Profitez-en, après celui là c'est fini

Le plagiat, encore et encore

juin 21st, 2017 Posted in Diplômes | 6 Comments »

(Avertissement : je n’ai pas écrit cet article pour me plaindre, ni pour dire « c’était mieux avant », mais pour m’interroger sur ce qui conduit à la culture du plagiat qui semble1 en augmentation)

J’avais parlé sur ce blog de plagiat à l’université il y a quelques années : une étudiante était passée devant un conseil de discipline pour avoir soumis à son jury de Master un essai anglophone glané sur Internet qu’elle avait ensuite passé à la moulinette de Google Translate afin de brouiller les pistes et de présenter un mémoire en français. Entre autres indices de cette origine, on apprenait qu’il y avait eu aux États-Unis d’Amérique un président du nom de Georges Buisson ! C’est le cas le plus grave sur lequel avait statué ce conseil de discipline, qui avait visiblement produit son petit effet puisque pendant quelques années, la pratique du plagiat semble avoir régressé. Jusqu’à cette année.

Le mauvais élève, caricature allemande de 1849

Il y a quelques semaines, un collègue a averti un jury dont je faisais partie qu’un mémoire qui nous avait été soumis était un pur plagiat, réalisé selon la technique mentionnée plus haut : texte emprunté à un universitaire étranger puis traduit automatiquement. J’avais trouvé ce mémoire bizarre, sans enquêter sur le possible plagiat, et je dois dire qu’il est rétrospectivement rageant d’avoir passé une heure ou deux à lire un texte à la fois terriblement mal écrit — quand Google translate produira des textes parfaits, on en reparlera — et créé de manière malhonnête. L’étudiante s’est vu signifier que sa fraude avait été découverte, et au lieu d’aller se cacher dans un trou, de s’excuser, de pleurer, d’implorer, ou toutes ces choses que l’on fait lorsque l’on est pris à tricher, elle a d’abord envisagé de maintenir la soutenance de son mémoire, et ce n’est qu’un ou deux jours avant la date fatidique qu’elle s’est dégonflée et a averti son directeur qu’elle préférait finalement annuler la tenue d’un examen qui forçait trois personnes à se déplacer pour évaluer un travail qui n’était pas le sien. Cette attitude, qui relève de l’impudence, est très inquiétante.
Toujours pendant la même session, j’ai eu à évaluer le mémoire incroyable d’un étudiant qui, pour commencer, ne l’avait pas relié et l’avait fourni sous la forme d’une centaine de feuilles volantes. La moitié de ce mémoire de niveau Master 2 reprenait presque mot pour mot le mémoire de l’année précédente. C’est une pratique courante, puisque le premier mémoire sert généralement d’ébauche au second. Mais le premier mémoire (dit « mémoire de M1 ») était d’une grande médiocrité et n’avait obtenu la moyenne que par mansuétude, ce que l’étudiant ne pouvait ignorer : il était passé, certes, mais il fallait tout changer. Il ne l’a malheureusement pas compris et semble s’être dit que, puisque c’était passé une fois, ça passerait une seconde. Ce manque d’exigence envers soi-même, à un âge où on étudie de son plein gré, dans un domaine auquel on est censé s’intéresser, est là encore très inquiétant.

Illustration de John Tenniel pour De l’autre côté du miroir, par Lewis Carroll, 1871.

Une grosse partie du reste du mémoire est constituée d’une dissertation sur des modèles théoriques en interactivité, visiblement issue d’une thèse de doctorat en Informatique des années 1990 dont l’intérêt majeur du point de vue de l’étudiant, à mon avis, est d’être librement accessible en ligne. La thèse en question est bien mentionnée comme source par l’étudiant, mais c’est bien le minimum que l’on puisse faire lorsqu’on recycle une telle proportion d’un texte. Le contenu de la thèse en question est inintelligible pour la plupart des humains, et surtout sans rapport avec le sujet du mémoire — qui entendait expliquer la manière dont les artistes « nouveaux médias » travaillent : c’est comme si pour commenter une régate de planches-à-voile on fournissait les plans d’un porte-avions de la seconde guerre mondiale, sans les comprendre soi-même mais en espérant que le lecteur, lui, verra le rapport, . Lors de la soutenance, l’étudiant a voulu nous rassurer : « oui, ça vient de ce texte, que j’ai crédité, mais tout a été écrit avec mes mots à moi ».
Et nous voici au cœur du malentendu : l’étudiant semble penser que ce qu’on attend de lui, c’est de paraphraser des textes qui ne sont pas de lui.
Au cours de la soutenance, je me suis rendu compte que pour chaque problème pointé du doigt; cet étudiant cherchait une raison, une excuse, voire quelqu’un sur qui reporter la faute : « Au secrétariat on ne m’a pas dit qu’il fallait relier le mémoire » — « le x avril je vous ai proposé un rendez-vous mais vous ne pouviez pas venir » — « Vous ne m’avez pas dit qu’il fallait écrire quelque chose d’intéressant » — « On m’a pas dit » — « Je savais pas »,… À aucun moment, l’étudiant ne se dit que la moindre des choses à faire est de se renseigner, d’observer les pratiques, et bien entendu de ne pas soumettre à un jury un texte qu’on n’aurait pas envie de lire soi-même. Il m’a demandé l’autorisation de passer en session de rattrapage.

Alice au pays des merveilles, illustrée par John Tenniel en 1865

La semaine dernière, enfin, j’ai assisté à la soutenance d’un mémoire que j’avais eu peine à déchiffrer car il était plutôt médiocrement rédigé. À mon arrivée, une collègue qui était aussi dans le jury m’a signalé qu’elle avait trouvé la trace de plagiats, qu’elle avait même identifié la source de ces plagiats et qu’il fallait sévir. J’avais lu la plus grande partie du mémoire dans le train, sans Internet, et je n’avais pas tenté d’enquêter moi-même mais j’avais bien remarqué que ce mémoire était (comme dit mon petit frère, marchand de livres de collection, lorsqu’il parle d’un livre réalisé à partir d’éléments de plusieurs) un « Frankenstein », c’est à dire un texte dont les différentes parties ne collent pas entre elles, dont la qualité rédactionnelle peut varier, d’un paragraphe à l’autre, alternant des phrases limpides et bien écrites et d’autres qui ne franchissent pas les limites de l’intelligibilité. Je ne vais pas décrire tout le contenu du mémoire et ses innombrables défauts (noms écorchés, contresens consternants, plagiats avérés), mais au moins raconter une anecdote : ce mémoire porte sur Alice au Pays des Merveilles (d’un auteur mystérieux nommé Lewiss Carrooll !) et à un moment du texte, on apprend qu’Alice est une « jeune fille incolore ». En fait, ce paragraphe était intégralement volé à un autre texte et quelques mots étaient modifiés, comme « candide », devenu, sans doute par la grâce du passage par une langue intermédiaire (mais pas l’anglais, cette fois), « incolore ».
La soutenance a dû être humiliante pour l’étudiante. Elle a commencé par lire un texte puis s’est interrompue et a semblé rester bloquée quelques secondes, avant de me regarder d’un air inquiet (j’étais le président de la séance), en me demandant si elle avait le droit de recommencer — comme si elle passait une audition de la High School of Performing Arts dans la série Fame. À la fin de son exposé (fort court, mais tant mieux), l’étudiante nous a dit qu’elle rêvait d’embrayer sur une thèse de doctorat, rien que ça. Cette manière de se sentir tout à fait légitime alors qu’elle présentait un texte sans queue ni tête (et ce n’était pas un hommage à Lewis Carroll), sans intérêt, et farci de morceaux de textes empruntés est, là encore, terriblement inquiétante. Elle avait si peu de doutes sur la bonne réception qui serait faite de son travail qu’elle avait fait venir deux amies à elle pour assister à la soutenance. Sa déception face à nos critiques ou le simple fait qu’elle ait voulu avoir un public montre à quel point elle était loin de comprendre ce qui ne va pas dans le travail qu’elle nous a soumis. Je vous laisse imaginer les lourds silences entre deux questions, et les larmes ensuite dans le couloir. Mais qu’est-ce qu’il faudrait faire ? Que faire de mieux que de dire ce qui, à notre sens, est un bon travail ? L’étudiante fautive s’est défendue en expliquant, comme le précédent cas mentionné, qu’elle avait certes paraphrasé des textes qui n’étaient pas les siens (sans les comprendre, parfois), mais qu’elle l’avait fait avec « ses propres mots ». Ce n’est pas le cas, puisqu’à aucun moment le mémoire ne trouve sa « voix », son ton singulier : des mots ont été échangés avec d’autres pour cacher leur origine, mais c’est tout. Le texte est aussi parsemé de citations dûment sourcées mais qui apparaissent sans raison et sans grande cohérence, contredisant parfois les affirmations qu’elles sont censées étayer et se contredisant entre elles.

Diogène, par Jean-Léon Gérome, 1860. J’avais envie de mettre cette image ici, c’est tout, je vous laisse inventer un rapport avec le texte.

Un autre collègue me disait qu’il lui semblait que pas un des textes qu’il avait eu à évaluer cette année, ou presque, n’était totalement vierge de plagiat, qu’il s’agisse de plagiats mineurs parfois involontaires — des citations mal contextualisées — à des cas de fraude pure et dure. Il m’a dit aussi que ça ne l’étonnait pas car c’est un peu vers ça que mène le système scolaire dans son ensemble. Cette réflexion m’a rappelé Ivan Illitch, pour qui l’école, paradoxalement, malgré son but originel et malgré les bonnes volontés de tous ses acteurs, est souvent une monstrueuse machine à empêcher d’apprendre, et cela m’a rappelé aussi une interview de l’historien israélien Shlomo Sand qui disait cette chose terrible : « Heureusement que j’ai été viré de l’école lorsque j’avais 16 ans. Peut-être que cela a contribué au fait que je puisse penser, parler ». J’ai pensé au cas Wikipédia, aussi : les enseignants interdisent à leurs élèves d’aller sur Wikipédia, leur demandent d’aller faire leurs recherches en bibliothèque, mais, dans le même temps, sanctionnent tout travail personnel ou original et n’attendent, qu’ils en soient conscients ou non, rien d’autre qu’une reformulation de sources glanées où c’est facile de le faire, c’est à dire en ligne. Or Internet et Wikipédia ne vont pas disparaître demain, il vaut mieux les comprendre, savoir les utiliser, comprendre leurs limites, que de se contenter de cacher qu’on s’est servi de cette si extraordinaire base de connaissances.

Our new age2 du 17 février 1962. Dix ans avant la première démonstration du réseau qui allait devenir Internet, l’auteur imaginait l’accès au savoir à distance… après Paul Otlet, Wilhelm Ostwald, Vannevar Bush, Douglas Engelbart, J.C.R. Licklider et quelques autres : l’idée était dans l’air.

Je dis souvent que je ne suis pas réellement allé à l’école, ce qui est une exagération, mais je n’ai pas eu un parcours typique, et je n’ai pas le baccalauréat. L’école, je l’ai vécue comme un moment à passer. Pas forcément un mauvais moment, d’ailleurs, j’en retire sans doute des choses, et heureusement, mais je retiens l’impression d’une perte de temps terrible, d’une roue de cage de hamster où certains courent avec entrain, où d’autres restent apathiques, et où un grand nombre, dont je faisais partie, n’effectuent que le minimum de tours nécessaires à gagner le droit de continuer, moins soucieux d’être stimulés intellectuellement — ce que les cerveaux d’enfants savent si bien faire — que d’éviter les pièges tendus. Car l’école, telle qu’elle fonctionne, repose sur le piège, la punition, la sanction. Je sais que l’expérience de l’école n’est pas si navrante pour tout le monde, que certains s’y épanouissent et en profitent, et je sais que les enseignants font tout ce qu’ils peuvent pour éveiller l’intérêt de leurs élèves et sont, malgré des conditions difficiles, engagés et bienveillants. Mais je sais aussi que je ne suis pas le seul à m’être beaucoup ennuyé dans ce cadre. Ce ne sont pas les personnes que je critique, mais la machine. Je le précise, car je n’aimerais pas qu’ont croie que je dénigre un métier de plus en plus difficile à exercer, car au contraire, j’admire ceux qui enseignent aux niveaux primaire et secondaire. Je pense en revanche que quelque chose ne fonctionne pas, que la philosophie même de l’école est à réinventer et que, malheureusement, les changements qui s’annoncent vont plutôt dans le mauvais sens.

L’école ne récompense pas toujours l’honnêteté, remarquait Mark Twain dans Les aventures de Tom Sawyer (ici illustrées par True Williams en 1876)

Une fois arrivé dans l’enseignement supérieur, et très précisément dans l’université où j’enseigne désormais et qui n’est pas n’importe quelle université il est vrai (c’était la seule qui pouvait ouvrir ses portes à un non-bachelier comme moi), j’ai découvert qu’un lieu d’apprentissage pouvait servir de cadre à des gens qui veulent apprendre et chercher par eux-mêmes et pour eux-mêmes. J’ai pu choisir les cours que je suivais, me confronter à des idées, des personnes, des univers inattendus, et aussi abandonner les cours qui ne m’intéressaient pas, enfin bref, j’ai étudié pour moi-même, sans y être obligé et bien conscient qu’un diplôme en Arts plastiques n’offre, à moins de vouloir enseigner (métier qui m’est tombé dessus par surprise et qui ne faisait pas partie de mon projet d’existence), aucune garantie d’emploi : dans les métiers artistiques, on est jugé sur sa production, pas sur ses diplômes.
Et justement, à l’université, j’ai eu le sentiment de pouvoir être pris au sérieux pour ce que je pouvais apporter et non pour ma docilité et ma bonne intégration dans un système hiérarchique un peu ingrat.
J’ai aussi eu le sentiment, quelque part, de pouvoir tout faire, tout essayer : ce cadre m’a permis de m’épanouir bien plus que l’école des Beaux-Arts de Paris, où j’avais passé trois années désagréables. Tous les cadres, certes, ne sont pas adaptés à toutes les personnes ni à tous les moments.
C’est en repensant à ce que l’université m’a apporté que je trouve affligeant qu’on en profite si mal, qu’on continue, une fois libre d’apprendre pour soi, à faire comme si on était toujours forcé d’être là où on se trouve et donc, acculé à trouver des astuces pour surnager.

Our new age du 26 décembre 1965

J’aimerais comprendre les motivations de ces étudiants, ce qui fait qu’ils veulent à tout prix obtenir un diplôme sans en avoir envie et sans en être capables, ou en tout cas, en s’en jugeant incapables et en pensant ne pouvoir y parvenir qu’en trichant.
Est-ce qu’ils sont là faute d’être ailleurs ? Pour avoir un statut d’étudiant ? Parce que l’harmonisation des diplômes, qui facilite la mobilité des étudiants d’une formation, d’une université voire d’un pays à l’autre3 leur permettra de postuler à des formations qui les intéressent plus ? Est-ce que c’est un effet secondaire de l’augmentation du niveau de recrutement des gens qui passent certains concours administratifs, notamment pour être professeur des écoles4 ? Est-ce que (et c’est paraît-il la tendance mondiale) le diplôme est en train de devenir le seul but d’un cursus universitaire ? Le but devrait être d’apprendre, et le diplôme ne devrait être qu’un moyen d’en rendre compte. Sinon, effectivement, pourquoi ne pas prendre des raccourcis malhonnêtes ?
J’imagine que toutes ces raisons peuvent se rencontrer, mais une chose me semble certaine : un étudiant qui plagie trompe ses enseignants, nuit à l’université et fait perdre du temps à tout le monde, mais il le premier à qui il fait perdre du temps, c’est à lui même qu’il cause le plus de tort et c’est avant tout lui-même qu’il trompe.

  1. Je dis qu’elle le semble, car de même que la détection de certaines maladies augmente grâce à des examens de dépistage de plus en plus performants, les moteurs de recherche ou les systèmes de détections des plagiats permettent de plus en plus aisément de lever certains doutes. []
  2. Our new age (1957-1973), par Athelstan Spilhaus, était un strip dominical à mi-chemin entre vulgarisation scientifique et prospective, que diffusaient une petite centaine de quotidiens et qui a amplement contribué à construire un imaginaire du futur aux États-Unis. John Fitzgerald Kennedy a un jour dit à l’auteur que les seules notions de sciences qu’il avait acquises lui venaient de la lecture de Our new age dans le Boston Globe. []
  3. Dans de nombreux pays, le Master est un diplôme extrêmement prestigieux, car il signifie soit que l’on a obtenu une bourse d’excellence, soit que l’on est issu d’un milieu suffisamment aisé pour s’acquitter de frais d’inscription aux montant extravagant. Les pays comme la France où les études sont pour quelque temps encore quasiment gratuites et accessibles à un grand nombre attirent les étudiants de pays où les mêmes cursus sont hors de prix. Une partie des étudiants plagiaires dont je parle viennent de pays de ce genre, mais d’autres sont tout ce qu’il y a de français. []
  4. Je me souviens avoir eu une institutrice qui n’avait que le certificat d’études, et avait ensuite été formée à l’école normale. C’est sans doute la meilleure institutrice que j’ai eu. On rassure les parents sur le niveau des enseignants en augmentant le niveau d’étude auquel ils sont recrutés, mais pourquoi ne pas faire durer plus longtemps l’apprentissage de leur métier de professeur ? []

Wonder Woman

juin 20th, 2017 Posted in Au cinéma, Grandes figures | 14 Comments »

(avertissement : je révèle quelques détails de l’intrigue du film)

Le dernier (et premier) bon film issu de l’univers DC comics, à mon goût, était jusqu’ici Batman Returns (1992), le second Batman réalisé par Tim Burton, qui profitait du talent de cabotins géniaux tels que Christopher Walken et Danny de Vito, mais aussi et surtout du personnage de Catwoman, parfaitement incarné par Michelle Pfeiffer. Une des forces de ce film était son humour, notion totalement absente des plus ou moins assommants Batman de Christopher Nolan, où je n’ai ri de bon cœur qu’aux moments qui étaient censés être les plus graves. La tentative de marier un certain humour à un univers sombre dans le récent Suicide Squad m’a semblé intéressante le temps de la bande annonce, moins sur la longueur, malgré de bons personnages et quelques idées. Quant aux Superman du troisième millénaire, à Superman v Batman et Green Lantern, je les ai gommés de ma mémoire.
J’attendais tout de même impatiemment ce Wonder Woman qui devait constituer un renouveau des productions inspirées par l’univers DC, et même un événement sans précédent dans l’histoire de l’adaptation de bandes dessinées de super héros au cinéma : enfin, on allait donner sa pleine mesure à une super-héroïne, enfin on allait la prendre au sérieux. Il y a quelques années j’ai écrit un article sur le traitement absurde dont les super-héroïnes faisaient l’objet au cinéma1: les cadres hollywoodiens, certains que des films dont le super-héros est une héroïne ne peuvent pas avoir de public, ont pu valider leur préjugé en produisant de mauvais films qui, comme prévu, constituaient un échec artistique et public : Supergirl, Catwoman ou Elektra seraient des navets quel que soit le sexe de leur protagoniste principal. Dans cet article, je parlais évidemment de Wonder Woman, une héroïne inventée dans un but très précis sur lequel je vais m’étendre un peu plus loin.

La Wonder Woman que vient de sortir DC Films était en projet depuis dix-huit ans. La rumeur a promis successivement le rôle à plusieurs actrices, parmi lesquelles Sandra Bullock, Catherine Zeta-Jones, Kate Beckinsale, Jessica Biel, Angelina Jolie, Megan Fox et même Mariah Carey. Comme chacun sait, le rôle est allé à Gal Gadot, une miss Israël de près d’un mètre quatre-vingt qui fut instructrice au combat lors de son service militaire2 et qui a la réputation de faire ses cascades elle-même.
Le film a failli être scénarisé et réalisé par Joss Whedon, qui a toujours su écrire des personnages féminins forts : Buffy, Willow et Faith dans Buffy the vampire slayer, toutes les femmes de la série Firefly ou encore Black Widow dans Avengers. Et puis Joss Whedon s’est dégonflé, il n’a pas voulu entre en lutte contre les studios pour défendre un film dont ceux-ci ne voulaient pas3. Entre temps, en 2011, une série consacrée à Wonder Woman a été mise sur pied, avec Adrianne Palicki dans le rôle. Seul le pilote de la série a été tourné.

De gauche à droite : Wonder Woman dans la version originale d’H.G. Peter, le dessinateur d’origine, dans les années 1940 ; Incarnée par Lynda Carter dans la série télévisée de 1975 ; dessinée par Alex Ross ~2000 ; dans la série de 2011 ; dans le dessin animé Justice League, au cours des années 2000. Il existe aussi un téléfilm de 1974 avec Cathy Lee Crosby dans le rôle-titre, que je n’ai pas vu mais qui semble très éloigné de la représentation habituelle du personnage.

Après la défection de Whedon, les studios, qui ont sans doute pris la mesure du caractère symbolique de Wonder Woman, sont partis en quête d’une femme pour réaliser le film. Ont été pressenties Kathryn Bigelow (Démineurs, Strange Days), Mimi Leder (Deep Impact), Catherine Hardwicke (Twilight), Karyn Kusama (GirlfightÆon Flux), Angeline Jolie, Julie Taymor (Frida), ou encore des réalisatrices expérimentées de séries télévisées : Tricia Brock, Michelle MacLaren. C’est finalement Patty Jenkins, l’auteure de Monster, qui a assuré la réalisation de Wonder Woman, sur un scénario de Zack Snyder4, Allan Heinberg, Geoff Johns5 et Jason Fuchs. Une femme à la réalisation, donc, mais pas au scénario. Mais après tout, le très féministe créateur de Wonder Woman était lui aussi un homme.

William Moulton Marston

Il est intéressant de revenir sur William Moulton Marston (1893-1947), le créateur de la super-héroïne la plus populaire de l’âge d’or des comic-books. Psychologue, inventeur du détecteur de mensonges (dont l’utilisation l’a convaincu que les femmes étaient plus honnêtes que les hommes), il a aussi pris position en 1940 pour la valeur instructive et exemplaire de la bande dessinée6, ce qui a attiré l’attention de Max Gaines, l’éditeur de Superman et Batman, qui a demandé à Marston de devenir consultant chez DC Comics, dans le but notamment de répondre aux critiques formulées contre Superman, en qui beaucoup voyaient la version fasciste de l’Übermensch. Marston a proposé à Gaines la création d’une série qui offrirait aux filles une représentations de femme à laquelle s’identifier, qui soit à la fois puissante et, malgré son statut de personnage mythologique (amazone dans le comic book d’origine, quasi-divinité à présent), humaine et, tant que son sens du devoir ne la force pas à combattre, pacifique. Marston a même dit un jour : « Frankly, Wonder Woman is psychological propaganda for the new type of woman who, I believe, should rule the world ». S’il n’a pas donné la Terre entière à son héroïne, Marson n’a pas hésité à imaginer, en 1943, une femme présidente des États-Unis… en l’an 3000. Outre les aventures de Wonder Woman, le fascicule contenait des pages parlant de femmes fortes ayant effectivement vécu, comme l’aviatrice Amelia Earhart. Le premier dessinateur de Wonder Woman a été Harry George Peter, qui ne reste guère célèbre que pour ce travail qui l’a occupé jusqu’à sa mort, en 1958.

William Moulton Marston, ses enfants et les mères de ces derniers, Elisabeth Marston et Olive Byrne.

Au passage, il faut savoir que Marston aimait tant les femmes qu’il en avait deux : il a vécu avec son épouse légitime, Elisabeth, mais aussi avec une femme un peu plus jeune, son assistante Olive Byrne, qui était présentée aux curieux comme une jeune veuve, sœur d’Elisabeth.
Olive était issue d’une famille d’activistes féministes puisqu’elle est la fille et la nièce des créatrices d’une clinique dédiée au contrôle des naissances, qui a posé les bases de ce qui deviendra plus tard le planning familial aux États-Unis — activité pour laquelle ces deux sœurs ont été arrêtées : une policière en civil s’était fait passer pour une patiente et avait pu démontrer que les femmes se faisaient fournir des informations sur la contraception, pratique illégale à l’époque.
Elisabeth, elle, a été avocate et psychologue, elle a inspiré à son époux sa découverte du polygraphe. Les deux femmes ont continué à élever leurs enfants respectifs et à vivre ensemble après la mort précoce de Marston, à l’âge de 53 ans, et jusqu’au décès d’Olive, en 1985.

Dans Look Magazine en décembre 1938, William Moulton Marston utilisait son polygraphe pour sauver des couples…

Les deux femmes semblent avoir inspiré le personnage de Wonder Woman à la fois pour divers détails biographiques, physiques et cosmétiques (les bracelets de l’amazone sont identiques à ceux que portait Olive), mais aussi comme co-auteures non-officielles. Après la mort de son époux, Elisabeth Marston a d’ailleurs tenté de se faire embaucher par DC Comics pour continuer l’œuvre de William, sans succès7. Et c’est bien dommage, puisque Wonder Woman verra alors ses aventures perdre toute leur charge féministe subversive. L’amazone s’intéressera subitement à la mode et deviendra la secrétaire de la Justice League of America. Comme la petite sirène d’Andersen, elle renoncera même un temps à ses pouvoirs, afin de rester dans le monde des hommes plutôt que de rejoindre ses sœurs amazones. Tout un symbole. Redevenue une icône féministe au cours des deux dernières décennies, elle est désormais officiellement bisexuelle.

Le psychologue Fredric Wertham, auteur d’un brûlot anti-bande dessinée, Seduction of the innocent, avait accusé Marston de faire la promotion de l’homosexualité féminine, puisque Diana vient d’une île où ne vivent que des femmes. Wertham avait aussi remarqué beaucoup de scènes de fessées et de ligotage et leur prêtait une charge érotique, ce qui n’était pas forcément une erreur, de même qu’il ne s’est pas trompé en considérant (et pour lui ce n’était pas une qualité) que Wonder Woman faisait la promotion de l’idée d’égalité des sexes8

Le film

Le fait que Wonder Woman soit un projet conscient de propagande féministe en fait un objet d’étude passionnant et force à être attentif à sa destinée et aux rapport que l’héroïne au lasso de vérité entretient avec la société. De ce point de vue-là, le film se montre respectueux des périodes « engagées » du personnage : Diana est une jeune femme sans peur, surpuissante, compatissante, qui ne perd pas espoir en l’humanité malgré la bêtise qu’elle y constate. Comme le fait remarquer André Gunthert pour @rretsSurImages, le costume porté par Gal Gadot est bien une armure et non une absurde tenue destinée à mettre en valeur ses formes féminines : nous sommes loin de l’époque de la série télévisée des années 1970.
J’ai bien aimé la partie qui se déroule chez les amazones, notamment les scènes d’entraînement : certaines cascades sont impressionnantes et les actrices n’ont pas l’air de retenir leurs coups, leurs combats semblent crédibles. Bien entendu c’est du cinéma, mais le message passe visuellement : une femme peut se battre, une femme peut être forte9.
On n’échappe pas à un début d’histoire d’amour avec Steve Trevor (Chris Pine), mais il est vrai que ça ne contredit pas l’histoire canonique du comic book. On s’affligera plus d’une scène d’essayage de vêtements façon Pretty Woman, qui est un peu trop cliché pour être amusante, même en étant indulgent.

Le lasso de Wonder Woman force celui qui en est prisonnier à dire la vérité. Difficile de ne pas faire de lien avec le détecteur de mensonge inventé par Marston.

Tout cela était plutôt attendu, et ce sont d’autres allusions politiques qui m’ont plus surpris : Sameer (Saïd Taghmaoui), qui explique qu’il est devenu un escroc plutôt qu’un acteur car il n’était pas assez blanc pour ce métier, ou l’étrange et intéressant personnage de Chief (Eugene Brave Rock), un indien blackfoot qui explique à Wonder Woman que la vérité de la guerre est toujours plus compliquée puisque « les gentils » américains dont fait partie Steve Trevor et pour qui Diana a pris fait et cause immédiatement sont aussi ceux qui ont fait la guerre aux nations amérindiennes pour leur prendre leurs terres. Les actuels indiens d’Amérique semblent avoir beaucoup apprécié l’authenticité du personnage à tous les plans : vêtements, philosophie mais aussi langue, puisqu’il parle le blackfoot. Ce qu’il dit n’est pas traduit (Diana/Wonder Woman parle toutes les langues), mais des locuteurs de la langue ont révélé que « Chielf » se présentait à Wonder Woman en tant que collègue, puisqu’il affirme être Napi, un demi-dieu des blackfoots, « trickster »10 et conteur. Au passage, la question des langues est curieusement traitée dans le film : Diana les comprend toutes, et Sameer en connaît beaucoup, alors on entend de l’espagnol, du français, mais, bien qu’une partie non-négligeable de l’action se déroule en Allemagne, on n’entend pas un mot de cette langue et on peut croire que les allemands ne parlent que l’anglais (mais avec un fort accent).

Le film n’est pas très à cheval sur la cohérence. La question de la géographie et du temps de déplacement d’un lieu à un autre est déroutante, l’inscription de l’action en 1918 n’est pas très crédible ou en tout cas pas très dépaysante, et il y a plusieurs ellipses ou raccords un peu suspects — j’ai lu que certaines scènes avaient d’ailleurs dû être re-filmées des mois après le tournage, alors que Gal Gadot était enceinte de cinq mois, ce qui a forcé à lui faire porter un vêtement vert pour permettre que l’on supprime son ventre convexe en post-production. Curieusement, personne ne semble avoir détecté cette prouesse alors que le soupçon d’un traitement numérique des aisselles de Gal Gadot a fait scandale sur les réseaux sociaux après que la bande-annonce du film a été révélée au public.
Le traitement de la mythologie antique est lui aussi malheureux (il ne reste plus qu’un dieu !) mais je n’ai pas détesté l’emploi de tableaux du XVIIe ou XVIIIe siècle, animés pour raconter ces histoires. Parmi les effets visuels créatifs, le générique de fin n’est pas déplaisant.

Mais tout ça n’est pas grave. Ce qui me chagrine pour finir dans ce Wonder Woman, c’est sa banalité. Certes, le héros est une héroïne, et une héroïne puissante qui n’a besoin de l’assistance d’aucun homme, et ça c’est assez nouveau. Certes les acteurs sont parfaits, et même s’ils ne font que passer, les personnages secondaires sont forts et passablement mystérieux : un indien qui s’est établi à quelques pas du front, un marocain expert en vêtement et en comédie, et enfin, un tireur d’élite écossais alcoolique qui aime chanter, craint les fantômes et s’avère incapable d’utiliser son arme. Mais voilà, ce film ressemble à tous les autres du même genre ! Comme tous les premiers films consacrés à un héros, il nous présente un peu pédagogiquement la jeunesse et l’apparition du personnage, sa genèse, et peut-être est-ce inévitable. Mais la suite est elle aussi banale. On a droit à l’inévitable ami qui se sacrifie, et, comme dans les jeux vidéo, tout se termine avec l’affrontement d’un « boss final », dans une débauche pyrotechnique fatigante à regarder. Les combats sont généralement bien réalisés (avec ici un peu de capoeira et beaucoup de jeux de changements de rythme de diffusion des images) ce qui est un critère positif pour un film d’action, mais ils ne servent pas le scénario, ils interviennent au moment où les héros n’ont plus que des choses bien primaires à se dire, ils ne servent pas à comprendre les personnages.

Et il y en aurait parfois besoin, notamment pour Arès, dieu de la guerre et grand méchant de l’histoire (le choix de l’acteur est futé et original), qui, du fait de sa nature divine, n’a certes pas à justifier ses actions mais doit respecter une logique… Et c’est un peu le contraire qui se produit, il justifie ses actions (de manière peu convaincante) et n’agit pas de manière si cohérente. Il va même, comme le dernier des méchants jamesbondiens, jusqu’à révéler à Diana tout ce qui lui avait été caché jusqu’ici et qui lui permettra de l’emporter.
Malgré un spectacle qui fonctionne (et pour une fois, qui ne contient pas de scène de torture ni d’éléments gore, médicaux ou quoi que ce soit de dérangeant, c’est un film destiné à presque tous les publics), on regrettera que les scénaristes aient traité avec légèreté la question philosophique et anthropologique de l’éternité de la guerre chez les humains qui se trouve pourtant au centre du scénario : le méchant a été pulvérisé, tout est pardonné… C’est un peu facile.

Wonder Woman et ses amis Sameer, Steve Trevor, Chief et Charlie, dans un village des Ardennes.

Bref, le contrat féministe est rempli, l’actrice semble parfaite pour le rôle et j’espère qu’elle persistera à le faire vivre, mais le film lui-même ne se démarque pas tellement de toutes les productions récentes d’un genre de plus en plus codifié qui semble paralysé par l’importance de ses budgets et n’ose donc plus innover, exception faite des productions en série télévisée, voire en dessin animé, domaines où les scénaristes ont moins peur d’étonner, d’inventer et de prendre des risques.

  1. Misère de la super-héroïne au cinéma. []
  2. Au Liban, on a banni Wonder Woman car sur sa page Facebook en 2014, Gal Gadot avait justifié l’assaut meurtrier de son pays sur Gaza. Le film a failli ne pas pouvoir sortir en Algérie, Tunisie, Jordanie, mais au pire, sa date de sortie a été légèrement décalée. Je suppose qu’il n’est pas sorti du tout dans ceux parmi les pays musulmans où il est impossible de montrer une femme peu vêtue au cinéma. []
  3. Ce que l’on sait sur le scénario est raconté ici. []
  4. Zack Snyder a été l’adaptateur bien trop respectueux de Watchmen et 300, il a réalisé les ennuyeux Man of steel et Superman vs Batman, mais on lui doit tout de même un film intéressant : Sucker Punch (2011), où des jeunes femmes internées échappent à leur destin en s’inventant une réalité alternative où elles vivent en guerrières fantastiques. []
  5. Allan Heinberg a notamment été scénariste des comics Wonder Woman et Justice League of America. Geoff Johns est quant à lui le scénariste vedette de DC Comics : Infinite crisis, Green lantern, Teen titans, Superman,… []
  6. Don’t laugh at the comics, interview dans The Family Circle, 25 octobre 1940. []
  7. Un film racontant l’histoire de cette famille polyamoureuse sortira à l’automne prochain : Professor Marston & the Wonder Women. []
  8. Lire à ce sujet Wonder Woman, bondage, sadomasochisme et libération, par William Blanc. []
  9. Le caractère positif de Wonder Woman ne fait pas l’unanimité : en octobre 2016, l’héroïne a été faite ambassadrice des Nations Unies pour l’émancipation des femmes, mais le rôle lui a été retiré après deux mois seulement : trop plantureuse, trop martiale, trop blanche, trop américaine, l’universalité et les qualités du personnage ont été contestés par plusieurs pétitions et par de nombreuses tribunes.  []
  10. Les contes et les mythes de toutes les cultures ont des « tricksters », qu’on appelle en français fripons ou farceurs et que Claude Lévi-Strauss nomme décepteurs. On peut citer Thyl Ulenspiegel, Renart, Coyote, le baron samedi, Anansi, Loki,… []

[parution] Copain des geeks

mai 23rd, 2017 Posted in Lecture | 3 Comments »

Depuis plus de deux décennies, la collection documentaire Copain, par les éditions Milan, propose à son public de découvrir des sujets par la connaissance théorique autant que par la pratique : archéologie, ornithologie, cuisine, bricolage, sciences, jeux…
Chaque fois que j’en parle, il se trouve des vingtenaires ou des trentenaires pour me raconter avoir lu et relu au cours de leur enfance des classiques tels que Copain des bois ou Copain des chats.

Les éditions Milan nous ont contacté, Nathalie et moi, pour rédiger le premier titre technologique de la collection, Copain des geeks (ISBN : 978-2745984302), qui paraît demain 24 mai. Le livre fait près de deux-cent pages. Il traite de l’histoire de l’informatique, raconte le fonctionnement de l’ordinateur, les enjeux sociaux du « numérique », mais parle aussi de la culture « geek ». Comme tous les livres de la collection, il propose à ses lecteurs de manipuler : apprentissage de logiciels, programmation (Processing, HTML, Scratch), et détournement d’outils divers. Le livre s’adresse à un public de 8 à 12 ans, mais beaucoup de gens bien plus âgés semblent aussi intéressés. Les illustrations sont signées par le grenadin Manu Callejón. Nous n’avons pas encore reçu nos exemplaires auteurs, impossible d’en montrer des extraits pour l’instant.

[Parution] Internet : au delà du virtuel

mai 11th, 2017 Posted in Bande dessinée, Personnel | No Comments »

Il y a un peu plus d’un an, j’ai eu le plaisir et l’immense honneur de publier L’Intelligence artificielle, tout premier album de la Petite Bédéthèque des savoirs, aux éditions du Lombard. J’avais pour co-auteure la formidable Marion Montaigne, rien que ça1.

Pendant que l’album se terminait, David Vandermeulen, le directeur de la collection, m’a demandé si j’aurais aimé écrire le scénario d’un second album de la collection, avec cette fois pour sujet le réseau Internet. J’ai mollement tenté de le décourager (j’aime bien finir une chose avant d’en commencer une autre), mais le projet m’intéressait énormément, parce que j’avais quelque chose à dire, que je voulais trouver le moyen de raconter ce réseau devenu si central dans nos existences et, pourtant, à l’histoire et au fonctionnement méconnu. On parle souvent de « cyberspace » et de « monde virtuel », mais Internet, c’est aussi une infrastructure matérielle monstrueuse et des bouleversements sociaux considérables. C’est aussi une histoire récente en même temps qu’un vieux rêve et un très ancien besoin, et c’est même un support voire même un médium artistique.

Je voulais que tout ça tienne dans les quatre-vingt et quelques pages du livre. Pour travailler avec moi, Nathalie Van Campenhoudt (l’éditrice) et David Vandermeulen ont pensé à un jeune auteur que je ne connaissais pas, Mathieu Burniat. J’ai parlé de ce jeune homme à mon frère, libraire2 et connaisseur, qui m’a dit qu’il avait aimé la série de science-fiction Shrimp, illustrée par Mathieu sur un scénario de Benjamin d’Aoust et Matthieu Donck, chez Dargaud, qui s’était malheureusement interrompue faute de succès. J’ai acheté le dernier album publié par Mathieu à l’époque, la Passion de Dodin-Bouffant (2014, Dargaud), une ode à la haute-gastronomie — il a publié depuis un autre livre sur le thème de la cuisine, Les Illustres de la table. Son dessin peut superficiellement rappeler quelques virtuoses contemporains tel Christophe Blain, mais il est en fait plus proche d’une des plus grandes personnalités graphiques de l’entre-deux guerres, Gus Bofa.

À Bruxelles, j’ai rencontré Mathieu, avec qui je me suis tout de suite entendu. Il ne pouvait pas se mettre à travailler immédiatement sur notre album commun car il était en train de finir avec le physicien Thibault Damour un album sur le thème de la physique quantique, auquel il avait consacré trois ans. Paru en mars 2016, quelques semaines après la sortie des premiers volumes de la Petite Bédéthèque, ce brillant album intitulé Le Mystère du monde quantique a obtenu un succès aussi important que mérité et fait partie, avec les travaux de Marion Montaigne justement, des preuves que lorsqu’elle est prise au sérieux, la bande dessinée peut être un outil de vulgarisation scientifique formidable.
Bref, une fois de plus, on m’a associé à un co-auteur au talent immense, tant de chance et de confort de travail est à la limite du gênant, mais m’autorise à faire une promotion éhontée du livre et à en dire le bien que j’en pense : après tout, ce n’est pas à moi qu’il doit d’être si bon. Car ce livre est très bon.


L’été dernier, Mathieu, à qui j’avais envoyé un essai (plus qu’un scénario) m’a proposé d’utiliser comme fil conducteur de l’album Hayastan Shakarian, cette septuagénaire géorgienne qui cherchait du cuivre et qui d’un coup de pelle a privé toute l’Arménie de connexion à Internet alors même qu’elle n’avait jamais entendu parler du réseau des réseaux. Dans notre histoire, le câble sectionné raconte à celle qu’on a surnommé « la hackeuse à la pelle » tout ce qu’il y a à savoir sur le sujet ou à peu près. Tout en me disant régulièrement qu’il n’allait commencer à se mettre à l’album qu’après avoir fini un autre projet, Mathieu a dessiné une page, puis cinq, puis dix, et en assez peu de temps, l’album s’est retrouvé fini comme par magie — sans doute pas pour lui, mais pour moi c’est ainsi que ça s’est passé.

Une réunion de travail à Bruxelles, avec de gauche à droite Mathieu Burniat, Nathalie Van Campenhoudt et David Vandermeulen.

L’album, Internet, au delà du virtuel(ISBN 9782803637430) sort le vendredi 19 mai aux éditions du Lombard, qui sont largement diffusées. Il ne coûte que dix euros.
Au même moment sort aussi Le conflit israélo-palestinien. Deux peuples condamnés à cohabiter, dix-huitième tome de La Petite bédéthèque, par Vladimir Grigorieff et Abdel de Bruxelles, un livre qui traite son sujet de manière pragmatique, philosophique et apaisée, que je recommande hautement et qui, je pense, est apte à troubler les certitudes de tous ceux qui ont une opinion sur le sujet.

Le lancement officiel de ces deux albums aura lieu, en présence des auteurs, le 19 mai au café-bouquinerie La vieille chéchette3, 2-6 Rue du Monténégro, dans la commune Saint Gilles à Bruxelles, entre 18 et 21 heures. Je ne sais pas si je dois en faire un argument de vente, mais une boisson y sera offerte aux acquéreurs de l’album, dans la limite du stock disponible4.

  1. Et ce n’est pas tout, car nous étions par ailleurs accompagnés par la bienveillante présence de l’immense Daniel Goossens, qui n’est pas au générique de l’album mais en a scénarisé une partie. []
  2. La librairie de mon frère Jérôme se situe au 83 de la rue Pajol dans le dix-huitième arrondissement de Paris (métro Marx Dormoy) et sur le site paris-bd.com. []
  3. Voir l’événement Facebook. []
  4. Deux autres événements à venir :
    — samedi 13 mai à 16 heures, je serai à BDnet Bastille avec quatre auteurs de la collection (Marion Montaigne, Jake Raynal, Étienne Lécroart et Ivar Ekeland.
    — le 24 mai, je publie avec Nathalie un livre jeunesse, Copain des Geeks (éd. Milan), mais on en reparlera d’ici là. []

Littératures graphiques contemporaines #6.6 : Clémentine Mélois

mai 1st, 2017 Posted in Conférences, Lecture | No Comments »

Vendredi 5 mai 2017, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Clémentine Mélois.

Clémentine Mélois, née en 1980, est une artiste bibliomane qui manipule l’image et l’écrit avec humour et pertinence. Proche de l’esprit de l’Oulipo, elle participe à l’émission des Papous dans la tête, sur France Culture.

Son dernier ouvrage, Sinon j’oublie, vient juste de paraître. Il s’agit d’une collection de listes de courses trouvées, qui sont ensuite classées selon des critères plus ou moins objectifs et qui servent ensuite de prétexte à l’écriture de courts textes.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 5 mai à 15 heures, dans la salle C006.
Cette sixième et ultime séance de la sixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #6.5 : Julie Maroh

avril 24th, 2017 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 28 avril 2017, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Julie Maroh.

Julie Maroh est née en 1985 à Lens. Après des études en art à Roubaix et à Bruxelles, elle obtient le prix du public du festival d’Angoulême avec son premier album, Le Bleu est une couleur chaude (2011), publié dans de nombreuses langues et dont l’adaptation au cinéma par Abdelatif Kechiche sous le titre La Vie d’Adèle (2013) a été couronnée par une Palme d’or au festival de Cannes.


Depuis, elle a publié quatre livres : Skandalon (2013), Brahms (2014), City & Gender (2014) et Corps sonores (2017).

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 28 avril à 15 heures, dans la salle C006.
Cette cinquième séance de la sixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Pulp festival

avril 21st, 2017 Posted in Bande dessinée, Cimaises, Conférences | No Comments »

Demain samedi 22 avril, je serai à la Ferme du Buisson pour le festival Pulp (« la bande dessinée au croisement des arts ») pour une rencontre consacrée à la collection La petite bédéthèque des savoirs (14h, Magic’salon), qui sera suivie d’une séance de dédicaces.

Seront aussi présents les camarades Marion Montaigne, Fabrice Neaud, Étienne Lécroart, Jake Rayal, Thierry Bouüaert, Thomas Mathieu, Nathalie Van Campenhoudt et David Vandermeulen.
La Ferme du Buisson se trouve à la station Noisiel (RER A). Je ne suis jamais allé au Pulp festival, mais il a la réputation d’être un des festivals de bande dessinée les plus sympathiques et les plus intéressants (mais pas gratuit, cf. tarifs).

Littératures graphiques contemporaines #6.4 : Thomas Mathieu

avril 4th, 2017 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 21 avril 2017, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Thomas Mathieu.

Thomas Mathieu commence à publier ses travaux son blog en 2006 alors qu’il est encore étudiant à l’Académie Saint-Luc de Bruxelles. Depuis, il a sorti près d’une dizaine d’albums chez Delcourt, Manolosanctis, Warum,…

En 2013, il se lance dans le Projet crocodiles, une collection de courts récits adaptés de témoignages de femmes victimes de harcèlement et autres violences sexistes, qui sera par la suite publié sous forme d’album par les éditions du Lombard, où Thomas Mathieu est aussi l’illustrateur d’un album consacré au féminisme scénarisé par Anne-Charlotte Husson. Enfin, il est l’initiateur d’un projet collectif en ligne, Le secret des cailloux qui brillent.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 21 avril à 16 heures 30, dans la salle C006.
Cette quatrième séance de la sixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Le Clone (1998)

mars 16th, 2017 Posted in Interactivité au cinéma, Ordinateur au cinéma, Programmeur au cinéma | No Comments »

Le duo Élie et Dieudonné s’est produit sur scène avec succès au cours des années 1990, riant notamment des stéréotypes racistes avec un mordant tout particulier. Leurs sketchs de l’époque ont acquis une résonnance triste et glaçante depuis que Dieudonné M’Bala M’Bala a, selon toutes les apparences, définitivement fusionné avec son personnage de Bokassa, le noir antisémite qui se chamaillait avec son voisin juif négrophobe Cohen (Élie Semoun). La rupture du duo, que l’on dit liée à un différent artistique financier, a eu lieu peu avant la sortie de leur unique film commun, Le Clone (Fabio Conversi, 1998). Ce film nous intéresse car il parle de programmation, d’Internet, d’assistant personnel numérique, mais aussi de thèmes du transhumanisme tels que l’intelligence artificielle consciente et le téléchargement d’esprit. On y voit aussi évoqués la frénésie naissante des startups ou encore les débuts de la diffusion massive du téléphone mobile.

Thomas (Élie Semoun) est un programmeur informatique. Il a conçu une intelligence artificielle, Leonardo 3000 (dit Léo) qui est rompue aux techniques de séduction et qui n’hésite pas à donner des conseils à son créateur, lequel en a besoin car il se donne tant à son travail que son couple s’étiole. La représentation visuelle de Leonardo 3000 est une copie en 3D d’Élie Semoun, mais même si une partie de sa personnalité a été transmise directement de Thomas à Léo par un casque à électrodes, leurs tempéraments sont bien différents : le programmeur est timide et maladroit, sa créature est pleine d’assurance et de culot. Sa voix est celle de Dieudonné.
On sait que Thomas est programmeur, mais on ne le voit jamais à l’ouvrage : le gros de son travail tel qu’il est présenté dans le film consiste à discuter avec l’assistant personnel qu’il a fabriqué. Lorsqu’on lui demande comment il est parvenu à améliorer son programme, il fournit des explications un peu fumeuses : « j’ai surmultiplié les attributs d’échange en incorporant trois binômes compatibles avec une mémoire de type 5. C’est ça qui lui donne un côté plus humain ».

L’histoire commence, comme dans une comédie française classique, par une improbable conjonction de problèmes que le protagoniste du récit s’avérera évidemment incapable de régler en même temps.
Le logiciel qu’il a créé est au point et va être présenté à des investisseurs le lendemain. Puisqu’il voit l’aboutissement de mois de travail acharné (et d’heures supplémentaires), héros a prévu d’inviter le soir même son épouse Victoria (Smadi Wolfman) au restaurant. L’intimité de leurs retrouvailles est malheureusement contrariée par les parents de Victoria, venus à Paris pour un enterrement qui a lieu le lendemain et auquel Thomas est lui aussi censé assister. Il se joue beaucoup de choses ici car la belle-famille du jeune homme n’a pas une très bonne image de lui.
Tout cela est déjà beaucoup mais, pour tout arranger, c’est cette soirée précise que choisit Léo pour quitter l’ordinateur qui lui sert de support et pour prendre une consistance, en échangeant son esprit avec celui de Patrice (Dieudonné), un agent d’entretien aux capacités intellectuelles apparemment limitées.

C’est un peu avant ce transfert qu’a lieu une des parties intéressantes du film : sur un ton badin, Léo demande à Thomas ce qu’il penserait de l’idée qu’il quitte son substrat électronique pour coloniser celui d’un humain biologique. Thomas comprend immédiatement que sa créature a découvert un moyen technique pour y parvenir et sent aussitôt le danger. Il ordonne à Léo d’abandonner ce projet et part dîner avec son épouse, sa fille et ses beaux parents dans un restaurant choisi au hasard. De son côté, Léo est fâché, il se sent prisonnier (et se représente lui-même à l’intérieur d’une cellule de prison) depuis que son créateur lui a interdit de s’émanciper. Il monologue de manière agressive, tournant en dérision la timidité de son créateur. Enfin, par ruse, il obtient que Patrice place sur sa tête le casque dont il veut se servir pour effectuer la permutation d’âmes. Le manque de liberté et de confiance que Thomas lui porte mènent donc Léo au désespoir et à la colère, et le poussent à se montrer sournois.
Comme le veut une tradition bien ancrée dans les films qui ont ce genre de thèmes depuis le Frankeinstein de James Whale (1931), l’opération provoque une surtension suivie d’une coupure générale d’électricité — problème qui impose à Thomas de retourner au bureau et de rater son dîner.

Dès lors, Thomas et Léo (avec l’enveloppe corporelle et la combinaison orange de Patrice) ne se quitteront plus. Léo tentera plusieurs fois de mettre en pratique ses propres conseils en matière de séduction, mais son manque de sens commun l’amène généralement dans des situations ridicules, ce qui ne l’empêche pas d’améliorer effectivement tous les problèmes de son créateur, en améliorant ses rapports à son épouse et à sa belle famille,
Alors qu’il n’est pas « né » depuis vingt-quatre heures, Léo comprenant qu’il représente un danger car Elias, le supérieur de Thomas, veut exploiter son invention, Léo se sacrifie pour que Patrice puisse retrouver ses esprits. Ce dernier n’a pourtant pas vraiment l’honneur d’être un personnage véritable, il n’a pas de conversation et ne comprend pas bien ce qu’on lui raconte ni ce qui lui arrive : une fois dans l’ordinateur, il continue à y faire son travail et nettoie l’écran depuis l’intérieur.
La personnalité de Patrice lui est rendue, mais Léo disparaît pour de bon.

En épilogue, Thomas a abandonné le métier qui pesait tant sur sa vie de famille : il est devenu vendeur informatique et ne fait plus d’heures supplémentaires. Le soir de Noël, sa fille l’appelle : « Papa, papa, y’a un e-mail, comment on ouvre ? » — oui, il a existé une époque où un e-mail reçu constituait un événement. Thomas et son épouse rejoignent la fillette devant l’ordinateur, où, sous la marque Infonie1, apparaît une photographie de Thomas et de Léo, accompagnée d’un message de saison signé par Léo et de la chanson Ne me quitte pas, dans sa version salsa. Léo aurait-il fusionné avec Internet ?
Le spectateur contemporain, qui sait que Le Clone marque la rupture du duo Élie et Dieudonné, pourra s’amuser à interpréter cette fin et plusieurs autres scènes du film comme autant d’annonces prémonitoires.

Le Clone a l’apparente idiotie de nombreux récits du fantastique informatique, tel The Computer wore tennis shoes (1969), où un simple étudiant voyait sa personnalité colonisée par un ordinateur à la suite d’une électrocution, ce qui le rendait aussi compétent que froid. On trouve aussi ici la très habituelle figure du robot maladroit auquel manque le sens des convenances. Rien de bien neuf dans tout ça, donc, mais un détail avait à mon avis un potentiel intéressant : Leonardo 3000 n’est pas n’importe quel programme informatique, il est, comme le titre du film l’indique, le double de son créateur avec qui il partage une connaissance théorique des rapports humains que son prototype s’avère incapable d’appliquer lui-même. Il y avait sans doute quelque chose d’intéressant à exploiter avec cette question du passage de la théorie à la pratique, doublée d’un passage du virtuel au tangible.

Le scénario, écrit à six mains2, ou même dix si on compte les acteurs principaux, qui ont participé à l’écriture des dialogues, n’est pas très convaincant. Les situations sont caricaturales et téléphonées, tous les personnages ont l’air de s’être rencontrés pour la première fois au moment où ils apparaissent devant la caméra et leurs rapports ou leurs réactions ne sont pas crédibles. Les apparitions de Jean-Marie Bigard et Franck Dubosc s’oublient très vite3. Les dialogues sont médiocres, surtout connaissant le talent de « punchliners » de ceux qui les ont écrits. Le jeu des deux acteurs principaux est assez plat. Le public ne s’y est pas trompé puisqu’il a massivement boudé le film.

Il y avait pourtant matière à réussir un bon récit, entre la comédie fantastique façon Weird Science et l’anticipation telle que la traite la série Black Mirror. Sorti l’année précédente, le film Nirvana — autre production européenne — est bien plus intéressant. Le Clone conserve malgré tout le parfum de son époque, notamment grâce à ses très nombreux placements de produit, grâce à un travail de 3D en temps réel d’un bon niveau pour l’époque et grâce au fait que plusieurs technologies qui nous sont aujourd’hui familières constituaient à l’époque des découvertes.

  1. Fournisseur d’accès de l’époque, créé par l’éditeur de jeux-vidéo Infogrames – qui existe désormais sous le nom Atari, à la suite du rachat de la marque historique américaine. []
  2. Fabio Conversi, Alexandre Pesle et Michel Hazanavicius — le futur auteur de OSS117 et The Artist. []
  3. On remarque un peu plus Dominique Farrugia — producteur du film —, en réceptionniste d’hôtel. []

Littératures graphiques contemporaines #6.3 : Isabelle Bauthian

mars 15th, 2017 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 24 mars 2017, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Isabelle Bauthian.

Née en 1978, Isabelle Bauthian a eu un parcours professionnel atypique, puisqu’elle a soutenu une thèse en biologie et a été pigiste et attachée de presse avant de devenir une scénariste de bande dessinée et une romancière plutôt prolifique, ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser aussi au cinéma puisqu’elle a participé à des courts ou longs-métrages en qualité d’actrice, de scénariste ou de réalisatrice.

Extrait de l'album la vie d'adulte
Son talent se déploie dans plusieurs registres (humour, science fiction, fantastique,…) et elle porte souvent un intérêt aux thèmes sociaux contemporains, comme dans Ma vie d’adulte (éd. La boîte à bulles, 2012), qui raconte les errances professionnelles d’une jeune adulte en quête d’accomplissement.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 24 mars à 18 heures, dans la salle C006.
Cette troisième séance de la sixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.