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Misère de la super-héroïne au cinéma

mai 16th, 2012 Posted in archétype, Bande dessinée, Les traîtres | 13 Comments »

Je suis allé voir The Avengers, de Joss Whedon, et je dois dire que je n’ai pas boudé mon plaisir. Enfant, les Vengeurs n’étaient pourtant pas mon équipe de super-héros Marvel favorite1. En revanche, ce que j’ai toujours aimé chez les eux, c’étaient les personnages forts qui composaient l’équipe, dont certains étaient titulaires d’une série individuelle à succès avant de se regrouper (Iron Man, Thor, Hulk, Captain America) et dont d’autres étaient très marquants, comme le Fauve (venu des X-men), Œil-de-Faucon, la sorcière rouge, la Panthère noire, Hercule, la Veuve noire, Gilgamesh, Miss Hulk, Dragon-Lune, Circé,… En fait, cette équipe a constamment vu sa composition changer, accueillant des dizaines de héros Marvel, notamment ceux dont les comic-books se vendaient mal et qui se refaisaient une santé au sein de la prestigieuse équipée, et a même ouvert deux succursales, les « Vengeurs de la côte Ouest » et les « Vengeurs des Grands lacs », et a eu une équipe quasiment jumelle, « les Champions de Los Angeles ».
Parmi les membres fondateurs du groupe se trouvent deux personnages pour l’instant absents des adaptations cinématographiques : Henry Pym « l’homme fourmi » et son épouse Janet Van Dyne, dite « La guêpe », deux héros capables de changer de taille.
Une chose attachante avec les Vengeurs était, je pense, la grande disproportion entre les talents des différents personnages : un dieu nordique, un demi-dieu grec et un dieu sumérien, un colosse colérique capable de détruire un immeuble, un super-soldat, une espionne agile, un milliardaire sans pouvoir particulier mais aidé de son exo-squelette, un géant, une femme microscopique,… Tous ces héros collaborent ensemble mais aussi, se taquinent et parfois même s’affrontent, dans une infinité de combinaisons qui ressemble au jeu Pierre-Papier-Ciseaux puisque chacun est capable de se défendre contre un de ses collègues : la veuve noire peut échapper à la brutalité aveugle de Hulk, Hulk fait peur à Thor, et Thor est bien plus fort que la Veuve Noire, etc.

Quelques couvertures du comic-book Avengers

Je savais que j’aimerais ce film, puisqu’il est de Joss Whedon, auteur qui ne m’a jamais déçu et qui a toujours su exploiter, dans ses propres créations (Buffy, Angel, Firefly, Dr Horrible), ce qu’il y avait de véritablement intéressant dans les comic-books de super-héros. Chaque protagoniste du film est traité avec pertinence, il n’y a personne d’inutile ou de dispensable, et même un héros parfois faiblard comme Œil-de-Faucon (Hawkeye) trouve ici toute sa place. Les rapports entre les personnages sont construits par les scènes d’action, ce qui exactement la bonne voie à emprunter pour ce genre de film. Le nouveau Bruce Banner (Hulk) m’a bien plu, et l’acteur qui interprète le trickster Loki est parfait. Je ne m’étalerais pas sur le sujet, Avengers n’a aucun besoin de moi pour trouver un public, puisqu’il bat déjà des records en termes de nombre d’entrées.

Depuis la sortie du film est apparue une question intéressante : celle des super-héroïnes, dont la quasi-absence au cinéma est un vrai problème.

Un extrait d'une planche de Daredevil, par Gene Colan, avec Black Widow.

La séduisante Veuve noire/Black Widow était déjà apparue au cinéma sous les traits de Scarlett Johansson dans Iron Man 2, dont j’avais d’ailleurs parlé sur le présent blog. Comme je le disais à l’époque, ce personnage a compté dans ma vie, et c’est même sans doute la première femme dont j’aie été amoureux, avec (mais je ne sais plus laquelle est venue en premier), Catwoman dans Batman. Je lisais ses aventures dans les séries Daredevil et Spiderman, plus que dans Les Vengeurs, équipe dont elle n’est d’ailleurs pas un membre historique.
Dans Iron Man 2, la Veuve Noire ne fait qu’une apparition fugace, mais son potentiel pour une éventuelle suite n’était pas difficile à deviner. Le réalisateur, John Favreau, solide gaillard qui interprétait l’entraîneur sportif de Tony Stark/Iron Man dans son film, prenait un plaisir pervers à se faire démolir le portrait par la fluette Scarlett Johansson, qui mesure une tête de moins que lui et pèse sans doute moins que la moitié de son poids. Dans The Avengers, Black Widow a les honneurs de la scène d’ouverture du film : on la voit ligotée sur une chaise, vêtue d’une petite robe, totalement à la merci de mafieux à l’accent slave qui savent qu’elle est une espionne et qui s’apprêtent à la torturer avant de la tuer. Bien sûr, dès la première image, on se doute que ce n’est pas exactement comme ça que les choses vont se passer. Je ne raconte pas la suite, mais la scène est, une fois de plus, assez jouissive.

Dans la foulée de Avengers, Scarlett Johansson a fait savoir qu’elle n’aurait pas détesté que Black Widow ait son film à elle. Ce vœu pourrait sembler une évidence, du fait de la richesse du personnage (qui a souvent joué le mauvais rôle, a été une espionne pour le KGB et a vécu plusieurs amours complexes), mais les studios renâclent, traumatisés par de mauvaises expériences passées : les films dédiés à une super-héroïne n’attirent pas le public, affirment-ils. Il faut dire que ces films de super-héros ont des budgets pharaoniques (220 millions de dollars pour Avengers) et que de tels investissements ne peuvent être faits de manière hasardeuse.

Si l’on regarde attentivement les films consacrés à des super-héroïnes, on s’aperçoit que leur insuccès auprès du public est dû à leur médiocrité, bien plus qu’au sexe de leur personnage principal. Supergirl (1984) était ridicule, Sheena (1984) était racoleur et sans scénario convaincant, Red Sonja (1985) n’avait pour autre ambition que d’être un sous Conan le barbare à forte poitrine, Catwoman (2004) était terriblement plat, et Elektra (2005) réussissait l’exploit de gâcher définitivement un des personnages les plus forts de l’univers Marvel.

Enfin, même s’ils ont été rentables, les deux films consacrés à Lara Croft — que l’on peut ranger dans les super-héroïnes —, étaient terriblement médiocres malgré les qualités du personnage et malgré la personnalité de l’actrice qui l’interprétait, Angelina Jolie. Lara Croft est un personnage à part, bien entendu, puisqu’elle est à l’origine une héroïne de jeu vidéo et non un personnage de comic-book. Et une héroïne sans véritable histoire, que le joueur connait pour l’avoir aidé à courir sans cesse dans des couloirs sombres ou répéter cent fois des gestes très techniques pour monter sur une statue, neutraliser un piège ou échapper à des tigres. Lara Croft, en jeu vidéo, n’est pas le protagoniste d’un récit que l’on découvre passivement, mais un être avec lequel on partage patience et solitude, dont la psychologie ne passe pas par des dialogues ou une trame, mais par les gestes. On peut projeter beaucoup de choses dans un personnage tel que Lara Croft, les scénaristes avaient donc une grande marge de manœuvre, et il est donc très intéressant de voir à quoi ils ont employé leur liberté. Dans les films, Lara Croft est toujours une jeune femme richissime, sportive de haut niveau et un peu suicidaire qui part en quête d’artéfacts archéologiques rares, mais le premier épisode insiste sur sa relation à son père, et le second, sur une histoire d’amour cousue de fil blanc. Au cinéma, apparemment, Lara Croft ne saurait exister sans un homme pour lui donner une raison d’être. La côte d’Adam, quoi2.

Supergirl (Jeannot Szwarc, 1984), portée au cinéma pour récupérer, avec un budget plus modeste, un peu du succès de la série Superman. Si Supergirl avait rencontré le public, on peut supposer que les producteurs auraient osé consacrer un long-métrage à Krypto, le chien extra-terrestre de Superman.

Ce n’est pas le seul cas. Sur l’affiche de Red Sonja, par exemple, l’héroïne est montrée en bien plus petit qu’Arnold Schwartzenegger, qui n’est pourtant pas le personnage principal du film. Supergirl, à peine arrivée sur Terre, tombe amoureuse d’un bellâtre qu’elle devra sauver d’une sorcière bouffonne. Du film Elektra, je garde le souvenir d’une déchéance comparable : la tueuse à gages impitoyable devient une midinette geignarde. Dans la série Super Jaimie (1976), la femme bionique avait des ennemis au rabais et, nous expliquait-on de manière peu élégante, coûtait moins cher au gouvernement que son ami L’homme qui valait trois milliards. Le remake de 2008, Bionic Woman, aurait pu fonctionner, mais il est lui aussi assez navrant, principalement car il est très marqué par l’idéologie bushiste.

Jean Grey, des X-Men, finit par devenir Dark Phoenix, un personnage que l'on ne peut pas vraiment qualifier de positif (et qui a inspiré la Willow de la saison 6 de Buffy), que l'étendue de ses pouvoirs fait sortir du genre humain. Dans les comic-books scénarisés par Chris Claremont et dessinés par John Byrne à la fin des années 1970, le destin du Dark Phoenix constituait une tragédie marquante pour ses lecteurs, mais son utilisation dans «X-Men, l'affrontement final» manque beaucoup de relief.

Dans ses adaptations de récits super-héroïques, le cinéma se montre presque invariablement rétrograde, sinon réactionnaire, vis à vis du statut de la femme, et des histoires de couple en général. Dans Spider-man (2002) de Sam Raimi, par exemple, les amours de Peter Parker sont simplifiées au dernier stade : seule Mary Jane Watson compte pour lui alors que dans l’époque du comic-book qui est reprise au cinéma, le jeune homme papillonne et hésite entre Betty Brant, Gwen Stacy et Mary Jane Watson (qu’il épousera finalement), et cela fait même partie des péripéties importantes de la série. Il n’y a pas que dans les films de super-héros qu’on observe un rapport au couple particulièrement fleur-bleue : dans de nombreux films hollywoodiens, l’amour qui naît au premier échange de regards est aussi le seul qui vaille, et le scénario se résume souvent à savoir comment cet amour se concrétisera.
Les personnages féminins les plus puissants dans leur version comic-book sont souvent les plus maltraités, je suis assez frappé de la fadeur de Tornade, de Rogue ou de Strange-Girl/Phoenix dans X-Men, par exemple, malgré les excellentes actrices qui les interprètent. Les super-méchantes sont peut-être mieux traitées : Catwoman dans le second Batman de Tim Burton, Mystique ou Emma Frost dans les X-Men. Semble-t-il impossible aux scénaristes de créer un personnage féminin à la fois positif et puissant ?

«Les femmes nues n'ont jamais fait de mal à personne», a écrit Louis Scutenaire. Au cinéma ou dans des séries télévisées, il n'est pas rare de voir des personnages de femmes qui se révèlent mortelles précisément dans leur nudité (dépouillées de tout artifice social ?), et qui prennent leur énergie vitale aux hommes (hum...) au cours d'étreintes enflammées. Ci-dessus, Mathilday May dans 'Lifeforce' et Natasha Henstridge dans 'La mutante'.

Dans Babylon A.D., de Mathieu Kassovitz, le personnage d’Aurora, qui personnifie la pureté (bien qu’enceinte de jumeaux, elle est vierge, a vécu toute sa vie dans un couvent, et la mission du héros du film, Toorop, est de la transporter en lui cachant la corruption du monde), était censée se battre à la fin du film, mais les financiers du film, qui voyaient la production de plus en plus mal engagée, ont eu des doutes au sujet de cette scène, comme le raconte Mélanie Thierry, l’actrice, dans le documentaire Fucking Kassovitz. Que le doute sur le film entier se traduise par l’idée que la jeune fille pure ne doit surtout pas se battre me semble révélateur.
Dans Les Quatre Fantastiques (2005), le traitement du personnage féminin, Susan Storm, est assez conforme à ce qu’elle était quarante ans plus tôt à sa création : une femme à la personnalité si fade que son super-pouvoir est l’invisibilité et la capacité à créer des champs de force3. Susan Storm se définit avant tout comme épouse du génial savant Red Richards, et comme objet de concupiscence de la part de l’ombrageux prince Namor. On ne peut pas accuser les auteurs du film d’avoir trahi le personnage historique, mais on peut leur reprocher de ne pas l’avoir mis à jour. On notera que, dans le comic-book d’origine, Sue Storm finit par devenir un personnage plus fort en devenant mère, résolue à protéger coûte que coûte son enfant contre les menaces cosmiques qui frappent régulièrement la famille Richards.

Susan Storm (Jessica Alba) dans «Les Quatre Fantastiques».

Le traitement très plat de Susan Storm dans les deux films récents est d’autant plus navrant que l’actrice qui l’interprète, Jessica Alba, avait donné toute sa mesure comme super-héroïne dans l’excellente série Dark Angel (2000). C’est d’ailleurs peut-être dans les séries que les super-héroïnes féminines fonctionnent le mieux. L’Emma Peel de la série Chapeau melon et bottes de cuir (un autre « Avengers »), reste une référence du domaine depuis presque cinquante ans. Malgré le jeu inutilement affecté de Jennifer Gardner, le personnage de Sydney Bristow, dans la série Alias, n’était pas sans intérêt. On doit évidemment parler de Buffy (par Joss Whedon, le réalisateur d’Avengers, donc), bien entendu, et des personnages féminins qui traversent la série (outre Buffy Summers : Drusila, Faith, Glory, Willow, Anja ou encore Tara), mais aussi de la série Firefly, du même auteur, avec les personnages de  Zoé, Inna, Kaylee, et surtout River Tam, qui possède des pouvoirs extra-ordinaires. Je ne peux pas parler de sa série Dollhouse, que je n’ai pas vue. Le personnage de Buffy Summers est particulièrement intéressant puisqu’il retourne un cliché : Buffy est une belle blonde fluette, pom-pom girl dont l’existence futile de « Prom Queen » est bouleversée le jour où on lui annonce qu’elle a été choisie par le destin pour combattre les vampires et les démons, responsabilité qu’elle est bien forcée d’accepter.

Quelques images extraites de Buffy contre les vampires : en haut à gauche, la timide Willow, devenue une sorcière dangereuse après le meurtre de sa compagne Tara. À côté, Buffy Summers. En bas à gauche, Faith, la Nemesis de Buffy, et à gauche, la terrifiante Glory, une divinité coincée sur Terre dans une enveloppe charnelle avenante.

En 2005, Joss Whedon s’est fait confier la réalisation d’un film consacré à la plus ancienne des super-héroïnes, ou presque4, Wonder Woman. En 1975, Wonder Woman avait eu droit à une série un peu niaise mais au fond attachante (elle l’est du moins pour moi, mais n’osant confronter mes souvenirs à la réalité, je n’ai pas revu la série Wonder Woman depuis cette époque).

Ce personnage est très important dans l’histoire de la bande dessinée : son auteur, William Moulton Marston était un psychologue réputé, inventeur d’un test de pression sanguine aujourd’hui encore utilisé pour les détecteurs de mensonge5, et un féministe militant qui a créé Wonder Woman dans un but très précis : offrir aux petites filles une héroïne en costume à laquelle s’identifier. Dans la série de comics à grand succès de l’époque, Superman, le principal personnage féminin, Loïs Lane, n’existait que pour être sauvée des situations les plus invraisemblables par le preux kryptonien Kal-el. Dans Wonder Woman, la « demoiselle en détresse » est un homme, Steve Trevor, régulièrement ligoté ou évanoui, un peu comme l’adolescent Robin dans Batman, tandis que la princesse amazone possède une force incroyable et est assimilable à une divinité. Le succès de Wonder Woman a été important puisque c’est un des rares personnages à avoir été publié de manière continue au cours des années 1950, alors que les autres super-héros, hors Batman et Superman, désertaient les kiosques et n’y sont revenus qu’au début des années 1960.

Quelques cases extraites de Wonder Woman. On voit notamment l'héroïne expliquer que le mariage force les femmes à se faire passer pour faibles. Au cours de la campagne anti-comics du milieu des années 1950, Wonder Woman a été une des principales cibles du psychiatre Fredric Wertham, qui voyait en elle une lesbienne fétichiste hostile aux hommes.

Les scénarios fournis par Joss Whedon pour le long-métrage Wonder Woman n’ont finalement jamais convaincu les producteurs et le projet de film a été abandonné. Difficile de dire ce qui a déplu dans ses propositions — on serait curieux de les connaître —, mais il se pourrait bien que ce soit son intérêt pour les personnages féminins forts et indépendants qui n’ait pas convenu aux attentes. À la même époque, je remarque un remake assez réactionnaire, celui des Femmes de Stepford, terrible fable féministe en 1975, devenu un pamphlet contre le travail des femmes en 2004, et une comédie, Ma Super Ex, où G-Girl (Uma Thurman), sorte de Wonder Woman, devient terriblement dangereuse pour son petit ami Matt (Luke Wilson), qui a eu le tort de vouloir la quitter.
Il faut enfin noter que les costumes des super-héroïnes semblent parfois bien peu pratiques pour les activités physiques qu’elles ont à mener, et si cela peut très bien passer sous forme de dessins, cela peut s’avérer ridicule une fois photographié : décolletés pigeonnants, bikinis qui ne permettent pas de sortir l’hiver, sans oublier l’encombrante poitrine de Lara Croft.

Samantha Caine (Geena Davis), est une mère modèle amnésique, qui, après avoir accidentellement tué un petit cerf, retrouve ses réflexes de tueuse impitoyable et qui doit s'en servir pour se défendre contre les ennemis de la femme qu'elle a été, Charly Baltimore. Le même principe a été réutilisé des années plus tard dans la série Jason Bourne. Geena Davis a aussi été une 'tough girl' dans 'L'île aux pirates' et 'Thelma et Louise'.

Finalement, le problème des super-héroïnes au cinéma, c’est surtout que les films qu’on leur a dédiés étaient mauvais, mal écrits, et sans doute profondément phallocrates, ou en tout cas n’osant pas traiter les héroïnes comme des personnages puissants et indépendants. Je pense que c’est la raison du manque de succès de ces films, car le public n’a rien contre les « kick-ass girls », comme le prouvent le succès de personnages comme Ripley, dans Alien ; Sarah Connor, dans Terminator ; Charly dans Long Kiss Goodnight ; Yu Jiao Long et Shu Lien dans Tigres et Dragons ; Dizzy et Carmen dans Starship Troopers ; San dans Princesse Mononoke ; Kusanagi dans Ghost in the shell ; Jinx, Elektra King, May Day et bien d’autres « James Bond Girls » ; Starbuck dans Battlestar Gallactica ; Trinity dans Matrix ; Black Mamba, Elle Driver, Gogo Yubari et Vernita Green dans Kill Bill ; Pris dans Blade Runner ; etc.

Yu Jiao Long (Zhang Ziyi) et Shu Lien (Michelle Yeoh) dans le «Tigres et Dragons» d'Ang Lee (2000), s'affrontent pour des raisons qui leur sont extérieures et qui vont mener leurs (belles) histoires d'amour respectives vers la tragédie. Un exemple rare de film d'action sentimental réussi.

La dissonance entre les qualités que l’on associe traditionnellement aux femmes (fragilité, douceur, charme, passivité, gentillesse,…) et les qualités réputées viriles (puissance physique, agressivité, volonté, autorité, méchanceté,…) rend naturellement passionnant le principe de la super-héroïne.
En me fiant aux exemples de Hit-Girl dans Kick Ass et de Alia dans Dune, je remarque aussi que la petite fille dangereuse, la petite fille meurtrière, peut être une figure particulièrement intéressante.

Alors si j’étais décideur dans un studio hollywoodien, je dirais qu’il faut absolument et évidemment donner son film à Black Widow, et tant qu’à faire, en confier le scénario ou même la réalisation à quelqu’un comme Joss Whedon, que les personnages féminins forts n’effraient pas.
Mais bon, je suis certain qu’aucune personne concernée ne lira cet article.

  1. Aux Vengeurs, j’ai infiniment préféré les Quatre Fantastiques, période Kirby, les X-Men de Chris Claremont, les nouveaux mutants, notamment dessinés par Bill Sienkiewicz, ou des équipes plus exotiques comme les canadiens de la Division Alpha, les britanniques d’Excalibur, ou encore les tragiques Morlocks, qui se terrent dans les égouts de Manhattan []
  2. Rappelons que dans des récites alternatifs au récit de la Genèse qui se trouve dans l’actuel canon biblique, il est fait allusion à une autre première femme que la naïve Eve, une dénommée Lilith, véritable première femme, créée en même temps qu’Adam et dont elle est égale en droits et sans doute supérieure en intelligence, qui finit par être chassée du jardin d’Eden pour son refus d’avoir des enfants, parce que son goût pour la sexualité rend Adam soupçonneux et jaloux et parce qu’elle refuse de faire l’amour sous son compagnon. []
  3. Entre Sue Storm (1961), Strange Girl (1963), Mary Poppins (1964) et Ma sorcière bien-aimée (1964), je note une nette tendance aux personnages féminins dont les pouvoirs se manifestent de manière modeste : tout ce qu’elle font semble se faire (ou se fait effectivement) par magie et leur plus évident talent est de savoir disparaître ou se montrer discrète. Ce qui nous ramène à un film plus récent, La femme invisible (2009), d’Agathe Teyssier, avec Julie Depardieu, qui traite assez magistralement de la question de l’affirmation de soi chez les femmes. []
  4. Avant Wonder Woman, née en 1942, notons, en 1940 la très étrange Fantomah de Fletcher Hanks, suivie par l’Invisible Scarlet O’Neil, la diabolique Black Widow (par Timely, l’éditeur qui deviendra Marvel), Red Tornado, Phantom Lady, Miss Victory, Catwoman (dans Batman) ou encore Black Cat. []
  5. Certains y ont vu un rapport avec le lasso de Wonder Woman, qui force ceux qu’elle a capturé à dire la vérité. Il y a bien un rapport entre l’héroïne et le détecteur de mensonges, car William Moulton Marston a conclu de l’usage de son invention que les femmes étaient meilleures que les hommes, plus honnêtes et plus fiables dans le travail, et c’est ce qui l’a motivé à créer une héroïne. Il avait une vie privée assez particulière puisqu’il vivait dans un parfait accord avec son épouse et avec une ancienne étudiante devenue sa collaboratrice. Après sa mort en 1947, les deux femmes ont continué à vivre sous le même toit et à élever ensemble leurs quatre enfants — deux chacune. []

6 pieds sous terre : l’animal a vingt ans

mai 7th, 2012 Posted in Bande dessinée, Dans la boite-aux-lettres | No Comments »

Les éditions Six Pieds sous terre ont vingt ans, et même un peu plus puisque la revue Jade, dans sa version fanzine, est née en décembre 1991.

Un album vient de sortir pour fêter cet anniversaire, L’animal à vingt ans, qui existe en trois versions : une version normale, qu’on trouve dans toutes les bonnes librairies, au prix dérisoire de 15 euros ; une version destinée aux auteurs, avec une reliure cartonnée et un gaufrage ; enfin, une version réservée à l’imprimeur qui s’est gouré et qui a tout sorti en cyan et blanc au lieu de noir et blanc.

Le livre est composé de deux parties. Dans la première, plus de cent auteurs racontent leurs rapports avec l’éditeur. La seconde partie est constituée de documents historiques et de références sur l’histoire de 6 pieds sous terre.

Avec : AmbreArchieThomas Azuélos • Alex Baladi • Edmond Baudoin • Hugues Baudoin • Valérie BergeOlivier BesseronB-GnetStéphane BlanquetJean-Baptiste BlandinFritz Bol • Philippe Botella • Jean BourguignonHervé Bourhis • Guillaume Bouzard • BSKRémy Cattelain • Daniel Casanave • Florence Cestac • Miquel Clemente • Colonel Moutarde • Stéphane Corbinais • Jean-Luc Cornette & Obion • Marcel Couchaux • CubiLoïc Dauvillier & Mickaël Roux • Marie-France Dewast • Serguei Dounovetz • Pierre Druilhe • Pierre Duba • Jean Dubœuf • Franck Duguet • Dominique Dupuis • Ed • El Chico SoloFabrice ErreJean-Louis & Nicolas, lib. Expérience • Fabcaro • Fifi • Jampur Fraize • Jean-Philippe Garçon • Alain Garrigue • Sandrine Greff • Thierry GroensteenFabien GrolleauXavier GuilbertThomas Guillaumot • Yves Hautbois • William HenneJamesJulie JourdanNicolas JournoudOlivier KaKaze Dolemite • Mattt Konture • Jean-Noël Lafargue • Ronan Lancelot • Joël Lèbre • Joël LegarsMatthias LehmannL.L. de Mars • Jean Malavielle • Pierre Maurel • Ganaëlle Maury • Mawil • Jean-Christophe Menu • Boris Mirroir • Nicolas Moog • Morvandiau • Marion Mousse • Mélissa Naamar • Netch • Nicoby • Stéphane Ollier • Stéphane Perger • Philippe Petit • Vincent Pianina • Marc Pichelin & Guillaume GuerseNicolas Pinet • Bertrand Piocelle • Emmanuel Plane • Émilie PlateauPochep • Didier Progéas • Max de RadiguèsMaël Rannou & YvangGilles RochierSylvain Ricard • Jean-François Rossi • Juliette Salique • Vincent Seveau • Anne SimonSoularueThibaut SoulciéTanxxxTerreurTom TiraboscoVincent VanoliIsaac Wens • Arnü West • Wilizecat • Nikola Witko • Yuio.

La nouvelle gare Saint-Lazare (complément)

avril 19th, 2012 Posted in Les pros, stationspotting | 9 Comments »

Quelques compléments à mon précédent billet sur la rénovation de la gare Saint-Lazare.
Tout d’abord, la pratique des escalators :

Sans surprise, ils ralentissent considérablement la circulation des voyageurs, de par leur orientation sans grande logique, et bien sûr, de par leur étroitesse, puisqu’un escalator accueille environ une personne et demie dans sa largeur et qu’ils sont rapidement encombrés.

Je suppose que le contrat avec Metrobus impliquait le placement d’un nombre précis de panneaux Numériflash, parce que ces derniers sont parfois posés n’importe comment, par exemple sur les cabines de Photomaton et les distributeurs Selecta.

J’ai eu, pour finir, une grosse surprise en découvrant qu’une des sorties historiques de la gare Saint-Lazare avait disparu. La sortie qui permettait de sortir directement sur la rue d’Amsterdam par un escalier a été purement et simplement supprimée.

Je n’ai pas de photographie qui montre l’endroit tel qu’il était auparavant, mais à présent, pour sortir de ce côté-là, il est obligatoire de passer par la galerie marchande.
C’était pourtant un excellent accès pour atteindre rapidement les voies grandes lignes depuis les couloirs du métro et depuis la rue.

L’image ci-dessus, prise sur Google Street View, montre la sortie Cour du Havre (merci à Gloubi de m’avoir suggéré Street View en commentaire) au début des travaux. Ainsi qu’on peut le voir sur l’instantané, cet accès était très employé.

La nouvelle Gare Saint-Lazare

avril 7th, 2012 Posted in Les pros, Mauvaise humeur, stationspotting | 44 Comments »

Les travaux de rénovation de la gare Saint-Lazare, qui semblaient interminables, sont à peu près achevés. Je visite l’endroit en essayant de me souvenir de ce qui s’y trouvait avant, de ce qui y a changé, mais c’est assez difficile, non seulement parce que j’ai une mauvaise mémoire mais aussi parce que le remodelage d’un lieu fait oublier ce qu’il a été : on s’adapte rapidement au nouvel environnement jusqu’à chasser presque tout souvenir de l’ancien. Je remarque personnellement que c’est en rêve qu’il peut m’arriver de retrouver des lieux qui n’existent plus.

Sans surprise, la galerie des marchands ou la salle des pas perdus sont à présent beaucoup plus lumineuses et (c’est un minimum) plus propres qu’autrefois. Les accès au métro ne se font plus à la sortie des quais, droit au but, mais depuis des séries d’escalators orientés dans la longueur de la salle des pas perdus, qui forcent le voyageur pressé à faire des détours latéraux apparemment sans logique. Cette nouvelle disposition des accès ne fluidifie pas tellement la circulation, au contraire, mais libère une surface importante, autrefois encombrée par de grands escaliers, pour la galerie des marchands, qui est devenue un véritable centre commercial. La masse n’est plus vomie depuis le train vers le métro, elle est forcée d’effectuer au compte-gouttes (sauf valises encombrantes, deux personnes peuvent tenir dans la largeur d’un escalator) tout un trajet qui rappelle un jeu de billes dont on aurait planifié la circulation dans le but de la ralentir plutôt que de la rendre efficace. Je soupçonne les détours imposés par le circuit des escalators de servir, aussi, à imposer aux voyageurs de passer devant un maximum d’enseignes lors de son accès vers les couloirs du métro.
Et des enseignes, il y en a, et ce ne sont plus du tout les enseignes historiques. L’impayable Snack Saint-Lazare où l’on engloutissait son croque-monsieur en vitesse s’est par exemple transformé en Tazio-Soi-Beaudevin un « restaurant du monde » (marque déposée) : cuisine italienne, cuisine asiatique et cuisine française, qui appartient en fait à une seule société, Autogrill. L’autre brasserie est devenue un Starbucks Coffee (et on trouve un autre Starbucks deux étages plus bas). Les enseignes « pains à la ligne » (toujours Autogrill) et « la croissanterie » remplacent la boulangerie-pâtisserie familiale qui affichait fièrement sa présence dans la gare depuis les années 1930.

À l’exception d’une cordonnerie, les boutiques pittoresques — bricolage, jouets — ont été remplacées par des enseignes multinationales du vêtement, de l’alimentation, des accessoires, des loisirs. Le bureau de poste a disparu, mais on trouve à présent des automates bancaires BNP Paribas partout. Le salon de coiffure Joffo, institution très locale (les salons du coiffeur et écrivain Joseph Joffo sont situés dans un périmètre plutôt serré autour de la gare Saint-Lazare), est remplacé par des salons de beauté de sociétés internationales. Les franchises sont en tout cas devenues la règle, et la plupart appartiennent à des groupes de centaines ou de milliers de boutiques dans le monde : Lacoste, Esprit, Muji, Promod, etc. En face de la gare Saint-Lazare, passage du Havre, on trouve les mêmes boutiques, ou des boutiques appartenant aux mêmes groupes, ou parfois, avec une fausse apparence d’abondance, des marques différentes détenues par les mêmes groupes. En fait, un assez petit nombre de marques et de groupes d’investissement se partage toute une zone et en fait peu à peu fuir les commerces indépendants, que j’imagine incapables de résister à l’augmentation des loyers au moment des renouvellements de baux commerciaux — c’est cette raison qui a été annoncée pour la fermeture de nombreux commerces historiques en tout cas. Il y a vingt ans on trouvait dans le quartier des Saint-Lazare plusieurs excellents disquaires  et plusieurs véritables librairies, remplacés à présent par une Fnac et un Virgin, où on vend surtout ce qui se vend déjà, à savoir les produits culturels soutenus par un marketing d’enfer. On a l’impression d’assister à une partie de jeu de stratégie où l’important n’est pas tant d’avoir une boutique qui a du succès que d’occuper la place pour empêcher d’autres d’exister, et surtout, pour se débarrasser définitivement des boutiques familiales, économiquement négligeable mais dont le fonctionnement échappe aux règles communes aux enseignes internationales qui, en apparence, sont concurrentes, mais qui s’entendent généralement bien lorsqu’il s’agit de se racheter les unes et les autres, ou d’avoir des actionnaires en commun. L’ensemble est géré par Ségécé, du groupe Klépierre, énorme société d’investissement immobilier contrôlée à 50% par BNP Paribas, si j’ai bien suivi.

Le monument aux morts devant lequel j’avais l’habitude de donner rendez-vous me semble avoir rapetissé — mais peut-être ma mémoire de ses dimensions me joue-t-elle des tours, ce qui serait assez ironique pour un lieu dédié au souvenir — et a été déplacé, occupant à présent le dernier pilier en front de quai sur lequel il n’y a pas de panneau Numériflash. L’endroit où il se situait autrefois est devenu un Monoprix. En face de ce Monoprix, mais deux niveaux plus bas, on trouve un « Carefour city marché » : deux supérettes, donc. J’ai tenté de compter les panneaux Numériflash de la gare : il y en a plus de soixante-dix, et on sent qu’il a sans doute été difficile de tous les caser tant ils donnent une impression d’encombrement. Il y en a même sur les cabines photomaton. Les kiosques Relay1 ont aussi, dans leurs vitrines, des écrans publicitaires.
En voyant tous ces écrans, je ne suis pas seulement embêté par leur agressivité lumineuse, je pense à deux choses. La première, c’est ce qu’ils remplacent : je me rappelle d’un grand nombre de fontaines publiques, notamment, mais aussi de panneaux ou de vitrines publicitaires permanentes pour des petits commerces ou des artisans. Par exemple une petite vitrine montrant les réalisations d’un réparateur de meubles situé à deux rues de là, avec un petit plan, ou d’un réparateur d’instruments de musique. En consultant les tarifs de Metrobus pour les panneaux Numériflash, on constate que leur modèle économique n’est viable que pour de très gros budgets publicitaires. Par exemple dans le métro, il faut réserver 50 afficheurs au minimum pendant une semaine, ou tous les afficheurs du réseau pour une journée, pour des dizaines de milliers d’euros au minimum, auxquels s’ajoutent chaque fois des milliers d’euros de frais de mise en route.

On sent qu’il a été difficile de décider où caser les derniers panneaux Numériflash, avec ce genre d'accumulation absurde...

La seconde chose qui me chagrine, c’est la facture énergétique. En effet, une affiche ne dépense pas d’électricité, tandis que soixante-dix écrans de 160 x 90 cm consommant quelque chose comme 800 ou 1000 watts, associés au système informatique qui les fait tourner et qui consomme aussi du courant, ça doit faire une belle facture annuelle d’électricité. Tous les horaires des trains sont aussi, à présent, des écrans allumés en permanence : il n’existe plus d’écran mécanique qui ne consommait d’électricité qu’au moment où il changeait d’état. On peut penser que la France aura du mal à sortir de sa dépendance à l’énergie nucléaire, mais si elle se couvre d’écrans plus ou moins inutiles2, ce n’est pas près de s’arranger.

Les totems interactifs d'information de la gare Saint-Lazare servent à... trouver les boutiques

En tout cas, les écrans Numériflash doivent être rentables, car la société Publicis, qui possède les deux tiers de Metrobus, se porte particulièrement bien : Élisabeth Badinter, qui possède 10% du groupe Publicis (fondé par son père Marcel Bleustein-Blanchet), vient d’entrer dans le classement Forbes de plus grandes fortunes du monde (vers la 400e place), ce qui est assez inhabituel dans le petit monde des philosophes dix-huitiémistes3 et quand à Maurice Lévy, le PDG de Publicis, on a pu voir cette semaine ses employés pétitionner « sur la base du volontariat » pour que leur patron perçoive une prime de seize millions d’euros, malgré le contexte de crise qui rend ce genre de somme indécente.

Au sujet de ce bonus de seize millions d’euros, je dois dire que je suis assez indifférent, je me moque qu’il y ait des gens très riches sur terre, je suis plus embêté en pensant qu’il y a des gens qui n’ont rien, mais dans l’émission Ce soir ou jamais de mardi dernier, j’ai été un peu choqué par les propos d’un dénommé Mathieu Laine, juriste et philosophe du libéralisme, pour qui Maurice Lévy méritait absolument ses revenus, et qui a répondu « oui oui » lorsqu’un invité lui a demandé si celui qui gagne seize millions d’euros vaut seize mille fois celui qui ne gagne que le Smic. Cet ahuri est typique de la pensée libérale qui suppose qu’une personne riche fait vivre des centaines de personnes moins riches (c’est souvent vrai, et c’est une grosse responsabilité que de piloter une entreprise, mais il est aussi vrai qu’il faut des pauvres pour faire des riches, enfin passons), qui nie les observations sociologiques — qui démontrent qu’un bon héritage, un sens de l’intrigue, une absence de morale ou quelques coups de chance extraordinaires font plus pour une carrière que le mérite ou le talent4 —, et pire que tout, qui place la valeur de chacun sur une échelle numérique pseudo-objective, celle de l’argent. Or tout le monde n’a pas forcément les mêmes ambitions : si chacun a besoin d’un peu de confort, beaucoup de gens ne sauraient pas vraiment quoi faire de seize millions d’euros, ou d’un milliard. Et est-ce normal qu’une personne ait vingt maisons qu’il n’habite pas quand d’autres personnes souffrent pour se loger ? Les enthousiastes de l’ultra-libéralisme économique qui considèrent le capitalisme sans frein comme quelque chose de « naturel » oublient que la jungle n’est justement pas « la loi de la jungle » : aucun animal ne réclame pour lui-même un territoire plus grand que ses besoins ni n’accumule de la nourriture (ou quoi que ce soit d’autre) pour ne rien en faire qu’en priver les autres. Aucun animal n’exploite ses semblables en s’accaparant exclusivement le fruit du travail de ceux qu’il dirige, ou du moins, ce genre de choses n’existe que selon des règles précises propres à chaque espèce.

Je peux être admiratif d’un entrepreneur qui change nos vies avec une secteur industriel, un modèle commercial, mais j’ai plus de mal à admirer un publicitaire, qui agit plutôt en parasite qu’autre chose, et je remarque aussi que les grandes fortunes sont avant tout employées à se maintenir, à s’auto-entretenir, à occuper la place tout comme les enseignes citées plus haut font tout pour empêcher les petits poissons d’exister parmi les gros. Et ce n’est pas tout, je crois en fait que les gens les plus utiles au fonctionnement de la société, utiles au sens où l’on ne saurait s’en passer, ce sont justement ceux qui sont le plus mal rémunérés. Que Maurice Lévy se mette en grève pendant un an, et personne ne s’en rendra compte. On remarquera plus rapidement la disparition de la personne qui nettoie ses toilettes, qui ramasse ses poubelles, qui rétablit le courant électrique pendant une tempête ou qui affronte les fuites d’eau radioactive des centrales nucléaires qui alimentent ses écrans publicitaires. Mais c’est justement parce que ces personnes sont utiles qu’elles sont mal payées5 et brimées : il ne faut pas qu’elles aient le loisir de réfléchir à leur condition, et rien de mieux que l’état de survie pour ne pas être capable de réfléchir.

Cette semaine, en face de la gare Saint-Lazare, l’entrée de la Fnac était bloquée par ses propres employés, qui reprochent à leur patron François-Henri Pinault, de gagner particulièrement bien sa vie sur le dos de ses salariés et de leur bien-être : salaires bradés, dimanches sacrifiés, horaires décalés, temps partiel imposé,... (je reprends l'affichette de l'intersindicale)

Tout ça a un rapport. La SNCF a été un grand service public, comme EDF ou La Poste, et les Français ont investi dedans pendant des décennies. Aujourd’hui, sous prétexte de fluidité économique ou de respect des normes de concurrence européenne ou mondiale, elle leur est confisquée, ses bénéfices deviennent discrètement privés par le biais de montages et de contrats dont l’intérêt du public semble être le dernier souci. Je me demande aussi combien d’emplois de guichetiers ont été supprimés avec le réaménagement de la gare et la multiplication des automates6. Ce pays change beaucoup, et il me semble que le réaménagement de la gare Saint-Lazare le laisse assez bien paraître.

  1. Les Relay sont les descendants directs des kiosques Hachette, en contrat de quasi-monopole avec la SNCF depuis plus de cent-cinquante ans. On trouve aussi des librairies Payot dans certaines gares, mais celles-ci appartiennent aussi au groupe Lagardère. []
  2. N’oublions pas tous les écrans d’information que l’on n’a pas le courage d’éteindre même lorsqu’ils n’ont rien à dire et sur lesquels est juste écrit « ce dispositif est momentanément hors service » ou « les employés de ligne 14 vous souhaitent une bonne journé ». []
  3. Élisabeth Badinter a écrit un livre intitulé Le Conflit : la femme, la mère, pour dire que l’allaitement naturel ramenait les femmes au foyer et (elle l’a dit dans plusieurs interviews) à l’état de guenon, mais on pourrait publier Le conflit d’interêt : Élisabeth Badinter et Publicis, si on veut bien se rappeler que Publicis a le budget Nestlé, multinationale à la philanthropie mesurée, dont je suis sûr qu’elle nous vendrait l’air que l’on respire si c’était techniquement possible  et qui est en tout cas le premier bénéficiaire de toute campagne contre l’allaitement maternel. []
  4. Je pourrais citer en exemple Serge Dassault, 96e fortune mondiale, qui a hérité de l’entreprise qu’il dirige, qui vit de l’argent public français, de la guerre, et même de la corruption (ce n’est pas moi qui le dit mais la justice belge notamment), et qui trouve que le modèle social chinois serait préférable au modèle social français… Est-ce qu’il existe une personne au monde pour imaginer que ce type a un « mérite » quelconque ? []
  5. J’ai appris que certains métiers devenus fondamentaux dans la société actuelle — nettoyage, construction et gardiennage — sont plus que fréquemment occupés par des « sans papiers », payés sous le smic, ne cotisant ni à la sécurité sociale ni à une caisse de retraite, vivant dans la peur quotidienne de l’expulsion et employés par des sociétés fantoches qui sous-traitent à d’autres sociétés fantoches leurs services : lorsque la pression administrative devient un peu trop forte, l’employeur ferme boutique et disparaît, généralement sans payer les derniers salaires, tandis que la société bénéficiaire du service affirme ne rien savoir… La fameuse « France qui se lève tôt » est étrangère, sans papiers, et moins bien traitée que beaucoup d’animaux. []
  6. Une employée de la SNCF me disait l’autre jour « je coûte très cher ». Parvenir à convaincre quelqu’un qui est payé un maigre salaire qu’il constitue une dépense et qu’on le rémunère presque par charité, alors qu’il fournit un travail et, bien évidemment, rapporte de l’argent et permet à la société qui l’emploie de fonctionner, voilà qui est assez diabolique. []

Mémoires de DNSEP à Valence (+ une thèse à Delft)

mars 30th, 2012 Posted in Dans la boite-aux-lettres, Diplômes, Mémoires | No Comments »

Cette année, j’ai l’honneur et plaisir d’être membre du jury de DNSEP à l’école des Beaux-Arts de Valence.

J’ai reçu ce petit tas de mémoires au courrier du jour, qu’il faut à présent que je lise. Les sujets sont passionnants. Tendance générale : des éditions de dimensions assez modestes, inférieur au format A4.

En parlant de mémoires, je viens de recevoir la couverture de la thèse de Susana Sarmento, de l’Université de Delft au Pays-Bas (Application of Athmospheric Biomonitoring to Epidemiology), dont j’ai illustré la couverture, ou plutôt, dont un de mes programmes a illustré la couverture.

Susana Sarmento m’a contacté pour ce travail en voyant mes animations sur OpenProcessing, et j’ai écrit pour elle une variante de mon code qui soit adaptée aux conditions de l’impression.
Je suis assez impressionné par cette thèse qui a été mise en page par un graphiste et qui a déjà un numéro d’ISBN alors même que la soutenance de doctorat n’a pas encore eu lieu.

Le prof taquin

mars 25th, 2012 Posted in Études, indices, Interactivité, Les pros | 36 Comments »
« Ça n’a que dix ans, Wikipédia ?
Mais comment vous faisiez, avant, pour les exposés ? »

Florence, 13 ans

Une foule de blogueurs — wikipédiens, pédagogues, spécialistes de la culture numérique, etc. — a réagi à « l’affaire Loys Bonod » avec pertinence. Je n’avais sans doute rien d’inédit à dire sur le sujet, mais tant pis, je le fais tout de même car je me sens trop proche de ces questions, à la fois en tant que contributeur à Wikipédia, en tant qu’auteur de canulars, en tant qu’enseignant, en tant que père et, aussi, parce que j’ai plusieurs fois parlé ici-même du plagiat et de la génération des « digital natives »)

Un professeur de français à Paris a piégé ses lycéens en leur demandant de de disserter sur un poème composé par un obscur auteur du XVIIe siècle, Charles de Vion d’Alibray, dont le pédant farceur1 s’était amusé à documenter la vie et l’œuvre de manière fallacieuse sur Wikipédia et sur des sites de vente de corrigés scolaires afin de vérifier que ses cancres tiraient servilement leurs informations de ces plate-formes, ainsi qu’il en était convaincu d’avance. Il s’est fait le plaisir de raconter ensuite son aventure dans un article intitulé Comment j’ai pourri le web : petite expérience sur l’usage du numérique en lettres2. Plusieurs personnes m’ont envoyé le lien vers cet article et vers d’autres qui s’y rapportaient, articles que j’ai lus en diagonale, puisque rien ne m’étonnait là-dedans : il est évidemment facile de piéger des lycéens avec ce genre de procédé. Je ne suis pas contre le principe, ou plutôt je trouve bien de chercher des moyens pour faire comprendre aux lycéens que le réseau Internet n’est pas l’alpha et l’oméga de la connaissance, qu’il contient de nombreuses erreurs et qu’on peut même y en ajouter. Je trouve très important aussi d’essayer de faire comprendre aux écoliers qu’ils doivent étudier par et pour eux-mêmes, et que rien d’autre ne compte. J’admets aussi, pour ce faire, le principe de l’expérimentation et même de la tromperie : n’étant pas le dernier à me lancer dans des opérations canulardesques, je serais bien mal placé pour reprocher leurs impostures à d’autres.

Mais l’affaire a pris de l’ampleur, l’AFP lui a apporté une certaine publicité dans les médias traditionnels qui se sont fait plaisir à leur tour : ah, ces affreux lycéens d’aujourd’hui qui ne savent même plus écrire une ligne sur un sonnet baroque sans utiliser Google ! De notre temps, c’était pas comme ça, les sonnets baroques, à 16 ans, on y réfléchissait par nous-mêmes !
Presque toute la presse, nationale et régionale, a publié des brèves sur le sujet, en contrepoint à une actualité par ailleurs plutôt lourde. L’article de Loys Bonod, l’enseignant en question, date du 21 mars à midi. La phrase fantaisiste qu’il avait ajouté à Wikipédia en a été retirée cinq heures plus tard, après presque un an de présence. Les médias « pure player » tels que Numérama, Arrêts sur ImagesSlate et Rue89 (où l’article de Loys Bonnod a été repris) ont couvert le sujet le soir même ou le lendemain, imités ensuite par le reste de la presse. En lisant tous ces articles, et notamment ceux de la presse « papier », on peut sans doute s’amuser à recomposer la dépêche AFP qui leur a servi de point de départ et sur laquelle sont saupoudrées des considérations personnelles assez peu surprenantes : les uns y voient une preuve de dysfonctionnement de Wikipédia3, les autres mettent l’accent sur la question des sites de vente de devoirs tous faits, d’autres encore sur la difficulté qu’auraient les jeunes d’aujourd’hui à penser et à se documenter par eux-mêmes. Le commentaire passe souvent par l’image d’illustration plus que par l’article : une capture de Wikipédia ; une élève qui écrit laborieusement (de la main gauche, le nez sur la copie) un devoir ; des livres reliés à une souris d’ordinateur, etc.
Le journal télé de France 2 a même invité l’enseignant à raconter son expérience.

Bien entendu, tout cela est un peu risible si on le met en perspective : comme leurs lecteurs, les journalistes de France-Soir, du Courrier Picard ou de L’Express n’ont, sauf exception, que peu d’intérêt pour la biographie de Charles de Vion d’Alibray, dont ils entendent parler pour la première et pour la dernière fois, et si l’un d’eux devait écrire à son sujet pour commenter une commémoration quelconque, il irait voir sur Wikipédia, comme tout le monde, et ne vérifierait pas forcément de manière très attentive s’il a oui on non existé une demoiselle de Beaunais dont la passion aurait consumé le poète, puisque un poète amoureux, ça n’étonne que les poètes.
Et ce micro évènement culturel nous est présenté entre des photographies d’une ancienne escort-girl aux formes généreuses et des publicités pour des loteries ou pour des gadgets électroniques.
L’occasion de réfléchir à la place de la culture et de la pensée individuelle à l’école est involontairement dénoncée par la réaction de tous ces médias qui ne cherchaient au fond qu’une excuse pour trouver que les jeunes, c’était mieux avant4. Je dois dire aussi que je trouve un peu inconséquent, de la part de l’enseignant, d’avoir joué un tel tour à ses élèves, car il les vexe et il instaure un climat de défiance : le professeur est là pour tendre des pièges, il n’est plus là pour transmettre, pour tenter (et peu importe que ça ne réussisse pas) de donner le goût des sonnets baroques à des jeunes gens dont les poètes de référence s’appellent Abd Al Malik, Grand Corps Malade et Oxmo Puccino (ou d’autres plus récents, je ne suis pas au courant de l’actualité de la musique de jeunes — rien d’ironique dans cette énumération, au fait, cf. commentaires). Je sais bien que ce n’était pas l’intention de départ du jeune enseignant, mais le message qu’il envoie n’est pas pédagogique, il semble avant tout motivé par un souci de domination et de revanche. Rire, c’est bien, mais si ceux dont on rit ne rient pas avec nous, c’est qu’on se moque, et si l’on se moque de cette manière, c’est que l’on se pose en juge et en adversaire.

Dans son article, l’enseignant écrit : « J’ai rendu les copies corrigées, mais non notées bien évidemment – le but n’étant pas de les punir (…) après quelques instants de stupeur et d’incompréhension, ils ont ri et applaudi de bon cœur. Mais ils ont ensuite rougi quand j’ai rendu les copies en les commentant individuellement… ». Je suis toujours étonné par la mentalité scolaire des enseignants du secondaire : il ne « punit » pas puisqu’il ne note pas5. Mais une mauvaise note, pour un mauvais devoir, est une leçon bien plus compréhensible qu’une humiliation publique qui sanctionne brutalement le fait de ne pas s’être assez méfié de son professeur.

Comme ces lycéens n’ont pas lu le Contre Sainte-Beuve de Proust, ils ignorent que le fait de chercher le sens des œuvres dans la biographie de leurs auteurs est une méthode démodée. Je trouve pourtant ingénieux d’avoir tenté ce genre de rapprochement, et je me demande pourquoi diable on exigerait de la part d’adolescents de recouper leurs sources de manière scientifique, comme le propose l’enseignant : « rien n’indiquait en effet que le poème avait été composé au sujet de Melle de Beaunais. Le raccourci était abusif et non fondé, comme l’aurait montré une recherche plus approfondie : c’était un simple manque de rigueur à l’égard des sources historiques ». Du reste, tout en disant ça, il dit aussi « ils n’avaient pour cet exercice aucune recherche à faire : le commentaire composé est un exercice de réflexion personnelle ». Donc ils n’auraient pas dû chercher des informations sur Internet, ou bien s’ils tenaient à le faire, ils auraient dû le faire mieux.
Je suis triste de voir le nombre d’adultes qui frissonnent à présent d’horreur lorsqu’ils entendent les noms de Balzac, Stendhal, Rousseau, Flaubert, Chateaubriand ou autres écrivains dont on a réussi à les dégoûter pour toujours au lycée. J’ai même connu des gens à qui les noms d’auteurs pourtant très accessibles comme Maupassant ou même Zola donnaient des boutons, juste parce qu’on leur avait fait lire d’eux les œuvres les plus éloignées qui soient des préoccupations des adolescents. Le problème de la culture à l’école n’est pas nouveau. Que l’on puisse recopier un texte trouvé sur le net sans le comprendre, en revanche, est nouveau, mais n’est sans doute pas le fond du problème, juste un symptôme du fossé qui se creuse entre les élèves et l’école — une école qui ne semble parfois destinée qu’à intéresser les enseignants pendant leurs premières années de carrière, et à trier, sélectionner, brimer des chimpanzés adolescents qui n’ont qu’une vraie question, savoir ce qu’ils fichent là, et qui sont en fait très ouverts à la réflexion personnelle et à la découverte d’idées, de disciplines ou d’univers esthétiques. Je ne dis pas que la question est facile à traiter, je n’ai pas de solutions, mais utiliser la culture « haute » pour humilier ne me semble pas très avisé — et peut-être un jour l’école saura-t-elle s’appuyer un peu plus, et sans démagogie, sur des littératures plus proches des élèves, comme une bonne série télévisée ou un chef d’œuvre du cinéma ou de la bande dessinée.

La culture cultivée vue par Citroën. Dans une émission de type Apostrophes, un cuistre égrène des latinismes et des références philosophiques dénuées de sens. Derrière lui, un pastiche de la collection NRF est titré “Clepsydre”. Les personnes auxquelles il s'adresse semblent adhérer à ces propos sans intérêt, à l'exception d'un homme dont les paupières se ferment et qui rêve d'un moyen pour “briller autrement” : une grosse voiture (censée descendre de la légendaire Citroën DS mais qui a plutôt l'élégance d'une chaussure de randonnée, trouvè-je).

Ce n’est pas un secret que les collégiens et les lycéens français manquent cruellement de confiance en eux. On leur demande de « participer » mais s’ils le font, la moindre erreur est souvent un prétexte à humiliation de la part des enseignants, malgré toute leur bonne volonté et l’énergie qu’ils investissent dans leur métier — car je tiens à dire au passage que j’admire énormément les enseignants du secondaire (comme ceux du primaire d’ailleurs) et que c’est au système, à l’ambiance générale, très négative, que j’ai des reproches à faire. On demande aux enfants de penser par eux-mêmes, mais ce ne sont pas forcément ceux qui le font qui s’avèrent les plus adaptés à l’institution scolaire. Alors en ordonnant à ses élèves de penser par eux-mêmes (« pensez par vous-mêmes ! c’est un ordre ! ») tout en se posant en ennemi dont il faut craindre la fourberie, cet enseignant commet, malgré la pureté de ses intentions que je ne mets pas en cause, une grosse erreur. Et quand il dit que l’école sert à donner une autonomie de pensée et une culture personnelle aux lycéens, il s’illusionne. Cela pourrait être ça, cela eût pu être ça, mais ce ne sont pas les choix qui ont été faits.

Quant à la conclusion, « On ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui », elle est un peu condescendante, mais je veux bien la prendre partiellement à mon compte : il me semble qu’une nouvelle technologie est appréhendée de manière différente par ceux qui ont assisté à son émergence et qui connaissent son histoire. Et le rôle de ceux qui disposent de cette distance critique est justement de la transmettre, sans trop surestimer la valeur de cette expérience et sans trop sous-estimer la lucidité du rapport aux technologies de ceux qui sont nés avec un smartphone sous le pouce.

(Lire ailleurs : Un prof trolle ses élèves sur Internet, la belle affaire !, par David Monniaux ; Saboter Wikipédia, ou l’école vengée, par André Gunthert ; Éduquons à l’esprit critique, pas au mépris du travail des autres, par Rémi Mathis ; Notes sur la socialisation des profs, par Denis Colombi ; Le plagiat, le professeur et la documentaliste, par Camille Tête-David)

  1. Pédant n’est pas forcément un terme péjoratif, il peut signifier « enseignant ». []
  2. On notera les deux derniers mots : « numérique » et « lettres », qui font très Des chiffres et des lettres et rappellent une vieille opposition entre les « matheux » et les « littéraires ». Le mot « numérique » est une erreur, dans ce cas, car si le réseau et l’informatique sont des technologies qu’on appelle facilement « numériques », le canular s’appuie sur l’autorité et le confiance, pas sur les nombres. []
  3. Dans la biographie de Charles de Vion d’Alibray, Loys Bonod avait ajouté cette phrase : « Son amour célèbre et malheureux pour Mademoiselle de Beaunais donne à sa poésie, à partir de 1636, une tournure plus lyrique et plus sombre » []
  4. Les jeunes sont de pire en pire, c’est bien connu : « Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe, méprisent l’autorité et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus lorsqu’un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent. Ils contredisent leurs parents, plastronnent en société, se hâtent à table d’engloutir des desserts, croisent les jambes et tyrannisent leurs maîtres. Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans », remarquait Socrate il y a 2500 ans. Et il n’est pas le seul à l’avoir dit puisque l’on a retrouvé une poterie babylonienne, vielle de 5000 ans, sur laquelle est écrit : « Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture ». []
  5. Rien que le fait de parler des notes comme d’un outil de punition est révélateur d’une mentalité très négative et d’un refus de l’erreur comme outil de progression. []

Processing Paris #3

mars 14th, 2012 Posted in Dans la boite-aux-lettres, Études, Processing | 1 Comment »

Je signale ici la nouvelle édition de Processing Paris, avec trois ateliers simultanés consacrés à la création à l’aide du logiciel Processing, adaptés à des publics de niveaux différents. Cette année, les sessions ne dureront pas deux jours, mais trois, du 13 au 15 avril, afin de donner un peu plus de temps aux participants pour produire des travaux personnels.

L’atelier de niveau initiation sera animé par Andreas Gysin. Même s’il s’agit d’une session pour débutants complets, l’atelier emmène ses participants plutôt loin puisque les classes (programmation « objet ») et la 3D sont abordées. La session se tiendra en français.
Le tarif est de 80€.

L’atelier de niveau intermédiaire, intitulé Systèmes interactifs, sera animé par Julien Gachadoat (Studio Interactif 2Roqs). Cet workshop est centré sur la question de la programmation orientée objet : systèmes de particules dynamiques, notamment, mais aussi utilisation de librairies spécialisées : toxiclibs, box2d, analyse sonore, manipulation de la kinect, réseau, etc.
Le prix de cette session, qui se tiendra en français, est de 120€.

Le troisième atelier, de niveau Masterclass, s’intitule Generative Systems – from drawing to 3D Printing et sera animé par Marius Watz. Au programme : les systèmes génératifs, l’animation générative en temps réel, la création de formes en trois dimensions virtuelle puis la création d’objets destinés à l’impression en relief.
Le tarif sera de 150€ et le cours sera donné en anglais.

Marius Watz / Workshop d'impressions 3D avec Makerbot

Pour s’inscrire, il faut envoyer son nom et son adresse à info@freeartbureau.org avant le 5 avril 2012. Les sessions se tiennent les 13, 14 et 15 avril 2012 à La Fonderie de L’image
, 81-83 Avenue Gallieni
, 93170 Bagnolet, Métro Gallieni (Ligne 3).  Les journées de travail commencent chaque jour à 10 heures et se terminent à 18h. Les participants doivent être équipés de leur propre ordinateur portable, sur lequel Processing devra être installé. Pour le workshop Masterclass, un très bon niveau de programmation et un très bon niveau d’anglais sont exigés.

Contact : Mark Webster / Free Art Bureau, 3 Place Robert Desnos, 75010 Paris.

Quatre ans

mars 8th, 2012 Posted in Bande dessinée, Le dernier des blogs ? | 4 Comments »

Et hop, le temps passe, ce blog a quatre ans1.
741 articles ont été publiés, dont seulement 103 cette année — moins nombreux que d’autres années, mais, j’en ai peur, souvent plus en plus gros. Il faut dire que j’ai un peu ralenti ma production, pour pouvoir travailler à mes autres publications. 120 articles supplémentaires sont à l’état de brouillon, parfois même de brouillon très avancé. 6835 commentaires ont été publiés, dont quelques interminables « trollings », comme la discussion qui m’oppose à une dénommée Sandrine depuis deux semaines.

Parmi les articles notables de l’année (que je les aime bien moi-même ou qu’ils aient fait débat), outre les habituelles visites d’expositions, les rapports sur des évènements et les reviews et les études littéraires ou cinématographiques, je recense : un article sur le Nouveau détective, un article sur la propagande États-unienne, sur les jeux vidéo et la violence, sur les mémoires d’étudiants en Art, sur le fichage biométrique, sur la tuerie d’Utøya, sur mon rapport à la religion, sur l’indélicatesse de certains critiques de bande-dessinée, sur mes démêlées avec Miss Tic (ou plutôt ses représentants), sur le 11/09/2011, sur la représentation de la crise économique, sur les vide-grenier, sur l’utilisation des petits oiseaux pour donner de la vie à un paysage, sur Steve Jobs, un article qui vous apprendra que sur Internet, il faut aussi avoir peur des petites filles, un article sur le fonctionnement du Petit Journal, sur les enjeux de la liberté de publication sur Internet, sur la politique du musée d’Orsay en matière de liberté de photographier, sur les lois Sopa, Pipa et Acta, sur la question de la supériorité des civilisations, sur la mécanisation des humains dans certains services, sur l’affaire Gallimard-Hemingway-Bon. Pour la première fois, je me suis risqué à publier un texte littéraire, sous forme d’e-book, La sœur de poche.
Enfin, j’ai exposé ma théorie sur le rapprochement que l’on peut faire entre processus neurologique du rêve et la fiction2.

J’ai eu la grande fierté de publier un article dans Le Monde Diplomatique et bien entendu celle de publier mon second livre (j’en reparle plus loin). Toujours à propos de bande-dessinée, je me suis engagé dans un cycle de conférences sur le dessin contemporain, qui a remporté un certain succès auprès des étudiants et qui a permis des rencontres très intéressantes, ce qui me donne envie de rééditer l’expérience l’an prochain.
Enfin, j’ai lancé deux nouveaux blogs : Fins du monde (travail qui va déboucher sur un nouveau livre)  et Percevoir, qui me tient particulièrement à cœur bien que je n’y aie encore publié que peu d’articles3.
Une année bien remplie, ma foi.

Première critique de Entre la plèbe et l’élite

Le tatillon (mais juste) Manuel Hirtz4 a publié une critique de Entre La plèbe et l’élite sur le site The Adamantine.
Parmi les inexactitudes qu’il relève dans mon histoire générale de la bande dessinée (la première partie du livre), je suis vexé de devoir admettre la plus énorme : j’ai attribué à feu Claude Moliterni un cursus imaginaire de l’école des Chartes. Bien entendu, je ne l’ai pas inventé (on peut le lire sur le site du ministère de la Culture ou même sur le site de l’Encyclopaedia Universalis !), mais j’aurais évidemment dû m’abstenir de fournir ce genre de précision périlleuse, car ayant pas mal lu sur le personnage, j’avais toutes les raisons de penser que son curiculum vitae était à considérer avec autant de précautions que, disons, ceux des frères Bogdanoff5. Pour le reste, je plaide aussi coupable. J’ai mal orthographié quelques noms, pas trop j’espère, mais je n’en suis pas plus étonné que ça, je suis un rien dyslexique sur certains patronymes, et transformer Bellew en Belley, Winkler en Winckler et Hetzel en Hertzel, me ressemble assez.

Plus gênant, puisque c’est une fausse précision à nouveau, j’ai cru à tort que l’éditeur Hetzel avait publié Paul d’Ivoi, et je l’ai écrit sans même me donner la peine de le vérifier, en me fiant à un air de famille entre les couvertures des ouvrages, inspirées les unes des autres6. Je suis étonné d’avoir inclus Andy Capp dans une énumération de strips américains, car je n’ignorais pas son origine britannique. Je suis moins étonné d’avoir crédité plusieurs fois Lee Falk d’être le dessinateur de The Phantom, car je n’ai jamais retenu les noms de ses collaborateurs, ni même fait très attention au dessin de cette série — ce qui ne m’excuse évidemment en rien. Sur l’évidence qui m’est reprochée de signaler que Futuropolis de Pellos  peut être relié à H.G. Wells, qui inspirait effectivement peu ou prou toute la production de fiction spéculative, je ne sais pas si je devais me retenir de l’écrire, les liens avec La machine à explorer le temps, Quand le dormeur s’éveillera et The Shape of things to come (dont une adaptation au cinéma venait de sortir) me semblent particulièrement frappants alors que cette parenté n’est pas souvent signalée, tandis que le rapport au Metropolis de Lang, peut-être plus superficiel, l’est assez systématiquement. Et puis j’aime mentionner Herbert George Wells, parce qu’il est injustement mal connu en France.

Pour le reste, je suis plutôt content d’avoir été bien lu, mon propos me semble bien compris (ouf !) et mes chronologies du rejet de la bande dessinée et de son processus de légitimation sont jugées bien informées et bien documentées.

(illustrations : extraits de deux aventures du Fantôme (The Phantom), éd. Opéra Mundi, par Lee Falk et Ray Moore, 1966. En cette journée mondiale des droits des femmes, j’avoue que je goûte, avec un rien de perversité, le dernier dessin, où on voit une femme renoncer à sa vie de demi-déesse pour devenir futile et séduisante, pour que tout rentre dans l’ordre, quoi)

  1. C’est le cas aussi de Graphism.fr, de l’ami Geoffrey Dorne, blog qui a été lancé exactement le même jour de la même année que Le Dernier blog. []
  2. Au passage, Stéphane Degouttin m’a signalé qu’il avait lui-même écrit un texte au sujet assez proche. []
  3. Au passage, je signale que Nathalie a déménagé son blog ménager qui devient Homebook, et en a créé un nouveau, OkO. []
  4. Manuel Hirtz et Harry Morgan publient régulièrement des addenda à leur célèbre Le Petit Critique Illustré, ouvrage qui passe en revue tous les supports de critique et de théorie de la bande dessinée. Souvent impitoyable et assez drôle, Le Petit Critique Illustré a connu deux éditions, en 1997 et 2005. []
  5. Au dos de Chroniques du temps X (1981), les terribles jumeaux s’étaient par exemple vantés d’être titulaires d’un doctorat en sémiologie, qu’ils n’ont jamais eu, puis, en quatrième de couverture de Dieu et la science (1991), s’étaient attribués par anticipation les titres de docteur en physique et en mathématiques, alors qu’ils venaient seulement de s’inscrire en thèse. []
  6. Pour ce qui me concerne, à dire vrai, Paul d’Ivoi était un auteur J’ai lu, je n’ai jamais eu aucune édition belle-époque de cet auteur entre les mains, je ne connais que des reproductions de couvertures. []

Visiophones publics

février 26th, 2012 Posted in Images, indices, Vintage | 30 Comments »

En complément au précédent article, j’ai fait une petite recherche sur les cabines téléphoniques à visioconférence dans le cinéma d’anticipation. Je n’ai pas retrouvé des dizaines d’exemples, l’objet me semble surtout très courant dans la science-fiction des années 1980-2000. En effet, si les visiophones domestiques sont courants dans la science-fiction depuis le XIXe siècle (depuis le téléphonoscope imaginé par George du Maurier en 1879), les cabines publiques avec visiophones me semblent être un objet plus précisément typique de la vogue Cyberpunk.

2001, l'Odyssée de l'espace (1968)

Une des scènes les plus connues dans le registre est bien antérieure au Cyberpunk, cependant, elle est tirée de 2001: a space odyssey (1968), de Stanley Kubrick. On y voit le docteur Heywood Floyd, qui est en transit vers la lune et a fait escale dans une station en orbite autour de la terre, appeler sa famille depuis une cabine téléphonique visiophone. La cabine est spacieuse et confortable. À l’extérieur est écrit le mot « Picturephone », qui surplombe le logo « Bell System » de la compagnie AT&T.

Le Picturephone de AT&T

Il ne s’agissait pas de science-fiction, puisqu’AT&T a effectivement commercialisé des visiophones dès 1964 et installé des cabines nommées Picturephone mod 1 dans quelques lieux publics choisis de New York, Washington et Chicago, ainsi qu’à la foire internationale de 1964 (ci-dessus à gauche). Ce service au coût prohibitif (16 dollars de 1964, soit approximativement 113 dollars actuels pour trois minutes) a précisément été abandonné en 1968, année de la sortie de 2001: a space Odyssey.
Le visiophone public constitue donc un cas intéressant (mais loin d’être unique) de technologie commercialisée dans le monde réel avant de devenir un objet de fiction.

Blade Runner (1982)

Dans Blade Runner (Ridley Scott, d’après Philip K. Dick), Deckard appelle Rachael depuis un bar. Il ne dispose cette fois ni de confort ni d’intimité.

Total Recall (1990)

Dans Total Recall (Paul Verhoeven, d’après Philip K. Dick), on aperçoit plusieurs visiophones, notamment dans l’espace public.

Until the end of the world (1991)

Dans le méconnu et pourtant excellent Until the end of the World (Wim Wenders), les deux principaux protagonistes, Claire et Sam, utilisent des visiophones publics assez étranges, dont l’utilisateur, face à un petit écran, doit coller son oreille gauche sur un bras rigide. Les visiophones sont situés dans l’espace public.

Johnnt Mnemonic (1994)

Dans Johnny Mnemonic (Robert Longo, d’après une nouvelle de William Gibson), la cabine téléphonique publique est un visiophone. Les cabines sont disposées en rangées, avec de petits paravents au niveau de la tête, comme pour de nombreuses cabines publiques actuelles.

Ghost in the shell (1995)

Dans Ghost in the shell (Mamoru Oshi, d’après Masamune Shirow), un éboueur au cerveau « hacké »  par le « puppetmaster » utilise un terminal public pour (pense-t-il) pirater la ligne de son épouse. On ne voit pas si ce terminal peut servir de visiophone. Il est disposé en pleine rue.

Nirvana (1997)

Dans Nirvana (Gabriele Salvatores), Solo utilise un visiophone public. Il faut noter que, dans le film, Solo n’évolue pas dans le monde réel mais est un personnage de jeu vidéo, devenu conscient de son existence.
N’hésitez pas à me signaler en commentaire les références à des visiophones publics que j’ai négligé de citer sur cette page. Il doit en exister un certain nombre en bande dessinée, notamment.

Le couple de héros de «The Island» (2005) utilise un visiophone public sur lequel est écrit MSN, car il s′agit d'un placement de produit Microsoft. Voir à ce sujet les commentaires de Deans, qui m'a rappelé cette scène.

Dans le monde réel, Orange a lancé une cabine téléphonique interactive, munie d’un écran tactile et permettant de profiter de divers services en ligne. Pour l’instant, seule une douzaine de cabines est installée dans des lieux touristiques parisiens. Je trouve très étonnant que ce modèle qui « (…) s’inscrit dans une vision contemporaine de la ville, où le mobilier urbain devient communiquant » n’intègre pas de caméra, quand on sait qu’un capteur vidéo, même de bonne qualité, ne coûte que quelques dollars. Est-ce qu’une restriction juridique empêche l’usage de caméras dans l’espace public ?

Boulevard Haussman à Paris, cette semaine

Sur le site Payphonebox, on aperçoit de nouvelles cabines téléphoniques interactives allemandes. Il semble que l’écran soit surplombé d’une caméra, mais j’ignore si j’interprète bien l’image et, si c’est le cas, je ne sais pas si cette caméra a un usage pour la visiophonie.

Photographie prise à Munich (photo : payphonebox.com)

Ces cabines d’un nouveau genre arrivent bien tard, car si la technologie (caméras numériques, transfert de données à haut débit) est parfaitement prête pour elles, et à un coût plus faible que jamais, le public n’en a plus besoin, puisqu’il transporte sa cabine téléphonique, son visiophone et son terminal web dans sa poche ou dans son sac, sous forme de téléphone mobile, de tablette ou de notebook.

Dans le premier «Superman» avec Christopher Reeve (1978), l′homme d′acier ne peut utiliser un téléphone public pour se changer puisque ceux qu′il trouve ne sont pas des cabines fermées ; Dans «Scanners», de Cronenberg (1981), le mutant Cameron Vale accède à un ordinateur distant depuis une cabine téléphonique ; Dans «Le Magnifique» (1973), un espion est tué par un requin dans une cabine téléphonique.

Je suppose que nous nous dirigeons peu à peu vers la fin des cabines téléphoniques publiques (visiophones ou non), objet qui aura été un accessoire de fiction, et notamment de cinéma, aux usages riches et divers depuis les « screwball comedies » des années 1930, et peut-être bien avant.

Des scènes importantes de «Terminator 2» (James Cameron, 1991) et «Les Oiseaux» (Alfred Hitchcock, 1963).

Je pense pèle-mêle au « Tardis » du Dr Who, qui est une cabine d’appel aux services policiers mais aussi un vaisseau de voyage dans le temps et l’espace ; à Matrix (1999) ; au film Phone Booth ; à la cabine dans laquelle Superman se change dans les bandes dessinées ; à la « cabine à suicide » de Futurama (prise par erreur pour une cabine téléphonique) ; aux diverses cabines transformées en ascenseurs, fusées, cercueils, etc.

Un taxiphone à Paris

Le marché des télécommunications à longue distance, qui est la dernière grande raison d’utiliser des téléphones publics (oublions les réfractaires au téléphone mobile, qui ne sont pas forcément très nombreux), doit donc être en train d’être remplacé par Skype — pour téléphoner en direction des pays où l’accès à Internet à haut-débit est courant —, et bien entendu par les boutiques « taxiphone », qui semblent prospérer, dans certains quartiers parisiens en tout cas.

Publicité pour Club-Internet, 2001

Tout cela me rappelle que, en 2001, une publicité pour Club-Internet (un des premiers fournisseurs d’accès grand public, racheté par Neuf/Cegetel par la suite), réalisée par Luc Besson utilisait même la cabine téléphonique, ou quelque chose qui y ressemblait, pour « vendre » le réseau Internet. On y voyait deux personnes discuter : un abonné à Club-Internet qui se téléportait grâce à sa carte de membre, et son ami nettement plus ignorant des technologies, qui reste sur le seuil de ce monde nouveau… La cabine était donc ici le vecteur d’une modernité futuriste, même si à bien réfléchir, le message n’était pas très clair.

Fantômes de la communication

février 22nd, 2012 Posted in Images, Modèles abandonnés | 9 Comments »

Quand je raconte que je n’ai pas de téléphone mobile, on me dit souvent : « mais comment tu fais, si tu n’es pas chez toi ? ». À quoi je réponds que j’utilise les cabines téléphoniques.
« Les cabines téléphoniques ? Mais ça n’existe plus, si ? »

Effectivement, même si elles semblent constamment occupées, notamment par des gens qui appellent dans des pays exotiques avec des cartes pré-payées, les cabines que j’utilise ont tendance à ne plus être réparées lorsqu’elles tombent en panne et même, depuis quelques mois, à disparaître.

Ces deux photos sont les traces de cabines téléphoniques disparues. Il y a vingt ans seulement, la science-fiction nous promettait des cabines high-tech, avec écran (ça existe, d’ailleurs), et les particuliers collectionnaient des cartes téléphoniques comme on collectionne les timbres et les monnaies. Aujourd’hui, cette culture du téléphone public disparaît, et bientôt, je ne saurai plus comment appeler quand je ne suis pas chez moi.