Profitez-en, après celui là c'est fini

Université piteuse

décembre 12th, 2014 Posted in Études, indices, Mauvaise humeur | 11 Comments »

Un modeste tumblr peut-il avoir un poids politique ? Le site Ruines d’Université, qui montre l’état d’insalubrité de nombreux bâtiments universitaires en France, rencontre un certain succès sur les réseaux sociaux et dans les médias. J’ignore si c’est lié, mais quelques heures après que le site du Monde ait signalé l’existence de ce blog, le président de la République annonçait son intention d’annuler la baisse de soixante-dix millions d’euros de budget des universités qui avait été programmée.

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Dans ma salle à Paris 8, il y a un trou, dû à un dégât-des-eaux. Il a fallu six bons mois pour en identifier la cause. Il semble que ce soit fait, mais dans le doute, on garde un seau pour récolter ce qui fuit. La plomberie est un des gros problèmes des bâtiments publics, à cause du système des marchés, m’a-t-on expliqué : ils forcent à choisir le prestataire le moins cher, mais on ne peut pas faire des économies sur tout, et certainement pas sur la plomberie.

Lorsqu’il était dans l’opposition, le parti socialiste demandait que l’autonomie des universités s’accompagne de « garanties financières », mais il semble qu’une fois au pouvoir ça ne le gène pas de voir les institutions académiques subir une situation d’indigence assez scandaleuse. Si les comptes de la plupart des universités sont dit-on, à présent assez stables (plusieurs ont frôlé la faillite), on ne peut pas dire que les établissements brillent par leur confort.

Au passage, et pour des raisons voisines, les écoles d’art « autonomisées » sont peu à peu lâchées par la puissance publique, qui continue d’affirmer sa tutelle sur la pédagogie et la recherche, mais se désengage financièrement, à tous les niveaux — État ou collectivités locales —, et semble attendre de voir quelles écoles survivront à la ruine des communes qui ont contracté des emprunts toxiques ou dont l’équipe municipale préfère financer un stade sportif en « partenariat public privé » plutôt que d’investir dans l’enseignement en art1.

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Paris 8, « université monde », affirme un calicot fripé dans un placard d’affichage à l’entrée de l’établissement.

Je me souviens la modernisation de l’Université de Saint-Denis, au milieu des années 1990 : création de deux passerelles au dessus de l’avenue de Stalingrad, voie à grande vitesse où, en moyenne, un étudiant trouvait la mort chaque année ; création d’une nouvelle bibliothèque, plus grande que celle du centre Pompidou ; construction de nouveaux bâtiments ; rénovation de l’ancien ; et enfin : arrivée du métro juste devant l’entrée de l’université, car autrefois, il fallait descendre à la station Saint-Denis Basilique puis prendre le bus.

Et pourquoi avait-on eu droit à toutes ces belles choses, à votre avis ? Pas vraiment pour le rayonnement académique de l’Université française, mais juste pour dissimuler un peu sa misère. L’évènement déclencheur des travaux a été la préparation de la coupe du monde de 1998, car il aurait été malvenu que la ville du « Stade de France » continue de recevoir ses quinze mille étudiants dans des bâtiments provisoires devenus bien exigus, installés en 1980 lors du déménagement de l’université depuis Vincennes.

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« Footix », la mascotte de la coupe du monde de 1998.

Faut-il espérer une nouvelle coupe du monde, ou des jeux Olympiques, pour imaginer une campagne de rénovation des universités françaises ?

  1. Cette année, l’école d’art de Perpignan cesse d’accueillir de nouveaux étudiants et renonce à emmener ceux qui y sont déjà inscrits jusqu’au DNSEP (Master 2). C’est la fin programmée d’une école qui existe depuis deux siècles. Pour médiatiser leur cas, les étudiants de l’école d’art de Perpignan se sont mis en vente sur Le bon coin et ebay. []

TEDx Montpellier, en vidéo

décembre 6th, 2014 Posted in Après-cours, Conférences | No Comments »

On peut désormais visionner mon intervention lors de la session du 2014 de TEDx Montpellier (10 octobre) sur la chaîne Youtube dédiée aux événements TEDx.
J’en rappelle l’intitulé : À quoi sert un étudiant en art ?

Photos : Jonathan Scanzi

Photos : Jonathan Scanzi, licence Creative Commons CC-BY-ND 2.0.
Voir les autres photographies sur FlickR.

J’espère que vous la trouverez distrayante, et je remercie une fois de plus les organisateurs pour leur invitation et leur accueil.

J’en profite pour signaler à ceux que ça intéresse la création d’un nouveau compte Twitter : @LeDernierBlog.
Ce compte est géré de manière totalement automatique, il signale les nouveaux billets publiés sur ce blog, ce qui permet aux lecteurs qui s’informent par Twitter se tenir au courant, malgré ma disparition du pays des cent-quarante (parfois mauvais) caractères.

Solange nous a parlé

décembre 4th, 2014 Posted in Conférences, Interactivité | 2 Comments »

Ina Mihalache est donc venue rencontrer les étudiants de l’école d’art du Havre mardi. Elle a raconté son travail d’artiste devant une salle comble, de manière improvisée, mais réfléchie, naturelle et fluide, d’abord en monologuant, puis en répondant aux nombreuses questions de la salle. L’assistance, pour une fois, comptait des gens extérieurs à l’école, parfois même venus de loin.

ina_mihalache_esadhar_conference

Grand succès : tous les étudiants présents n’ont pas trouvé de chaise. Les questions ont porté sur le film Solange et les vivants (qui sortira en 2015), sur la radio, sur le rapport au public (fans autant que « trolls »), sur le décalage entre fiction et réalité, mais aussi sur des points techniques divers.

Je dois dire que ce qui a suivi la conférence n’est pas banal : un couple s’est proposé de l’inviter à déjeuner ou au moins à boire un verre ; un jeune homme est venu lui dire à quel point il appréciait son travail, sur un ton dangereusement proche de la déclaration d’amour ; enfin, plusieurs jeunes femmes sont venues lui demander de poser joue contre joue avec elles pour des « selfies », puis ont voulu lui faire une bise ou même une étreinte amicale, un « hug », comme on dit, ou tout simplement, se trouver à côté.

...

Je ne suis pas peu fier d’avoir fait venir Ina Mihalache devant mes étudiants, c’était sa première expérience du genre et il me semble qu’elle l’a appréciée, malgré le train matinal, et malgré le fait que je l’aie fait poireauter dix minutes dans la gare glaciale du Havre (photo : Laure Limongi)

Rien d’agressif ni même (il me semble, enfin seule l’intéressée peut le dire) de gênant dans ces gestes, qui répondent bien à la douceur bienveillante et fantaisiste des vidéos d’Ina, et qui témoignent de la singularité du rapport intime et personnel qui se crée, sur Youtube, entre son personnage de jeune femme solitaire, et le spectateur, qu’elle ne connaît pas mais à qui elle s’adresse, souvent en le tutoyant, pour lui communiquer ce qui lui passe par la tête.

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À l’esadhar, les étudiants se regroupent par ateliers, en fonction de leurs affinités personnelles et aménagent les lieux à leur guise.

L’après-midi, Ina a visité les différents ateliers de l’école et rencontré des étudiants qui lui ont exposé leurs propre projets artistiques, mais malheureusement, rares ont été ceux qui ont osé le faire. Plusieurs m’ont avoué ensuite avoir été trop intimidés. Dommage pour eux, car le rapport décomplexé et enthousiaste de cette jeune artiste envers le fait de créer est plutôt rafraîchissant dans le contexte des écoles d’art où, profs comme étudiants, nous finissons par oublier que l’essentiel n’est pas de valider des crédits, des bilans ou des diplômes, mais bien de prendre plaisir à faire et à faire voir.

Prix Cube 2014

novembre 27th, 2014 Posted in Cimaises, Interactivité | No Comments »

Pour la seconde année consécutive, le Prix Cube récompense l’œuvre d’un artiste âgé de moins de trente-six ans, dans le domaine des nouveaux médias.
On peut voir le travail du lauréat et des cinq autres nominés à l’Espace Saint-Sauveur, d’Issy-les-Moulineaux (métro Corentin Celton), jusqu’à dimanche.

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L’œuvre primée est Post Code, par l’artiste russe ::vtol:: (Dmitry Morozov), qui produit une musique et une image abstraite inspirée du glitch-art, imprimée au format carte-postale, lorsqu’on lui soumet le code-barre d’un produit quelconque. Je remarque que le public est filmé par le dispositif, mais je ne sais pas si cela intervient dans le résultat produit ou si cela va servir à une évolution ultérieure de l’œuvre.

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Seventeen, de l’allemand Nils Völker, est une œuvre non-interactive dans laquelle des coussins suspendus et tyvek se gonflent et se dégonflent, comme mus par une respiration, et s’illuminent grâce à des diodes.

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Immersion, par Lia Giraud et Alexis de Raphélis, est une installation sophistiquée composée d’un film, et d’un dispositif contenant des micro-algues qui produisent des images répondant au film projeté.

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Dans la bonne vieille tradition de l’art cinétique, Daydream V.2, par le duo Nonotak (Takami Nakamoto et Noemi Schipfer), est un dispositif constitué d’écrans translucides superposés qui permettent de projeter des formes géométriques dans l’espace.

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User Generated Server Destruction, par l’autrichien Stefan Tiefengraber, est composé d’un serveur web équipé de six marteaux robotisés. Ce serveur héberge un micro-site internet, accessible depuis le réseau, qui permet de piloter les marteaux pour que ceux-ci soient lâchés et aillent choquer la machine, dans le but de la détruire. Les disques endommagés sont régulièrement remplacés, mais lorsque le serveur est cassé, le site n’est plus accessible et lorsque le site est accessible, il permet de détruire la machine qui le fait fonctionner.

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Mon œuvre favorite est Bodymetries, par l’allemande Theresa Schubert (que l’on voit ici en train de photographier son travail), où les spectateurs sont invités à poser leur bras sur une table. Le bras est scanné, puis, en projection, est contaminé par une forme pseudo-organique inspirée du comportement du Physarum polycephalum, une colonie d’amibes que l’on a longtemps classé, à tort, parmi les champignons.

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Le programme (Processing, OpenCV, SuperCollider) cartographie l’épiderme et produit des trajets lumineux en fonction de la disposition des taches de mélanine.

Abonné absent

novembre 20th, 2014 Posted in Interactivité, Personnel | 8 Comments »

(un billet, pour une fois, assez personnel)

Ça y est, j’ai quitté Twitter. J’en ai raconté le prétexte en d’autres lieux, ce n’est pas si important, ni si grave, mais c’est une expérience intéressante, que je savoure à sa juste valeur. Je ne fais presque rien d’autre que de la savourer, car j’ai une petite fièvre et mal à la tête — le fameux état grippal1, quoi —, et plus la moindre espèce d’efficacité dans mon travail, alors que bien des gens attendent des choses de moi.

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Les explications que j’ai donné sur ma fuite ne sembleront pas très claires à tout le monde, et je vois que certains, à présent que les conversations ont disparu, supposent que j’ai été victime d’une horrible cabale… Ce n’est pas le cas, j’ai juste vécu une conversation frustrante avec cinq ou six personnes, qui m’a fait me dire que je n’avais plus rien à faire sur Twitter, puisque ces amis parfois proches me demandaient sans s’en rendre compte, je crois, les deux choses que je ne donnerai jamais à personne, la première étant de dire non pas ce que je pense mais de dire que je ressens ce que je dois ressentir, en fonction de la mode en termes de political-correctness, et la seconde étant de m’abstenir de poser des questions lorsque la doxa a jugé qu’il n’y avait plus lieu de poser des questions — dans le même ordre d’idées, ce n’est pas la crédulité du croyant qui me fait détester les religions mais bien l’hostilité aux questions. Enfin quelque chose comme ça, ma version peut changer car je ne connais pas moi-même totalement mes motivations, ou plutôt, j’en vois d’innombrables mais je serais bien incapable de dire lesquelles sont déterminantes2.

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Il y a aussi les petites vexations comme le fait d’être mis dans le même sac qu’une personne avec qui on n’est pas spécialement en accord (je suis trop anarchiste ou même individualiste pour pouvoir supporter ça) ; le fait de se faire reprocher des choses que l’on n’a ni pensées ni dites, et de ne jamais avoir le droit de dissiper le malentendu ; et bien sûr l’angoissante sensation que la terre se dérobe sous ses pieds lorsque l’on constate à quelle rapidité des années de rapports amicaux peuvent sembler n’avoir été qu’une illusion, à l’occasion d’un désaccord qui n’aurait sans doute jamais abouti au même résultat dans ce que les gens nomment « la vie réelle » (mais qui ne l’est pas plus que l’autre, puisque nos vies virtuelles sont une partie de notre vie réelle). « In Real Life », le visage, les gestes, les mimiques, les regards, le ton de la voix, et peut-être même les phéromones que nous échangeons avec notre interlocuteur doublent notre conversation cognitive, abstraite, d’informations que, faute de mieux, je nommerais « animales ». Non seulement le corps véhicule un autre discours que le simple discours intellectuel, mais il amène avec lui un autre rapport au temps et à la mémoire. La simple présence du visage (et c’est moi, qui souffre de prosopagnosie, qui le dis) d’une personne fait exister simultanément tous les moments qu’on a eu avec elle — ce qui peut nous la rendre odieuse en cas de brouille, bien sûr. Lors d’échanges purement textuels, le fameux « jeu d’imitation » d’Alan Turing, cette dimension animale disparaît, est filtrée. Énormément de choses passent malgré tout, y compris dans le domaine du sensible, grâce au pouvoir du verbe, bien sûr : on utilise un mot plus qu’un autre pour cette raison, pour ajouter quelque chose au simple sens qu’ont les mots pris littéralement, pour créer de la complexité, de la contradiction, de la tendresse ou de l’agressivité, enfin tout ce que l’on veut3.

La fréquentation des forums, de Twitter, etc., a été pour moi une grande leçon de littérature. Mais j’en ai tiré une autre leçon, je me souviens que lorsque l’on quitte ou délaisse un lieu virtuel de conversation, on y est rapidement oublié, et je crois que c’est vraiment là la spécificité du médium, ce qui fait que certains croient et disent que les rapports que l’on entretient dans des lieux de conversation dits « virtuels » sont, en vérité, du vent. Ils ne le sont pas, mais ils ont besoin d’être sans cesse réactivés, c’est même pour ça qu’ils peuvent être un peu obsessionnels, que l’on peut craindre de disparaître si l’on ne donne pas assez souvent de preuves de vie.

Je ne suis pas fâché, je ne boude pas, je suis parti, c’est tout.
Et toi, Twitter, comme l’ont chanté Régine, puis Larusso, tu m’oublieras.

(…) Et sur le piédestal il y a ces mots :
« Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois.
Contemplez mes œuvres, Ô Puissants, et désespérez ! »
À côté, rien ne demeure. Autour des ruines
De cette colossale épave, infinis et nus,
Les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. » 
 (Percy Bysshe Shelley – Ozyamandias)

J’ai reçu plein de messages gentils de partout, y compris de la part de gens avec qui j’ai justement eu des mots pénibles cette semaine, y compris de gens dont j’ignorais qu’ils s’en souciassent le moins du monde. Ma femme et ma fille cadette, qui semblent également inquiètes de ma disparition du pays des cent-quarante signes y vont voir ce qui se dit et me jurent qu’on m’y regrette4. Mais de mon côté, j’ai la sensation étourdissante (l’état grippal y est sans doute pour quelque chose) d’être libéré d’un lest dont j’ignorais jusqu’ici l’existence. J’ai toujours eu l’habitude de continuer les discussions jusqu’à la nausée, sans jamais fermer la porte à qui que ce soit, avec une patience qui parvenait même à épuiser non pas mes contradicteurs, mes trolls, mais même mes lecteurs les plus assidus. Pourtant, là, eh bien je ne l’ai pas fait, je me suis arrêté bien avant que quoi que ce soit ne dégénère, et donc bien avant l’inévitable réconciliation qui suit. Je me suis toujours réconcilié assez aisément car si j’ai beaucoup d’orgueil, je n’ai que peu de fierté5.

Je n’ai pas seulement quitté une conversation, j’ai quitté la conversation, car la particularité de Twitter, je crois, est bien de n’être qu’une unique conversation.
Bien sûr, je ne suis pas qu’euphorique, moi qui ne romps quasiment jamais avec personne, qui ne considère aucune discussion vraiment terminée, qui ne peux pas jeter un objet, qui vis dans la maison où j’ai grandi, j’ai la sensation de sauter dans le vide. Il est presque dix heures, j’ai complètement oublié de m’alimenter aujourd’hui et je ne ressens pourtant pas la faim, ce qui n’est vraiment pas typique de moi (si cette affaire m’aide à perdre du poids, ce sera déjà ça). Je ne dis pas ça pour m’épancher, je me prends pour sujet d’observation. Si j’étais rigoureux, je tiendrais un journal de cette nouvelle expérience.

Telefontornet

La Telefontornet, la tour téléphonique de Stockholm, en Suède, en 1890. Cette structure reliait entre eux les abonnés au service téléphonique non seulement de manière matérielle (comme tout réseau de téléphonie filaire), mais de manière apparente, avec ses milliers de câbles tendus entre la tour et chaque téléphone. Avant de quitter Twitter, j’avais 4583 abonnés. À peu près autant que la Telefontornet de Stockholm (environ 5000), quoi !

Je me demande si je ne suis pas en train de vivre une mue post-internet6. Je dois d’immenses choses à ce réseau : un grand nombre de mes amis, des projets professionnels (en fait, presque toute ma vie professionnelle) et une grande partie de ma formation intellectuelle. Mais je me demande s’il n’est pas temps de connaître d’autres aventures.
En attendant, depuis trois jours, il m’arrive régulièrement de vivre une histoire quelconque7 et de commencer à formuler mentalement le tweet qui servira à la raconter. Je parie que si je les tapais sur un clavier, j’arriverais à ce que les phrases que je conçois fassent cent-quarante caractères, virgules et point compris. Je devrais peut-être aller graffiter mes pensées inutiles sur les murs de Paris, comme autrefois Nicolas Restif de la Bretonne.

Le Havre, vu depuis la partie haute de la ville, avant-hier nuit.

Le Havre, vu depuis la partie haute de la ville, avant-hier nuit.

Amusant, je viens de relire l’article que j’ai écrit ici-même, en juin 2009, lors de ma découverte de Twitter. J’étais enthousiaste mais je constate que j’étais loin d’imaginer à quel point ce lieu compterait dans mon existence.

  1. Eh oui, il n’y a pas que les enfants qui disent « je suis fatigué », ou « j’ai mal au ventre » quand il y a contrariété. []
  2. J’essaie de me comprendre moi-même non seulement dans mon article sur le blog Castagne, mais aussi par mes réponses aux nombreux commentaires qui y ont été faits. []
  3. Voilà ce que je juge horripilant avec les slogans politiques et avec une partie de la philosophie et des sciences : ils refusent la finesse littéraire et, en cherchant l’exactitude et la précision du vocabulaire, en forçant à s’y rallier de manière binaire, perdent la capacité à faire dire aux mots des choses que l’on n’avait jamais pensé à leur faire dire. Alors vive la poésie. Bien sûr, on ne peut se comprendre sans un minimum de lieux communs, mais on ne peut rien inventer si on ne pense que par eux. Sur ma liste : relire Les Fleurs de Tarbes, de Jean Paulhan. []
  4. J’évite, pour ma part, d’aller voir ce qui se dit sur Twitter. Finalement, assister à ses funérailles comme Tom Sawyer, ça n’est peut-être pas si drôle. Je me suis tout de même reconnecté dans l’après-midi pour comprendre pourquoi l’archive de mes tweets n’arrivait pas… Ce qui a abouti à une récréation expresse du compte, et a donné quelques fausses-joies : j’ai à nouveau désactivé le compte. []
  5. Je sais qu’il est de coutume de considérer l’orgueil comme un défaut majeur et la fierté comme une presque-qualité, mais c’est ainsi que je me vois. []
  6. Postinternet et un terme qui connaît une grande faveur dans le monde des arts « médiatiques ». Il décrit une production artistique qui transfère l’état d’esprit du réseau hors de son substrat originel. []
  7. Pour la première fois depuis des années, j’ai gravé un DVD-ROM ; Ma chatte, pour la seconde fois a réussi à tirer seule sa litière d’en dessous du meuble où elle était rangée ; J’ai reçu une relance amiable des Urssaf alors que je jurerais ne jamais avoir reçu le premier courrier ; J’ai dansé avec Laure Limongi et nos étudiants en Master de Création littéraire sur la musique de mon adolescence, et être le plus âgé de tous ; j’ai, ce soir là, bu tout seul ma bouteille de Montbazillac et avoir senti les cheveux me faire mal à chaque pas de danse ; j’ai aimé regarder Le Havre depuis ses hauteurs, la nuit ; mon père s’est fait voler son sac devant la gare Montparnasse – il vit dans le Sud-Ouest, il ne sait plus ce qu’est Paris ; etc. []

Solange nous parlera (le 2 décembre)

novembre 15th, 2014 Posted in Conférences | No Comments »

Née à Montréal en 1985, Ina Mihalache a commencé en 2011 à publier sur Youtube des vidéos réunies sous le nom « Solange te parle ».

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Si les statistiques de ses vidéos sont bien moins élevées que celles de « Norman », « Cyprien » et autres « Joueur du grenier », elle s’impose rapidement comme l’unique concurrente féminine intéressante de ces derniers, et plus généralement comme une des rares personnes, en France, à avoir tiré quelque chose d’intéressant de son média, où elle fait évoluer sous divers prétextes thématiques son personnage de jeune artiste à la fois un peu asociale et désireuse d’établir un rapport intime et sincère avec le monde entier. Son ton, que l’on dit « décalé » et que certains comparent au cinéma de la nouvelle vague, lui amène un public plus âgé que celui des « youtubeurs » moyens, et lui a valu l’ntérêt de journaux tels que Télérama, Technikart, les Inrockuptibles ou encore Libération.
En 2013, elle a lancé, avec succès, un appel à financement participatif pour produire Solange et les vivants, son premier long-métrage, qui attend d’être distribué. Enfin, Ina Mihalache est auteur radiophonique pour France Inter et Le Mouv’, notamment avec la série Solange pénètre ta vie intime, qui consiste à demander à des femmes de raconter leur vie charnelle, que celle-ci soit joyeuse, enthousiaste, terne ou pathétique.

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Nous recevrons Ina Mihalache le deux décembre deux-mille quatorze à l’école d’art du Havre à dix heures trente, en salle de conférences, pour une rencontre au cours de laquelle elle nous présentera son travail. Cette conférence s’adressera autant aux étudiants en art et en design graphique qu’aux étudiants du Master de création littéraire.

Quelques images produites à l’aide de Processing

novembre 11th, 2014 Posted in Brève, Processing | 1 Comment »

Je viens de lancer un tumblr destiné à accueillir des images que j’ai produites à l’aide du langage Processing. J’avais pris la mauvaise habitude de placer de telles images sur Facebook et sur Twitter, où elles ne sont vues que par ceux qui me suivent sur ces réseaux sociaux.

processing_drawings

Je place le code qui a été utilisé sous les images montrées. Il ne s’agit pourtant pas forcément des programmes informatiques du siècle, certains ont même un effet dont j’ai été moi-même étonné.
Le site se trouve à cette adresse : processingdrawings.tumblr.com

L’arithmétique binaire (1703)

novembre 9th, 2014 Posted in Brève, Sciences, Vintage | 2 Comments »

La numération binaire, c’est très simple, ce n’est pas moi qui le dis, mais Gottfried Leibniz (1646-1716) dans un mémoire remis en 1703 à l’Académie des sciences. Il s’est notamment inspiré du Yi Jing1

binaire_leibniz

Et ce n’est pas tout. Entre ses nombreux carnets de recherche jamais publiés et son ouvrage de jeunesse Dissertatio De Arte Combinatoria (1666), on doit constater que Leibniz a eu pour obsession la formalisation de la logique et de la pensée humaine, et même, leur mécanisation (on lui doit d’ailleurs une des machines à calculer les plus abouties de l’époque), et ceci notamment à l’aide de la numération binaire.
Il n’est pas exagéré de faire de Leibniz le père de l’informatique, à égalité avec Charles Babbage (1791-1871).

  1. Ou Yi-King, ou I-Ching, enfin à vous de voir à quelle école vous vous rattachez pour transcrire le chinois en alphabet romain : Pinyin, Wade, Yale ou école française d’extrême-orient. Je ne peux pas décider à votre place. []

Étapes #222 : les nouveaux médias en école d’art

octobre 31st, 2014 Posted in Brève, Diplômes, Études, Lecture | 7 Comments »

etapes_222_nov_dec_2014L’an dernier, pour son rituel numéro consacré aux diplômes, la revue étapes: accueillait un de mes textes, dont le sujet était les mémoires en école d’art. Cette année, le numéro « écoles et diplômes », qui vient de sortir1, me fait l’honneur d’une nouvelle publication, avec un texte qui porte cette fois sur l’enseignement des nouveaux médias en école d’art.
En me documentant pour cet article, je suis entré en contact avec des acteurs historiques du domaine, et mon enquête va se transformer en un travail de recherche bien plus vaste sur l’histoire des « nouveaux » médias en école d’art et à l’université. La première partie de mon article est en quelque sorte l’amorce de ce travail en cours. La seconde partie tient plus du manifeste, totalement subjectif, sur la place de la création numérique au sein des écoles d’art.

Parmi les étudiants dont les travaux ont été sélectionnés pour ce numéro, je suis très satisfait de voir figurer Mathieu Roquet, qui a passé son DNSEP au Havre, où il est venu après avoir étudié à Lorient auprès de Julie Morel et Jocelyn Cottencin, et Gaël Gouault, qui a fait le mouvement inverse en quittant le Havre2 pour aller terminer ses études à la Haute école des Arts du Rhin, à Strasbourg, avec entre autres enseignants Loïc Horellou et Jérôme Saint-Loubert Bié.
Félicitations, donc, à Mathieu et à Gaël.

  1. On peut se procurer étapes dans les rayons arts graphiques de certaines librairies, ou le commander en ligne. Son prix est 16€80 pour plus de deux cent pages. []
  2. Gaël a gardé un pied au Havre, puisqu’il a assisté Jean-Michel Géridan pour la réalisation des livres L’Homme le plus doué du monde et Le Philosophe boiteux dans le cadre d’un stage. []

Des lumières qui bougent et des données dans l’ombre

octobre 30th, 2014 Posted in stationspotting | 13 Comments »

Hier, je me trouvais dans un train, attendant qu’il parte, lorsque les panneaux à diodes qui se trouvent à chaque extrémité de l’intérieur de la rame ont affiché un inquiétant message qui disait que la destination du train n’était pas celle que j’attendais et que le premier arrêt prévu était la gare qui suit la mienne sur la ligne.
Avec plein d’autres passagers, je suis sorti en catastrophe, car choisir un mauvais train m’aurait fait rentrer chez moi en deux heures ou quelque chose du genre. Dehors, pourtant, les autres panneaux persistaient à dire que le train s’arrêtait bien dans ma gare.

destination

Finalement, la voix du conducteur s’est faite entendre, il a rassuré les passagers en expliquant qu’il ne fallait pas tenir compte de l’affichage intérieur des trains, qui était erroné. Je suis retourné à l’intérieur du train, mais cette fois, je n’avais plus de place assise.

Apparemment il n’a pas été prévu que le conducteur, pourtant bien placé pour savoir où va son train, décide des informations affichées. Il doit se contenter de les confirmer ou de les réfuter en utilisant les hauts-parleurs du train. Ce genre d’aventure m’est arrivée plusieurs fois, et j’ai même vu il y a quelque temps des afficheurs dont le message était complètement illisible :

message_illisible

J’en ai déjà parlé dans de précédents articles1, mais la question ne cesse de me fasciner : on installe dans des trains, sans doute à grand frais, des afficheurs dont apparemment personne, parmi ceux qui les ont mis en place, ne se soucie qu’ils fonctionnent ou qu’ils soient utiles, au point qu’on tolère qu’ils donnent de fausses informations, au risque d’avoir un effet plus négatif que s’ils n’existaient pas. Ces éléments censément informatifs sont en fait décoratifs : ça bouge, ça fait de la lumière, c’est tout ce qui compte.
Et pourquoi pas, d’ailleurs ? Mais autant pousser la chose jusqu’au bout de sa logique et ne pas faire mine de trouver une utilité pratique à ces lumières qui bougent.

transilien

C’est peut-être la réflexion qu’ont eu les concepteurs du « Francilien », le nouveau type de trains qui est progressivement mis en circulation sur les lignes d’Île-de-France. Ce train contient une quantité extravagante d’écrans, mais ce n’est pas tout : ses plafonds émettent une lumière qui passe en permanence et en douceur d’une couleur à l’autre. Aucune utilité pratique à ces plafonds, mais un effet sensible et apaisant. Nous verrons comment tout cela vieillira.

Toujours au chapitre de la Société Nationale des Chemins de Fer, j’ai découvert les exigences de l’application « Voyages-SNCF » en tentant d’installer cette dernière sur ma tablette Android : il aurait fallu que j’accepte de donner à ce programme accès à mon identité, mes contacts et mon agenda, ma position, tous les documents présents sur la machine, et enfin l’appareil photo et le micro de l’appareil.
On a le choix entre accepter… Et rien.
Avant même son installation, l’application nous indique ceux, parmi nos contacts sur les réseaux sociaux, qui l’utilisent. Ce qui n’a rien de grave puisqu’il s’agit d’un outil de réservation de billets de train, mais s’il s’agissait d’autre chose ? De l’application d’une agence de rencontres, par exemple ?2

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La « baseline » de cette application est « réserver votre billet de train n’a jamais été aussi simple ». Pourtant, ne comprenant pas pourquoi elle avait des besoins si étendus, que la version « web » n’a pas, je ne l’ai pas installée. Je n’ai pas assez d’imagination, il faut croire, pour comprendre pour quelle raison un logiciel de réservation de billets de trains peut avoir envie d’accéder à mes documents ou à mes capteurs audio et vidéo3.

  1. Lire : La peur du noir et Écrans pour ne rien dire. []
  2. Je connais une femme qui a eu la surprise de voir passer sur Facebook une publicité « sur mesure » pour une agence matrimoniale qui lui indiquait qu’un de ses amis proches en est un client satisfait — satisfait quoique célibataire invétéré. []
  3. Dans le même ordre d’idées, des experts en sécurité informatique se sont rendus compte que les applications gratuites qui permettent de transformer un téléphone iPhone ou Android en lampe de poche ont des exigences et un comportement bizarre : certaines veulent accéder à toutes les ressources de l’appareil… Et transmettent ensuite des données (lesquelles ?) vers des destinations incongrues telles que la Chine ou la Russie, où l’on perd leur trace. []