[Cycle de conférences] Fin
septembre 7th, 2026 Posted in Après-cours, Conférences, Pas gai | No Comments »Je m’apprêtais à annoncer le programme de mon cycle de rencontres Littératures Graphiques Contemporaines pour la quinzième fois. Trois artistes avaient d’ores et déjà accepté et fixé des dates, et trois autres étaient en cours de recrutement…










Mais patatras !, j’apprends jeudi dernier que mon département, comme cela se fait en ce moment dans toutes les universités de France — rien de bien original —, cherche à rogner sur chaque dépense… Alors on nous dit qu’il faudra rémunérer les invités deux fois moins bien que le trois-fois-rien qui leur était jusqu’ici proposé ; qu’il faudra sans doute leur faire accepter d’attendre la prochaine année budgétaire pour être réglés ; qu’il faudra peut-être inviter moins de gens et remplacer les séances de rencontres par des cours ; ou pourquoi pas trouver des invités qui acceptent de ne pas être payés du tout (mais qui devront remplir un énorme dossier pour bénéficier de ce privilège d’être bénévole)1. Bien sûr, on peut protester, discuter à divers niveaux de hiérarchie, faire valoir l’importance qu’il y a, pour les étudiants, à rencontrer des professionnels des métiers qui les intéressent… Mais je n’ai pas eu envie de faire durer le supplice, j’ai écrit à mes invités que tout était annulé, tant pis, il n’y aura pas de quinzième saison. Et si un jour je m’y remets, ce ne sera sans doute pas dans ma bonne vieille université2.
Contrairement à mes collègues titulaires, j’ai le luxe de pouvoir quitter le navire plutôt que de tenter de négocier, discuter, repenser, et tout faire pour garder à flot un navire malgré des voies d’eau de plus en plus nombreuses et pénibles à écoper.
Et je ne sais pas ce que ça sera une fois passée l’élection présidentielle.
Bon courage chers amis et collègues3.










Ces dernières années, j’avais ma routine : déjeuner avec mes invités pour entamer la conversation, puis monter ensemble en métro à l’Université (un dédale du fait de travaux, impossible de s’y repérer sans guide), et passer une heure et demie ou deux à évoquer la philosophie et le parcours d’artistes qui utilisent l’image pour raconter, devant une assemblée toujours plus nombreuse : cinquante étudiants inscrits en 2025-2026 ! Certains venaient avec des questions très pointues, et d’autres n’osaient rien demander, si ce n’est parfois des points très concrets : « ça rapporte combien par mois ? ». Pour valider le cours, les étudiants devaient prendre des notes dessinées. Je ne l’ai jamais encouragé mais certaines séances se terminaient par des séances de dédicaces. Parfois aussi, des étudiants venaient montrer leur propre production aux invités, histoire de recevoir des conseils personnels. Certaines séances ont eu droit à leur « after », dans le métro pour rentrer à Paris.
J’ai sciemment refusé les propositions qu’on m’a faites de capter les séances. Je voulais que mes invités se sentent libres de leurs propos, n’aient pas à surveiller leurs paroles pour la postérité. De ces séances ne resteront donc que les photos que j’ai parfois eu la présence d’esprit de faire, les dessins réalisés par les étudiants, et nos souvenirs à tous.










Je remercie les soixante-dix-huit invités4 qui nous ont fait le bonheur de leur présence entre 2011 et 2026 dans des conditions parfois baroques (blocages, pannes de chauffage, covid, bruits de travaux…) : Cizo, Isabelle Boinot, Agnès Maupré, Papier gâché (Volker Zimmermann et Bastien Contraire), Loo Hui Phang, Nine Antico, Thomas Cadène, Singeon, Marion Montaigne, Benjamin Renner, Xavier Guilbert, Aude Picault, Lisa Mandel, David Vandermeulen, Gabriel Delmas, Laurent Maffre, Ina Mihalache, Pochep, Charles Berberian, Geneviève Gauckler, Daniel Goossens5, Paul Leluc, Nathalie Van Campenhoudt, Julien Neel6, Delphine Maury, Étienne Lécroart, Clémentine Mélois, Thomas Mathieu, Jean-Yves Duhoo, Jul’ Maroh, Isabelle Bauthian, Boulet, Dorothée de Monfreid, Gilles Rochier, Kek, Colonel Moutarde, Pauline Mermet, Tiphaine Rivière, Thomas Ragon, Laetitia Coryn, Stéphane Oiry, Sébastien Vassant, Ronan Lancelot, Héloïse Chochois, Aurélia Aurita7, Gaby Bazin, Antoine Sausverd, Fred Boot, Appollo, Anne Simon, Gwen de Bonneval, Mélaka, Sophie Guerrive, Jonathan Hagard, Nylso, Jean-Philippe Garçon, Anne Teuf, Marie Dubois, Hélène Bruller, Pascal Valty, Wandrille, Béhé, Natacha Sicaud, Léa Murawiec, Jean-Christophe Menu, Sophie Darcq, Philippe Morin, Claire Bouilhac, Stanislas Gros, Béatrice Lussol, Morvandiau, Sophie Savapa, Ilan Manouach, Claire Braud, Laurent Lolmède et Magali Le Huche. Je remercie aussi Claire Wendling, qui fut la toute première personne que j’ai invitée à rencontrer mes étudiants, il y a vingt-cinq ans. Cela ne s’inscrivait dans aucun cadre, aucun cycle, mais ça a été un peu le début de tout. Je remercie particulièrement Ronan Lancelot, qui a accueilli mes étudiants à quatre reprises dans la galerie Huberty et Breyne (dont une fois où Mathias Lehmann, qui y était exposé, s’est joint à nous). Aussi Renaud Chavanne, qui nous a permis d’organiser une séance au SoBD. Au Centre Mazet et à la maison des sciences de l’Homme qui nous ont dépanné de la même manière. Je remercie Florence Cestac, qui aurait de quoi être vexée de la manière dont mon administration a refusé qu’elle soit invitée (honte éternelle pour moi), au motif de son âge8. Je demande pardon aussi aux quelques invités, car je sais qu’il y en a, qui ont renoncé à être payés, voyant les justificatifs absurdes que leur réclamait l’administration des mois après leur intervention.
Je remercie enfin Anne Masse, Pierre Volto et Joseph Falzon qui avaient accepté l’invitation cette année, ainsi que toutes celles et ceux qui ont failli venir mais ne l’ont pas pu pour des raisons logistiques9 ou administratives, ou qui étaient sur ma liste pour des années à venir, je ne vais pas les nommer ici, la liste serait très longue.










Et je remercie les centaines d’étudiants qui ont assisté à ce cycle de conférences au fil des années, en espérant avoir ouvert ceux qui ne les connaissaient pas à des pratiques et des esthétiques intéressantes, et à des personnalités tout aussi intéressantes.
— FIN —
- Depuis quelques années, l’Université s’était pas mal professionnalisée dans l’accueil des intervenants, mais au prix d’un copieux dossier à remplir en amont, avec entre autres l’obligation de produire un extrait de casier judiciaire ! Apparemment les bénévoles doivent subir le même traitement [↩]
- J’ai commencé à étudier à Paris 8 en 1993, j’y ai travaillé pour la première fois en 1995, avec un statut plus-que-précaire, puis j’ai eu un poste de semi-titulaire (« maître de conférences associé ») en 2001, qui est devenu un poste de contractuel entre 2017 et 2023… J’ai ensuite voulu conserver une charge de cours pour animer ce cycle de conférences. Mais cette fois je crois que c’est bien fini. [↩]
- On a et au aura de plus en plus besoin de courage aussi en écoles supérieures d’art, j’en ai peur. [↩]
- Je peux raconter comment j’ai choisi mes invités : puisque ce cycle de conférences servait à amener des professionnels face à des artistes en devenir, je voulais des gens ayant des carrières très différentes, allant de gens très underground à des grands-prix de la ville d’Angoulême (la médaille Fields de la BD quoi), de carrières à peine ébauchées, avec un premier livre, et de carrières accomplies. Parmi les personnes invitées il y a aussi des gens de domaines un peu annexes à la création, évoluant dans la recherche ou dans l’édition. Je me suis imposé une stricte parité de genre, ce qui est devenu de plus en plus facile avec le temps, sans doute parce que le nombre d’autrices progresse, peut-être parce que le syndrome de l’imposteuresse recule (combien d’autrices géniales me disaient, au début, « ah moi, je n’ai pas grand chose à raconter »), et peut-être aussi parce que, le temps passant, je ne suis plus un inquiétant mec inconnu qui envoie un e-mail. [↩]
- Sans doute la séance la plus bizarre de toutes. Daniel a commencé en disant : « bon, j’ai publié des trucs, c’est pas très intéressant, maintenant, parlons de vous : qu’est-ce que vous attendez de la vie, de vos études,…? ». Et c’est parti pour deux heures sur les étudiants et pas l’invité ! [↩]
- Une fois j’ai rêvé que Julien acceptait de participer au cycle de conférences. Le lendemain, tenant mon songe pour vrai, je l’ai annoncé dans mon programme pour l’année. Respectueux des rêves, passée la surprise, Julien est bel et bien venu, de loin et à ses frais. Une jolie après-midi. Pour tout arranger, c’était les vacances, il y eu très peu d’étudiants, mais pour eux, ce fut du caviar. Julien nous a présenté quelques pages, dessinées dans le train, qui reprenaient un rêve qu’il avait fait la veille, où il imaginait l’accueil qu’il allait recevoir… [↩]
- Joli souvenir, après la séance, d’être allés tous les deux au cimetière de Montmarte voir la tombe de Claire Bretécher, qui venait de mourir — et qui en fait n’était pas encore arrivée, nous n’avons trouvé que la sépulture de son époux, Guy Carcassonne. [↩]
- En 2025, elle a sorti un album autofictionnel intitulé Elle ne fait pas son âge, mais bien d’autres choses. [↩]
- l’Université refusait notamment de défrayer les invités : rémunérés, oui, mais pas question de payer un billet de train. « Il y a suffisamment de gens intéressants à Paris », m’avait-on dit un jour. [↩]











































