Profitez-en, après celui là c'est fini

Graphisme en France

janvier 27th, 2012 Posted in Brève, Dans la boite-aux-lettres, Design, Interactivité, Lecture | 4 Comments »

Graphisme en France est une publication annuelle du Centre national des arts plastiques, dont le format, l’aspect et le thème sont chaque fois différents. Comme beaucoup d’enseignants en école d’art, je le reçois, mais tout le monde peut en réclamer un exemplaire. La dernière livraison, qui est la dix-huitième, m’intéresse tout particulièrement car elle porte sur la pratique de la programmation dans le design graphique.

On y trouve des textes de Kévin Donnot (ancien étudiant de l’École des Beaux-Arts de Rennes) et d’Annick Lantenois (de l’École des Beaux-Arts de Valence). Le travail de divers graphistes concernés (Erik van Blokland, Catalogtree, Amanda Cox, Nicholas Felton, FIELD, LUST, Boris Müller, onformative, Jonathan Puckey, Sosolimited et Trafik) est présenté par Casey Reas et Chandler McWilliams. La conception de cette publication est due à Vanessa Goetz, Guillaume Allard et Johann Aussage (studio Pentagon), qui ont entre autres programmé une coquetterie parfaitement dans le sujet : la couverture de chacun des 10 000 exemplaires de ce numéro de Graphisme en France est unique.

Rencontre avec Papier Gâché

janvier 18th, 2012 Posted in Bande dessinée, Conférences, Images | 2 Comments »

Comme prévu, deux membres de l’association Papier gâché, Bastien Contraire et Volker Zimmermann, sont venus rencontrer les étudiants en Arts plastiques de l’Université Paris 8. Ils ont montré plusieurs exemplaires de leur fanzine, ainsi que les planches qui se trouveront dans le sixième numéro, à paraître cette semaine. Ils ont aussi présenté plusieurs autres fanzines qui les intéressent.

Leur démarche se caractérise par un goût marqué pour le do-it-yourself (chaque couverture est faite à la main), par une ouverture sur la création internationale (Finlande, Allemagne, Italie, Chine, pour l’instant) et par un refus d’énoncer un manifeste explicite : chaque numéro de Papier Gâché est à lire tel quel, sans texte d’introduction qui en justifierait le contenu, constitué de ce qu’on peut nommer « dessin contemporain » et de bande dessinée.
En dehors de leurs publications, les membres de Papier Gâché sont engagés dans des expositions (comme le salon de l’autoédition graphique, qui s’est tenu pour la première fois il y a trois mois à la médiathèque Marguerite Duras à Paris) ou des ateliers de création destinés au public.

Barbarie de l’Internet civilisé

janvier 18th, 2012 Posted in indices, Parano, Pas gai | 5 Comments »

Ce n’est pas la première grève de sites Internet. Il y a trois ans (déjà !), de nombreux sites français arboraient un bandeau noir, en signe de protestation contre la loi Hadopi. Il a existé des actions de ce genre dès la fin des années 19901.
Aujourd’hui, ce sont des acteurs parfois importants du web américain qui interrompent leur service ou effectuent des actions pour protester contre les lois SOPA (Stop online piracy act) et PIPA (Protect intellectual property act), qui sous le prétexte vertueux de protéger les ayant-droits autorisent la fermeture de sites web, l’application de sanctions économiques (interdiction de diffuser des publicités par exemple) ou l’interdiction technique d’accéder à certains sites. Une disposition particulièrement vicieuse garantit aux hébergeurs ou aux fournisseurs d’accès qu’ils ne seront pas poursuivis s’ils se montrent vigilants et bloquent ou suppriment spontanément les sites qui peuvent poser problème. Trouvaille ahurissante qui récompense la censure en amont et le fait, pour des hébergeurs ou des fournisseurs d’accès de mal faire leur travail2. Enfin, tout site qui contiendrait des informations susceptibles de permettre d’utiliser des services diffusant des œuvres illégalement est lui aussi visé par ces lois : même si ce n’est sans doute pas le cas prévu, un guide d’utilisation de Youtube pourrait être potentiellement illégal ! Ne parlons pas des moteurs de recherche dont la neutralité serait totalement remise en question et qui auraient donc à charge de retirer préventivement de leur base de données tout lien pointant vers un service susceptible d’être illégal. C’est pourquoi le logo de Google est caché pour les américains aujourd’hui (Merci à Nicolas qui m’a fourni une capture d’écran) :

Ces lois SOPA et PIPA sont bien dans la philosophie du traité ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement), traité mondial, longtemps négocié de manière occulte3 et dont le contenu serait resté secret si son existence n’avait pas été révélée par Wikileaks, et dans la continuité des dispositifs prévus ou effectivement mis en place dans de plusieurs pays réputés démocratiques, comme la France (Hadopi, Lopsi) ; l’Italie (avec un décret qui interdisait la diffusion de vidéos par les blogs) ; l’Australie (où la lutte contre la pédo-pornographie4 a abouti au blocage de dizaines de milliers de sites sans rapport) ; en Grande-Bretagne (où le gouvernement a envisagé une forme de cyber-couvre-feu en période d’émeutes)… Chaque fois, une censure administrative est justifiée par un prétexte lié à la sensibilité locale (ou parfois à la mécompréhension des enjeux, de l’histoire et des causalités par le public) et qui est pourtant déjà encadré juridiquement : droit d’auteur, crimes affreux, peur du terrorisme ou du désordre,… Peu à peu, comme prévu, un verrouillage global nivelle les libertés par le bas et les pays qui se pensent libres s’équipent de dispositifs qui ne se distinguent de ce qui se a cours en Syrie, en Iran ou en Chine que par une couche d’hypocrisie juridique. Même si le sujet est de plus en plus banal, il faut tout de même continuer à en parler.

La liberté sur Internet a beaucoup d’ennemis, et je fais le pari facile que les choses ne feront qu’empirer, au profit d’un verrouillage politique et économique. Ce que les multinationales du médicament et du divertissement (notamment) protègent, ce n’est pas la qualité ou la création, c’est d’abord leur pouvoir. Ce que les états protègent, c’est aussi leur pouvoir. Des pouvoirs extrêmement liés, du reste, même s’ils ne sont pas attentifs aux mêmes questions : la maison-blanche a pris parti contre la loi lobbyiste SOPA, par exemple, mais persiste de manière totalement illégale à peser sur Paypal ou Mastercard pour asphyxier Wikileaks financièrement.

Je n’ai jamais fait mystère de mon inquiétude concernant la dégradation des libertés publiques, notamment sur Internet, lieu qui est de moins en moins distinct du reste du monde : le réseau ne concerne plus une poignée de passionnés d’informatique, c’est devenu le troisième poumon de beaucoup d’entre nous, et qui en sommes sans doute de moins en moins conscients — en disant ça, je pense notamment à tous les services de téléphonie qui s’appuient sur le réseau Internet.

Quelques réactions d’utilisateurs de Wikipédia pris au dépourvu par les 24 heures de fermeture du site. Certains sont à prendre au second degré, mais pas tous.

Ce que je remarque aujourd’hui, c’est que, en travaillant, j’ai tenté au moins six ou sept fois d’accéder à des articles de la Wikipédia anglophone (que j’utilise plus volontiers que son homologue francophone, puisqu’il y a plus d’articles et ceux-ci sont souvent meilleurs). Or chaque fois, j’aurais pu prévoir ce qui allait m’arriver : l’article était remplacé par une page qui, de manière un peu mélodramatique, nous rappelle les menaces que les lois SOPA et PIPA font peser sur la liberté de l’information sur Internet. Il a fallu cette action pour que je constate que je me rends très souvent sur Wikipédia, presque mécaniquement, non en tant que contributeur mais bien en tant qu’utilisateur. Wikipédia, comme tout le réseau Internet, est bien une annexe de ma mémoire.

Je trouve assez belle l’idée d’une encyclopédie en grève, d’une base de connaissance qui décide ponctuellement de faire comprendre ce que serait le monde sans elle.
Ce qui est attendrissant, c’est que l’action est loin d’être radicale : la page noire ne vient pas à la place de l’article, elle ne fait que le masquer et il existe plusieurs moyens de contourner cette limitation, dont certains sont même explicitement fournis sur la page où la fondation Wikimedia détaille ses motivations. Je me demande s’il s’agit de moins punir les utilisateurs avertis que les autres — ceux qui utilisent Internet sans rien savoir de son fonctionnement et sans avoir conscience des enjeux politiques qui l’entourent —, ou s’il s’agit juste d’une preuve qu’il est difficile d’aller contre ses propres principes de généreuse diffusion de la connaissance.

À propos de Wikipédia et de liberté, je ne peux pas m’empêcher de fanfaronner ici (après l’avoir fait sur Twitter et Facebook) avec la citation par Frédéric Joignot dans le supplément Culture du Monde, vendredi dernier, d’une de mes réflexions publiée sur le présent blog l’an dernier.

  1. par exemple la grève européenne de l’Internet, en décembre 1998, suivie par des usagers et par des auteurs de sites (mais peu ou pas relayée par la presse, dans mon souvenir) et dont le but était de protester contre la mauvaise qualité et le coût de l’accès au réseau []
  2. On se souviendra que les pires totalitarismes du siècle précédent ont systématiquement recouru à l’intimidation de ceux à qui elle n’avait rien à reprocher afin d’établir une terreur générale qui pousse chacun à dénoncer son voisin. À bon entendeur, salut. []
  3. Les affaires publiques sont une choses trop sérieuse pour que l’on consulte et que l’on informe les citoyens. Telle semble être le dogme actuel, par exemple en Europe avec le célèbre Traité de Lisbonne qui impose aux peuples des dispositions partiellement rejetées par référendum… Personnellement j’avais voté « oui » au traité constitutionnel, mais cet épilogue m’a plus que déçu sur la nature profondément anti-démocratique de la Commission Européennes et de nos gouvernants. []
  4. La pédo-pornographie est un crime dont l’idée est si répugnante, si odieuse, que le sujet court-circuite la réflexion et qu’on ne pense pas à se poser la question de son importance véritable sur Internet. Est-elle anecdotique ? Relève-t-elle du mythe urbain ? Le seul fait tangible à ma connaissance au sujet de la pédo-pornographie, c’est que l’on vote des lois en son nom. Je ne dis pas que ça n’existe pas, mais je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’un phénomène en augmentation, ni qu’il soit typiquement lié au réseau, où un crime lié à l’échange d’images est certes plus facile à commettre qu’ailleurs, mais aussi infiniment plus facile à traquer. De plus, il faut le répéter, des lois existent déjà pour combattre la pédo-pornographie ou la pédophilie. []

Littératures graphiques contemporaines #4 : Papier gâché

janvier 12th, 2012 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Papier gâché, collectif d’auteurs-éditeurs de bandes dessinées.

Théoriquement, le nom « papier gâché » s’écrit sans accent circonflexe sur le « a » mais je ne peux me résoudre à faire intentionnellement cette faute d’orthographe.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le mercredi 18 janvier à 18 heures, dans la salle A1-174. La séance est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Femmes-objets et lieux publics

janvier 9th, 2012 Posted in indices, Les pros | 18 Comments »

La société de prêt-à-porter Etam, connue pour sa confection de sous-vêtements, diffuse des vidéos « virales » dans lesquelles trois grandes gigues en balade dans un lieu parisien quelconque jettent subitement leur imperméable et, devant un public théoriquement stupéfait, improvisent un défilé de lingerie.

Ce type d’évènement est plus embarrassant qu’autre chose :  des vidéos dites « virales » de ce genre, le web en regorge, et il faut à présent en faire des tonnes ou, plus difficile encore, avoir de véritables idées pour que l’on s’y intéresse un tant soit peu.
Un faux happening, faussement spontané, où les gens filmés font semblant de s’amuser, n’intéresse personne. À l’heure où j’écris, le défilé Etam sous la tour Eiffel a été vu 47 fois et le défilé qui perturbe une séance de promotion dans une Fnac n’a eu que 20 spectateurs. Sans vouloir me vanter, il existe une vidéo où on me voit donner un cours de Ukulélé qui a attiré en peu de temps près de 500 personnes, ce qui constitue une performance si l’on veut bien prendre en compte que je ne sais pas jouer de cet instrument, ni d’aucun autre d’ailleurs — je n’en suis pas fier, c’est au contraire une des douleurs de ma vie, je ne sais pas faire de musique et cela me rend très envieux de ceux qui ne sont pas affligés du même problème.

Ce qui m’intéresse ici c’est qu’un de ces défilés se déroule dans le musée d’Orsay. Le musée d’Orsay est un musée national parisien créé dans une ancienne gare rénovée et aménagée grâce à l’argent des contribuables, et qui a été rempli d’œuvres d’art du XIXe siècle qui font partie du trésor national et qui, à ce titre, appartiennent à tous les français.  Ajoutons que les droits de reproduction des dites œuvres sont tombés dans le domaine public, quasi sans exception. Malgré ce statut sans ambiguïté, celui de patrimoine commun, la direction du musée interdit depuis plus d’un an aux visiteurs de prendre des photos des salles d’exposition, créant une fâcheuse jurisprudence. Nous en avons déjà parlé l’an dernier. Le prétexte invoqué pour cette spoliation manifeste est que les photographes amateurs, dans les musées, ça perturbe les visiteurs.

Récemment, Christophe Girard, adjoint à la culture de la mairie de Paris qui publie dans deux jours un ouvrage intitulé Le petit livre rouge de la culture: Propositions pour une République culturelle, avait osé appeler à une généralisation de l’interdiction de la photographie dans les musées, non parce que cela gêne la visite de ceux qui ne prennent pas de photographies, mais parce que c’est vulgaire, parce que cela rappelle les allées des magasins Ikéa :

Les lois qui encadrent l’expression publique m’interdisent malheureusement d’exprimer avec franchise ce que ce genre de réflexion méprisante m’inspire. Si les gens veulent prendre des photographies sans regarder les peintures (et qui dit qu’ils ne les regardent pas ?), en quoi est-ce le problème de quiconque ? La gêne des visiteurs — notamment en cas de photo au flash —, est un argument recevable (mais discutable dans le détail). En revanche, reprocher aux gens de s’approprier leur visite, de ne pas se conformer à ce que certains considèrent comme la bonne manière de rentabiliser le prix du ticket d’entrée, voilà qui semble pour le moins tyrannique, et plus encore venant d’un élu « de gauche » qui parle de République (res publica : la chose publique) culturelle. Assez comiquement, l’auteur du billet fait un beau contre-sens en prétendant partager l’opinion de Manuel Borja-Villel, directeur du musée Reina Sofia de Madrid, qui dans une interview à un supplément du Monde exprimait son opposition à ce que les musées se transforment en entreprises commerciales, et qui disait entre autres : « Un musée, d’abord, ne doit plus se comporter en propriétaire d’oeuvres qu’il garde ou loue, mais au contraire favoriser les échanges, partager ».

Je ne pense pas que les jeunes filles qui courent en talons, presque nues, riant fort, au milieu d’une exposition du Musée d’Orsay, l’aient fait sans l’accord du musée. Elles sont filmées par plusieurs caméras, leur démonstration n’est pas spécialement discrète et n’est pour autant gênée par aucun gardien. Cette action navrante qui associe une transgression à deux sous façon Helmut Newton à la fausse jubilation des mannequins du catalogue des 3 Suisses, cette morne démonstration du manque d’imagination des professionnels de la communication, n’est vraisemblablement pas destinée à dénoncer la politique du musée d’Orsay en matière d’appropriation des œuvres par le public, d’autant que les jeunes femmes ne semblent pas porter un grand intérêt à leur visite.

Est-ce que cela aussi fera jurisprudence ? Est-ce que, comme le demande Bernard Hasquenoph sur louvrepourtous.fr le Musée d’Orsay autorise désormais les visites en petite culotte ?
Ces jeunes filles, qu’on a le sentiment de devoir plaindre, n’en sont pas moins bruyantes, et leurs rires faux tout à fait horripilants. Elles perturbent visiblement les visiteurs et en poussent même certains à sortir leurs appareils photo, pourtant interdits, rappelons-le. Je ne suis pas sûr, pour ma part, que ce soit la manière de vivre l’expérience muséale qui soit la meilleure pour tout le monde.

Cette opération lamentable m’a rappelé l’époque où j’étais étudiant aux Beaux-Arts, à Paris, et où, certains jours, l’entrée du Palais des études (et de la si belle bibliothèque de l’école) était interdite aux étudiants, car l’endroit était loué à des sociétés qui y organisaient des défilés de haute-couture. Les défilés avaient lieu le soir, après la fermeture de la bibliothèque, mais on ne voulait pas que nous gênions le passage des petits fours et des caisses de champagne.

Mise à jour du 10/01/2012 : Le musée d’Orsay affirme n’avoir donné aucune autorisation au tournage. Comme on dit : dont acte ! Mais ça restait une bonne occasion de râler contre le refus de prendre des photos au musée.
Mise à jour du 21/01/2012 : Le musée d’Orsay a exigé de louvrepourtous.fr un droit de réponse très formel. Le verbiage juridique est assez savoureux : « Dans l’article rectificatif « le musée d’Orsay (n’)autorise (pas) la visite en petite culotte » , il est notamment affirmé que « les personnes qui filment ne se voient à aucun moment signifiés qu’il est interdit de le faire au même titre que de faire des photos » et que cette action « ne rencontre de résistance de personne ». Il s’agit d’accusations graves qui sont portées à l’encontre du Musée d’Orsay. ».

De la bagarre

décembre 25th, 2011 Posted in indices, Les pros, Personnel | 22 Comments »

La bagarre d’hier, c’est la loi votée par l’Assemblée qui propose des condamnations (jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende) pour toute personne qui ne respecterait pas l’histoire officielle et qui aurait la mauvaise idée de nier un génocide, enfin un génocide reconnu comme tel par la loi française, ce qui n’inclut pas, par exemple, le massacre des populations amérindiennes par les colonisateurs Européens puis par les États-Unis, mais inclut le massacre des Arménien par l’Empire Ottoman pendant la première guerre mondiale. La Turquie s’est sentie visée par cette loi. Elle l’est. Je ne sais pas s’il faut se donner la peine d’expliquer ce qui ne va pas dans une telle loi : tout le monde est contre les génocides, et ceux qui nient la réalité des faits de ce genre lorsqu’ils font consensus parmi les historiens peuvent difficilement avoir de bonnes raisons de le faire, mais pour autant, la loi n’a pas à écrire l’histoire, elle n’a ni à édicter les « effets positifs de la colonisation » ni à menacer le travail des historiens à coup de peines de prison. Par ailleurs, insulter la Turquie à des fins (me semble-t-il) de politique intérieure est complètement irresponsable et contre-productif. Comme bien d’autres nations, la Turquie devra un jour ravaler sa fierté et assumer le sang qu’elle a fait couler, qu’il s’agisse des arméniens ou des grecs pontiques, mais on voit mal en quoi le vote d’une loi liberticide, anti-scientifique, peut aider qui que ce soit à regarder son histoire en face, le message est absurde. Si l’histoire se décrète, alors elle n’est plus qu’une question d’opinion et de foi, on quitte le domaine de la science pour celui de la religion. On n’impose pas des œillères à un aveugle en espérant qu’il marchera droit.
Par ailleurs, comment démonter un raisonnement ou opposer des faits à un discours qui n’a pas le droit d’être exprimé ? Ce qui n’a pas le droit d’être dit ne peut pas non plus être contredit.

La bagarre d’aujourd’hui, c’est le petit coup de gueule poussé par le blogueur Seb Musset en réponse à Éric Mettout, rédacteur en chef de lexpress.fr. Ce dernier a en effet publié sur l’Observatoire des médias une tribune intitulée Qu’est-ce que « la gauche » a à voir avec la rémunération des blogueurs ?, où, tout en se défendant d’avoir une réponse toute faite sur la question, Mettout explique que « aujourd’hui, à LEXPRESS.fr, nous ne payons pas les blogueurs. Par souci de bonne gestion, mais aussi par principe. Nous leur offrons une tribune, de la visibilité, ils nous apportent leur expertise, posent un regard décalé sur notre fond de commerce, l’actualité, bref nous alimentent et nous différencient. Valeur contre valeur, l’échange est égal – et s’il ne l’était pas, me dis-je, les blogueurs nous fuiraient ». En résumé : la presse n’a pas les moyens de rémunérer les blogueurs, mais elle en a un besoin vital, et les blogueurs, de leur côté, sont suffisamment flattés qu’on les prenne au sérieux pour accepter ce contrat léonin. Leur soumission est justement apte à légitimer la presse « ayant pignon sur rue » : puisqu’elle attire à ce point-là, c’est qu’elle est importante, et ceux qu’elle embauche sont par ricochet jugés sérieux dans leur champ d’expertise. Le même Éric Mettout a commis il y a trois jours un autre article du même tonneau, sur lexpress.fr : Ah bon, blogueur c’est un métier ?

Visite de l’imprimerie de Clément Plomteux à Liège vers 1784, par Léonard Defrance (1735-1805).

La réponse de Seb Musset, titrée Les blogueurs sont-ils des cons ?, propose, sur un ton ironique, cette piste : « Comme vous, je ne suis pas loin de penser que si les blogueurs étaient un peu moins cons, ils vous diraient « merde » et se constitueraient eux-mêmes en Scop, en association, voire en site de presse. Ce qui chamboulerait probablement le PIF (Paysage Internet Français) de l’info en ligne ».
Bonne suggestion, bien sûr, mais il me semble qu’on peut aller plus loin en revenant aux sources, en se rappelant de ce qui a changé dans le monde des médias après le milieu des années 1990 : aujourd’hui, n’importe qui peut louer un nom de domaine et un hébergement pour une vingtaine d’euros par an, et être indépendant du Monde, de Rue89, de l’Express, mais aussi d’hébergeurs tels que Blogger, Skyblog ou Canalblog. N’importe qui peut installer le logiciel WordPress, qui est gratuit, ou de nombreux autres logiciels de gestion de contenu. Sans connaissances techniques, sans gros moyens financiers, n’importe qui peut donc créer son propre média et le rendre potentiellement accessible au monde entier. Qui dit mieux ? Pour vingt-cinq euros, donc, ou peut-être moins, on peut faire entendre sa voix, faire connaître son travail, partager ses enthousiasmes et ses indignations, à son rythme, selon ses propres modalités éditoriales, dans un état d’indépendance absolue. Il n’a jamais existé de moment, dans toute l’histoire de l’humanité, où il a été possible à n’importe qui de communiquer librement en direction d’un public aussi nombreux. Il me semble presque fou que l’on puisse ne pas avoir l’envie ou l’idée d’en profiter. On peut aujourd’hui réaliser presque sans moyens les rêves qui se trouvaient à l’œuvre dans la micro-presse telle que l’entendaient les révolutionnaires (Desmoulins, Fabre d’Églantine,…) ou les pionniers de la presse américaine (Benjamin Franklin, Mark Twain,…), dans le domaine du fanzinat ou encore de la radio-libre.

La presse à imprimer : l'ennemie du tyran et l'amie du peuple (devise britannique du XIXe siècle).

On peut s’exprimer par le texte, par l’image, en couleurs, par le son ou par l’image animée. Puisqu’ils ne sont pas soumis à des contraintes économiques, les blogueurs peuvent même s’offrir le luxe de n’avoir qu’un public peu nombreux, et même de choisir leur public. Il faut profiter de cette puissance qui nous est offerte, parce qu’on finira, sans surprise, par nous l’ôter. Dans le monde entier on vote, suivant les prétextes locaux (droit d’auteur, droit de la presse, fiscalité des médias, respect des religions ou des personnes morales et physiques, respect des bonnes mœurs, devoir de mémoire, etc.), des lois qui restreignent potentiellement ou effectivement l’exercice des médias personnels. Avoir son blog n’est pas seulement un luxe nouveau, c’est aussi une zone d’autonomie temporaire, pour reprendre la formule d’Hakim Bey, un espace de liberté qui finira par être condamné, encadré, et de moins en moins praticable. La presse « traditionnelle » française estbien moins libre qu’on peut l’imaginer : malgré la loi de 1881 (« tout journal ou écrit périodique peut être publié, sans autorisation préalable… »), son taux de TVA ou le coût de sa distribution sont liés à l’appréciation de la Commission paritaire des publications et des agences de presse, organe aux décisions opaques qui édicte ce qui est un journal et ce qui ne l’est pas. Je trouve étrange que l’on éprouve tant besoin de placer son travail sous le logo d’un journal qui est moins libre que nous ne le sommes, cela revient un peu à se tatouer des chaînes pour avoir l’air d’un esclave comme les autres, d’un « pro ». Mais je sais bien, je vois bien, que la liberté n’est pas le trésor le plus recherché au monde. Et je vois bien aussi que beaucoup de blogs n’existent que parce que leurs auteurs rêvent de devenir un jour des journalistes — ou sont des journalistes au chômage, situation dont on peut trouver suspect que la presse profite, soit dit en passant.

La bagarre de demain, pour moi en tout cas, c’est un nouvel ouvrage dont on vient de me confier la création (j’en parlerai plus en détail un autre jour), sur le thème de la fin du monde, et pour lequel je n’ai que quelques mois, même si j’ai déjà accumulé un certain corpus documentaire depuis l’été dernier. Autant prévenir que je risque, à nouveau, d’avoir du mal à alimenter le présent blog de manière régulière pendant un petit temps. Mais je reviendrai, je reviendrai, je reviens toujours. Au passage, je rappelle à ceux que le sujet intéresse que mon prochain livre, consacré aux enjeux de la légitimation de la bande dessinée, sort dans un mois (fin janvier — début février).
Les trois livres pour lesquels j’aurai signé un contrat m’ont été proposés par trois éditeurs différents, non parce que j’enseigne, non parce que je dispose de diplômes, mais bien pour ce que j’écris sur Internet et uniquement pour cela. Le présent blog n’a pas de modèle économique (en dehors du fait que lorsque vous cliquez sur un lien qui pointe vers la boutique Amazon et que vous y achetez quelque chose, je gagne quelques centimes sous forme de bons d’achat — cela me rapporte environ dix euros par mois, ce qui est loin d’être ridicule, tout en ne constituant pas véritablement un revenu), n’est soumis à aucune tutelle, aucun label, aucune estampille. Je n’ai pas spécialement cherché à me faire éditer, j’ai déjà un métier, et même plusieurs, je n’ai jamais rien planifié de tout cela. Et pourtant, c’est bien grâce à ce site et à d’autres que j’ai pu me lancer dans des aventures éditoriales passionnantes. Est-ce que mon travail aurait eu l’air plus intéressant s’il y avait écrit « un blog de lexpress.fr » en bannière ? Je parie que non, et je parie même que ce genre de mention ne rend pas toujours service et fait parfois passer le support devant le propos et son auteur.

En attendant, je souhaite à tous ceux qui m’ont lu jusqu’ici d’excellentes fêtes de fin d’années, et puis une année 2012 riche en projets passionnants et en réalisations formidables.

Rencontre avec Agnès Maupré

décembre 14th, 2011 Posted in Bande dessinée, Conférences, Images | No Comments »

Comme prévu, Agnès Maupré est venue rencontrer les étudiants en Arts plastiques de l’Université Paris 8. Elle a évoqué son parcours, sa technique, et nous a un peu raconté comment fonctionnent les rapports entre éditeurs et auteurs.

Au passage, nous avons pu voir quelques documents inédits, comme des impressions tirées de Milady de Winter tome 2 (qui paraît le mois prochain), ou des travaux en cours qui concernent un nouveau projet, avec pour protagoniste principal une figure aussi méconnue que passionnante du XVIIIe siècle.

La barbe et la lucarne

décembre 11th, 2011 Posted in Écrans et pouvoir, Les pros | 29 Comments »

Les féministes du collectif La barbe arborent un postiche pour perturber des réunions publiques (une convention du parti au pouvoir, par exemple) en félicitant les intervenants de leurs efforts pour pérenniser la domination masculine et en brandissant des slogans tels que « le racisme c’est bien, le sexisme c’est mieux ». L’humour grinçant de ces happenings est plutôt bienvenu, quoique, en tant que vaguement barbu, il me fasse tiquer sur la forme — qu’est-ce qu’ils ont fait de mal, les barbus ? —, mais c’est une autre affaire1.

Le 9 décembre, deux représentantes du collectif étaient invitées au Petit Journal de Yann Barthès, sur Canal+. Le Petit journal est une émission de divertissement qui traite de l’actualité avec une certaine légèreté et tourne les médias et la classe politique en dérision, en montrant par exemple les coulisses d’une interview, ou en comparant des discours actuels à d’autres plus anciens. D’abord simple rubrique du Grand Journal, le Petit Journal est devenu une émission à part entière cette année. Derrière le divertissement, cette émission révèle parfois de petits moments de vérité quant à la manière dont sont fabriquées les représentations de l’actualité, mais son fonctionnement un peu répétitif et ses tics font de ce programme une sorte de tribunal professionnel qui ne cherche pas tant à nous expliquer le monde qu’à sanctionner ceux qui ne respectent pas au mieux la règle du jeu : ceux qui bafouillent, ceux qui hésitent, ceux qui se contredisent, ceux dont les bons mots tombent à plat, etc.
Lorsque Le Petit Journal permet un décryptage édifiant des médias et de la communication politique, c’est par simple accident collatéral, car son effet véritable est au contraire de pousser chacune de ses cibles à plus de professionnalisme médiatique, à plus de « fluidité », à mieux respecter les règles du divertissement : que rien n’accroche, que rien ne gène, ne perturbe, que l’on affirme plutôt que de se poser des questions, que l’on parle plutôt que de réfléchir, que l’on se complaise dans sa caricature, dans son rôle, plutôt que de surprendre véritablement. Je ne pense pas que ç’aient été les intentions initiales du Petit Journal, mais le résultat est bien là : seul compte le spectacle et un couperet impitoyable s’abat sur ceux qui ne se plient pas à sa morale.

Le Petit Journal a régulièrement des invités, qui sauf erreur ou oubli de ma part (je ne le regarde pas tous les jours ceci dit) sont exclusivement issus du monde médiatique, qu’il s’agisse de journalistes, de bêtes politiques du petit écran, ou tout simplement de gens qui aiment se trouver devant les caméras, comme un « hacker médiatique » qui, depuis plus de quinze ans, se débrouille pour apparaître parmi les badauds anonymes devant les lieux où sont postées des caméras et qui expose régulièrement un avis plat et banal (donc fluide, donc incapable d’apporter des informations, donc télévisuel) à ceux qui lui tendent le micro2.
Le collectif La Barbe utilise le spectacle comme mode d’action et il était presque logique de les inviter au Petit Journal. Sauf que le sujet de La Barbe est un vrai sujet, d’une part, et que, d’autre part, leur recours au happening et leur discours sont loin d’être aussi professionnels qu’il l’aurait fallu pour profiter d’une connivence médiatique de la part de ce qui est devenu, bon gré mal gré, le tribunal du divertissement politique et médiatique. La séquence n’a duré que six minutes mais elle s’est extrêmement mal déroulée, plaçant les spectateurs dans une atmosphère d’inconfort et de malaise : il est absolument rarissime que des chaines nationales présentent à une heure de grande écoute des invités qui ne soient pas puisés dans le réservoir de ce que les professionnels du domaine appellent les « bons clients », c’est à dire des gens qui parviennent à participer au flux médiatique sans hésitations, sans contretemps, qui sont capables d’entretenir le jeu de domination et de séduction qui caractérise la parole dans les émissions de grande écoute à la télévision et à la radio, et qui, tant qu’à faire, acceptent sans trop protester la place arbitraire qu’on leur attribue : expert pointu, expert en tout, amuseur, râleur, etc.

On remarque au passage que seul le présentateur a le droit d'aller chercher la complicité du spectateur en regardant la caméra en face...

Infortunées Céline et Amélie (les deux jeunes femmes qui cachent sous « une barbe un peu moche » des « visages qui ne sont pas moches », selon leur intervieweur), donc, qui sont allées se fourvoyer sur le plateau d’une émission où l’on n’avait pas prévu qu’elles aient l’idée de s’attaquer à la manière dont est dirigée la chaîne Canal+ (comme l’a écrit Pierre Bourdieu en son temps, les médias exigent que personne d’autre qu’eux-mêmes ne fasse la critique de leur fonctionnement), où il n’était pas convenu qu’elles osent répondre à des questions par d’autres questions ni qu’elles esquiveraient les perches tendues telles que la dernière question posée par Yann Barthès qui demandait en substance aux jeunes femmes de rassurer les hommes en affirmant qu’elles ne leur voulaient pas de mal (« pouvez-vous dire aux hommes que vous n’avez rien contre eux ? »).
Ce genre de séquence, que la télévision fait tout pour éviter, est une puissante cause de stress pour le spectateur mais n’en est pas moins instructive en ce sens qu’elle permet de comprendre la nature même des médias audiovisuels de masse et leur incapacité à accepter ce qui sort du format. Bien sûr, tout cela est contenu depuis bientôt cinquante ans dans la célèbre affirmation de Marshall McLuhan, « le message, c’est le médium ».
Lorsque les invités d’une émission causent du déplaisir et du stress au public, celui-ci est aussitôt envahi par des pulsions qui vont de la commisération (« les pauvres, elles ont eu le trac, elles sont intimidées ») à une forte agressivité, et ce indépendamment du fait de souscrire ou nom au message qui entendait être transmis. Le message peut d’ailleurs pâtir de la manière dont il est représenté, comme le suggère Sophie-Pierre Pernaud quand elle conclut un article sur cette édition du petit journal par une question à ses lectrices : « Te sens-tu trahie par la cause féministe après avoir regardé leur intervention qui frôle l’humiliation ? »

On peut adopter de nombreuses stratégies. On peut, comme certains, refuser de s’exprimer dans les médias audiovisuels de masse. On peut, comme André Gunthert, s’engager sciemment dans le piège pour étudier le fonctionnement de la machine médiatique. On peut, comme Jean-Luc Mélenchon ou Jean-Marie Le Pen3, accepter le jeu médiatique comme un défi à relever, presque une bataille (bataille qui doit se mener avec sérénité et assurance, cependant : l’agressivité non-victorieuse est toujours punie dans ce genre de cas). On peut, comme beaucoup de politiques de premier plan, imposer aux intervieweurs un contrat extrêmement clair et connaître par avance toutes les questions qui seront posées.
Mais j’ai peur qu’on ne puisse plus espérer faire passer des idées sur ce genre de support sans un minimum de préparation et de connivencce. Le public, et je m’inclus dans cette catégorie, n’est absolument plus capable de le supporter nerveusement.

Rien à voir, quoique…

L’évènement du jour sur les réseaux sociaux (qui, comme les médias, aiment bien parler d’eux-mêmes), c’est la découverte que François Fillon, toujours premier ministre, fréquente Twitter de manière discrète sous le nom @fdebeauce. Que des dirigeants politiques se faufilent dans la plèbe avec l’espoir d’y entendre en personne ce qui se dit loin de leur regard n’a rien de neuf : après tout, le mot incognito nous vient de l’antiquité romaine et on ne compte pas les anecdotes de ce genre au fil de l’histoire humaine. Ne pas se faire connaître est une manière de s’informer autrement que par le filtre des membres de cabinet, des collaborateurs, des flatteurs, des services secrets, des médias ou des sondages, qui ont tous un intérêt à maîtriser le contenu des informations qu’ils fournissent et très peu de raisons d’être honnêtes. Je ferais tout de même remarquer à l’intéressé même s’il ne me lira pas, que les quarante-trois personnes dont ils suit les tweets sont exclusivement des journalistes ou des politiques, population qui s’exprime généralement à titre professionnel, voire officiel, qui constitue une classe sociale à part entière et n’est donc représentative que d’une partie mesquine de la société française, mesquine quoique déjà bien favorisée par les médias, qui sont son milieu naturel. L’intérêt de Twitter réside à mon sens dans sa capacité à permettre à des mondes différents d’entrer, même de manière très temporaire, en friction.

  1. N’importe quel iconologue ou sémioticien peut témoigner de la richesse sémantique des attributs pileux (barbe taillée, négligée, avec ou sans moustache, barbe d’instituteur socialiste, barbe salafiste, barbe du sage, barbe du patriarche, bouc second-empire, etc.) et il me semble maladroit de s’emparer de ce symbole sans précautions… []
  2. À rapprocher des Apparitions de l’ami Matthieu Laurette, qui s’est débrouillé pour se trouver filmé parmi le public de diverses émissions (Frou frou, Tournez manège, etc.), et qui a ensuite tiré de ces images des montages qui isolent ses apparitions.   []
  3. Politiquement, Mélenchon et Le Pen sont aux antipodes l’un de l’autre mais il est intéressant que les journalistes les associent si naturellement alors que ne les rapprochent que des détails formels, tels que la (rare) capacité à s’exprimer dans un français correct et le fait de ne pas accepter de se laisser dominer par les intervieweurs tout en étant suffisamment séduisants ou intéressants pour que lesdits intervieweurs ne résistent pas à l’envie d’essayer de s’y frotter tout de même. []

Littératures graphiques contemporaines #3 : Agnès Maupré

décembre 4th, 2011 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Agnès Maupré, auteur de bandes dessinées.

Née à Marseille en 1983, elle abandonne des études en architecture puis passe une année à l’École d’art d’Angoulême avant de s’inscrire à l’École des Beaux-Arts de Paris, sur le conseil de Joann Sfar qui lui en recommande les cours de morphologie de Jean-François Debord. Ces cours lui inspireront un album, le Petit traité de morphologie, publié par Futuropolis en 2008. L’année précédente, elle a entamé l’adaptation des Contes du chat perché de Marcel Aymé pour les éditions Gallimard (deux tomes). En 2010, elle entame la publication chez Ankama Milady de Winter, un récit en deux tomes qui rend justice au tragique personnage éponyme imaginé par Alexandre Dumas. Agnès Maupré réalise par ailleurs de nombreuses illustrations, a collaboré à la bande dessinée collective en ligne Les autres gens et à la production du film Le Chat du Rabbin.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le mercredi 14 décembre à 18h, dans la salle A1-174.
Ouvert au public dans la limite des places disponibles.

Rencontre avec Isabelle Boinot

novembre 30th, 2011 Posted in Bande dessinée, Conférences, Images | 2 Comments »

Comme prévu, Isabelle Boinot est venue aujourd’hui rencontrer des étudiants en arts plastiques à l’Université Paris 8, amenant avec elle une collection de ses éditions, dont certaines sont très rares, du fait de leur tirage extrêmement confidentiel. Elle nous a raconté ses études, ses collaborations, sa manière de concevoir son métier et sa vision de la liberté du dessinateur.

J’ai trouvé très réjouissante l’explication de la genèse de son unique bande dessinée, Nicoptine (éd. En Marge), qui reprend les images d’un incompréhensible roman-photo hollandais et dont le scénario a été inventé après que l’album ait été dessiné.