Profitez-en, après celui là c'est fini

Littératures graphiques contemporaines #6.1 : Étienne Lécroart

février 7th, 2017 Posted in Conférences | No Comments »

Vendredi 17 février 2017, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Étienne Lécroart.

Né en 1960, Étienne Lécroart a étudié à l’école nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. Auteur de dessins de presse et de bandes dessinées à partir de la seconde moitié des années 1980, son goût pour les jeux formels l’a amené à devenir membre fondateur de l’OuBaPo (Ouvroir de Bande dessinée potentielle), et membre de l’OuLiPo. Il appartient en outre au comité éditorial de l’Association.

Étienne Lécroart et Ivar Ekeland, Le Hasard, éd. Lombard 2016, coll. Petite Bédéthèque des savoirs

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 17 février à 15 heures, dans la salle C006.
Cette première séance de la sixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #6 (Cycle de conférences)

février 3rd, 2017 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines s’est tenu avec succès en 2011-2012, 2012-2013, 2013-2014, 2014-2015, 2015-2016 à l’Université Paris 8. Au fil des ans, nous avons eu le plaisir de recevoir Cizo, Isabelle Boinot, Agnès Maupré, Papier gâché, Loo Hui Phang, Nine Antico, Thomas Cadène, Singeon, Marion Montaigne, Benjamin Renner, Xavier Guilbert, Aude Picault, Lisa Mandel, David Vandermeulen, Gabriel Delmas, Laurent Maffre, Ina Mihalache, Pochep, Charles Berberian, Geneviève Gauckler et Daniel GoossensPaul Leluc, Nathalie Van Campenhoudt, Julien Neel et Delphine Maury.

Je le reconduis pour la sixième année. Il accueille des auteurs qui utilisent l’image pour s’exprimer, généralement aux franges de la bande dessinée (bande dessinée et vulgarisation, bande dessinée et roman, bande dessinée et arts plastiques, film d’animation, etc.).
Cette année nous recevrons la scénariste Isabelle Bauthian, le scénariste, historien, théoricien et enseignant Thierry Smolderen, les auteurs de bande dessinée Julie Maroh et Étienne Lécroart, la plasticienne Clémentine Mélois et un dernier auteur non-encore déterminé.

Le programme (provisoire) est le suivant :

    • vendredi 17 février à 15h00, salle C006 :
      Étienne Lécroart
    • vendredi 24 mars 2017 à 17h30, salle C006 :
      Isabelle Bauthian
    • vendredi xx xxx 2017, salle C006 :
      Thierry Smolderen
    • vendredi xx xxx 2017, salle C006 :
      Julie Maroh
    • vendredi xx 5 mai 2017, salle C006 :
      Clémentine Mélois

N’hésitez pas à consulter régulièrement cette page pour connaître les dates des interventions lorsque celles-ci seront calées.
Les séances sont ouvertes au public extérieur à l’université, dans la limite des places disponibles. Notez qu’il faut pouvoir produire une pièce d’identité pour entrer dans l’Université.

[Workshop] Dessiner pour expliquer, comprendre, réfléchir, retenir

janvier 19th, 2017 Posted in workshop | No Comments »

Du 6 au 9 mars 2017, sur le campus havrais de l’école supérieure d’art et design Le Havre/Rouen, j’animerai un atelier intensif consacré au dessin. Le dessin est une pratique évidente en école d’art, mais pas une évidence pour moi, puisque mes cours portent généralement sur la programmation et l’interactivité et que je ne dispose d’aucune légitimité particulière en tant que dessinateur, ne menant pas une carrière d’artiste.
Le but de cet atelier ne sera justement pas de produire des dessins spécifiquement destinés à être mis sous cadre, imprimés, montrés, mais d’employer le dessin comme outil : prises de notes, reportage, schémas explicatifs, etc. Nous effectuerons ensemble de nombreux exercices, il s’agira de dessiner vite, en privilégiant généralement l’efficacité.

Le travail se fera en partie hors de la salle de cours (salle 204).
Chaque étudiant inscrit devra se munir d’un cahier épais (cent ou deux-cent pages) au papier ordinaire, par exemple un bloc « sténo » comme ceux qu’on trouve dans le rayon papeterie des hypermarchés ou un cahier tel qu’on en trouve pour deux ou trois euros chez Hema ou Muji. Il faudra aussi disposer de stylos (roller, bic,…), mais pas forcément de crayon à papier ou de gomme.

Les inscriptions à cet atelier sont désormais closes, un nombre suffisant d’étudiants m’ayant contacté. La liste des autres Workshops du semestre peut être consultée sur le site de l’école (format pdf).

Vérité, Propagande, post-vérité et bulle (1)

décembre 28th, 2016 Posted in indices, Non classé, Parano | 3 Comments »

Je vais tenter d’écrire une série d’articles sur note rapport à la vérité et à l’opinion, en cherchant à vérifier si Internet a apporté un changement à ces questions ou s’il n’y a rien de neuf sous le Soleil. Ce premier article est une enquête consacrée à un site de propagande. Nota : c’est bien évidemment à dessein que je ne mets aucun lien vers les sites de désinformation évoqués. Vous les trouverez sans peine.

Le 23 décembre dernier, le ministre de la défense pakistanais, Khawaja Muhammad Asif, a émis un tweet plutôt inquiétant à l’adresse de son homologue israélien, rappelant à ce dernier que le Pakistan, comme Israël, dispose de l’arme atomique.

Ce tweet, qui est toujours accessible au moment où j’écris ces lignes, a été écrit en réaction à une déclaration attribuée à Moshe Ya’alon, ministre israélien de la Défense (en fait remplacé par Avigdor Liberman au printemps dernier) qui aurait dit : « Si le Pakistan envoie des troupes au sol en Syrie, sous quelque prétexte que ce soit, nous détruiront ce pays avec une attaque nucléaire ». Le compte Twitter du ministère de la Défense israélienne a rapidement répondu à cette menace en affirmant que la citation était fallacieuse. Selon un article du New York Times, la phrase fantaisiste en question émane du site AWDnews.

Le logo de AWD (« another western dawn », apparemment) News m’en rappelle d’autres : si on le retourne, il ressemble furieusement à celui de CNN. Il contient le mot « news », comme celui de la BBC (et d’autres), un logo contenu dans un carré, comme France 24 (dont la couleur est proche – bleu et blanc) et CNN, une planisphère, comme la BBC et France 24… On peut aussi penser au logo de l’AFP.

Le site AWDnews m’intéresse depuis quelques années. Il a l’allure d’un site professionnel de chaîne d’information internationale mais n’émane pas d’une chaîne de télévision, il existe en quatre versions (français, anglais, espagnol, allemand) dont aucune ne diffuse les mêmes informations. Si l’on veut cliquer sur « à propos », il n’y a rien à voir, pas de mentions de l’équipe, de l’éditeur, rien, les liens sont inactifs. Aujourd’hui, en effectuant une requête Whois générique (qui permet de connaître le propriétaire d’un nom de domaine), on n’apprend pas grand chose, les informations sont cachées, mais il y a quelques années, le propriétaire officiel du nom de domaine semble avoir été Al Bayan, important quotidien des émirats arabes unis, publié à Dubaï et émanant de la famille royale. Ou du moins, c’est ce qui était écrit, mais il est possible de tricher. Lorsque l’on vérifie l’adresse IP associée au nom de domaine (176.9.116.9), on tombe sur un serveur hébergé par la société allemande Hetzner, ce qui ne dit pas grand chose non plus.
Mon attention a été attirée par awdnews sur Twitter, où plusieurs comptes publiaient des liens vers ce site dès que l’on évoquait un sujet en rapport. Par exemple, si on écrivait « Sarkozy », un Tweet nous répondait aussitôt quelque chose comme « Le vrai visage de Sarkozy selon un ancien diplomate de l’ONU ». ou « les révélations d’un ancien militaire français sur l’action de Sarkozy en Libye ».
Les comptes auteurs de ces tweets promptionnels ont des profils étranges tels que celui-ci :

L’actrice et mannequin Maria Luis existe et son site web se trouve bien à l’adresse marialuis.es. En revanche, son premier tweet date de 2011, et non de 2015, et son authentique compte twitter est @marialuismj et non @maria91luis. Créé le 11 septembre 2015, le compte @maria91luis a publié ce jour-là 286 tweets pointant vers awdnews et disant tous que selon Donald Trump, le sang des victimes du World Trade Center était sur les mains du prince d’Arabie Saoudite. Et puis plus rien, mais d’autres comptes du même nom ont été créé et ont eux aussi fait de la retape pour des articles du même site. Il existe notamment un compte nommé @marialuis91, qui utilise la photographie d’une autre femme, comme on le verra plus bas.

Par le passé, j’ai engagé la discussion avec des auteurs de tweets pointant vers AWDnews, et ils m’ont répondu (mais je constate que si mes tweets existent toujours, les leurs ont été supprimés). Ils niaient être liés à un média et affirmaient tous être de simple particuliers (un groupe d’étudiants espagnols, des femmes surtout, s’exprimant uniquement en anglais) passionnés par l’information et la quête de vérité. Les infos diffusées, qui contiennent parfois des citations ou des informations authentiques, sont plutôt marquées par les thèmes complotistes, et a priori très nettement adversaires de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie, des États-Unis et d’Israël. On pouvait y lire récemment des titres tels que « La CIA et Obama impliqués dans l’assassinat du diplomate russe » ou encore « Les Occidentaux ont créé les groupes Takfiri pour ternir l’image de l’islam ».

Le 26 décembre, AWDnews a publié un article faisant dire aux Pakistanais qu’ils avaient le pouvoir de cibler Israël avec leurs armes nucléaires… Effectivement, le ministre de la Défense a bien tweeté une telle chose, mais comme on l’a vu plus haut, il l’a fait en étant induit en erreur… par le site qui relaie à présent sa réaction. Cette fois, on pense à Caïus Détritus, le rusé romain de La Zizanie (Astérix), qui crée et entretient des conflits artificiels entre ses adversaires.

Parmi les comptes Twitter liés à AWDnews que j’ai identifiés au fil des ans se trouvent aussi @isungunel_isun@diane_martinez et @amin7e. Et c’est là que cela devient intéressant : ce dernier compte existe toujours mais a été renommé et s’appelle désormais @realnienovosti. Il fait désormais la promotion d’un tout autre site d’information, az.realnienovosti.com. Site qui comme AWDnews est enregistré auprès d’OnlineNIC, et surtout est hébergé par la société allemande Hetzner (avec l’adresse IP 176.9.47.162), ce qui ne constitue une preuve de rien mais laisse penser qu’AWDnews et Realnie Novosti peuvent être liés. Realnie Novosti est un site exclusivement russophone, mais avec des outils de traduction automatique, je comprends que c’est un site favorable à Vladimir Poutine et qu’il traite beaucoup du proche/moyen-Orient et de l’Islam.
En allant interroger le service whois d’OnlineNic pour comparer les propriétaires de AWDnews.com et realnienovosti.com, je trouve des choses amusantes :

Domain Name : awdnews.com realnienovosti.com
Updated Date : 09/10/16 04:56 09/10/16 05:53
Creation Date : 2012-01-16 2013-08-18
Expiration Date: 2017-01-16 2017-08-18
Registrar: Onlinenic Inc Onlinenic Inc
Registration Name: awdnews realnienovosti
Registration Street: Nordufer 28-29 Czech Republic
Registration City: Berlin Moscow
Registration State/Province: Berlin Sloboda
Registration Postal Code: 13351 13351
Registration Country: DE RU
Registration Phone: +49.30363641 +49.30363641
Registration Fax: +97.5873475 +97.5873678
Registration Email: awdnews2015@gmail.com realnienovosti2015@gmail.com
Admin Name: awdnews Leon Evdokimov
Name Server: ns11.cloudns.net ns13.cloudns.net
Name Server: ns12.cloudns.net pns12.cloudns.net

Au premier regard, les deux sites ont des propriétaires situés dans des pays différents : l’un se trouve à Berlin, l’autre à Moscou. Mais les numéros de téléphone sont identiques, situés en Allemagne (49) et à Berlin (30). Les numéros de fax sont très proches, ils commencent par l’indicatif 97, utilisé par les pays du proche/moyen-orient, mais le 5 qui suit suggère un numéro de téléphone situé au Bhoutan, pays d’un million d’habitants, qui entretient des rapports avec ses voisins la Chine, l’Inde et le Népal, et qui n’est pas connu pour son ingérence dans les questions de géopolitique. En ne changeant qu’un chiffre (ce qu’on fait lorsqu’on invente un numéro de téléphone…), on obtient le Koweït (965), la Palestine (970), les Émirats arabes unis (971 – dont Abu Dhabi et Dubaï, anciennement 979 et 978), Israël (972), Bahreïn (973) et le Qatar (974).
On remarque que les adresses e-mail de contact ont des structures identiques : [nom du site]2015@gmail.com. Il existe plusieurs Leon Evdokimov sur Facebook, et un Leonid Evdokimov spécialiste du développement internet (notamment Tor), sous le nom mathemonkey, mais je ne trouve pas de lien entre lui et les sites cités plus haut.
L’adresse moscovite est fantaisiste : je doute qu’il existe une rue Czech Republic (son nom serait en russe, déjà), le mot Sloboda (liberté) ne désigne pas de région russe (mais il existe un quartier allemand de Moscou nommé Novonemetskaya sloboda). L’adresse postale, identique pour les deux domaines, est 13351. L’adresse 28 Nordufer (13351) à Berlin existe, c’est celle d’une auberge de jeunesse :

Au vu des éléments que j’ai récoltés, il me semble donc qu’awdnews.com et realnienovosti.com sont deux sites liés. Le nombre d’articles publiés (sans mention d’auteurs) dans cinq langues au total, la présence sur Facebook et l’intervention de nombreux comptes twitter (dont l’envoi de tweets est automatisé mais qui répondent aux questions) laisse supposer que les moyens humains engagés ne sont pas négligeables. Je ne suis pas assez au fait des rapports entre les différents pays du Proche/Moyen-Orient pour deviner quelle idéologie, quelle politique nationale est particulièrement favorisée par la vision du monde que véhiculent ces sites. Dans l’article Enquête sur un intrigant site internet de désinformation (RFI), le journaliste Romain Mielcarek note que « les pays héroïsés sont presque toujours l’Iran, la Syrie et la Russie ».

En haut, le compte Facebook @awdnews/Karima Benhadi utilise le visage sédusant d’une jeune femme aussi employée par le compte Twitter @marialuis91 – lequel m’a bloqué, à force que je lui pose des questions. Le compte Facebook @awdnews diffuse un peu d’articles issus d’awdnews.com, mais le gros de ses publications est constitué de statuts de la page « monde meilleur sans Israël », dont l’intitulé se passe d’explications.

Je trouve intéressant le peu d’efforts que fait AWDnews pour masquer sa bizarrerie et effacer ses traces — il est par exemple assez étonnant que les gens qui gèrent un média destiné à avoir l’air institutionnel et sérieux soient si peu paranoïaques dans le recyclage de leurs comptes Twitter et de leur utilisation d’images. Cela peut n’être que de l’incompétence, mais ça me donne l’impression que ce site ne cherche surtout pas à fédérer un lectorat, à être suivi de manière attentive, mais au contraire à installer, par petites touches et sans se faire remarquer, une certaine vision du monde, auprès de ceux qui sont prêts à l’accueillir, bien entendu. Et cette vision, c’est celle d’un monde au bord de la guerre nucléaire, soumis aux manipulations et aux caprices des Illuminatis, de l’État d’Israël et des États-Unis, où l’unique obsession des pays occidentaux serait d’humilier ou de discréditer les pays d’orient.

Un certain culot… (« que sont les fausses informations ? Comment les repérer, et ce que vous pouvez faire pour les arrêter »).

AWDnews n’est qu’un site parmi bien d’autres qui tente de se faire passer pour un média sérieux afin de servir la propagande d’un État ou d’un groupe politique. Samuel Laurent avait consacré un article aux Vrais-faux sites d’information locale des militants identitaires (Infos Bordeaux, Rhône-Alpes Inf, Breizh Info, Lengadoc info, Nord Actu, Infos Toulouse, Infos Bordeaux, Paris Vox, Nice Provence), qui derrière une apparence anodine et la promesse d’informations locales brossent le portrait d’une France à feu et à sang, envahie par les musulmans, etc.
Il faut aussi s’intéresser aux médias plus troubles tels que Sputnik news ou Russia Today (RT), chaîne de télévision et site web, qui emploie d’authentiques journalistes et a même eu des prix pour certains reportages, mais dont la défense de la ligne de Vladimir Poutine est plus que partiale, et qui semble voir l’action du Mossad, de la CIA et des Illuminatis derrière tout ce qui se passe de mal dans le monde. Bien entendu, si on met de côté la passion de Russia Today pour l’ufologie, on peut faire exactement les mêmes reproches à un média d’une importance aussi considérable que Fox News. La particularité de sites comme AWDnews ou les sites de groupes identitaires divers est leur utilisation intensive et sournoise des réseaux sociaux pour appuyer leurs publications. Il s’agit purement et simplement de propagande, et nous sommes là assez loin des classiques conflits d’intérêt des grands médias, de leurs auto-censures, de leurs lignes éditoriales pas toujours assumées comme telles et de leur tendance naturelle à conforter le public dans ses préjugés.

I, Daniel Blake

décembre 8th, 2016 Posted in Interactivité au cinéma | No Comments »

idaniel_blake_affiche Très politisé, comme tous les films du réalisateur Ken Loach et de son scénariste Paul Laverty, Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake, 2016) raconte l’histoire d’un charpentier de cinquante-neuf ans qui a dû cesser de travailler pour se rétablir d’une crise cardiaque mais qui n’arrive pas à clarifier son statut vis à vis des services sociaux : son médecin lui interdit de travailler, mais sur la foi d’un questionnaire inadapté à sa situation, la société qui s’occupe de contrôler les allocataires des pensions lui impose de consacrer trente-cinq heures chaque semaine à la recherche d’emplois qu’il sera forcé de refuser ensuite. Il se lie d’amitié avec Katie (Hayley Squires), une mère célibataire qui a dû quitter Londres pour Newcastle où elle ne connaît personne mais où on lui a attribué un logement social. Daniel et Katie sont, chacun à sa manière, victimes d’une administration défectueuse, incapable de répondre à leurs situations autrement qu’en les culpabilisant, en les brimant, en les humiliant. Très documenté, construit à partir de nombreux témoignages, c’est presque un film didactique, mais la construction des personnages, la qualité du jeu de leurs interprètes (à commencer par l’humoriste Dave Johns, dans le rôle-titre), la volonté qu’a le réalisateur de rendre compte d’une réalité avec empathie et sobriété en font un film émouvant et marquant, ainsi qu’a dû le penser le jury du festival de Cannes, puisque I, Daniel Blake y a obtenu la palme d’or en 2016.

idaniel_blake_ordinateur

Le contexte misérable, les effets pervers de la privatisation des services sociaux mise en place en 2010 sous David Cameron et la revendication qu’a le héros du film de rester digne alors qu’on cherche à le briser sont très bien montrés, mais ce qui m’a surpris et particulièrement intéressé dane le film, c’est la manière dont la bureaucratie déshumanisée est bien exposée, et la finesse avec laquelle on comprend le rôle qu’y jouent Internet et les call-centers, qui sous couvert de faciliter les démarches pratiques servent avant tout à temporiser, à créer de la distance entre les services sociaux et ceux qui y recourent, mais aussi entre les problèmes et leur résolution. Lorsqu’une employée du Jobcenter Plus (qui gère les allocations chômage, le Service des retraites, la prise en charge du handicap) prend la responsabilité d’expliquer à Daniel le fonctionnement du site Internet de son propre service, elle est convoquée par sa supérieure : ça constituerait un fâcheux précédent. Du point de vue du spectateur, c’est pourtant l’humain qui constitue le motif d’espoir du film, puisque Daniel rencontre régulièrement des inconnus qui ne montrent aucune mauvaise volonté à lui donner un coup de main, comme il le fait lui-même. Katie rencontre elle aussi de nombreuses âmes charitables ou compatissantes, mais elle croisera aussi des gens qui n’ont aucun scrupules à tenter de tirer parti de sa détresse.
L’administration, elle, est présentée comme une machine impitoyable et absurde, faussement rationnelle, qui fait la morale à ceux qui n’arrivent pas à suivre ses règles kafkaïennes et leur applique des sanctions disproportionnées, mais ne se sent aucune obligation d’être efficace ou bienveillante.

Dans une bibl

La salle rit lorsque Daniel soulève la souris du bureau pour obéir aux instructions (lever la souris en haut de l’écran). Mais j’ai déjà assisté à la même scène amusante il y a quelques années seulement : les outils qui nous semblent à présent naturels ne le sont pas, et même sans en être conscients, ou sans nous en souvenir, notre familiarité avec l’écran, la souris, l’interface, est le fruit d’un apprentissage.

Daniel Blake n’a pas d’ordinateur chez lui, il n’en a jamais utilisé, il a tout à apprendre. On le voit notamment tenter laborieusement de remplir un formulaire en ligne et se trouver complètement désemparé lorsque le site web lui renvoie un message d’erreur assez cryptique relatif à une case qu’il a oublié de cocher. La plupart d’entre nous butons sur ce genre de problème quotidiennement, mais ils nous sont familiers, et nous savons, par exemple, qu’il suffit souvent de cliquer sur le bouton « page précédente » pour retrouver le formulaire et le compléter. Mais Daniel Blake fait partie des gens qui n’ont pas cette expérience, et pour qui une opération informatique assez banale est une cause de profonde perplexité et d’angoisse.
Les gens handicapés vis à vis des technologies au point de devoir se faire expliquer le fonctionnement d’une souris n’existeront peut-être plus un jour, et Moi, Daniel Blake constituera alors une excellente évocation de ce qu’ils ont vécu. On peut en revanche craindre que ce que ce que le film montre d’autre — des procédures, des sous-traitants, des call-centers, des numéros surtaxés et des formulaires derrière lesquelles s’abrite une administration impuissante — soit loin d’avoir disparu.

La crédulité de l’autre

décembre 4th, 2016 Posted in Fictionosphère, Non classé | No Comments »

J’étais passé à côté de l’info : le 16 novembre dernier, le tribunal correctionnel de Senlis a condamné un marocain de vingt-deux ans prénommé Ouahid à six mois de prison ferme, à l’issue desquels il sera expulsé du territoire français et interdit d’y reposer le pied pendant dix ans. Son crime est d’avoir consulté le site jihadology.net à deux-cent douze reprises.

radicalisation_signalement

Depuis l’introduction dans le code pénal du délit de consultation régulière de sites terroristes1, une douzaine de personnes ont été condamnées. Or il s’avère que le site jihadology.net, réalisé par le chercheur Aaron Zelin, chercheur en sciences politiques, spécialiste de l’histoire récente du proche-orient, est un site de recensement et d’étude de la propagande djihadiste et en aucun cas un site faisant la promotion de cette idéologie. Le jeune homme a indiqué qu’il avait été orienté vers ce site par un tweet d’un journaliste de France 24, mais l’argument n’a pas convaincu les magistrats (non-spécialisés dans les affaires terroristes), d’autant que l’accusé semble sentir un peu le souffre : il a tenté de se rendre en Turquie en passant par les Balkans, était déjà sous surveillance et c’est à la suite d’une perquisition à son domicile qu’on a découvert son historique de navigation sur Internet, lequel épaissit le faisceau de présomption qui l’entoure. Je veux bien croire que le condamné ait effectivement été « candidat au djihad » (pour reprendre une formule à la mode), mais je trouve terrible que sa condamnation s’appuie de manière erronée sur une loi elle-même problématique2 et que la décision ignore délibérément les faits3. J’imagine que ce détournement (pas d’autre mot) de la loi répond avant tout à une impuissance : on a des raisons de penser que l’accusé est potentiellement dangereux, mais on ne peut pas condamner quelqu’un qui n’a encore rien fait4 alors on se sert d’un quelconque autre prétexte, qui veut noyer son chien…

Selon

Selon le site Stop-djihadisme.gouv.fr (que l’on peut consulter régulièrement sans risquer la prison, j’espère), on comprend que la phase de radicalisation passe par le port de sweets à capuche. C’est à ce même vêtement que l’on identifie les inquiétants hackers tels que les représentent les banques d’images.

Une chose terrible dans cette affaire, c’est l’idée que toute curiosité doit être découragée : quand bien même il aurait effectivement été réceptif aux idées de DAECH, n’est-il pas préférable que ce jeune homme se renseigne auprès de sources qui ne sont pas maîtrisées par l’État islamique et sont susceptibles de lui apporter un recul scientifique ?
Cette loi, enfin, me semble motivée par la conviction qu’une personne ne peut pas réellement changer d’avis, qu’il ne sert à rien de discuter, d’argumenter, qu’il faut juste punir. Sans que le but et l’utilité à long terme de cette punition soit très établis.

Johann Eleazar Schenau, La Credulite Sans Reflexion (XVIIIe siècle)

Johann Eleazar Schenau, La Credulite Sans Reflexion (XVIIIe siècle)

Ce qui m’intéresse ici c’est cette idée que chacun de nous se fait de la crédulité d’autrui. Aucun d’entre nous, j’en suis certain, n’imagine pouvoir être atteint par une propagande contraire à ses convictions et à ses valeurs, et nous considérons tous que si une lecture modifiait notre vision du monde, c’est qu’elle contiendrait des informations nouvelles et des arguments justes et non pas parce que nous sommes perméables aux influences malveillantes. Or nous avons tendance à sous-estimer les autres, c’est un biais cognitif bien connu. Pour me prendre en (mauvais) exemple, j’adore traîner dans les rayons pseudoscientfiques des librairies : spiritualité, channeling, etc. Je me bidonne en lisant les quatrièmes de couvertures d’ouvrages improbables qui expliquent comment entrer en contact avec les anges ou les morts grâce à la physique quantique ou la méditation. Je sais parfaitement où je me positionne vis à vis de ces lectures. Mais quand je vois quelqu’un qui feuillette ces mêmes livres, mon premier réflexe n’est pas de penser qu’il le fait pour rire, j’imagine au contraire qu’il s’agit d’une personne prête à avaler n’importe quoi.
Quand je vois quelqu’un lire La Tour de Garde, j’imagine que c’est un témoin de Jéhovah ; quand je vois quelqu’un lire le Coran, je le suppose musulman ; quand je vois quelqu’un lire Gala, Le Nouveau détective ou Closer, j’imagine que la personne soutient la vision du monde véhiculée par ces journaux. Pourtant j’ai moi-même lu toutes ces publications, en considérant avoir un regard critique à leur égard et ne souscrivant pas à leur message. Je pourrais très bien prendre le parti d’imaginer que les lecteurs que je croise sont des chercheurs qui se documentent, ou des gens qui ont une quelconque autre raison professionnelle de les consulter. Mais mon préjugé prend le dessus — peut-être bien parce qu’il a statistiquement raison.

rayon_channeling

En travaillant sur l’histoire de la réception de la bande dessinée5, je suis tombé sur plusieurs affaires anciennes qui nous paraissent désormais cocasses, comme la « preuve » du caractère néfaste des bandes dessinées américaines qui était donnée dans un fascicule publié par les éditions ouvrières : chez un enfant meurtrier, on a retrouvé des Tarzan.

Dans La Presse enfantine - au royaume de Tarzan

Dans La Presse enfantine – au royaume de Tarzan (1952), par Jean Pihan et Gabriel Soumille. Cette publication fait suite à une autre intitulée Le presse féminine. Entre autres perles, les auteurs se plaignent de ce que les enfants préfèrent Tarzan à Fernandel, Albert Schweitzer, Pablo Picasso, mais aussi… Harry Truman et Joseph Staline ! Le premier est l’auteur des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki et le second, responsable direct de millions de morts !

Dans le même registre, j’ai appris que l’enfant de millionnaire américain ou japonais (selon version) qui s’est un jour tué en plongeant d’un gratte-ciel vêtu d’une cape et pensant voler comme Superman n’avait en fait jamais existé, bien que son histoire soit régulièrement citée, y compris par des gens sérieux, comme exemple de l’influence néfaste que la fiction peut avoir sur les esprits faibles.
La peur que l’autre subisse sans filtre l’influence de fictions semble souvent liée au sentiment que cet autre est inférieur : on a eu peur des jeux ou des lectures des enfants, des adolescents, des femmes, des faibles d’esprit, des pauvres, des ressortissants d’autres cultures. La naïveté que l’on prête à toutes sortes de catégories sert alors en quelque sorte de preuve de la supériorité qu’a sur elles celui qui se pose en juge de cette naïveté6. Peut-être est-ce la conséquence du besoin naturel que chacun de nous a d’avoir une bonne image de lui-même et de se rassurer sur sa position sociale : nous sommes importants car nous réfléchissons mieux que d’autres, nous sommes supérieurs car d’autres sont inférieurs, nous dominons car d’autres sont faits pour être dominés, nous nous méfions car d’autres sont trop confiants7, et la preuve de notre supériorité, c’est notre mépris.

...

Longtemps présentée par les historiens américains comme première bande dessinée (alors qu’elle n’en est pas réellement une),Yellow Kid (1896), par Richard Felton Outcault, a surtout été la première série à toucher un large public, et aussi la première dont on craint l’influence grossière et violente.

On a redouté que la lecture du Yellow Kid d’Outcault ne rende les new-yorkais pauvres violents. On a craint que les jeunes filles souffrent de rêver du grand amour que leur vantent les romans et deviennent folles en découvrant que Paul et Virginie, ce n’est pas la vraie vie. Que les jeunes hommes soient déçus de revenir à la réalité après avoir lu les romans d’évasion et d’aventure de Jules Verne. Et chaque fois qu’un jeune américain s’est acheté un fusil mitrailleur sur Internet pour commettre un carnage dans son école, on vérifie s’il jouait aux jeux vidéo, et souvent, on se conforte dans ses préjugés en découvrant que c’était bien le cas, sans se dire que rares sont les jeunes qui n’y jouent pas.

Bref, nous avons du mal à faire le pari de l’intelligence d’autrui mais nous tenons visiblement notre force de caractère pour acquise. Il est probable que nous ayons souvent terriblement tort dans l’un et l’autre cas.

Quelques vieux articles liés au sujet, sur ce blog ou d’autres : Faut-il faire taire l’insupportable ? ; Se défendre à tout prix d’un ennemi, jusqu’à le créer ; Circulez, y’a rien à lire ! ; Le jeu vidéo et la violence

  1. L’article 421-2-5-2 du code pénal, proposé sous Sarkozy en 2012 et voté sous Hollande le 3 juin 2016 punit de deux ans d’emprisonnement de 30 000 euros d’amende « Le fait de consulter habituellement un service de communication au public en ligne mettant à disposition des messages, images ou représentations soit provoquant directement à la commission d’actes de terrorisme, soit faisant l’apologie de ces actes lorsque, à cette fin, ce service comporte des images ou représentations montrant la commission de tels actes consistant en des atteintes volontaires à la vie ». Les journalistes, les chercheurs et les personnes qui effectuent des enquêtes judiciaires sont épargnées par cette loi, leur consultation étant réputée « de bonne foi ». []
  2. L’article de Paul Tomassi pour Rue89 explique bien la pente dangereuse que constitue l’institution d’un « délit de lecture ». []
  3. La procureure aurait dit en parlant de jihadology.net que «ce site prône la guerre sainte et demande à s’engager pour devenir un héros». Il suffit de lire la page de présentation du site pour être rassuré à ce sujet, pourtant. Ce qui pose peut-être le problème de la compétence des juges en matière de compréhension de la langue anglaise. []
  4. C’est ce que s’entendent dire les gens qui viennent voir la police pour signaler qu’ils se sentent menacés de violence : « tant que votre ex-mari ne vous a pas tuée, on ne peut rien faire pour vous, ma petite dame ». []
  5. Le résultat de mes recherches à ce sujet peut se lire dans Entre la plèbe et l’élite : Les ambitions contraires de la bande dessinée, éd. Atelier Perrousseaux, 2012. Isbn 978-2-911220-42-5. []
  6. et on remarque que chaque fois que les catégories regardées avec condescendance par tel ou tel moment culturel s’avèrent ne pas être aussi naïves et innocentes que prévu, elles deviennent des monstruosités qui effraient les braves gens : la femme qui tient à son indépendance sexuelle, l’enfant curieux de choses qui ne sont pas de son âge, le domestique qui suit les conversations, l’esclave qui manifeste son désir d’apprendre à lire, etc. []
  7. J’aimerais explorer un jour la peur du manque de vigilance d’autrui. Quand les gens de droite s’effraient des « bobos bisounours » qui ne voient pas que si on tend la main (au migrant, à la femme qui porte le hijab,…) on se fera manger le bras, ils s’indignent d’un excès de confiance, d’un optimisme qui selon eux mène au désastre. On trouve à gauche le même reproche d’aveuglement vis à vis d’autres sujets, comme l’écologie. []

Artifices 4 (1996)

novembre 6th, 2016 Posted in Cimaises, Interactivité | 3 Comments »

1996_artifices_langages_en_perspectiveLa biennale Artifices 4, qui s’est tenue dans la salle de la Légion d’honneur, à Saint-Denis, a duré du 6 novembre au 5 décembre 1996, cela fait donc exactement vingt ans.
Vingt ans, c’est long, alors j’ai un peu tout oublié. Je me souviens que j’avais commencé l’année précédente à donner des cours à l’Université Paris 8, et que pour préparer Artifices, Jean-Louis Boissier1 m’avait chargé d’accompagner la réalisation des œuvres numériques de plusieurs jeunes artistes, notamment étudiants de notre université ou d’autres écoles. Pendant des mois, dans la petite salle bleue électrique du Laboratoire esthétique de l’Interactivité puis, pendant l’été, chez moi, je me souviens avoir travaillé de manière plus ou moins soutenue — selon l’ampleur des projets —, avec Yacine Ait-Kaci, Florence Levert, Kaï-lung Chang, Andrea Davidson, Mei-ling Hsiao, Sabine Jamme et Emmanuel Lagarrigue. Je crois que j’avais donné un coup de main à Liliane Terrier pour son excellente œuvre Le Jardin des modems, un exemple précoce d’art contributif en ligne aussi ambitieux qu’impossible à faire fonctionner à l’époque autrement que comme prototype : Internet n’avait que quelques dizaines de milliers d’abonnés, lesquels auraient dû disposer pour bien faire d’une caméra et d’une connexion permanente…

Jeffrey Shaw, Place, a user manual

Jeffrey Shaw, Place, a user manual

J’étais aussi présent sur l’exposition en qualité de programmeur du CD-rom Double-Fond2, et, physiquement, dans un rôle de médiateur, puisque j’ai été rémunéré pour passer le temps de l’exposition, avec ma collègue Andre Urlberger, à guider les visiteurs dans le noir.
Je connaissais les œuvres par cœur. Celles de Jeffrey Shaw, l’invité d’honneur, dont le Golden Calf ferait rire aujourd’hui, puisque n’importe quel gamin pourrait réaliser le même avec son smartphone, mais qui pour l’époque était incroyablement high-tech.

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La disposition de la salle (issu de La relation comme forme, par Jean-Louis Boissier, éd. Mamco 2004)

En dehors des deux installations de Jeffrey Shaw et de Histoire de…, par Jean-Marie Dallet, le parti-pris de l’exposition était de ne pas cacher les ordinateur et de montrer les œuvres dans des conditions qui auraient pu être celles du foyer ou du bureau. Certaines œuvres étaient aussi projetées sur un écran. Il y avait des sites Internet (äda’Web, Light on the net project, File room, Synesthésie…) et de nombreux cd-roms de chercheurs ou d’artistes (Tony Brown, Laurie Anderson, Dominique Gonzalez-Foerster, Alberto Sorbelli,…), mais aussi quelques cd-roms « industriels », comme celui du Petit Robert.

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Le Cd-rom Double-fond

Ce parti-pris assez radical et opposé à la tradition du musée autant qu’à celle de l’esbroufe des démonstrations technologiques-magiques établissait l’ordinateur non seulement comme outil mais aussi comme média, comme support originel d’œuvres d’art. Ce fait est peut-être une évidence à présent mais qui était loin de l’être à l’époque. Rien n’était une évidence, d’ailleurs, je me souviens avoir dû expliquer le fonctionnement de la souris à plusieurs personnes qui, dans l’enthousiasme de la découverte de l’interactivité, soulevaient régulièrement la souris au dessus de la table et ne comprenaient plus l’absence de réaction de l’écran à leurs mouvements. Pour de nombreux visiteurs qui découvraient le réseau à l’occasion de l’exposition, la nature d’Internet a dû être encore plus mystérieuse.

Liliane Terrier, Le Jardin des modems

Liliane Terrier, Le Jardin des modems (captures)

Des ateliers étaient organisés pour enseigner aux curieux les langages HTML et Javascript. Outre ces ateliers, un certain nombre de conférences et de table-rondes se sont tenues avec des personnalités telles que Pierre Lévy, Simon Lamunière, George Rey, Anne-Marie Duguet et bien d’autres. Pendant une conférence, je me souviens que Jean-Marie Dallet a pris le micro pour annoncer l’attentat du RER à la station Port-Royal.

Je sais que les différentes éditions d’Artifices ont durablement marqué de nombreux amateurs ou créateurs, et que celle-ci — malheureusement la dernière3 — a joué un rôle fondateur dans mon parcours professionnel. Certaines personnes croisées à l’époque ont disparu de mon radar, mais beaucoup restent des amis et/ou des collègues.

1996_artifices_jmdallet

Jean-Marie Dallet Histoire de…

Mais voilà, je n’ai pas d’images pour fêter cet anniversaire ! En 1996, la photographie numérique balbutiait et l’argentique coûtait trop cher pour que je m’amuse à prendre des photos dans une pièce plongée dans le noir. Je ne remets pas la main sur le (très intéressant) catalogue (mis en page pas Félix Müller), je ne trouve même pas une reproduction de l’affiche4. Bon anniversaire quand même, Artifices 4 !

Mise-à-jour : Jean-Marie Dallet et Jean-Louis Boissier m’ont fait parvenir des images, que j’ai intégrées à l’article.

  1. Jean-Louis vient de sortir un livre : L’écran comme mobile, éd. Presses du Réel. Isbn 978-2-940159-86-4. Il fait suite à La relation comme forme – l’interactivité en art, paru il y a déjà (bigre !) douze ans. []
  2. Isabelle Dupuy avait invité Marie-Ange Guilleminot à inviter elle-même d’autres artistes, à savoir Fabrice Hybert (à l’époque il y avait un « t » à la fin de son nom), Peter Kögler et les Lewandowsky. La réalisation était assurée par Jean-François Rey, Liliane Terrier, Jean-Marie Dallet et moi-même. []
  3. Un site Internet a été créé sous le nom Artifices 5 avec pour but de constituer un observatoire de la création artistique en ligne. Parmi les raisons qui expliquent qu’Artifices 4 ait été la dernière édition de cette biennale pionnière, je suppose qu’il y a la classique crise de croissance qui touche toutes les manifestations qui prennent de l’ampleur et dont le budget lui aussi naturellement amené à augmenter effraie ceux qui contribuent à le financer. Par ailleurs, pour la ville de Saint-Denis, la priorité de 1998 était le coupe du monde de football, et non une biennale d’art numérique. Lors de l’inauguration d’Artifices 4, Jean-Louis Boissier avait annoncé que les prochaines éditions seraient virtuelles, laissant le maire Patrick Braouzec perplexe, ce dernier doutant que ses administrés soient nombreux à accéder au réseau avant longtemps. []
  4. Si quelqu’un a des images à me proposer, je prends, je les intégrerai à l’article. []

Utopiales 2016

octobre 24th, 2016 Posted in Conférences, Personnel | No Comments »

utopiales2016Cette année, le festival des Utopiales, à Nantes, me fait le plaisir et l’honneur de m’inviter à participer à quatre tables rondes. Créé en 1998, il s’agit du plus important festival français consacré à la science-fiction (littérature, bande dessinée, cinéma, jeu vidéo,…) et, m’a-t-on toujours dit, d’un des festivals français les plus plaisants, tous sujets confondus. Cette année, il tournera autour du thème des machines.
Voici les quatre événements où j’interviendrai :

  • Samedi 29 octobre à 12h00, scène Shayol, je débattrai avec Ann Leckie, Frédéric Landragin, Sylvie Lainé, Denis van Waerebeke et Pascal J. Thomas (modérateur) au sujet de l’ntelligence Artificielle.
  • Dimanche 30 octobre à 13h00, Agora de M. Spock, je parlerai de La petite bédéthèque des savoirs avec Daniel Tron et Gilles Francescano (Modérateur)
  • Dimanche 30 octobre à 18h00, scène Hetzek, Gwen de Bonneval m’invite avec  Philippe-Aubert Côté, Alain Damasio, Milad Doueihi et Sylvie Denis autour du thème « Technologie versus effondrement ».
  • Mercredi 2 novembre à 10h30, Scène Shayol, je discuterai des « Bienveillantes machines de science-fiction » avec Sara Doke, Ann Leckie, Paolo Bacigalupi et  Pascal J. Thomas (modérateur).

Les Utopiales seront riches de bien d’autres événements : tables-rondes, avec des dizaines d’invités, signatures, expositions, et bien projection de courts et de longs-métrages, dont certains en exclusivité. Entre autres invités, signalons Mathieu Burniat1, avec qui je suis en train de terminer un livre — mais pas Marion Montaigne, qui sera au festival de bande dessinée de Saint-Malo, qui a lieu aux mêmes dates.

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Les conférences au CNAM et à l’ENSCI. Je remarque que je porte le même tee-shirt, une composition du génial Josef Albers. Je vais essayer d’avoir plus d’imagination pour les Utopiales !

Je profite de l’occasion pour signaler que l’on peut désormais visionner en ligne deux conférences récentes auxquelles j’ai participé : Paroles d’auteurs – Intelligence artificielle, avec Marion Montaigne, au Conservatoire National des Arts et Métiers le 2 juin 2016 (animé par Daniel Fiévet) ; Putsch#2 : les facettes créatives du code, à l’école nationale supérieure de création industrielle, avec Quentin Caille, Jean-Michel Géridan, Sylvie Tissot et Geoffrey Dorne.

  1. Mathieu Intervient le 30 octobre à 15h00, scène Shayol, avec Thibault Damour, pour parler de leur excellent Mystère du monde quantique, publié aux éditions Dargaud en mars dernier. []

Se défendre à tout prix d’un ennemi, jusqu’à le créer

octobre 9th, 2016 Posted in Écrans et pouvoir, Fictionosphère, Les pros, Parano | 1 Comment »

Entre 2006 et 2011, les États-Unis (et plus précisément le Pentagone, la CIA et le Conseil de sécurité nationale) ont dépensé plus d’un demi-milliard de dollars pour commander à l’agence de relations publiques britannique Bell Pottinger du matériel de propagande, d’abord destiné à promouvoir la tenue d’élections démocratiques en Irak, mais qui a vite dévié vers quelque chose d’absolument impensable : la production de fausses vidéos attribuées à Al Qaeda.

pentagone

L’affaire a été révélée par Martin Wells, employé en Irak comme monteur par Bell Pottinger entre 2006 et 2008. Le Bureau of investigative journalism, qui a enquêté sur les affirmations de Martin Wells, a reçu la confirmation par Bell Pottinger et par le Pentagone de l’existence d’un contrat de cent-vingt millions de dollars par an liant l’agence de relations publiques à l’administration américaine, en partie sous l’autorité d’un groupe dédié aux opérations psychologiques (joint psychological operations task force), et a interviewé une demi-douzaine de personnes directement concernées. Selon l’enquête journalistique, trois types d’images ont été produites dans ce cadre : des publicités présentant Al Qaeda de manière négative ; de faux extraits d’émissions diffusées par des télévisions arabes (destinées au public occidental ?) ; et enfin, des vidéos faisant la promotion d’Al Qaeda, gravées sur des milliers de CD-roms disséminés aux quatre coins de Bagdad. Un des buts de cette dissémination aurait été d’identifier les sympathisants d’Al Qaeda : les CD-roms contenaient un petit bout de code qui contactait la plate-forme Google Analytics et permettait de connaître les adresses IP de leurs utilisateurs.

Explosion d'une voiture piégée en Irak en 2005

Explosion d’une voiture piégée en Irak en 2005. Photographie : Ronald Shaw Jr., pour le compte du Département de la Défense des États-Unis.

Cette information est troublante, car Google Analytics, aujourd’hui en tout cas, s’interdit de révéler l’adresse IP des personnes qui accèdent à un contenu, et si c’était déjà le cas en 2006 (je n’en ai pas de souvenir), alors il fallait que Google, qui dispose de ces informations, les fournisse. Outre la question du fonctionnement de Google Analytics, d’un point de vue pratique, il fallait que les personnes qui visionnent le CD-rom disposent d’une connexion (entre 2006 et 2008, seuls 1% des irakiens avaient accès à Internet) et se montrent très imprudents, deux conditions qui laissent imaginer un rendement assez faible : pour identifier quelques personnes visionnant le CD-rom (ce qui d’ailleurs ne suffisent pas à prouver une sympathie : ne regardez-vous, ne lisez-vous que des choses avec lesquelles vous êtes en accord ?), il fallait diffuser des milliers de vidéos de propagande djihadiste suffisamment crédibles pour convaincre les sympathisants d’Al Qaeda de la vitalité de l’organisation. Plus tordu encore, ces vidéos, que ça ait été leur but de départ ou non, sont parvenues dans les mains des médias et ont servi, bien au delà des frontières de l’Irak, à convaincre le monde entier de la vigueur d’Al Qaeda, et donc, bien sûr, à en convaincre les étasuniens et à persuader ces derniers du bien-fondé de la guerre qu’ils menaient chez le 7e producteur mondial de pétrole. La loi américaine interdit à l’État fédéral de soumettre le peuple à la propagande, mais peut difficilement empêcher la propagande destinée à d’autres pays de lui revenir ensuite.

Sans être

Sans comparer la gravité des faits, et en soupçonnant plus d’opportunisme et de naïveté que de calcul et de manipulation, je suis intéressé par le cas récent du Burkini : les médias qui veulent illustrer ce vêtement piochent dans un stock d’images assez réduit : images de promotion réalisées par la marque qui le commercialise, ou photographies de deux australiennes venues braver les plagistes de Villeneuve-Loubet en burkini, apparemment pour le compte de la chaîne de télévision australienne Channel 7 qui cherchait à provoquer des réactions sur les plages pour pouvoir les filmer ensuite… À croire que ce vêtement ne se rencontre pas assez souvent pour susciter une iconographie variée. Combien d’exemplaires de cette tenue ont été vendues en France avant qu’on lance une campagne contre elle ? Je ne suis pas loin de penser que la mode du burkini autant que l’hostilité à son encontre, d’ailleurs, ont été forgées médiatiquement de manière très artificielle.

Plus d’une quarantaine de sociétés ont été embauchées par l’administration américaine pour produire du matériel de communication lié à la troisième guerre du Golfe, comme Bell Pottinger ou comme le Lincoln Group, qui a lui aussi reçu une centaine de millions de dollars, en 2004, pour diffuser dans la presse irakienne des informations qui appuyaient le point de vue étasunien. Cette opération de mystification et de corruption a été révélée par le Los Angeles Times en 2005. La Maison-blanche avait assuré découvrir l’affaire par l’enquête journalistique, mais le commandement militaire américain a finalement admis la manipulation, expliquant que ce n’était qu’une réponse « de bonne guerre » aux désinformations provenant du camp adverse. Le Lincoln Group a rapidement disparu et l’affaire n’est pas allée loin.

Il y existe de nombreux précédents dans l’histoire récente des États-Unis, les plus célèbres sont le programme de contre-espionnage intérieur COINTELPRO, destiné à discréditer diverses menaces intérieures (KKK, Black Panthers, amérindiens, Weathermen, Parti communiste, féministes, pacifistes,…) notamment par l’infiltration et la calomnie ; l’opération Stay-Behind, destinée à discréditer le communisme dans toute l’Europe (et notamment en Italie avec le groupe Gladio) ; l’Opération Northwoods, heureusement refusée par Kennedy et qui proposait de discréditer le régime de Fidel Castro en organisant des attentats attribués à Cuba sur le sol américain.
Ces coups-montés ont été révélés par des journalistes, mais aussi par des enquêtes parlementaires ou par la déclassification de documents, car on doit reconnaître aux États-Unis une capacité unique à enquêter sur les zones d’ombre de leur propre histoire — il est probable qu’ils ne soient pas seuls à se rendre coupables de manigances tordues, mais personne ne sait mieux les avouer (s’en vanter ?) ensuite.

Prête à

En 1788, prêt à se lancer dans une guerre contre sa cousine Catherine de Russie alors que la constitution lui interdisait d’être à l’origine d’un conflit, le roi Gustav III de Suède a commandé de faux uniformes russes au couturier de l’Opéra Royal, afin d’envoyer des soldats de sa propre armée, déguisés, en attaquer d’autres au poste frontière de Puumala, lui fournissant le casus belli attendu. La courte guerre russo-suédoise a duré deux ans et n’a pas eu de conséquences géopolitiques, Gustav III ne cherchait pas à conquérir la Russie, le conflit ne servait qu’à distraire ses sujets dans un contexte politiquement difficile pour lui. Plus d’une trentaine de milliers de personnes ont trouvé la mort directement ou indirectement au cours de cette guerre. Le roi Gustav III a été assassiné deux ans plus tard.

Même si elle ne semble pas si étonnante rétrospectivement, la révélation de cette incroyable manipulation donne un peu le vertige, puisque l’on comprend que les États-Unis, pour pouvoir combattre Al Qaeda en Irak, ont été obligés d’inventer Al Qaeda en Irak, ou en tout cas, ont été forcés de donner à Al Qaeda une importance imaginaire. Même sans être complotiste, on est forcé de se demander jusqu’où les choses sont allées : ces images ont-elles suffi, ou bien certaines explosions de véhicules, ou certains enlèvements et exécutions pourrait-ils faire partie de la communication étasunienne en Irak ? Lorsqu’une antenne de la Croix-Rouge ou de l’ONU est victime d’un attentat, ou lorsqu’un journaliste anglo-saxon ou un des ressortissants coréens, turcs, bulgares, sont enlevés et exécutés, on peut imaginer que cela participe à légitimer l’action militaire étasunienne aux yeux de ses citoyens comme à ceux du reste du monde.

Dans un rapport

Dans le rapport Illusion of justice (21 juillet 2014), l’ONG Human Rights Watch et l’institut des droits de l’homme de la faculté de droit de l’Université Columbia accusent le FBI d’avoir sciemment poussé des musulmans américains à commettre des attentats sur le sol des États-Unis, allant jusqu’à les payer pour et à encadrer logistiquement un jeune homme atteint de troubles mentaux, Rezwab Ferdaus.

Bien sûr, on ne veut pas y penser trop, puisque cela nous rangerait dans le camp honni des croyants en une théorie du complot. Le public désire peut-être même si fortement ne pas penser à tout cela que l’information de la création par les États-Unis d’images attribuées à Al Qaeda, bien que relayée par les grands médias de tout bord et du monde entier, n’a fait que peu de vagues. En l’évoquant, ces jours derniers, je constate que peu de gens y ont prêté attention ou l’ont enregistrée. Je suis curieux de savoir comment les journaux télévisés ont traité l’affaire, car je n’ai rien vu passer. La grande presse, depuis le Figaro1 au Times of Israel en passant par France 24, la Tribune de Genève et l’Independant, a relayé l’information, et souvent sans utiliser le conditionnel2. Même si le premier média à l’avoir dévoilé est l’américain The Daily Beast, je remarque que les journaux américains, apparemment obnubilés par la campagne présidentielle et focalisés sur le danger que représente Donald Trump plus que sur le bilan des deux derniers présidents, n’ont pas donné un écho significatif à l’affaire.

...

Un flyer anti-Ben Laden produit dans le cadre des opérations psychologiques US, en Afghanistan. De la propagande assez banale, avec un faux-air du They Live (1988) de John Carpenter.

Il y a pourtant de quoi s’inquiéter, et se demander dans quel monde on vit si l’ennemi contre lequel on se défend a été sinon créé, du moins aidé à exister significativement par ceux-là même qui se défendent de lui.

Avertissement : à partir de ce point, l’article devient un peu vaseux

Dans son Retour au meilleur des mondes (1958), Aldous Huxley affirmait que « l’avenir [du totalitarisme] a des chances de ressembler au Meilleur des mondes plutôt qu’à 1984« . La dictature stalinienne décrite par Orwell (ou sa prédécésseure Karin Boye), qui s’appuie avant tout sur la crainte du dictateur, est une idée effectivement démodée, mais la civilisation de le soumission volontaire et de l’abrutissement (loisir, plaisir, drogues) imaginée par Huxley ne suffit sans doute pas non plus, car l’être humain se satisfait rarement de ce qu’il a et ne déteste pas toujours réfléchir3.
La civilisation étasunienne qui nous sert de référence est bien une civilisation de distraction et de consommation, comme dans Le Meilleur des mondes, mais c’est aussi, comme dans 1984, une civilisation fondée sur la peur. Non pas la peur d’un état totalitaire, mais la peur de l’autre : l’asocial futur tueur de masse, le policier si on est noir, les noirs si on est blanc, et plus généralement, la peur du l’ensemble des autres pays du monde. Cette peur s’entretient à coup d’inégalités criantes, en favorisant la circulation des armes à l’intérieur du pays, en vivant dans l’ignorance du reste du monde, et enfin, en maintenant un perpétuel état de guerre à l’extérieur de ses frontières, une guerre qui se veut défensive, généralement de manière préventive, et souvent dans des pays qui disposent en abondance de matières premières convoitées. Évidemment.

ontemanipule

Communication un peu maladroite du gouvernement qui n’a pas peur de dire au citoyen : « On te manipule ». Avant de pouvoir consulter le site, le lecteur est accueilli par une annonce qui lui propose de de s’inscrire à la mailing-list du gouvernement. Le message est un peu trouble : « on te manipule point fr et on t’inscrit à la mail-list du premier ministre ». Hrem. Sur le site, on peut visionner une vidéo mettant en scène l’humoriste Kevin Razy dans deux rôles : d’un côté, un garçon crédule qui parle avec un accent de zonard et est vissé à son écran d’ordinateur, et de l’autre un jeune homme bien peigné qui explique posément qu’il faut exercer son esprit critique et ne pas croire tout ce qu’on trouve sur Internet. Intéressant conseil de la part d’un site Internet produit par le gouvernement qui a institué le « délit de consultation de sites djihadistes » voulu par Sarkozy il y a quelques années. On n’exerce pas l’esprit critique à coup de « circulez, y’a rien à voir ! ».

En février dernier, on m’a invité à intervenir sur le plateau d’une prestigieuse émission en prime-time, au sujet des théories du complot, que le gouvernement français avait décidé de combattre activement en lançant le site OnTeManipule.fr. Je n’aurais eu que quelques heures pour me préparer et j’ai aussitôt refusé, et aussitôt regretté de l’avoir fait, car plus j’y ai réfléchi et plus je me suis convaincu que, peut-être, j’aurais bel et bien eu des choses à dire sur le sujet. Même si je n’y suis pas spécialement « bon client » (mais je progresse), j’adore parler à la télévision ou à la radio. Je me console d’avoir refusé en me disant que je n’aurais peut-être pas eu l’habileté verbale et la présence d’esprit nécessaires pour être certain de ne pas être compris de travers, et pour qu’une phrase extraite de son contexte ne soit pas montée en épingle. Il faut dire que mon premier réflexe au sujet des théories du complot est l’affirmation périlleuse qui suit : les complots existent.
Puisqu’ils existent — et on en connaît depuis l’antiquité —, il est assez naturel que chacun de nous se demande, face à un événement inhabituel, si la vérité est bien ce qui nous apparaît ou ce que l’on nous impose de manière officielle. Chez certains, cette curiosité prend un tour paranoïaque : pour eux, rien n’est jamais ce qu’il semble — à commencer par le bien et le mal —, la vérité est cachée, le mensonge est omniprésent4, et aucun fait n’est imputable au hasard5..

L'émission Les Clés des médias, par FranceTVéducation, est plutôt bien faite, mais son épisode sur la théorie du complot est un peu étrange : il raconte les malheurs de Kamel, qui a de mauvaises notes en anglais et pense être victime d'un complot. Sa mère lui explique la locution théorie du complot, en prenant l'exemple de la destruction du World Trade Center, en 2001, ce qui rend le jeune homme perplexe : ceux qui croient à ça [qu'un président pourrait commanditer une attaque contre son propre peuple], "c'est des débiles ?". On connaît pourtant plus d'un président qui, sans rien cacher, d'ailleurs, a jugé pertinent d'envoyer les citoyens de son pays mourir loin de chez eux pour servir des objectifs dont ils ignoraient tout.

L’émission Les Clés des médias, par FranceTVéducation, est plutôt bien faite, mais son épisode sur la théorie du complot est un peu étrange : il raconte les malheurs de Kamel, qui a de mauvaises notes en anglais et pense être victime d’un complot. Sa mère lui explique la locution théorie du complot, en prenant l’exemple de la destruction du World Trade Center, en 2001, ce qui rend le jeune homme perplexe : ceux qui croient à ça [qu’un président pourrait commanditer une attaque contre son propre peuple], « c’est des débiles ? ». Je ne fais pas partie des gens qui croient à une volonté étasunienne dans les attentats du 11/9 (j’y vois en revanche le boomerang qui revient dans la figure de celui qui l’a lancé), mais les attentats ne sont qu’une forme de guerre parmi d’autres et on connaît plus d’un chef d’État qui, sans rien dissimuler, d’ailleurs, a jugé pertinent d’envoyer les citoyens de son pays mourir loin de chez eux pour servir des objectifs dont ils ignoraient tout.
Par ailleurs, qualifier les gens qui poussent leur imagination au delà des limites qu’on a tracées pour eux de « débiles » ou de les supposer manipulés n’est pas spécialement propice à encourager l’esprit critique, vanté par la séquence, c’est juste une manière vexante d’imposer un argument d’autorité.

L’idée que nous vivons dans un monde simulé, à la manière de Matrix ou de Simulacron 3, a été énoncée par le philosophe Nick Bostrom, et plus récemment par Elon Musk, qui ont inspiré un récent rapport de la Bank of America Merril Lynch, qui estime la probabilité que ce que nous considérons comme la réalité soit en fait une simulation informatique entre 20 et 50%. On apprend cette semaine que deux milliardaires américains anonymes envisagent si fortement cette éventualité qu’ils financent des chercheurs pour trouver le moyen de « hacker » la réalité, de s’en extraire.
Il n’y a pas assez de « glitchs » dans la matrice pour que je prête personnellement foi en cette irréfutable6 croyance techno-gnosticienne, mais je remarque que notre réalité est bel et bien « hackable » à coup d’images, d’icônes, de récits, enfin de tout un imaginaire qui fait exister les Al Qaeda, les Daech et les burkinis, qui font exister Éric Zemmour et Nicolas Sarkozy.
Philip K. Dick a écrit que la réalité est « ce qui continue d’exister lorsqu’on cesse d’y croire » (il a aussi dit qu’elle n’était qu’un point de vue), mais une partie de la réalité la plus concrète qui soit peut être produite par des fictions.

"Sens commun" est le nom d'une association politique issue de la Manif pour "tous", et autres "Printemps français".  think tank

J’ai compilé quelques visuels piqués sur le site de « Sens commun »7.
Je trouve intéressante leur intention affichée de « réconcilier la politique avec le réel », car leur projet de reconquista du pays par les valeurs d’une bonne grosse droite/extrême-droite qui se considère plus légitimement catholique que son pape, propose le contraire d’une réconciliation entre le réel et la politique, ils semblent plutôt vouloir imposer au réel de s’accorder à leurs représentations et à leurs préjugés, notamment en matière de mœurs : leur « réel » n’est pas celui des scientifiques, un objet de recherche et d’exploration, c’est est un argument d’autorité pour imposer ce qu’annonce leur nom : un « sens commun », une opinion jugée supérieure au raisonnement autant qu’aux faits nouveaux.
On remarquera que leur imaginaire est sous influence américaine, puisque pour illustrer l’importance pour la France de s’engager dans l’Otan, ils utilisent une photographie de l’opération Golden pheasant, menée par Ronald Reagan au Honduras en 1988, et que leur visuel « au service de la France » est un piteux pastiche de l’élévation du drapeau sur Iwo Jima, une des plus célèbres photographies de la mythologie iconique américaine.

Les amateurs de complotisme s’excitent sur les manipulations invisibles, et bien entendu il en existe pléthore, mais j’ai l’impression que les guerres (idéologiques, économiques, militaires) auxquelles nous participons (parfois à notre insu) se déroulent plus que jamais sur le terrain de l’imaginaire — il suffit de penser avec quelle facilité nous nous forgeons un avis tranché sur d’innombrables faits auxquels nous ne sommes absolument pas reliés, ou de voir les craintes que nous éprouvons face à des menaces dont l’existence tangible n’est pas prouvée, et de voir à quel point ces craintes nous mènent à agir contre notre intelligence et nos principes — je rappelle souvent cette vérité : pour faire rentrer les poules dans un poulailler, il ne faut pas les appeler, il faut les diriger en marchant derrière elles.

Je ne sais pas trop si la fin de cet article est intelligible, mais tant pis, on en recausera, et en attendant, je clique sur le bouton « publier ».

  1. Sauf erreur, le très atlantiste Le Monde n’en a pas parlé, mais des médias appartenant au groupe comme le Courrier International, ou ayant des financeurs en commun comme L’Obs et le Huffington Post, si. Libération ne semble pas s’être intéressé au sujet non plus. []
  2. Curieusement, c’est la presse gratuite ou provinciale qui préfère annoncer les choses au conditionnel, tandis que les médias plus réputés ont pour la plupart publiés des articles affirmatifs. []
  3. La meilleure description des traits haïssables de la civilisation américaine, et la meilleure évocation de leur caractère séduisant, reste pour moi le film Starship Troopers (1997), par Paul Verhoeven, []
  4. L’omniprésence du mensonge dans la société humaine est une vérité aussi, du reste, et nous sommes bien placés pour savoir à quel point puisque nous mentons nous-mêmes tous les jours. Lorsque l’on vous réveille d’un coup de téléphone et que vous bredouillez « non non, je dormais pas », vous venez de commencer votre journée sur un mensonge, et ce n’est pas le dernier : il y a cet horrible nourrisson que vous trouverez « très beau » ; cette anecdote que vous attribuerez à un ami mais qui est en fait celle d’un ami d’ami d’ami ; ce retard ou cette absence dont vous n’oserez pas donner la véritable raison ; etc. Il ne s’agit bien sûr pas de manipulation, mais il n’en reste pas moins vrai que dans bien des cas, le mensonge est un réflexe, une manière d’éviter de trop longues conversations, une manière de garder le beau rôle, ou de ne vexer ou inquiéter personne. Les États (et leurs dirigeants) sont sans doute assez naturellement amenés à raconter des histoires simples ou à éviter d’admettre les faits qui les déshonorent, ou tout simplement parce que, comme l’a dit un jour Mark Twain, la réalité est, contrairement à la fiction, dispensée d’être vraisemblable (« The only difference between reality and fiction is that fiction needs to be credible”), ce qui signifie que pour présenter la réalité de manière satisfaisante, il faut souvent en faire une fiction.  []
  5. J’ai toujours pensé qu’il existe un lien entre la foi en une divinité et les croyances compotistes. Dans les deux cas, il y a l’envie de croire que tout ce qui advient est le fruit d’une volonté infaillible et le résultat d’une planification. []
  6. Irréfutable au sens épistémologique, puisque l’on ne peut en prouver ni la validité ni la fausseté. []
  7. Sens commun est une association politique issue de la Manif [soi-disant] « pour tous », et autres « Printemps français » qui entend aider le centre et la droite à se décaler vers des valeurs humanistes telles que l’augmentation de la dépense militaire, l’enseignement aux enfants de l’amour de la patrie, l’interdiction de construire trop de logements sociaux, la suppression de l’impôt sur la fortune (et plus généralement un rééquilibrage des impôts, afin que les pauvres se montrent un peu plus solidaires des riches), et vers une écologie dont le prémisse est que « l’homme est la clef de voûte de la nature ». Ils aiment bien le mot « clef de voûte » car pour eux, la clef de voûte de l’humanité, c’est la famille traditionnelle, avec mariage officiel entre personnes de sexe différent. []

L’attaque des objets connectés

septembre 26th, 2016 Posted in Interactivité | 1 Comment »

OVH vient apparemment d’être victime de la plus violente attaque DDoS jamais enregistrée dans l’histoire d’Internet1. Ce genre de phrase avec deux sigles geeks va faire fuir plus d’un lecteur, mais je vais essayer d’expliquer de quoi il s’agit et pourquoi c’est intéressant.

Octave Klaba, le fondateur d'OVH

Octave Klaba, le fondateur d’OVH, a annoncé l’attaque sur Twitter…

OVH, société fondée à Roubaix en 1999, est le troisième hébergeur internet au monde. Un hébergeur internet, c’est une société qui possède des centres de données dans lesquels des milliers de serveurs font exister des millions de sites web. La page que vous êtes en train de lire en ce moment a été envoyée à votre navigateur web, qui en a fait la requête, par un serveur hébergé par un concurrent d’OVH. Le data center dans lequel se trouve mon serveur est un bâtiment situé à Vitry-sur-Seine auquel seules de rares personnes peuvent accéder, après scan biométrique et en présentant un badge RFID. Dans ce centre de données, il y a des gardes armés nuit et jour, une surveillance vidéo constante, une protection contre les incendies, et douze générateurs diesel prêts à démarrer en cas de panne électrique et à fournir de l’énergie pendant trois jours. Bref ça ne plaisante pas — si je me fie à la plaquette promotionnelle en tout cas.
Mais toute cette sécurité physique n’empêche pas le data center, comme les serveurs qu’il héberge, de pouvoir être menacés par des attaques logiques, des attaques purement informatiques, venues du réseau. Parmi les attaques de ce genre, les attaques DDoS sont d’une efficacité redoutable.
Avec une attaque DDoS (attaque par déni de service), une machine présente sur le réseau (serveur ou routeur, typiquement) est submergée de requêtes, jusqu’à être incapable de fonctionner normalement. L’attaque contre OVH a connu un pic à 1Tbs, c’est à dire qu’à chaque seconde, il a eu un terabit (125 Go, à ne pas confondre à un terabyte, c’est à dire un To) de requêtes à traiter. Les requêtes typiques qui circulent sur le réseau ne pèsent que quelques centaines d’octets, il en faut donc énormément pour atteindre un Terabit par seconde. On peut comparer le DDoS aux sessions parlementaires où l’opposition dépose des milliers d’amendements dans le seul but de ralentir les travaux. Ou à un restaurant dans lequel une cuisine qui ne serait capable d’envoyer que cent plats par heure recevrait cinquante commandes par minute : ce ne sera pas possible de traiter toutes les commandes, il faudra donc inévitablement laisser certains clients rentrer chez eux affamés et mécontents, et si la cuisine tente de satisfaire toutes les requêtes qui lui sont faites, elle se retrouvera rapidement bloquée. L’attaque par déni de service ne repose pas sur une intrusion, un piratage, elle provoque une interruption du service en demandant aux serveurs de faire ce pourquoi ils sont prévus, mais à une cadence excessive.

Comment est né Internet, comment fonctionne Internet ? Que sont les mèmes, les trolls, comment fonctionne la criminalité en ligne, etc.

Comment est né Internet, comment fonctionne Internet ? Que sont les mèmes ? les trolls ? Quel est le poids du « cloud » ? Comment fonctionne la criminalité en ligne ? Tous ces thèmes et bien d’autres sont traités par une hackeuse géorgienne de soixante-quinze ans et son ami le câble dans l’album Internet, à paraître à la Petite Bédéthèque des Savoirs (éd. du Lombard), formidablement illustré par Mathieu Burniat (Le Mystère du monde quantique, éd. Dargaud 2016), sur un scénario de votre serviteur. La date de parution cet album n’est pas connue pour l’instant. Oui, on ne peut pas lire le texte sur cette image, c’est fait exprès, je veux juste donner envie.

Les attaques DDoS peuvent avoir plusieurs buts : chantage, cyberguerre, mais aussi hactivisme, comme lorsque des « Anonymous » se sont regroupés pour attaquer des société bancaires telles que Mastercard et Paypal, pour les punir d’avoir décidé de priver Wikileaks de moyen pour recevoir des dons.

Pour qu’une attaque de ce genre soit efficace et que ses initiateurs échappent aux poursuites judiciaires, il faut qu’elle émane d’une multitude de machines dont, tant qu’à faire, les propriétaires ignorent tout de l’opération à laquelle ils participent. Il existe des virus qui infectent des ordinateurs sans que leurs propriétaires en souffrent mais qui en font des armées de réserve prêtes à participer à des attaques DDoS. Il existe aussi des logiciels que l’on peut installer sciemment sur son ordinateur afin de participer à une campagne comme celles des « Anonymous » que j’évoquais plus haut.
Ce qui est intéressant ici, c’est que le réseau de machines utilisé était constitué de 150 000 caméras IP, c’est à dire des caméras de surveillance tout ce qu’il y a de banales, dont les images transitent par le réseau (et ne fonctionnent plus en réseau fermé, comme les anciens systèmes de surveillance dits CCTV, qui coûtaient bien plus cher) et qui embarquent un petit serveur web, généralement peu sécurisé. De nombreux modèles de caméras sont des passoires du point de vue de la sécurité des images produites2.

...

En cherchant un peu, je tombe sur les images créés par une caméra IP d’un modèle populaire il y a une quinzaine d’années..

L’attaque récente subie par OVH profite du faible niveau de sécurité de ces caméras (et, suposè-je, de la facilité avec laquelle on peut changer leur micrologiciel si l’identifiant et le mot de passe d’usine n’ont pas été modifiés) pour installer sur leur petit serveur un programme capable d’envoyer en continu des requêtes.
Les objets connectés, dont le nombre ne cesse de croître, ne sont pas toujours conçus avec le plus grand soin du point de vue de la sécurité, et sont rarement mis à jour par leurs constructeurs autant que par leurs utilisateurs (tant que ça marche, pourquoi en changer le logiciel ?). Un jour, votre grille-pain connecté (ou autre objet dit « intelligent ») tentera de faire tomber un centrale nucléaire iranienne dans le cadre d’un chantage de cybermafieux russes qui se feront passer pour des hackers chinois. Vous vous direz juste : mais qu’est-ce qu’il a à clignoter, ce truc ?3.

La boite à œufs

La boite à œufs intelligente, qui est capable en permanence de compter ses œufs et de nous dire leur nombre par téléphone alors que nous nous trouvons devant le rayon frais du supermarché. Qui sait si, depuis le fond du réfrigérateur, elle n’utilisera pas un jour votre bande passante pour se livrer à des activités répréhensibles ?

J’ai été victime d’une tentative d’attaque par déni de service il y a une vingtaine d’années, une attaque plus artisanale et bien moins impressionnante, mais intéressante à raconter ici. J’avais à l’époque monté mon premier serveur, « arpla »4, un serveur destiné à accueillir les expériences en ligne des étudiants du département arts plastiques de l’Université Paris 8. Je ne connaissais rien au fonctionnement des serveurs, et j’avais installé le système qui me semblait le plus simple à gérer : Windows NT (version 4, je m’en rappelle encore), le système d’exploitation professionnel de Microsoft. Cela fonctionnait plutôt bien, d’autant que les pages hébergées par le serveur arpla, à la fin des années 1990, ne recevaient que quelques dizaines ou au mieux centaines de requêtes par jour, malgré le succès médiatique du Site des produits remboursés, par l’artiste Mathieu Laurette, et de la Page de l’image numérique et des scanners, que j’animais avec Nathalie. À l’époque les internautes francophones n’étaient pas bien nombreux.

Toute une époque

Toute une époque

Un beau jour, cependant, j’ai constaté que le serveur recevait un nombre de requêtes assez extravagant, plusieurs dizaines par seconde. Grâce à son adresse IP, j’ai vite compris que l’émetteur des requêtes se situait sur le réseau de l’université elle-même, et sans doute dans le même bâtiment que moi. Un peu inquiet de cette activité anormale, j’ai contacté le responsable du réseau, qui, après enquête, m’a mis en relation avec un professeur du département informatique. Le coupable était un de ses propres étudiants ! Je lui ai demandé ce qu’il avait cherché à faire, et il m’a répondu qu’il avait tenté de bloquer mon serveur, par conviction technopolitique : j’utilisais un serveur Microsoft, il était contre, notamment parce qu’il considérait que de tels serveurs n’étaient pas assez solides pour encaisser de nombreuses requêtes, il avait donc décidé d’écrire un petit programme (qu’un enfant pourrait coder) destiné à prouver la faiblesse du système que j’utilisais, et pourquoi pas à me convaincre d’adopter la technologie Linux. Le jeune homme en question n’a pas eu de gros problèmes, je pense, mais il m’en a voulu d’avoir eu à promettre de ne plus jamais faire ce genre de bêtise. J’espère qu’il a au moins appris une leçon : le serveur Windows NT n’était pas si instable qu’il le croyait.
Dans les mois qui ont suivi, pressentant que je croiserais sans doute à nouveau la route de ce genre de loustic, j’ai préventivement cédé au chantage, en installant sur mon serveur une distribution Linux5, mais en conservant une petite méfiance envers la gent libriste pour qui, parfois (Je me garderais de généraliser mais j’ai rencontré plus d’un cas), le contenant est politiquement plus important que le contenu et la technologie plus importante que ce que l’on en fait.

  1. Lire : L’hébergeur OVH visé par la plus violente attaque DDoS jamais enregistrée (1Tbps), sur le site Undernews. []
  2. J’en parlais dans l’article J’ai mille yeux, où l’on voyait que, en connaissant les bons mots-clés, on peut accéder aux images produites par d’innombrables caméras disposées sur le réseau.
    Lire aussi Hacking DNS, ça peut vous arriver aussi, où je racontais récemment qu’un routeur-modem pouvait être détourné de son usage de départ…  []
  3. Tout ça est à rapprocher du récent billet de Xavier de la Porte, Quelqu’un se prépare à détruire Internet, qui explique que pour l’expert en cybersécurité Bruce Schneier, certaines attaques récentes sans motif connu ressemblent furieusement à des tests en préparation d’une guerre. []
  4. Son adresse précisé était www.arpla.univ-paris8.fr. Ce serveur existe toujours à l’adresse www.arpla.fr et n’a pas beaucoup changé depuis quinze ans. []
  5. Il s’agissait d’une Slackware, pour l’anecdote, rapidement remplacée par une RedHat puis quelques années plus tard par une Mandrake. Malgré près de vingt ans d’expérience, je suis toujours un des plus médiocres administrateurs systèmes qui soient. []