Le mauvais dessin

L’auteur de bande dessinée Marsault est une source d’embarras dans le monde de la bande dessinée, où l’on fait comme s’il n’existait pas, alors même que ses ventes sont très élevées, notamment sur Amazon où il est régulièrement en tête des classements. Son propos politique franchement réactionnaire, misogyne et paranoïaque, sous le masque d’un iconoclasme un peu facile, est bien sûr la cause de l’embarras qu’il suscite. Mais beaucoup de gens le défendent en minimisant ses positions, ou en lui concédant d’être drôle et bon dessinateur, Je ne peux pas parler de l’humour, je ne comprends quasiment que le mien. En revanche, le dessin de Marsault me semble très mauvais et je suis toujours surpris du talent graphique que certains lui prêtent. C’est sur ce point précis que je veux réagir ici.
Sujet anecdotique si on veut, tant il semble clair que ce sont à ses positions politiques toujours moins ambigument d’extrême-droite que Marsault doit son succès.

Le bon et le beau

Toute une période de la théorie de l’art a insisté sur l’idée que l’esthétique était politique, qu’un poème au sens obscur mais formellement révolutionnaire est plus subversif politiquement qu’un poème aux pieds bien comptés et aux rimes riches qui serait porteur d’un sens politique explicite. Marcel Aymé raille cette vision des choses d’une manière assez hilarante dans son essai Le Confort intellectuel. Pour ma part, je ne suis certain que d’une chose : on peut être gentil et sans talent comme on peut être affreux et bourré de talent, et je n’ai jamais eu peur de faire la part des choses entre un créateur, ses idées, et sa personne. Que Jean-Louis Forain et Caran d’Ache aient fondé le journal antidreyfusard Psst…! n’empêche ni l’un ni l’autre de faire partie des plus grand dessinateurs de l’histoire et le fait qu’Edgar Degas les ait activement soutenus ne retire pas un micromètre à l’altitude olympienne du piédestal où je l’élève. Inversement, je me trouve sympathique et je suis politiquement d’accord avec moi-même (comme tout le monde, je sais), mais je suis conscient d’être bien loin de dessiner comme je le voudrais, j’aimerais être Blutch ou Sempé mais je n’en ai pas les capacités. Or sans que ça soit mon métier, je dessine beaucoup, depuis un demi-siècle, et j’ai été formé au dessin, y compris par un immense professeur de morphologie, Jean-François Debord, dont j’ai passionnément suivi les cours magistraux pendant trois ans.

On peut être un fieffé réactionnaire et néanmoins un excellent dessinateur, comme le montrent les exemples de Caran d’Ache (gauche) et Jean-Louis Forain (droite).

Au passage, je dois signaler que l’idée que je me fais du bon dessin a beaucoup évolué avec le temps et s’est beaucoup élargie. Loin de l’intransigeance de mes vingt ans, je ne me focalise plus sur la justesse ou la virtuosité, et si un dessin parvient à faire passer ce qu’il cherche à exprimer, alors il a déjà cette qualité, quand bien même il serait malhabile, approximatif ou négligent. J’imagine que quand beaucoup de gens apprécient un dessin que j’ai tendance à juger médiocre, comme par exemple le dessin de la jeune Emma dont les bandes dessinées féministes intitulées Un autre regard sont en tête des ventes, c’est que ce dessin a une utilité, et que les maladresses de ce dessin ont une utilité. Peut-être qu’ils réduisent la distance entre auteur et lecteur, permettant à ce dernier de ne pas se sentir dominé par un talent inaccessible, de se sentir en résonance avec l’autrice, tout comme on peut être touché par le discours d’une personne qui parle avec des mots simples et comme on peut se sentir rabaissé par quelqu’un qui utilisere la langue d’une manière trop savante. Par ailleurs nous parlons ici de bande dessinée, où le dessin n’est qu’une partie du travail, que certains auteurs affectionnent que d’autres font passer loin derrière la séquence, la mise en page, le travail du texte ou le rapport texte-image.
Pour finir, dessiner comme un pied fait partie des droits-de-l’homme.
Mais donner son avis sur la qualité d’un dessin aussi.

Le propos politique

Avec le dessin de Marsault, je rencontre plusieurs problèmes. Son propos politique est dérangeant, bien sûr, et pas dérangeant comme lui ou ses fans le pensent : ce n’est pas parce qu’il heurte ma « bien-pensance », mon « tiers-mondisme » ou ma « bisounourserie » qu’il me pose problème : en lisant ses planches où il cogne (en dessins) les féministes, les écologistes, les pacifistes, etc., je ne me sens pas fragilisé personnellement. En revanche je me sens inquiet, car si sa peur des femmes et du reste du monde est aussi répandue que ses lecteurs sont nombreux, alors notre pays va bien mal. Sa grande cible, ce sont les gens qu’il juge angéliques car ils n’ont pas « compris qu’une société multiraciale ne peut mener qu’à une boucherie » et à qui il reproche de ne pas se préparer physiquement, psychologiquement et matériellement — je n’invente rien, c’est le propos qu’il développait dans un post récent.

Si je me fie à celles qui traînent sur le net, les dédicaces de Marsault ne sont pas d’une très grande variété. Les bandes dessinées ont elles aussi des scénarios assez répétitifs et on ne peut pas vraiment dire que le dessin se renouvelle souvent : mêmes postures, mêmes têtes,…

Nous sommes loin du simple défoulement contre les horripilants « social justice warriors » qui traquent les opinions « déviantes » sur les réseaux sociaux et s’enfoncent souvent dans des contradictions comiques. Non, on est face à quelqu’un qui a les mêmes opinions paranoïaques qu’un Renaud Camus ou qu’un Alain Soral, et qui diffuse celles-ci sous le masque de l’humour. Dans le statut Facebook qui a fait scandale cette semaine, il résumait sa vision des choses ainsi : « Nous sommes entourés de millions de gens qui nous haïssent (nous les blancs) et qui n’attendent qu’une autorisation gouvernementale pour faire légalement ce qu’ils font aujourd’hui, nous tuer et tout cramer« . Quand on en vient à une telle vision du monde, plus proche de l’Invasion des profanateurs de sépultures ou d’un film de zombies que d’autre chose, on doit vivre dans un certain état de souffrance (qui explique bien le besoin de violence défoulatoire), et je me contenterais d’avoir pitié si le personnage n’était pas suivi, et peut-être même politiquement suivi, par autant de lecteurs.
Mais si Marsault, malgré la répulsion que m’inspirent ses opinions, dessinait comme Hokusaï ou comme Toulouse-Lautrec, je pense que je n’aurais aucun mal à voir son talent — tout comme je reconnais le talent d’acteur et d’humoriste du pathétique Dieudonné.

Le dessin

(dessin publié sur Facebook par Marsault)

Bon, alors en quoi Marsault dessine-t-il mal ? Sur l’image ci-dessus, il y a pas mal d’exemples.
Il s’agit (ce n’est pas le seul registre graphique de l’auteur) d’un dessin de type « réaliste » comme on dit en bande dessinée, ce qui signifie qu’il cherche à avoir une perspective photographiquement juste et un respect académique de l’anatomie. Ça donne un dessin un peu raide mais quand l’artiste est vraiment doué (citons par exemple Paul Gillon, Vittorio Giardino, Milo Manara ou encore André Juillard…), les images peuvent être dynamiques et expressives malgré tout. Ce genre de dessin est assez exigeant puisque les fautes se voient vite,
Dans ce dessin d’une jeune femme en train de lire, je signalerais entre autres :
Le magazine est très mal dessiné (1), que ce soit pour sa perspective ou pour la forme de la feuille qui est levée. La tasse (2) se casse complètement la figure. Mais une cercle dont les rayons sont parallèles au sol donne une ellipse parallèle à l’horizon, sauf déformation optique sur les bords. Aucune raison que cela penche, même si l’angle de vue fait pencher l’arrête de la table. Les épaules (3)(9) me semblent mal disposées et proportionnées. Les bras (6)(10) sont atrophiés : le coude rentre dans la taille. L’attache du cou me semble un peu foireuse (4) mais j’admets que c’est léger. Je ne suis pas persuadé que la hauteur de la bouche par rapport au menton colle très bien. Enfin les mains (5)(7) sont assez curieuses.
Globalement, ce n’est pas du bon dessin « réaliste », on suppose qu’une partie est décalquée d’une photographie ou d’un dessin quelconque, mais sans grande compréhension de l’anatomie, et que les éléments ajoutés, comme la tasse, le magazine et les bras, sont bel et bien de l’auteur.

Un autre dessin de Marsault que l’on m’a opposé pour me « prouver » qu’il sait y faire. Ce dessini est intéressant car en apparence, effectivement, il fonctionne, malgré quelques erreurs comme le lobe de l’oreille droite qui ne ressemble pas à grand chose de connu, la cigarette qui ne déforme pas la lèvre supérieure du fumeur (ce qu’un cylindre devrait faire) et est donc plate, ou encore la trame assez médiocre du vêtement, qui aplatit le tout. Le résultat m’évoque immédiatement la méthode infaillible qu’un prof de dessin que j’ai eu il y a bien longtemps proposait pour que n’importe qui puisse faire illusion en décalquant un visage : il fallait un visage de personne bien ridée, homme de préférence… Les petites rides font leur effet, et en apparence le résultat n’est pas honteux, on peut penser à certains dessins de Geoff Darrow ou de Frank Miller, mais dans le détail il ne faut pas y voir d’exploit et si vous vous sentez jaloux du dessinateur, recourez au protocole proposé par mon prof : prenez la photo d’un vieux paysan espagnol, mettez là sur une table lumineuse recouverte d’une feuille de papier, et dessinez les traits saillants. Vous obtiendrez le même résultat.

Reste le texte, qui est assez proprement calligraphié, et disposé de manière aérée dans les phylactères.  C’est l’aspect le plus « pro » de ce dessin, avec le trait lui-même.
Car Marsault fait des traits tout propres.
Mais dessiner ce n’est pas juste faire des traits propres. Ça c’est un autre métier. C’est fabriquant de traits propres. Pour bien dessiner, il faut essayer de comprendre le monde.

Comprendre le monde

Voilà peut-être où le dessin et la réflexion politique se rejoignent : dessiner, c’est chercher à comprendre ce qu’on voit, ce qu’on sait, et chercher ensuite à le restituer ou à l’exprimer. Si on ne fait pas l’effort de comprendre les choses, si on ne se rattache pas à une observation extérieure ou une expérience intérieure, on produit des images peu vivantes. Si on ne comprend pas un mécanisme on le dessinera mal. C’est vrai d’un système d’engrenages comme d’un corps humain.
Bien entendu, avant de pouvoir transcrire son expérience et sa compréhension des choses sur une feuille de papier Canson, il y a un autre filtre, un autre frein, qui est la capacité à manier une plume ou un crayon. Cette partie-là du métier n’est pas forcément la plus intéressante, mais elle épate facilement le public profane. Je pense que c’est sur ce point précis que certains croient voir en Marsault un dessinateur doué.
Marsault s’inspire, dit-il, de Uderzo, Morris, Reiser et Gotlib. Je comprends le lien avec le dessin un peu raide et semi-réaliste de Gotlib, mais ce dernier est d’un tout autre calibre. Quand aux trois autres, je les cherche en vain. Je serais étonné que Marsault n’ait pas comme autes influences des auteurs de mangas comme Akira Toriyama (Dr Slump, Dragon Ball) ou Tsukasa Hōjō (City Hunter), et ça transparaît même dans ses scénarios, à base de trucs qu’on envoie dans la figure des gens énervants.

Nicky Larson (City Hunter) parTsukasa Hōjō

Le dessin de Marsault reste lisible, et puis comme je l’écris plus haut, mal dessiner est un droit, tout comme apprécier un mauvais dessin est un droit, mais je m’étonne que tant de gens voient en ce triste sire un dessinateur talentueux.

15 réflexions au sujet de « Le mauvais dessin »

  1. L.L. de Mars

    En fait, pratiquement personne ne regarde un dessin, ni ne saurait comment le regarder .
    De mon propre bord politique (dont les valeurs de Marsault sont le paillasson), la plupart des dessinateurs sont également à chier : usine à gros nez d’un côté, poésie colorée nunuche de l’autre, une belle palette d’horreurs sans imagination, sans audace, sans la moindre vision.
    Mais la plupart des lecteurs des canards qu’ils décorent laborieusement leur trouvent du génie. En vérité, simplement satisfaits du miroir politique qu’ils y trouvent, cet écho fait complètement écran à toute forme de jugement d’une autre nature : ce sont leurs dessinateurs.
    De toute façon, comme la plupart des gens pensent qu’un dessin ne sert qu’à mettre en forme une idée, pourquoi diable se fendraient-ils d’un regard dix secondes au-delà du décryptage d’un message ? (décryptage grandement accéléré par le fait que de droite ou de gauche, les dessinateurs véhiculent les idées reçues de leur public).
    Les fascistoïdes n’ayant à se mettre sous la dent qu’une toute petite poignée de dessinateurs, et pas les meilleurs depuis bien longtemps (le dessinateur moyen est, allez savoir pourquoi, rebelle à l’ordre, fût-il Nouveau), comment pourraient-ils se permettre d’en discuter le talent, aussi merdiques soient-ils ? (celui-là est un cas d’école : dessins de coiffeurs sur aboiement continu en guise d’opinion politique. Un roquet à bigoudis, en quelque sorte).

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  2. Meybeck

    Félicitations (quoique) d’avoir passé tant de temps sur le cas de ce déplaisant personnage.
    J’avoue que de mon côté, j’aurais plutôt tendance à passer sous silence ce qui ne mérite que ça.
    Mais vu l’incompréhensible visibilité de l’individu, ce peut être un travail salubre.
    Salutations.

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  3. Dessindigo

    J’imagine que vous avez vu sa publication Facebook du 8 Août. Très perturbant.
    Au moins là, les choses sont dites très clairement, pour prendre sa défense il faut avoir les mêmes pensées que lui.
    Merci pour cet article
    Salutations

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  4. Émilie

    C’est tes dessins qui sont à chier, pauvre conne. Tu es juste jalouse de la notoriété qu’il a et que tu n’as pas. Tu ne peux pas laisser les gens travailler tranquillement et t’occuper de ton cul ?! C’est quoi ton foutu problème ? Putain de féministe à la con.

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      Très cher abonné(e) Free Mobile 37.164.58.24 (22h45).
      Marsault se réfugie beaucoup derrière le droit de dire des trucs qui fâchent, et ses soutiens reprennent ce mantra, mais on n’aurait pas le droit de causer dessin, de ne pas aimer ce qu’il fait ? Je suis très pour la liberté d’expression, mais si elle doit être réduite à la saloperie, et si elle consiste à insulter ceux avec qui on n’est pas d’accord, alors on ne parle pas de liberté d’expression.

      Pour amener un peu d’eau à vote moulin, je vous accorde que je ne suis pas une célèbre dessinatrice. Je te remercie de m’aider à en prendre conscience, mais au fond je le savais déjà et je connais même deux raisons qui expliquent ce fait : la première étant que dessiner n’est pas la profession, la seconde étant que je ne suis pas une femme (mais toi non plus je parie !).

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      J’essaie de vous traduire (désolé par la pédanterie du procédé).
      Vous voulez dire qu’il est plus facile d’écrire [derrière ?] un écran et de dire du mal des autres quand soi-même on ne fait pas des trucs bien.
      Au delà de la syntaxe un peu relâchée, l’idée me semble incompréhensible : en quoi est-ce plus facile (plus facile que quoi ?). Ce serait facilité parce qu’on est entraîné (on est habitué à « faire de la merde » donc c’est plus facile de « dire de la merde ?). On sent que vous voulez dire plusieurs choses et que vous tentez de les relier, mais le résultat est bien bancal.
      Bref il faudrait que vous reformuliez, si d’aventure être compris de vos interlocuteurs vous intéresse.
      Je suppose que votre propos sur les écrans est le banal « c’est facile de troller quand on est caché derrière son écran ». Mais je ne suis pas derrière mon écran, je suis une personne, et je suis assez facile à trouver. Contrairement à vous. Alors est-ce de votre propre lâcheté que vous parlez ?
      Comprends rien !

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  5. Lilie

    Et sinon le laisser tranquille ? parce que je pense qu’il y a bien pire que lui en ce monde, apparemment pas ….. Et donc on cherche tous les moyens pour avilir le personnage ….. ça dénote un sacré problème ça non ? Dommage, je pensais que la « liberté » était pour tout le monde …. à croire que non …. Vous brûlez les livres aussi ?

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      On est censé n’écrire que sur ce qu’il y a de « pire en ce monde » ? Parler de ce qu’on aime ou pas, que ce soit d’un point de vue esthétique ou politique, me semble légitime. Rien ne vous oblige à me lire (je parie du reste que vous ne l’avez pas fait).
      En quoi est-ce que j’avilis Marsault ? Je pense que si quelqu’un l’avilit, c’est bien lui-même.
      Je ne brûle pas de livres, non, et Je défends la liberté d’expression, celle de Marsault ou de Dieudonné, pourquoi pas. Mais je défends aussi ma liberté de dire que ces mecs ont des idées nauséabondes.

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  6. je vote à gauche et je lis marsault

    Si vous lisiez Charlie-Hebdo vous sauriez que Vuillemin dessine comme un porc et fait des vannes 10 fois plus racistes que Marsault, mais lui bizzarement vous lui foutez la paix, pas d’annulation de dédicaces, pas de harcèlement en ligne…

    Pourquoi la clique de 6 Pieds Sous Terre pourrit la vie à Ring, et pas à Charlie-Hebdo (ou Fluide Glacial qui publient mr le chien, réac ouvertement colonialiste) ?

    Ha au fait vous savez que y’a un faf édité chez 6 Pieds sous Terre (Patrick Tankule) ? Pourquoi vous allez pas tagger votre propre maison d’édition tant qu’à faire ?

    Moi je vais vous le dire, Marsault s’est cassé de chez les petits éditeurs genre Zelium ou Psikopat parce qu’il était sous-payé et qu’il s’est fait plus de pognon en auto-édition. Si les jeunes auteurs suivent son exemple, tous les petits éditeurs esclavagistes de gauche qui payent la page un paquet de chips, ils vont pouvoir foutre la clé sous la porte.

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      Je lis Charlie, je pense que Vuillemin est un immense dessinateur – ce n’est pas parce qu’un dessin est crade qu’il est mauvais – et surtout qu’il est très drôle alors que Marsault, toutes considérations politiques mises à part, ne m’a jamais arraché l’amorce d’un sourire. Je ne lis pas Charlie chaque semaine (mais je connais Vuillemin depuis trente-cinq ans), alors peut-être ai-je raté quelque chose, mais je n’ai pas vu de les « vannes 10 fois plus racistes » dont vous parlez. Par contre, chez Riss, j’ai déjà lu des trucs limites, et comme par hasard pas drôles – et je ne me suis pas gêné pour le dire ou pour écrire sur le sujet.
      Si vous aviez lu mon article, vous auriez remarqué que je n’y parle pas énormément des opinion exprimées, mais surtout de la forme. Je parle des opinions de votre idole en sucre (il doit être fragile, pour être à ce point défendu) ici.
      J’aime beaucoup le catalogue de Six pieds sous terre mais ce n’est pas « ma maison d’édition ».

      J’ai lu plusieurs fois ce que vous dites sur les auteurs « sous payés ». Si Marsault gagne bien sa vie c’est surtout qu’il vend bien, mais j’imagine que son éditeur Ring ne lui verse pas un pourcentage bien différent de celui des autres maisons d’édition. Les maisons d’édition de BD ont la réputation de verser des pourcentages bien plus haut que les maisons d’édition littéraires. En revanche, les petits éditeurs pratiquent parfois les pourcentages les plus élevés de la profession car ils n’ont pas la trésorerie pour offrir des avances royale à leurs auteurs – j’ignore la politique de Ring en la matière (je ne comprends pas pourquoi vous parlez d’auto-édition : Ring est un éditeur). Enfin bref cette explication économique est absurde : chez tous les éditeurs, les revenus sont liés aux ventes. Fabcaro (Zaï Zaï Zaï Zaï), l’auteur emblématique de 6 pieds sous terre, n’a pas l’air spécialement malheureux de vivre : ses albums se vendent très bien !
      La presse, c’est autre chose.

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      1. je vote à gauche et je lis marsault

        Marsault a réussi en auto-édition avant d’être chez Ring.

        Bref vous connaissez strictement rien de son travail. Vous critiquez un auteur que vous n’avez pas lu. Et c’est ridicule.

        Si vous aviez lu avant de critiquez vous sauriez qu’il se fout autant de la gueule des fafs que des sjw. Parce que ha oui son skinhead psychopathe « Eugène », vous savez c’est un personnage fictif, un anti-héros, c’est pour rire, et non dans la vraie vie Marsault ne tue pas les femmes, les infirmes et les enfants, et ne s’exprime pas en jurant comme un charretier.

        Et ha oui les gens qu’il caricature le plus c’est les ploucs bretons ivrognes et bedonnants, mais là ça ne vous dérange pas parce que c’est pas tamponné « minorités » par le code SJW. Y’a quasiment pas une « personne de couleur » dans ses caricatures, il se moque surtout des blancs, qu’il s’agisse de péquenots réacs, de skinheads psychopathes, de sjw à piercings, de prolos obèses ou de bobos à écharpe. Mais tout ça vous le savez pas puisque vous critiquez des bouquins que vous n’avez pas lus.

        Bref tout ce foin autour de Marsault c’est du flan, mais il en joue, ses petites provocs sur facebook c’est fait exprès pour faire hurler Tanx et son gang d’antifas, ça lui fait une pub de folie, à chaque fois qu’ils foutent leur merde c’est 50 000 € dans sa poche, vous croyez qu’il va s’arrêter ?

        Est-ce que Tanxxx s’amuse à faire annuler les dédicaces de Soral ? Non elle s’en fout. Les victimes de Tanxxx c’est Laurel, Salch, Lindingre, Siné, Sfar, sa propre scénariste Mandel… bref des auteurs comiques à succès. Tout ce bordel a démarré quand elle a reçu un prix féministe et qu’elle comprend pas pourquoi elle, n’a pas de succès. (peut-être parce que tout le monde trouve le féminisme 3eme vague ridicule et fatiguant allez savoir)

        Le bordel avec Marsault ça a démarré qu’il a prouvé que l’auto-édition paye mieux que les petits éditeurs. Parce qu’on est libre, pas de censure, on peut faire marrer la plèbe. C’est tout. Et ça ben les ptits éditeurs ça les fait super chier.

        Tanxxx c’est l’inverse elle s’est fait virer de partout parce qu’elle ne communique qu’avec son langage de voyou: mensonges, menaces, insultes, diffamation, etc… alors ouai haha elle rage.

        Moi la politique je m’en fous si je dois juger un auteur je le fais sur des critères humains. Suffit de comparer leurs interviews, Marsault c’est un type sympa, intelligent, franc et rigolo, tout le contraire d’elle. La seule chose qu’ils ont en commun c’est une inculture politique absolue. Ils croient tous les deux que la gauche c’est les bobos sjw et que la droite c’est les prolos du FN, ils ont jamais maté un graphique de vote de classe, mais, pour votre gouverne, les bourgeois ils votent Macron / Fillon, les prolos ils votent Mélenchon / Le Pen.

        Voilà bref quand on veut parler de b.d. et de politique avec des connaissances approximatives du sujet bah on dit que des conneries. Après Marsault lui a le mérite de pas simuler la science infuse. Il aime l’humour gras qui tâche, la politique il en a rien à foutre. Vous voyez un militant du F.N. là où y’a juste un plouc breton qui fait des vannes de plouc breton. Ses caricatures de JM Le Pen ou Trump sont clairement pas flatteuses.

        Et si fallait vraiment que je le case dans un bord politique ça serait plutôt « chevènementiste » (on dit phillipotiste maintenant), sur les questions sociales il est clairement à gauche, il s’est opposé à la loi El Komri, etc… bref toute cette polémique c’est de la comédie pure.

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        1. Jean-no Auteur de l’article

          Il s’est auto-édité, ok, mais là il n’est plus auto-édité (en revanche il est massivement diffusé), alors je ne comprends pas trop le propos : il serait retombé dans le piège ? Régulièrement des auteurs s’opposent aux éditeurs, soit parce qu’ils se sentent exploités financièrement (c’est ainsi que Bretecher, Uderzo-Gosciny et autres ont fondé leurs propres structures) soit parce qu’ils se sentent contraints créativement (d’où la fondation de Fluide Glacial, de l’Association, etc.). C’est banal dans l’histoire de la bande dessinée, mais il reste une chose dont je suis totalement sûr, c’est que 6 pieds sous terre n’aurait jamais publié Marsault. Alors de quoi on parle ?
          Au passage, puisqu’on parle de 6 pieds sous terre, c’est un éditeur dont de nombreux auteurs (Gilles Rochier, David Vandermeulen,…) ont commencé par s’auto-éditer ! Alors là encore : de quoi on parle ?

          J’admets que je n’ai pas lu tout Marsault, c’est un peu répétitif, je pense que j’ai mieux à faire de mon temps, il sort 5000 nouveaux albums de bande dessinée par an et parmi eux, beaucoup trop de bons albums. Mais je pense que j’en ai lu suffisamment pour me faire une idée de la médiocrité artistique et intellectuelle du bonhomme comme de son positionnement politique (car il en a un, comme tout le monde. Le fait qu’il ne milite dans aucun parti ne le rend pas a-politique, et du reste la politique est le sujet de son travail !).

          Je ne sais pas si « Eugène » s’en prend aux skinheads, mais effectivement il ne s’en prend pas aux « minorités » (quoique « plouc breton ivrogne » relève de la caricature raciste, mais c’est pardonnable puisque c’est un peu un autoportrait) ou en tout cas, comme vous dites, aux « personnes de couleur », et je ne dis le contraire à aucun moment de mon article (si vous l’aviez lu avant de le critiquer), il s’en prend à ceux qu’il soupçonne d’affaiblir la France : pacifistes, féministes… Bref, l’humeur fasciste par excellence, l’envie de puissance, la peur de la fragilité (bizarre d’autant chouiner, du coup).
          Dans ses textes récents, il se définit clairement comme « blanc » menacé par le reste du monde. Ça c’est de la paranoïa, pas de l’humour.

          J’aime bien l’argument « quand on l’embête, ça lui fait cinquante briques dans la poche ». Bon sang, je me demande combien mon article lui a rapporté.

          Je dois préciser que je ne suis pas lié amicalement à Tanxxx, je pense qu’elle a bien plus de talent que Marsault – infiniment plus -, mais nous ne nous causons plus depuis longtemps et je ne suis pas son attaché de presse. Sa radicalité personnelle (qui est moins une question de positionnement politique que d’attitude – elle est animée d’une forme de rage, c’est sûr) fait partie du personnage et de l’œuvre, c’est son côté punk, mais ses écrits montrent une pensée assez fine. Reste qu’elle s’engueule et engueule facilement, ce n’est pas moi (qui suis bonne pâte) qui vais défendre ça.
          En revanche je la soutiens sans réserve contre le harcèlement des mignons de Marsault, parfois tellement odieux, tellement stupides, qu’ils sont plutôt la preuve définitive de ce qu’est leur auteur fétiche. Car quand un mec « qui fait ça pour déconner », est défendu par des fachos violents, sexistes, racistes, ben c’est peut-être que son propre public ne comprend pas qu’il déconne.
          Vous dites que Marsault est franc et rigolo, c’est possible, mais on parle de l’œuvre hein.
          Et pourquoi cette fixation sur Tanxxx ? Si vous pensez que les gens qui critiquent Marsault ont besoin de Tanxxx pour déceler un problème fondamental chez se type, ou qu’ils sont mus par des arrières-pensées financières (cacher au monde que l’auto-édition peut être un moyen de gagner sa vie), c’est un peu prendre tout le monde pour des idiots. Et si vous y croyez, alors vous êtes juste un peu naïf. Le problème de la production de Marsault, c’est que c’est moche, pas drôle, et triste quant à la vision du monde qui se trouve derrière.

          Pour finir, sur le positionnement politique de Marsault, si d’aventure vous pensiez ce que vous dites, alors c’est que vous n’avez pas lu les posts Facebook où le gars lève toute ambiguïté sur ses opinions, et qui sont la vraie cause des annulations d’événements : si on appelle une galerie en disant « c’est un facho ! », ça ne suffira pas pour que la galerie annule l’expo. Par contre les posts défendant la paranoïa du choc des civilisations et des races, et la défense du nullisime art nazi (faute politique et faute de goût), là, le masque est tombé. Pour ceux qui croyaient encore qu’il y avait un masque.

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  7. Charliers Frédéric

    Personnellement, je me dis que si on peut rire de CH, alors on peut certainement se bidonner sur du Marsault. Quand au talent de dessinateur, j’ai rarement vu des dessinateurs de bds reussir à faire passer une émotion et un sentiment de respect en affichant un visage sans commentaire sur une page A4.. Lui y est arrivé et, pour ça, il a tout mon respect de bdphile. Dire qu’une dessinateur comme Marsault n’a pas de talent, c’est simplement se tirer une balle dans le pied. Le talent on l’a ou on ne l’a pas, pour lui, la question ne se pose pas. Le personnage, je ne le connais pas, sauf à travers ses pages FB et je ne me permettrai donc pas de le juger. Il est libre de penser tout ce qu’il veut tant qu’il n’essaye pas de me forcer à penser comme lui, ce que son oeuvre (oui, oui, j’appelle ça une oeuvre) ne me donne pas l’impression de faire. Cracher sur le dos des gens ne met en évidence que ses propres faiblesses. Il vaut mieux parfois se taire et laisser les autres se faire une idée par eux-même.

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      Il a l’air très content de ses séries de trognes à la Jean Gabin… Même si je trouve ça sans grand intérêt et que je ne me sens pas spécialement touché, je note l’intention esthétique, et c’est un point positif. Par contre ce n’est plus de la bande dessinée, je ne comprends pas pourquoi en parler en tant que bédéphile (non, publier une série de dessins sans texte n’est pas une audacieuse réinvention de la bande dessinée), mais n’ergotons pas.
      Autre point positif : il travaille, ça c’est sûr, il est méritant, il gratte du papier. Ça ne fait pas de lui un Blutch, un Hugo Pratt ou un Reiser. Et la comparaison à Gotlib est bien la seule chose qui arrive à me faire rire dans son travail.
      Je ne comprends pas en quoi dire que Marsault « n’a pas de talent » revient à se tirer une balle dans le pied. Déjà c’est une question de goût, de jugement personnel, et chacun a bien le droit d’avoir son opinion sur ces sujets : je connais des gens qui jugent médiocres des artistes que je trouve géniaux et inversement je me demande parfois si certains ne sont pas aveugles tant ils prennent de gentils faiseurs pour d’immenses artistes. Mais bon, je ne comprends pas la balle dans le pied : qu’est-ce qui va m’arriver ?
      Votre argument « il vaut mieux se taire et laisser les autres se faire une idée par eux-mêmes » part d’un bon sentiment mais il se retourne comme une chaussette : pourquoi commenter mon article et ne pas laisser les gens se faire une idée par eux-mêmes ?
      Quand vous dites « le talent on l’a ou on ne l’a pas, pour lui la question ne se pose pas », là aussi, je peux vous renvoyer dans les cordes : laissez donc chacun en juger.
      Je vous rejoins quand vous dites « Cracher sur le dos des gens ne met en évidence que ses propres faiblesses » : Marsault crache sur les femmes, les bobos, les homos, les pacifistes, les écologistes. Et c’est sans doute lié à une faiblesse, une blessure, ou que sais-je. Il semble être obsédé par la fragilité, et il vénère la virilité (cf. son post sur l’art nazi). C’est donc sacrément révélateur.
      Moi je ne crache pas dessus, je n’aime pas, je trouve qu’il dessine comme un pied, mais c’est pour moi plutôt une interrogation qu’un sujet de haine, je me demande comment on en arrive à avoir autant peur du monde.

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