Fur).

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De gauche à droite, des sérigraphies de Jean-Louis Boissier, Les Perspecteurs. 2010 ; Vladimir Mavounia-Kouka & Clémence Passot, Joséphine. 2012 ; Thomas Cimolaï, Les Trophées du sixième continent. 2012

Leur toute dernière publication est le catalogue de l’édition 2013 de la manifestation Une saison graphique. On m’a invité à y signer un texte sur Hervé Tullet.

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Catalogue de l’édition 2013 de Une saison graphique, avec Mariina Bakic, Nawal Bakouri, Pierre-Yves Cachard, Jochen Gerner, Jean-Noël Lafargue, Fanette Mellier, Vincent Perrottet et Thomas Huot-Marchand.

Organisé par l’École supérieure d’art et de design Le Havre/Rouen, par l’espace d’art contemporain Le Portique, par la Bibliothèque Universitaire et par Graphisme au Havre, Une saison graphique en est à sa cinquième édition, et présentera du 13 mai au 29 juin les expositions Ahn Sang Soo, Helmo, Julian House, Damien Poulain, Hervé Tullet, Un Imprimeur et Lézard Graphique.

On peut suivre l’actualité de Franciscopolis sur Facebook et sur franciscopolis.com.

Old school

mai 8th, 2013 Posted in L'art et moi, Vintage | 6 Comments »

J’ai régulièrement un coup de vieux quand je réalise que j’ai commencé à m’intéresser vraiment à la culture Hip-hop en 1983, donc il y a trente ans, à l’époque de l’Electro-Funk et de la New Wave. La plupart de mes étudiants actuels sont nés bien après, et souvent même bien après que j’aie abandonné ma dernière bombe de peinture, à la fin des années 1980.
L’époque était bon-enfant et je n’en garde que de bons souvenirs. J’espère juste que mes poumons ne sont pas trop encombrés de métaux lourds et de particules de peinture émaillée.

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Il y a presque dix ans (déjà), j’ai mis sur Internet un texte qui racontait mon parcours dans le graffiti (cliquez ici pour le lire). Je pense que j’étais plutôt un mauvais graffiti-artist du point de vue artistique, mais au moins, je garde une petite fierté d’avoir fait partie des premiers à Paris, puisque « de mon temps », il y avait peut-être dans la capitale six ou sept « possees » (collectifs), au maximum, parmi lesquels le Twilight Zone Crew que j’avais fondé avec mon frère Jérôme (Risk), son ami Stéphane (Shaz), et mes amis Arnaud (Won) et Georges (34 Skidoo).

Toujours sur le même site, j’ai placé des scans de mes photos de l’époque, puisque je sortais beaucoup pour regarder les graffitis des autres.

Paris-BD, la boutique de Jérôme Lafargue

mai 6th, 2013 Posted in Bande dessinée, Personnel | No Comments »

Après avoir fait de la publicité au collectif Super Fourbi Géant, dont fait partie ma fille aînée, Hannah, je fais de la réclame pour la librairie de bandes dessinées de mon frère Jérôme, boutique que j’avais déjà évoquée il y a quelques années à propos de son blog, mais qui a depuis quelques mois un site Internet permettant l’achat en ligne.

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La boutique est installée dans un ancien restaurant oriental, dans le quartier asiatique du 18e arrondissement, à quelques mètres de la Place Hébert. On remarque une station Vélib’ située juste devant. Les bus 35 et 60 passent à proximité.

La boutique physique est située au numéro 83 de la rue Pajol, dans le dix-huitième arrondissement de Paris, métro Marx Dormoy (ligne 12), pas très loin du marché de l’Olive. Le lieu est ouvert chaque après-midi, du mardi au samedi.
On peut appeler pour demander des renseignements au 01 53 26 99 34.

Jérôme vend deux types de bandes dessinées : de l’occasion et de la collection.
Pour dire les choses rapidement, occasion signifie que l’on paie moins cher que le prix d’origine, et collection signifie que les livres ont une cote et sont généralement plus chers qu’ils ne l’étaient à leur sortie.

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Jérôme a des goûts très éclectiques et il peut donner des conseils sur plus d’un siècle de bandes dessinées, de Benjamin Rabier à Naoki Urasawa en passant par les comics américains, les petits formats italiens, les classiques Franco-belges et la bande dessinée « indépendante » plus récente.

Vu à la télé !

Vu à la télé ! Jérôme a accueilli une équipe de France 2 pour un sujet sur la collection de bande dessinée, il y a une dizaines de jours. L’émission ne traitait que des collectionneurs, qui entretiennent un rapport parfois névrotique aux livres (qu’ils n’osent plus lire, comme le disait Pierre Arditi, l’invité de l’émission et collectionneur repenti), mais la boutique accueille aussi les gens qui lisent leurs bandes dessinées, et pas uniquement ceux qui les conservent précieusement sous plastique.

La diversité du stock est telle que je mets au défi quiconque de ne pas être assailli par une bouffée d’émotion en tenant dans ses mains, des années après les avoir perdus, les Blek, les Tarzan, les Pif Gadget, les Spirou ou les Strange chamarrés de son enfance.

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En plus il est sympathique, et je ne dis pas ça seulement parce qu’il s’agit de mon frère.
J’ai chargé sur Youtube un (médiocre) film qui donne une idée du lieu et de son propriétaire. On peut s’abonner à sa page Facebook.

Super Fourbi Géant

mai 6th, 2013 Posted in Lecture | 2 Comments »

L’équipe de Super Fourbi Géant est composé d’étudiants en quatrième année à l’atelier d’illustration de l’École des Arts décoratifs de Strasbourg : Isabelle Azemar, Florian Duchesne, Hannah Lafargue, Mathilde Millot, Guy Pradel, Lola Félin et Richard Marsal.
Cette année, ils ont édité leur première publication, Super Fourbi Géant numéro 1, composé de 96 pages à découper et à coller. Déjà épuisée, cette publication ne sera pas réimprimée.

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Ils ont aussi édité une série de cartes postales, imprimées en sérigraphie, permettant de fabriquer des personnages.

La devise de Super Fourbi Géant est « Fabrique tes propres trucs avec tes propres mains ».

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On peut les suivre sur Facebook et sur leur blog. On peut aussi acheter leurs patrons prêts à imprimer sur BigCartel.

Tron

mai 5th, 2013 Posted in Interactivité au cinéma, Ordinateur au cinéma, Programmeur au cinéma | 2 Comments »

tron_posterJ’ai vu Tron à sa sortie, en 1982. J’étais donc âgé de quatorze ans et je venais tout juste d’acheter mon premier ordinateur, un Sinclair ZX81. J’aurais dû être sensible à la thématique « informatique » du film, mais je crois que j’ai assez mal compris le scénario et j’ai surtout été marqué par l’esthétique générale, qui me semblait complètement révolutionnaire.

En 1977, quand George Lucas a conquis le monde avec Star Wars, Disney sortait des comédies un peu niaises telles que La Coccinelle à Monte-Carlo. Le monde avait changé, et après avoir été en pointe pendant des décennies, Disney était devenue une société démodée et donc, avide de renouvellement1. C’est ce qui les a amenés à accepter un projet atypique, dont le scénario était déjà achevé et « storyboardé » au moment où il est arrivé entre leurs mains, le film Tron.

L’auteur de Tron, Steven Lisberger, avait fondé quelques années plus tôt à Boston Lisberger Studios, une petite maison de production de films d’animation — de films d’animation publicitaires principalement. Il n’avait à l’époque aucune expérience professionnelle dans le domaine du cinéma et était étudiant en arts : c’est un bon modèle, pour moi, les inventeurs de formes sont souvent ceux qui n’ont, justement, pas été déformés par l’apprentissage d’un savoir-faire trop précis et osent imaginer au delà des pratiques qui leur ont été inculquées. Après avoir déménagé en Californie, qui disposait d’un marché un peu plus étendu que Boston pour des producteurs d’images, les studios Lisberger ont produit Animalympics, un long-métrage humoristique dédié au sport2.

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En haut à gauche, le premier personnage baptisé « Tron », par les studios Lisberger. En bas à gauche, Steven Lisberger à l’époque de la sortie de Tron, âgé d’à peine plus de trente ans. À droite, les premiers dessins réalisés au début de la production du film.

À la fin des années 1970, pour un spot publicitaire destiné à promouvoir une radio, les studios Lisberger avaient créé un personnage qui semblait dessiné au néon, que l’on voyait lancer des disques lumineux. Il avait été baptisé TRON, pour « élecTRONique ». Lisberger voulait utiliser cette ébauche pour quelque chose de plus ambitieux. Très frappé par l’esthétique des jeux vidéo de l’époque (Pong, Breakout3, Asteroids, etc.), et très conscient que ce domaine amenait quelque chose de vraiment nouveau, il a voulu s’en inspirer et inventer une histoire qui se déroulerait à l’échelle des électrons.

Quelques jeux vidéo de l'époque : Pong, Missile Command et Asteroids.

Quelques jeux vidéo de l’époque : Pong, Missile Command et Asteroids.

Lisberger a écrit le scénario de Tron avec Bonnie MacBird, actrice, productrice et scénariste. Cette dernière, qui s’intéressait de longue date à l’informatique, a eu l’idée d’embaucher Alan Kay comme consultant, de la même manière que Stanley Kubrick avait embauché Marvin Minsky une douzaine d’années plus tôt pour son 2001: L’odyssée de l’espace. Alan Kay est une figure majeure de l’histoire de la recherche en informatique, notamment pour avoir fait partie des inventeurs de la programmation dite « orientée objet »4, au sein du Xerox PARC, et pour avoir été le précurseur des « tablettes » avec son Dynabook, imaginé il y a plus de quarante ans mais impossible à produire à l’époque. Pour l’anecdote, signalons qu’Alan Kay et Bonnie MacBird se sont mariés peu après la sortie de Tron.

Les premières tentatives

Ce qu’aurait peut-être été Tron sans Mœbius et Syd Mead.

Lisberger et son associé Donald Kushner ont démarché de grosses sociétés de production avec leur projet Tron, et à leur grande surprise, c’est Disney qui s’est montré intéressé. Les responsable de l’époque chez Disney disent à présent qu’ils n’avaient strictement rien compris au propos du film, mais que l’enthousiasme de Lisberger les avait profondément impressionnés : il y croyait et les a convaincu que les enfants des années 1980 adoreraient le résultat. Disney s’est néanmoins beaucoup inquiété de ce qu’allait coûter le film et avait peur que son image inhabituelle fasse mal aux yeux des spectateurs.
Le projet n’a vraiment pu réussir que lorsque deux personnes sont entrées dans l’équipe. Le premier est Harrison Ellenshaw, superviseur des effets visuels, et auteur des « matte paintings » de Star Wars, qui a convaincu Disney de la faisabilité du film. Le second, c’est Jeff Bridges, acteur en pleine ascension, remarqué au début des années 1970 chez Peter Bogdanovich et Michael Cimino, et premier rôle dans le King Kong de 1977, dont l’adhésion au projet a convaincu d’autres acteurs de jouer dans le film, bien que le scénario leur ait semblé — cela revient de manière constante dans leurs témoignages —, totalement incompréhensible.

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Quelques dessins de Mœbius pour Tron.

Trois artistes ont par ailleurs pesé sur la production du film : Jean Giraud, Syd Mead et Wendy Carlos. Jean Giraud, dit Mœbius, auteur de bande dessinée bien connu en France, commençait à se faire un nom à Hollywood pour son travail sur l’adaptation inachevée de Dune, par Alejandro Jodorowsky, pour la revue Métal Hurlant, et pour sa participation au Alien de Ridley Scott5. Invité par Lisberger, qu’il ne connaissait pas mais qui adorait son travail, il est venu passer deux mois à Burbank, en Californie, sur le campus de Disney, pour donner une identité visuelle aux costumes et aux décors du film. Il a notamment redessiné entièrement le story-board : les plans figurés sont les mêmes, mais son sens de la mise en scène change tout est se retrouve bien dans le film. Pourtant, Moebius a admis n’avoir strictement rien compris au scénario, d’autant que son anglais n’était pas très bon, comme il l’expliquait à Philippe Manœuvre, dans Métal Hurlant : « je n’ai compris le film que le jour de la première (…) sur Alien c’était encore pire : tout ce que j’avais compris c’était qu’il leur fallait des combinaisons spatiales ».

Des dessins de Syd Mead pour Tron.

Avec ses ses objets aux formes élancées, les (très beaux) dessins de Syd Mead pour Tron sont l’archétype (presque la caricature) du croquis de designer tel que se l’imagine le grand public.

Syd Mead, quand à lui, est un designer fréquemment invité par le monde du cinéma pour imaginer des objets futuristes. C’est notamment à lui que Blade Runner doit une grande partie de son esthétique. Pour lui, une architecture ou un accessoire de science-fiction ne peuvent pas être gratuits, il faut se demander comment ils fonctionnent, qui les utilise et à quoi, c’est à dire effectuer un véritable travail sur le design. Pour Tron, il dessiné divers véhicules, notamment les « light cycles » et le vaisseau de Sark. Il a aussi effectué des recherches pour le logo du film mais j’ignore si le dessin final est de lui.

La dernière personnalité marquante du film est Wendy Carlos, célèbre pour ses versions électroniques de la musique de Jean-Sébastien Bach et pour ses bandes originales de Orange mécanique et de The Shining. Pour la bande originale de Tron, les productions Disney lui ont imposé de s’associer au London Philarmonic Orchestra, de peur que le travail ne soit pas terminé à temps sinon.

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Métal Hurlant #82 (décembre 1982). Onze pages du magazine sont consacrées à Tron, avec notamment une longue interview de Mœbius. Au passage, le dessinateur français remonte un peu les bretelles à Philippe Manœuvre au sujet de sa critique très virulente de Blade Runner, parue trois mois plus tôt.

Les effets visuels de Tron sont d’une grande complexité car ils associent plusieurs techniques très différentes, dont certaines étaient inédites à l’époque. Les images de synthèse proprement dites représentent à peine plus d’un quart d’heure du film, mais il a fallu quatre sociétés différentes pour les réaliser : Triple-I, MAGI, Robert Abel & Associates et Digital effects of New York City.
Triple-I s’était fait remarquer par une animation montrée au Siggraph qui avait notamment convaincu Disney qu’il était possible d’utiliser l’image de synthèse au service d’un scénario. On y voyait des théières tournantes et un jongleur. MAGI, qui s’était lancé dans l’image de synthèse pour réaliser des simulations de diffusion de la radioactivité pour le compte du gouvernement, avait aussi réalisé une démo, dans laquelle une caméra circulait dans un tunnel de balles, ce qui a profondément impressionné Lisberger.

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À gauche, une des équipes qui a travaillé sur les images de synthèses du film. Les coordonnées de déplacement des objets et des caméras dans l’environnement 3D étaient créées de tête et saisies à la main, il fallait ensuite plusieurs jours pour voir le résultat. Au centre, la démo Adam Powers, The Juggler, par Triple-I, montrée au Siggraph’81. À droite, une démo par la société MAGI.

Pour les prises de vues réelles, il a fallu inventer un système. Les images devaient être réalisées avec une pellicule noir et blanc, sur fond noir, et avec des costumes et des accessoires fortement contrastés. Les images étaient envoyées à Taïwan pour être colorisées, à la manière de certains films muets. Par un système de négatifs et de caches, les effets lumineux étaient ensuite ajoutés sur le banc de composition, par rétro-éclairage.
Les variations régulières d’intensité lumineuse n’étaient pas prévues et sont dues à une mauvaise utilisation des pellicules, mais elles ont été utilisées et renforcées par les effets de lumière et de couleurs. Dans tout le film, on remarque des détails ajoutés par les animateurs : oreilles de Mickey, Pac-man, etc.
La complexité de la réalisation du film n’a pas impressionné les organisateurs des Academy Awards qui ont refusé de nommer Tron pour l’Oscar des meilleurs effets visuels, considérant que l’utilisation de l’ordinateur était une forme de triche6.

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L’apparence des images telles qu’elles ont été filmées, avant la colorisation et l’utilisation du rétro-éclairage.

Tron raconte l’histoire de Kevin Flynn, programmeur anciennement employé par la société ENCOM (sorte d’IBM), qui a été licencié mais aussi spolié des logiciels qu’il avait créés, par le méchant Ed Dillinger, lequel s’est servi des créations de Flynn pour faire carrière au sein de sa société. Flynn est devenu le propriétaire d’une salle de jeux d’arcade mais ne désespère pas de trouver la preuve qu’il est bien l’auteur des programmes que commercialise ENCOM, avec un grand succès.

Flynn, littéralement digitalisé par un laser, doit survivre à l'intérieur même de l'ordinateur.

Flynn, littéralement digitalisé par un laser, doit survivre à l’intérieur même de l’ordinateur.

Flynn ne parvient pas à pirater le système informatique d’ENCOM car il est bloqué par le Master Control Program, une intelligence artificielle passablement mégalomane qui tient Dillinger sous sa coupe en le faisant chanter, et qui projette de prendre le contrôle des systèmes informatiques américains et soviétiques.
Flynn convainc un ami qui travaille chez ENCOM de l’aider à entrer dans la société, car il n’y a que là qu’il pourra se connecter facilement au système informatique. Alors qu’il y travaille, il se fait téléporter dans l’ordinateur par Master Control, à l’aide d’un laser qui le digitalise. À l’intérieur de la machine, Flynn découvre un monde nouveau, peuplé de programmes à forme humaine qui se demandent si, oui ou non, il existe bien des « utilisateurs », qui sont pour eux égaux à des divinités.
À l’aide de Tron, un programme informatique de sécurité, et grâce à son habileté avec les jeux vidéo, Flynn part détruire Master Control, poursuivi par le méchant Sark, l’âme damnée de Master Control, qui a les traits de Dillinger.

En apparence, Ed Dillinger

En apparence, Ed Dillinger est le maître des ordinateurs de la société ENCOM, mais en réalité, il ne doit sa position de cadre supérieur qu’aux programmes qu’il a volés à Flynn avec l’aide du « Maître Contrôle Principal », une intelligence artificielle qu’il a lui-même créée (au départ un logiciel de jeu d’échecs) mais qui, à présent, le fait chanter et a des velléités de conquête du monde. À l’intérieur de la machine, Dillinger prête ses traits à Sark, le bras-droit servile de Maître contrôle principal.

Bien qu’il soit assez manichéen, et globalement un peu ennuyeux, ce scénario contient des éléments très modernes. L’action se déroule à l’intérieur machine, il y est question de jeux vidéo, d’intelligences artificielles et de vol de propriété intellectuelle, élément plutôt drôle, venant de Disney, qui a toujours caché ses auteurs derrière son logo7. De telles thématiques était à mon avis passablement incompréhensibles pour une grande partie du public de l’époque et je serais curieux de savoir ce qu’en ont dit les journaux français tels que le Parisien ou les magazines généralistes, notamment.

L’auteur remarquait récemment que, paradoxalement, des fictions mettant en scène des extra-terrestres étaient une chose tout à fait familière au public, alors que l’on n’a jusqu’à preuve du contraire jamais rencontré d’entités extra-terrestres, tandis qu’un film traitant d’intelligences artificielles est bien plus obscur pour ce même public, bien que l’informatique et le jeu vidéo fassent partie de nos vies.

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Le rôle féminin de Yori est interprété par Cindy Morgan, mais aurait pu être interprété par Debbie Harry, la chanteuse du groupe Blondie, qui avait auditionné. L’acteur Bruce Boxleitner, qui interprète le rôle de Tron, est le capitaine Sheridan de la série Babylon 5.

Tron a été à peine rentable, tout comme Le Trou Noir et Condorman, à la même époque. Cette série d’échecs relatifs a amené Disney à ralentir sa production de films en « live action » au cours des années 1980, laissant la place libre aux productions de Steven Spielberg, George Lucas, James Cameron ou dans un autre genre, John Hughes.
Pourtant, ce film a durablement marqué les esprits et les rétines et est devenu ce qu’on appelle un film « culte », plusieurs fois adapté sous forme de jeu vidéo, pastiché avec la médiocre série Automan (à laquelle a participé Donald Kushner, le producteur de Tron), puis continué par le film Tron Legacy (dont nous reparlerons ici) et la série animée Tron Uprising. Il n’est par ailleurs sans doute pas exagéré de dire que Tron a fait effectuer un grand saut à la pénétration des technologies numériques au cinéma;

Science & Vie #781 – octobre 1982

Pour finir, je reproduis une citation de Steven Lisberger, interrogé par Métal Hurlant à propos du jeu vidéo, que l’on soupçonnait (déjà !) de pervertir la jeunesse :

« on laisse à nos enfants des rivières polluées, un air à peine respirable et six cent millions de tonnes d’ogives nucléaires pointées au dessus de leur tête et ça c’est okay. Mais les video games, ouh là, ce serait le grand fléau du futur ? »

Mais en 1983, le marché du jeu vidéo s’est effondré en quelques mois et les inquiétudes qui l’entouraient ont disparu pour plusieurs années.

Lire ailleurs : Monde virtuel 1.0, le « Tron » commun, par Alexis Hyaumet, sur Culturevisuelle.

  1. La science-fiction semblait être l’avenir du divertissement, pour Disney, qui a produit des films dans le domaine à cette époque (Le Trou noir, Tron, Flight of the navigator), et surtout ouvert le parc à thèmes EPCOT (Experimental Prototype Community Of Tomorrow) l’année même de la sortie de Tron. []
  2. Sorti en 1980, Animalympics est un peu un film maudit : censé profiter de la frénésie qui devait accompagner les Jeux Olympiques d’été de Moscou, il a été victime du boycott des Jeux par les États-Unis qui protestaient alors contre l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique. []
  3. Pour l’anecdote, le prototype du jeu Breakout (casse-briques, en Français), a été réalisé par Steve Wozniak pour le compte de la société Atari. Steve Jobs, qui servait d’intermédiaire entre Atari et Wozniak avait menti à son ami sur la somme convenue et ne lui avait donné que 350 dollars sur les 5000 reçus. Wozniak n’a su cela que dix ans plus tard, alors que les deux hommes avaient eu le temps de fonder Apple, d’en faire une des sociétés les plus célèbres au monde… et d’en être évincés. Il dit à présent que si Jobs lui avait dit qu’il avait besoin de cet argent, il le lui aurait volontiers donné puisqu’il gagnait correctement sa vie à l’époque comme employé de Hewlett-Packard et que ce travail ne lui avait demandé que quelques jours. []
  4. La programmation « orientée objet » a révolutionné l’informatique en permettant de créer des programmes dans lesquels des objets conceptuels identiques sont dotés de propriétés différenciées et peuvent adapter leur comportement aux contingences rencontrées. Pour dire les choses vite, sans la programmation objet, ni les interfaces graphiques des systèmes informatiques actuels ni aucun jeu vidéo un peu complexe ne pourrait exister. []
  5. Six mois avant la sortie de Tron, Mœbius avait par ailleurs sorti Les maîtres du temps, long-métrage d’animation de René Laloux, adapté d’un roman de Stefan Wul, L’orphelin de Perdide. []
  6. En 1983, l’Oscar des effets visuels est allé au film E.T., par Steven Spielberg. Depuis, à l’exception de The Last Starfighter, sorti l’année suivante, tous les films qui ont constitué une prouesse technique dans le domaine de l’image numérique ont été primés : The Abyss, Total Recall, Terminator 2, Jurassic Park, Forrest Gump, Titanic, The Matrix, Avatar,… []
  7. À cette époque, le jeu vidéo était un domaine économique en pleine expansion et les concepteurs de jeux commençaient à réclamer un peu de considération : toucher des royalties sur les jeux à succès et, au moins, voir leurs noms mentionnés. C’est ce qui a par exemple poussé des employés de la société Atari à fonder Activision en 1979. []