Archives mensuelles : décembre 2017

La justice, la vérité, la fiction et le progrès

(Ce que j’aime avec l’écriture, parfois, c’est que je commence un texte pour dire une chose, puis je me perds en digressions jusqu’à finir en disant autre chose que ce que j’avais prévu, parfois même le contraire, et c’est mon propre texte qui finit par modifier mon opinion. J’espère ne pas trop égarer le lecteur ici par la tortuosité de ce cheminement mental)

Les étudiants que je fréquente aujourd’hui me semblent se distinguer de ceux que j’ai connu au cours des deux décennies précédentes de par l’importance de leur engagement politique : féminisme, remise en cause des rôles genrés, antispécisme, végétarisme, veganisme, écologie,… Cet engagement, très présent à la lecture des mémoires de fin de cycle (Licence ou Master), fait mentir ceux pour qui les créateurs sont forcément des égoïstes plus ou moins autocentrés qui placent les questions esthétiques au dessus de tout enjeu politique ou social. Malgré leur engagement, ces étudiants restent toujours bien des artistes, des auteurs, des créateurs, en tout cas des personnes qui réfléchissent en leur nom, en tant qu’individus soucieux de développer une pensée qui n’appartient qu’à eux. Il s’agit d’un engagement politique non-politicien, pas forcément lié à un cadre associatif ou partisan, parfois même non-collectif (du moins hors d’Internet), comme s’il s’agissait d’abord de se construire une éthique personnelle, de trouver sa voie. Peut-être que les étudiants des générations précédentes avaient le même genre de préoccupations, mais ce qui est neuf, c’est en tout cas qu’elles sont revendiquées publiquement et souvent intégrées à la production plastique.

Une actrice pornographique a écrit un peu bêtement qu’elle ne voulait pas travailler avec des hommes qui ont participé à des tournages gay, se fiant à un préjugé qui veut que ces derniers seraient plus susceptibles d’être porteurs de maladies sexuellement transmissibles. Après deux jours à tenter de s’expliquer et de se défendre d’être homophobe face à une foule de « social justice warriors« , elle s’est suicidée. C’est son ultime message.
Ceux qui l’ont attaquée se considéraient sans aucun doute dans leur bon droit, puisqu’il défendaient une cause juste, et l’actrice était semble-t-il d’accord avec eux. L’histoire est bien triste.

La montée en puissance de l’engagement politique non-politicien dit « sociétal » ne se limite évidemment ni aux étudiants en art ni à leur génération et est très prégnante sur les réseaux sociaux, où elle est à mon avis souvent moins fertile, plus maladroite, et peut prendre la forme pénible d’hallalis, de pression de groupe, d’opprobre et d’injonctions plus ou moins pontifiantes ou brutales. Beaucoup trop de personnes qui se sentent pourtant dans le camp de la justice (et peut-être est-ce le problème) remplacent la pédagogie par le catéchisme, l’insulte ou les thought terminating clichés, et le font en suivant des modes : tel mot devient subitement interdit, telle notion dont personne n’avait entendu parler deux mois plus tôt devient un prétexte à rendre honteux, telle maladresse (utilisation d’un juron étymologiquement misogyne, recours au mauvais pronom pour désigner une personne transsexuelle, etc.) devient un crime impardonnable1. Le pire dans la pression qu’imposent les « social justice warriors » (ces personnes qui traquent la faute sur les réseaux sociaux), c’est qu’elle n’a d’effet que sur ceux qui sont touchés par leur opinion, c’est à dire ceux qui sont d’accord avec eux, leurs camarades d’engagement politique, qui sont donc leurs victimes du fait même qu’elles sont sensibles à leur avis. Les vrais méchants, eux, se moquent bien de savoir qu’on ne les aime pas, et certains semblent même tirer une jouissance particulière du fait d’être détestés.
Personnellement je suis mitigé vis à vis de la vision du monde que véhiculent certains moralisateurs, un monde de cristal où chacun est censé se définir comme victime de quelqu’un d’autre ou sinon, à s’autoflageller plus ou moins hypocritement pour sa qualité de bourreau, où il faut ménager chaque susceptibilité comme si les gens étaient en sucre, où il faut se sentir coupable d’avoir lu un jour à ses enfants un conte de fées politiquement douteux2, où on ne peut créer, penser, qu’en vertu de sa communauté de rattachement officielle3, où le fait d’apprécier une culture dans laquelle on n’est pas né et de l’utiliser (reprendre un motif de tissu africain ou japonais quand nos ancêtres viennent du Poitou, par exemple) s’appelle de « l’appropriation culturelle » et est assimilé au pillage d’antiquités, imposant à chacun d’accepter la catégorie étanche dans laquelle on l’enferme, ce qui, en toute logique, fait du métissage l’état le plus problématique de tous — ce qui peut heurter la sensibilité des vieux comme moi (qui eux aussi ont un cœur) qui se sentent mus par un vieil idéal universaliste, internationaliste, humaniste, et qui restent marqués par les années 1980 et leur célébration de l’«impureté» du métissage : Actuel, Zoulou, World musicNova, etc.

Un tweet pris un peu au hasard, plein de bonnes intentions mais qui me semble assez emblématique d’un problème fondamental. L’auteure est une jeune femme qui s’insurge du fait que les blancs « disent comment les racisés devraient réagir » (face à l’affaire Griezman, un footballer qui s’est déguisé en basketteur noir). Sans parler du fond, ni du fait que l’auteure est elle-même, si on se fie à ses photographies, tout ce qu’il y a de « blanche » (ce qui ne lui interdit pas d’avoir ce point de vue mais rend curieux le fait de s’insurger de la prise de parole des « blancs »), je remarque ici l’utilisation extrêmement commune du mot « racisé » comme substantif, c’est à dire comme mot servant à décrire l’essence même d’une personne. On dit souvent qu’il faudrait éviter le raccourci « malade » ou « handicapé » lorsque l’on veut dire « personne malade » ou « personne handicapée », et effectivement il est dérangeant de réduire une personne à son affection (qui est malheureusement une donnée objective), mais avec le mot « racisé », ça me semble pire, philosophiquement douteux, ironiquement déterministe, puisque le mot laisse entendre que certaines personnes sont en quelque sorte destinées à n’être définies que par la manière dont elles sont (mal-)traitées par d’autres, comme si elles étaient par essence condamnées à être discriminées par d’autres.

Le succès du vocabulaire et des concepts issus des pratiques militantes étasuniennes est assez étrange, car si effectivement cette tradition est d’une grande vigueur et théoriquement bien étayée, il ne faut pas négliger le fait qu’elle répond à un autre contexte et à une autre histoire que les nôtres, et surtout, il faut bien admettre que ses effets ne sont pas toujours très probants, car malgré un travail universitaire de haut niveau sur toutes ces questions et d’autres, les États-Unis de deux-mille dix-sept ne sont pas un pays parfait. Leur dirigeant est Donald Trump, qui est soutenu par une droite bigote et raciste ; un noir sur trois a connu ou connaîtra la prison ; la ségrégation raciale n’est pas abolie dans certains États du Sud (juste inhibée par la constitution, mais de plus en plus réactivée par l’usage dans le milieu scolaire !) ; le taux d’homicides volontaires est celui de pays du tiers-monde ; enfin, la condition féminine est en recul depuis vingt ans. Il est surprenant que nous tenions tant à importer strictement un modèle qui s’avère si contre-productif. J’imagine que ce modèle étasunien d’engagement politique a quelque chose de suffisamment séduisant (iconographie, concepts clairs), suffisamment désirable pour donner envie d’être repris ici.

J’ai emprunté à ma fille un exemplaire du fanzine féministe de l’école des Arts décoratifs de Paris, qui contient des bandes dessinées et des illustrations souvent intéressantes, mais aussi un échang issu de la page Facebook du fanzine au sujet de Riad Sattouf. Au terme de cette conversation, qui est reproduite sans commentaires, l’auteur de l’Arabe du Futur et des Cahiers d’Esther est rhabillé pour l’hiver, se voyant accusé d’être un personnage douteux véhiculant plus ou moins à son insu un discours sexiste, raciste et islamophobe. C’est un peu dur, si l’on songe que Riad Sattouf est sans contestation l’auteur masculin de sa génération qui développe (et depuis le début des années 2000 !) la réflexion la plus fine sur la question de la virilité, et que l’honnêteté, la précision et l’humanité de sa démarche de remémoration d’une enfance entre Proche-Orient et Bretagne, rendent un peu absurde l’accusation de racisme. Ce n’est pas être raciste que de raconter que dans le fin fond de la campagne syrienne au début des années 1980, on a vécu parmi des gens pouvaient avoir des mentalités un brin rétrogrades. Mais voilà, il ne faudrait pas le dire, car les Syriens qui tentent d’échapper à la guerre aujourd’hui sont des victimes, et pour qu’il y ait un « bien » et un « mal », une victime doit être idéale, et si l’on est pauvre, on ne peut être que parfait.

Le bon pauvre et le mauvais riche, par Henri Théodore Malteste, dit Malatesta (1870-1920), dans l’album Noël 1900.

Le rapport entre pauvreté et vertu4 n’est pas une nouveauté, c’est une notion fondamentale du christianisme (parmi d’autres religions), abondamment utilisée comme outil de consolation : le riche profite de ses biens ? Certes, mais patientez, patientez, au jour du jugement5, il ira en enfer et vous au paradis. C’est aussi, depuis deux mille ans, un outil de contrôle : le pauvre ne doit pas se plaindre, il doit plutôt prier pour son seigneur qui ira en enfer et grâce à qui il ira au paradis.
O
n utilise aujourd’hui encore des qualificatifs moraux pour décrire sa condition matérielle : modeste, humble. Plus généralement, la souffrance acceptée est glorifiée par le christianisme. Cette forme de lot de consolation a continué d’avoir du succès au XIXe siècle, qui a perpétué la notion du « pauvre vertueux » alors que les idées matérialistes rendaient absurdes ou en tout cas très incertaines les promesses d’une réparation post-mortem, et que les bouleversements sociaux nés de l’industrialisation (exode des campagnes vers les villes et désorganisation des structures sociales traditionnelles, accroissement de la population, précarité économique) ont favorisé plus que jamais la misère des uns et la fortune des autres. C’est dans ce contexte qu’ont été institutionnalisés les livrets de l’ouvrier, le contrôle des vagabonds et des nomades, la police moderne (avec notamment l’anthropométrie), et, que, dans les fictions, s’est cristallisée une dichotomie fondamentale entre la figure de ce qu’on pourrait appeler le « pauvre méritant » et de ce qu’on pourrait nommer le « pauvre crasseux ». Le pauvre méritant ne boit pas, il est poli, honnête, obéissant, patriote, il évite les mauvaises fréquentations et il ne réclame rien, la gratitude de son patron est sa récompense, et si on lui dit d’aller étriper et se faire étriper à la baïonnette dans des tranchées, il y va, car c’est son devoir. Le pauvre crasseux, lui, est alcoolique, négligent dans son travail, malhonnête et revendicateur. Le pauvre crasseux peut être corrigé à coup de fouet — comme chez la comtesse de Ségur par exemple —, et la moindre de ses fautes est d’une gravité absolue. C’est ce genre de vision des choses, toujours en vigueur, qui a permis l’an passé à un juge de condamner à trois mois de prison ferme un homme qui avait volé une bûche de fromage de chèvre dans un supermarché : un euro volé par un pauvre est plus grave que des millions volés par un grand bourgeois, car derrière cet euro se cache le spectre d’une remise en cause de l’ordre social. 

Cette vision est toujours en vigueur, mais elle est concurrencée — peut-être par saine réaction — par l’idée qu’une victime d’injustice (racisme, par exemple) est nécessairement une bonne personne, quoi qu’elle fasse. Comme un enfant mineur ou une personne victime de handicap mental, elle n’est pas exactement comptable de ses actes.
Cette manière de voir a plus d’un inconvénient à mon sens. D’abord, elle déresponsabilise et infantilise les personnes, ce qui donne à celui qui se fait juge du bien et du mal une position de surplomb pour le moins condescendante. Ensuite, au delà des bonnes intentions qui la motivent, cette manière de voir est très fragile, car elle force ceux qui s’y accrochent à adopter des positions intenables : une moralité à plusieurs vitesses (une personne estampillée victime se voit pardonner les oppressions dont elle se rend à son tour coupable) ou une forme de déni de réalité qui transforme l’énonciation de vérités objectives en une arme politique pour les 
forces réactionnaires, ce qui est tout de même un comble.
Pour moi, mais peut-être suis-je paradoxalement idéaliste en le disant, comprendre le réel et chercher la vérité est plus fidèle arme du progrès, et je vais tenter de l’illustrer à l’aide de l’histoire d’Eugène Süe. 

Eugène Süe

Sous la restauration, le jeune écrivain Eugène Süe, issu de la très grande bourgeoisie (il était filleul de l’impératrice Joséphine), faisait une carrière d’écrivain mondain, produisant des romans maritimes et exotiques, historiques ou moraux. Il multipliait les conquêtes féminines parmi la bonne société parisienne et, pour tenir un tel train de vie, dilapidait la fortune héritée de son père. Les romans d’Eugène Süe publiés à cette époque, même s’ils ont reçu un bon accueil en leur temps et conservent toujours une bonne réputation ne sont pourtant pas ceux qui l’auront fait passer à la postérité. Au début des années 1840, son ami Prosper-Parfait Goubaux lui soumet un défi : raconter l’existence du peuple et non plus de superficielles histoires d’aristocrates. Süe éconduit l’idée en disant : « je n’aime pas ce qui est sale et qui sent mauvais ». Mais il finit par tenter la chose : il se vêt d’une blouse et se rend dans une taverne crasseuse. Là, il assiste à une rixe, dont il rédige le récit sitôt rentré chez lui. Assez satisfait de ses premiers chapitres, il les propose à son éditeur, qui lui demande de publier son roman en feuilleton dans la presse, ce qu’il fait dans Le Journal des débats, très important quotidien conservateur.
Süe intitule son récit Les Mystères de Paris. L’introduction donne le ton : il veut montrer à quel point le peuple est vil et répugnant :

Un tapis-franc, en argot de vol et de meurtre, signifie un estaminet ou un cabaret du plus bas étage. Un repris de justice qui, dans cette langue immonde, s’appelle un ogre, ou une femme de même dégradation qui s’appelle une ogresse, tiennent ordinairement ces tavernes, hantées par le rebut de la population parisienne : forçats libérés, escrocs, voleurs, assassins y abondent. Un crime a-t-il été commis, la police jette, si cela se peut dire, son filet dans cette fange ; presque toujours elle y prend les coupables. Ce début annonce au lecteur qu’il doit assister à de sinistres scènes ; s’il y consent, il pénétrera dans des régions horribles, inconnues ; des types hideux, effrayants, fourmilleront dans ces cloaques impurs comme les reptiles dans les marais.

Le succès est fulgurant. Le pays tout entier se passionne pour les destins de Fleur-de-Marie, du Chourineur, du Maître-d’école, de la Louve, de Cécily, de la Chouette et de l’immense galerie d’assassins, de prostituées et de souteneurs qui animent le roman. C’est aussi dans ce roman que l’on trouve monsieur et madame Pipelet, des concierges pittoresques qui ne tarderont pas à devenir un nom commun : « pipelette ». Ceux qui n’achètent pas le journal font la queue pour le louer à la demi-heure, et ceux qui ne savent pas lire se font raconter les péripéties du jour par ceux qui les ont lues.  Un jour, le récit s’interrompt car l’auteur est en prison pour dettes… Le président du conseil, le Maréchal Soult, ne supportant pas cette interruption, intervient aussitôt pour faire gracier Süe. Le nombre de chapitres du roman ne cesse d’augmenter.
Le personnage principal, Rodolphe, est un peu l’alter-ego d’Eugène Süe : c’est un prince de sang qui, entre deux bals, se déguise en ouvrier et adopte un parler populaire pour aller vivre dans les bas-fonds parisiens et y redresser des torts. J’aime dire que Les Mystères de Paris est une des sources du personnage de Batman6, et ce n’est pas absurde puisque le roman a été traduit, largement diffusé et massivement imité dans de nombreux pays.
Au fur et à mesure de son travail, Eugène Süe change de regard sur le peuple, il le trouve pittoresque, prête des excuses, à ceux qu’il avait d’abord entrepris de faire détester à ses lecteurs, leur permet, parfois, de se racheter. Tout au long de la publication (1842-1843), Süe reçoit des lettres naïves de lecteurs qui imaginent que Rodolphe existe bel et bien et peut les aider. Et c’est un peu ce qui se produit, car le romancier se convertit peu à peu au socialisme et utilise la tribune que lui offre chaque jour le Journal des débats pour donner son avis sur la misère et l’injustice, entre deux aventures de ses héros. Certains disent que la Révolution de 1848 doit beaucoup à la prise de conscience sociale produite par Les Mystères de Paris. Deux ans plus tard, Eugène Süe est élu député socialiste de la Seine, Le coup d’État de Napoléon III le forcera à quitter la France pour toujours l’année suivante.

Je vois au moins trois morales à cette histoire. La première est que les choses ne tournent pas toujours comme on les avait prévues, et qu’un projet réactionnaire peut se transformer en une prise de conscience progressiste. La seconde, c’est que le rapport entre fiction et réalité est quelque chose de complexe et de surprenant : chacun agit sur l’autre, chacun nourrit l’autre. Une fiction peut même agir sur son propre auteur et changer radicalement le destin de ce dernier lorsqu’il se met à croire lui-même à ce qu’il écrit. Du reste, pour qu’un récit fonctionne, pour que ses personnages soient consistants et les situations crédibles il faut sans doute qu’à un certain niveau, son auteur en soit lui aussi dupe. La troisième morale que j’en tire, et qui nous ramène à l’introduction de ce billet, c’est que la justice, le progrès, le bien-agir, n’ont rien à perdre à être confrontés à la vérité, à la complexité ou même à la laideur du monde. Et au contraire, rien n’est plus inquiétant pour ceux que l’on veut rallier à ses vues que de sembler incapable de voir ce que l’on a devant soi lorsque cela ne colle pas idéalement à ses opinions politiques. L’aveuglement, le déni, est le reproche redondant que font bien souvent ceux qui se définissent comme « de droite » à ceux qui se disent « de gauche », et la force de la famille « de droite » est effectivement de ne pas lutter contre sa propre perception — ce qui n’empêche pas cette perception d’être soumise à toutes sortes de biais qui la rendent erronée : étroitesse du bout de lorgnette, préjugés divers —  mais au moins ils ne se font pas violence pour que ce qu’ils voient colle à ce qu’ils croient. En ce sens, il est peut être logique de dire que ce que l’on nomme « la gauche » est plus souvent, ou en tout cas plus volontairement idéologue que « la droite », car si les deux bords s’abusent, c’est volontairement et en fonction d’une théorie que la gauche le fait. La théorie est quelque chose d’utile pour comprendre et analyser ce que l’on ne peut percevoir depuis son point de vue singulier, pour aller au delà des apparences, au delà des clichés, pour échapper à la fausse image du réel que nous imposent volontairement ou non les médias de flux7, ou même pour inventer un futur qui n’a jamais existé. Mais le défaut de la théorie, c’est de se mettre à y croire, d’en déduire une représentation dogmatique du monde, ou de se mettre à croire que ce qui est vrai est ce que l’on a décidé de croire8. J’aime beaucoup la fiction, qui a l’honnêteté de ne pas se confondre avec le réel mais qui ne s’interdit ni de s’en nourrir ni de l’alimenter.

  1. Dans le registre, je me souviens d’une bande dessinée sur le blog Tu mourras moins bête dans laquelle il était question de l’afflux sanguin dans le vagin d’une femme sexuellement stimulée… Aussitôt quelqu’un est venu faire remarquer en commentaire qu’une telle description stigmatisait les femmes transgenre, qui sont nées sans vagin. Je trouve cette prévenance assez curieuse, car je doute que les femmes transgenres (assignées hommes à la naissance, comme on dit) ignore que la plupart des femmes disposent d’organes génitaux différents des leurs. Je me demande si cette apparente bienveillance envers un groupe effectivement maltraité n’est pas juste un prétexte à exercer une forme de culpabilisation à peu de frais. []
  2. Se poser la question de savoir si La Belle au bois dormant véhicule bien une philosophie douteuse du consentement sexuel ne manque pas de pertinence et permet de déconstruire un comportement général. Il me semble dommage en revanche de ne proposer comme réponse que l’interdiction, et d’oublier que les contes, s’ils ont bien une morale, ne sont pas des modes d’emploi comportementaux, du moins pas de manière littérale. []
  3. Je pense par exemple à l’acteur Eddie Redmayne, qui avait été vivement critiqué pour avoir interprété une personne transgenre sans l’être lui-même dans A Danish Girl, ou à Zoe Saldana, blâmée d’avoir interprété la chanteuse Nina Simone dans un biopic, non parce que ce rôle « glamourisait » la jazzwoman — ce qui me semble pour le coup effectivement problématique, Nina Simone ayant été une femme au physique assez commun tandis que Zoe Saldana correspond aux canons actuels de grande beauté —, mais à cause de ses origines ethniques, puisque Saldana, dont la famille est dominicaine, est afro-caribéenne et non afro-américaine : noire, mais pas assez, ou pas assez purement ! La polémique a été assez forte pour que le film ne puisse pas sortir en salles/ On peut comprendre ce souci de ne pas laisser n’importe quel acteur s’emparer de n’importe quel rôle si l’on se souvient de tristes caricatures racistes telles que le voisin japonais (Mickey Rooney) de l’héroïne du Breakfast at Tiffany’s de Blake Edwards (un exemple entre mille, mais qui ruine ce qui serait un chef d’œuvre sinon), ou lorsqu’on se demande s’il était utile de dépenser tant d’énergie en effets spéciaux pour faire de Charlize Theron une femme au physique banal dans Monster, alors que par définition les personnes au physique banal ne manquent pas, etc., etc. Mais la réponse à toutes ces questions ne peut pas être trop dogmatique. Le métier d’acteur ne consiste pas à n’interpréter que son propre rôle et c’est heureux ! De nombreux acteurs revendiquent le fait d’obtenir des rôles qui s’appuient non sur ce qui est censé être leur état mais sur leur seul talent, comme par exemple Peter Dinklage, qui a réussi à s’imposer en tant qu’acteur et non seulement pour jouer les personnes atteintes de nanisme. Enfin, on peut aussi prendre en compte l’intention qui se trouve derrière le jeu de l’acteur. []
  4. Au passage, rappelons que le mot vertu vient du latin vir, le principe masculin, qui donne les mots virilité et virtuel. []
  5. De nombreuses représentations médiévales de l’Apocalypse insistent sur le fait que des souverains seront châtiés, par exemple. Les têtes couronnées que l’on y voit châtiées ne sont pas des personnes précises en général mais leur représentation sert à affirmer que la fortune temporelle ne met personne à l’abri de la colère divine. []
  6. L’autre source que je propose pour le personnage de Batman est Spring heeled Jack, légende urbaine britannique de la même époque, un homme qui terrorise les gens grâce à ses bonds extravagants et son apparence diabolique, qui deviendra plus tard le héros de romans à un sou (penny dreadful). Romans dans lesquels Jack, qui était au départ un malfaiteur, devient peu à peu à peu un justicier. []
  7. La psychologie sociale a par exemple vérifié que si on regarde une chaîne d’information en continu, les nouvelles que l’on voit passer plusieurs fois nous semblent plus importantes que ce qu’elles sont en réalité, notre perception est altérée par la redondance. []
  8. Un cas intéressant est celui des actuels défenseurs de la théorie d’une Terre plate, qui au fond savent sans doute très bien que la Terre sphérique est une réalité objective étayée par la théorie, par la pratique, comme par l’observation, mais qui revendiquent que l’on prenne au sérieux leur observation de l’apparente linéarité de l’horizon, Ce qu’ils demandent, à mon avis, c’est que l’on croie en leur existence à eux. []

Qu’est-ce que ça signifie qu’être enseignant à Paris 8 ?

(cet article est destiné à me dispenser de répéter chaque fois les mêmes choses lors de discussions Twitter où l’on me prête des opinions et des arrières-pensées précises qui seraient dues à ma position d’enseignant à l’Université Paris 8)

Sur Twitter, on est rapidement catégorisé par des gens qui ne nous connaissent ni d’Éve ni d’Adam en fonction des éléments biographiques qu’ils ont glané. Cela prend un tour assez caricatural lorsque les interlocuteurs manquent d’arguments et qu’ils cherchent désespérément la raison imparable qui leur permettra de disqualifier leur contradicteur. Dans mon cas, c’est facile, la description autobiographique que j’ai rédigé pour Twitter prête le flanc à la pensée automatique des imbéciles puisque j’y écris que je suis :

« Enseignant nouveaux médias à l’Université Paris 8 et à l’école d’art du Havre « 

Il y a deux mots-clés, deux thought-terminating clichés fatals dans cette phrase1 : « enseignant » et « université Paris 8 ». Enseignant à l’Université, c’est apparemment l’autorité, le fonctionnariat, le mandarinat. Et Paris 8, c’est l’Université où, paraît-il, on donne la parole aux gens les plus mal vus par les magazines Marianne, le Point et Valeurs actuelles.

L’argumentum ad professorem2

J’aurais tendance à faire deux catégories d’attaques liées à la fonction d’enseignant. La première est liée à l’autorité, elle émane de gens qui, peut-être, ont mal vécu l’école et qui ont besoin de faire savoir au « prof » qu’ils contestent son autorité, ce qu’ils font avec une pointe de jubilation manifeste. On se « paie le prof », quoi :

Je dois dire que ça me laisse froid, l’autorité n’ayant jamais été ma motivation pour enseigner, ni un talent dont je dispose. J’aime transmettre, mais j’aime aussi apprendre, et j’aime accompagner des étudiants, certainement pas leur en imposer. Enfin, sur Twitter ou autre réseaux sociaux je suis je pense plus connu pour ma capacité à maintenir des conversations contradictoires au delà du raisonnable qu’à utiliser des titres que je n’ai pas pour dominer des débats. Bref, être enseignant, dans mon idée, c’est un emploi, que j’essaie d’assumer au mieux, mais ce n’est en aucun cas un argument d’autorité.

Je n’ai pas d’exemple sous la main car ce n’est pas dans des discussion sur Twitter que cela m’est arrivé mais je me suis parfois vu reprocher d’être « fonctionnaire », ce qui semble impliquer beaucoup de choses pour certains, en ces temps de détestation de l’État et de destruction méthodique du service public, mais je n’ai pas creusé la question puisque je ne suis pas fonctionnaire. Enfin pas tout à fait, car récemment mon statut à changé, non à l’université mais en école d’art, où je suis devenu « agent territorial stagiaire de Catégorie A », et donc destiné à être effectivement titularisé.

L’argumentum ad professorem indignatibus3

Le second cas que je rencontre fréquemment, ce sont les contradicteurs qui s’insurgent, qui s’indignent du fait que je sois enseignant : « Ça ne pense pas comme moi et ça se dit prof ! Et ça prétend enseigner ! Ah elle est belle, la France ! ».

On note, dans le cas des deux derniers tweets, une petite difficulté à appréhender l’humour : est-ce que ceux qui ont mis en exergue et dénoncé mes tweets sont incapables de supposer qu’un enseignant puisse écrire quelque chose de sciemment absurde afin de faire rire ? C’était bien entendu le cas.
Ma réponse ne change pas : enseignant est un emploi, un métier, une fonction, un rôle, parfois même un simulacre, une imposture : je joue à l’enseignant, les étudiants jouent à l’étudiant, et nous avons des choses à nous transmettre ainsi. Ce n’est pas, dans mon approche en tout cas, un statut social qui m’autorise à avoir raison au mauvais sens du terme, c’est à dire d’imposer mes vues par voies autoritaires plutôt qu’en étant dans le vrai. Quant au vrai, à la vérité, pour moi, ce n’est pas un trésor que l’on garde jalousement, c’est un trésor que l’on cherche.

L’argumentum ad parisioctum4

Enfin, plus récemment, il arrive qu’on me catégorise sous ce sceau infâme : enseignant à l’Université Paris 8.

On le voit dans ces quelques exemples, un enseignant à Paris 8, pour certains, c’est quelqu’un de « proche du PIR » (Parti des Indigènes de la République), qui hait la France, qui accueille le paria Mehdi Meklat. Le fait récent qui explique cette réputation, c’est l’organisation d’une session de débats/conférences regroupés sous l’intitulé « Paroles non-blanches », dont une partie n’était pas mixte, c’est à dire que n’y étaient bienvenues que les personnes dites « racisées », victimes de racisme. Le principe en avait fait réagir plus d’un, à droite comme à gauche d’ailleurs, car pour certains, décider qui a le droit d’assister à des conférences en fonction de son phénotype ressemble furieusement à du racisme. C’est ce que m’avait dit, face à l’affiche qui annonçait l’événement, un collègue enseignant de Paris 8, a priori d’origine maghrébine et pas tout jeune5, que le principe de la non-mixité heurtait clairement : c’est honteux, disait-il, m’expliquant que c’était tout ce contre quoi cette université luttait depuis près de cinquante ans. Je lui ai exposé le point de vue des promoteurs des réunions non-mixtes : il ne s’agit pas de comploter ni d’exclure mais de gagner en sérénité et en liberté de parole. Tout le monde peut comprendre que des femmes qui veulent parler de violences sexuelles tiennent à le faire entre elles, car la nature mixte des participants ajoute des enjeux aux réunions. Dans le cas du racisme, l’idée est avant tout que les personnes qui ne sont pas victimes de racisme ont tendance à ralentir les débats et à accaparer la parole de manière en fait peu constructive. L’enseignant indigné à qui je racontais ça m’a semblé être, si je me fie à ses réponses, un vieux marxiste internationaliste pour qui le racisme est le produit des inégalités et disparaîtra avec elles. Autant dire qu’il n’était pas convaincu.
Quant à moi, je suis partagé : je comprends les arguments, mais je vois en quoi le symbole peut heurter notamment ceux qui, sans être victimes de racisme, ne s’en sentent pas coupables et n’ont, objectivement, rien à se reprocher. Par ailleurs je vois dans ce genre de manifestation un fond de fascination pour l’activisme social américain — dont le vocabulaire et les pratiques rencontrent un immense succès chez nous — alors que les luttes à mener sont différentes de par leur histoire6, et que les effets de ces méthodes ne sont pas vraiment probants. En effet, la condition des noirs reste catastrophique aux États-unis, celle des femmes est en recul et le niveau d’homicides est celui de pays du tiers-monde. Mais je comprends sans peine aussi la colère de tous ces Français qui en théorie sont citoyens de plein-droit et en pratique, ont une expérience frustrante de la France, où la police, les administrations, des injustices à tous les niveaux ou tout simplement une quasi inexistence symbolique positive viennent sans cesse leur rappeler que parmi leurs compatriotes, certains ont du mal à les traiter en frères.
Mais pour dire une fois pour toute mon opinion personnelle sur les réunions dites « non-mixtes », ce qui m’embête le plus n’est pas qu’on les ait inventé que les raisons qui font qu’elles existent : la France est un pays raciste. C’est triste, et la France n’est pas que ça, c’est aussi un pays antiraciste, un pays où beaucoup de mariages sont, eux, mixtes, un pays dont la législation — et ce n’est pas si courant — est universaliste, et un pays dont l’histoire est faite de métissages et de mouvements de population, et ce depuis dix bons milliers d’années. La France peut être un pays digne et humaniste, aux Français d’y œuvrer.

Le journal « Présent » ne fait pas vraiment partie des médias célèbres pour sa lutte active contre les discriminations, mais à l’occasion de « Paroles non-blanches », il en ont fait leur « une »… Je me demande s’ils se rendent dans les réunions anti-racistes où ils sont invités.

Revenons à nos moutons : les réunions « non-mixtes » sont-elles représentatives de l’Université Paris 8 ? Oui et non. Oui parce que c’est le genre d’événement que l’on trouvera sans doute plus ici que dans une université comme Paris-Assas (à moins qu’à mon tour je me fasse des idées sur cette université). Non car c’est un épisode anecdotique, c’est à dire que l’Université Paris 8 n’est pas non-mixte, au contraire, elle brasse une grande diversité de population, nous avons des étudiants venus d’horizons très divers. Nous avons, en fait, plus de vingt-mille étudiants. Certains viennent de cités environnant l’Université, d’autres viennent de Corée ou des États-Unis, beaucoup viennent de banlieues parisiennes cossues. Il n’est pas interdit d’entrer en cours aux femmes qui ne portent pas la Burqa (contrairement au fantasme d’Élisabeth Badinter à ce sujet, qui disait que dans « certaines universités » les femmes en voile intégral étaient au premier rang et terrorisaient les autres…) et nous ne commençons pas nos journées par une parade en l’honneur du régime de Kim Jong Un7. Chaque année à Paris 8 ont lieu des dizaines de milliers de cours, des centaines de conférences avec des intervenants très divers.
Les enseignants ne sont pas tous des gauchistes engagés, on trouve là aussi de nombreux profils différents, et je dirais même que l’Université Paris 8, qui fut notoirement un foyer de la gauche radicale au début des années 1970, lorsqu’elle était le Centre universitaire expérimental de Vincennes, tend à se normaliser. Les grandes affiches rédigées à la main par une mystérieuse internationale marxiste (que je soupçonne ne n’avoir eu qu’un unique membre) ont laissé la place à des posters qui vendent un Spring break à la Française (trois jours à Amsterdam), on ne voit plus vraiment de stands de fédérations ceci ou cela, l’université respecte les mêmes règles que d’autres, c’est juste une université, quoi, spécialisée dans les sciences humaines et les arts. Au passage, à ceux qui croient judicieux d’opposer Paris 8 et l’indéfinissable esprit « Charlie », je signale que Bernard Maris, membre de la rédaction de Charlie Hebdo, assassiné par les frères Kouachi le 7 janvier 2015, enseignait avec plaisir l’économie à l’Université Paris 8.
Un square porte d’ailleurs son nom à quelques pas de l’Université.

Peut-être à cause de l’emballement médiatique qui a suivi, les affiches pour les nouvelles conférences « paroles non blanches » spécifient désormais être ouvert à tous, mais une réputation est plus rapide à faire qu’à défaire.

Mon parcours

Pour ceux que ça intéresse, J’enseigne à l’université Paris 8 depuis le milieu des années 1990. J’y étais étudiant lorsque l’on m’a confié des charges de cours, emploi certes précaire et mal payé mais qui m’a permis de découvrir le plaisir de l’enseignement. Au début des années 2000, on m’a suggéré de postuler pour un poste de « Maître de conférences associé », qui est là aussi un emploi précaire, mais nettement mieux rémunéré, réservé à des gens qui exercent une autre activité professionnelle que celle d’enseignant et qui sont embauchés pour enseigner à mi-temps : c’est typiquement (sans me comparer) grâce à ce type de poste que l’on peut inviter Pablo Picasso à enseigner, alors même qu’il n’est pas docteur en arts plastiques ni qualifié au recrutement des maîtres de conférences par la dix-huitième section du Conseil national des universités.  Cet emploi, lié à des conditions de ressources et à la décision de pairs, était renouvelable tous les trois ans, mais ce dispositif créé pour faire entrer des professionnels à l’université a tendance à disparaître, et je ne remplis plus ses strictes conditions d’application, étant devenu trop prof, puisque j’occupe aussi un poste en école d’art. L’an dernier, je suis donc devenu chargé d’enseignement et de recherche, un statut pensé sur mesure pour une dizaine de collègues dans le même cas que moi, qui nous permet de continuer d’enseigner encore quatre ans, délai au terme duquel nous ne pourrons plus le faire, la loi dite « Sapin » imposant que l’on nous titularise ou que l’on nous remercie8.

Une affiche à l’entrée de l’Université Paris 8… Le féminisme a une histoire assez ancienne à l’université, où Hélène Cixous a fondé le centre d’études féminines, premier département universitaire consacré à la question en France, et un des premiers aux monde. Ce n’est qu’une des innovations typiques de Paris 8, qui aussi innové dans des domaines qui n’existaient pas à l’université jusqu’alors : informatique, intelligence artificielle, psychanalyse, ethnopsychiatrie, cinéma, arts plastiques, imagerie numérique,…

Quand je suis arrivé à Paris 8, j’ai rencontré tout d’abord beaucoup de liberté. Liberté d’étudier dans des domaines inattendus (j’ai fait plusieurs semestres de chinois classique, par exemple, mais aussi de la scénographie), liberté d’organiser mon emploi du temps, possibilité de suivre des cours aussi divers que l’urbanisme, la sociologie de l’art, la pratique de la bande dessinée, et, enfin, les nouveaux médias. Et liberté d’étudier tout court, puisque j’ai pu intégrer Paris 8 sans être titulaire du baccalauréat.
Quand je suis arrivé, certains enseignants rechignaient à donner des notes, c’était neuf pour eux, il restait encore un peu du fameux « esprit de Vincennes », mais j’ai vu l’université rentrer peu à peu dans le rang, malgré quelques réminiscences d’un passé plutôt excitant (Deleuze, Popper, Lacan, ou, même si leur passage fut de courte durée, des gens tels que Foucault, Laborit, ou même les auteurs de bande dessinée Mézières et Moebius).
Mais pour autant, je n’ai pas ressenti de pression politique étouffante. La fac fut autrefois clairement de gauche, elle n’est sûrement pas devenue une université de droite aujourd’hui, mais on n’a pas besoin d’être encarté dans un groupuscule maoïste pour y enseigner ou y étudier — contrairement à ce qu’avait supposé une étudiante chinoise qui avait cru judicieux d’ajouter à son dossier d’équivalences une photocopie de sa carte d’adhérente du Parti Socialiste (français !), dans l’espoir que son dossier en soit favorisé.

Bref bref bref, non, tous les enseignants de Paris 8 ne pensent pas tous pareil sur tous les sujets, les étudiants ne reçoivent pas une formation idéologique particulière, peut-être existe-t-il une culture spécifique à Paris 8 mais pour la comprendre, il faut faire un peu plus que de se fier à des on-dits malveillants9. Il faut un certain culot pour se croire légitime à proférer des généralités sur une université cinquantenaire qui emploie mille enseignants titulaires (et bien des chargés de cours) et accueille plus de vingt mille étudiants.

  1. Les nouveaux médias, l’école d’art et le Havre ne me sont jamais renvoyés à la figure, en revanche. []
  2. nota bene : je ne connais absolument pas le Latin, je n’en ai pas fais à l’école. J’ai fait du Grec mais sans jamais vraiment comprendre ce qu’était une déclinaison et à quoi ça servait. Ce n’est que des années plus tard que mon épouse, qui parle Croate, me l’a expliqué. []
  3. Je vous ai dit que je ne connaissais pas le Latin et que j’invente ! []
  4. Oui, c’est encore du Latin inventé. N’hésitez pas à me proposer mieux ! []
  5. J’ignore son identité, c’est un enseignant d’un autre département. []
  6. Lire à ce sujet Les Schtroumpfs noirs, une œuvre raciste ? Par André Gunthert,. []
  7. Qui n’a pas l’air de très bien fonctionner soit dit en passant. []
  8. C’est la seconde fois que je vais perdre un emploi grâce aux bonnes idées de Michel Sapin ! []
  9. Les jugements péremptoires ne sont malheureusement pas une chose rare, c’est même, si l’on se fie aux recherches exposées par cet article, d’une grande banalité : on se sent souvent d’autant plus expert qu’on est ignorant. []