Ce que j’entends par « racisme »

De nombreuses conversations auxquelles je participe sur Twitter, notamment, butent sur le mot « racisme », auquel je ne donne pas la définition la plus commune, ce qui enlise souvent la discussion dans des considérations lexicales plutôt que sur les faits dont j’essaie de parler. Je ne sais pas si le mot est bon (aucun de ses pseudo-synonymes tels que « exclusion » ou « xénophobie » ne me convient plus), mais afin d’y renvoyer mes interlocuteurs chaque fois que la question reviendra je vais tenter ici d’expliquer en détail ce qu’il recouvre lorsque je l’emploie.

Le racisme scientifique

Le racisme dit « scientifique » du compte de Gobineau, qui jugeait pertinent de distinguer les humains comme un zoologue le ferait, sur la foi de quelques caractères phénotypiques flagrants tels que la couleur de la peau, la nature du cheveu ou la forme caractéristique des yeux, du nez ou de la bouche, ne m’intéresse pas spécialement, ne me semble pas vraiment une question actuelle. Bien que l’on parle de racisme « scientifique », cette manière de classifier les humains est dépréciée tant d’un point de vue moral que du point de vue des biologistes, qui constatent une remarquable homogénéité de notre espèce comparément à bien d’autres, y compris au sein de notre famille, les primates : les différences génétiques entre un individu chimpanzé et un autre peuvent être bien plus importantes qu’entre deux humains1. Cette grille de lecture du monde très XIXe siècle a, certes, toujours ses amateurs, comme le directeur de radio Courtoisie Henry de Lesquen2, mais elles sont à mon avis plus une conséquence du racisme que sa cause, ce ne sont que des théories, elles sont destinées à valider et à rationaliser (au sens le plus fou du terme) une attitude assez universellement partagée de rejet de la différence. C’est la raison d’être de ces mécanismes de rejet qui m’intéresse, plus que les théories qui leur sont plaquées ensuite et que nous avons beau jeu de dénoncer à présent que plus personne de fréquentable ne les soutient.

Le racisme Koh-Lanta

Chaque année, l’émission Koh-Lanta fournit une illustration extraordinaire de la manière dont se fabrique ce que j’appelle le racisme : les participants à ce jeu sont placés dans des conditions assez extrêmes de survie et de compétition pendant quelques semaines. Ils sont tout à fait consentants et peuvent abandonner le jeu quand ils veulent, mais ils s’accrochent et, au passage, subissent la faim et le froid, maigrissent de manière impressionnante et vivent des situations humaines émotionnellement perturbantes : alliances, pactes, trahisons, cabales. Au début du jeu3, les participants sont répartis entre deux équipes, l’équipe rouge et l’équipe jaune.

Les deux équipes sont opposées avec comme enjeu une amélioration des conditions de vie (le moyen de faire du feu, ou une ration de nourriture, par exemple), et, en fin d’émission, la possibilité de rester au complet. Après vingt jours seulement, de nombreux participants ont quitté le jeu — exclus par ceux de leur propre équipe après que celle-ci ait été déclarée perdante à un jeu — et les deux équipes sont « réunifiées », c’est à dire qu’elles disparaissent, il n’y a plus ni « jaunes » ni « rouges ». En théorie du moins, car malgré la suppression des équipes, les participants persistent à s’identifier à leurs anciennes couleurs, et ceux qui y sont infidèles passent pour les pires traîtres. Les participants au jeu semblent parfois être devenus fous, car ils sont devenus patriotes d’une couleur qui leur a été attribuée arbitrairement et qui regroupe des personnes qu’ils ne connaissaient pas quinze jours plus tôt. Pas besoin, en voyant ça, de se demander comment fonctionnent les armées.
Même sans parler de guerre, cet « esprit d’équipe » mène à des horreurs, et notamment à refuser vigoureusement tout ce qui gomme les différences. Dans ma ville, dont le maire est étiqueté « divers droite », par exemple, on a pu voir le Parti socialiste local reprocher au maire de trop investir dans la culture et d’avoir aménagé un camp pour les gens du voyage, et le représentant au législatives du Parti de Gauche se plaindre que la mairie organise un événément autour de la permaculture. C’est à dire que les deux partis d’opposition « de gauche » de la ville ont reproché au maire de ne pas être assez à droite : leur engagement les a conduit à oublier le but qu’ils poursuivaient pour ne s’intéresser qu’à l’équipe à laquelle appartient untel ou untel. Sur Twitter en ce moment, on remarque de vifs échanges entre les partisans de Hamon, Mélenchon ou Jadot : une fois que les uns ou les autres ont pris parti, nombreux sont ceux qui semblent développer un rejet épidermique de ceux qui leur sont politiquement les plus proches. Mécanique étrange et contre-productive, du moins si le but d’une victoire électorale est bien d’imposer des idées et non juste une équipe.

Le racisme de chacun

Ce que j’appelle racisme commence quand on s’identifie à un groupe et que l’on oppose celui-ci à un autre groupe. Au niveau neurologique, on constate de manière assez dérangeante que le phénomène nous touche tous et qu’il se manifeste par un surcroît d’empathie envers ceux que nous identifions comme nos semblables, et un déficit d’empathie envers ceux que nous identifions comme « autres ». En pratique, un supporter du Paris Saint Germain qui assistera à l’agression d’un autre supporter de la même équipe par des supporters de l’Olympique de Marseille verra s’activer les parties de son cerveau qui prennent en charge la douleur. Inversement, ia douleur d’un supporter concurrent le laissera froid, ou pire, pourra activer des parties de son cerveau dévolues au plaisir ! Je me demande ce qu’il se passe si subitement des supporters de rugby se battent avec des supporters de football, toutes équipes confondues : est-ce que cela suffira à créer un lien empathique entre OM et PSG ? Je parie que oui. Après tout, rien ne sert mieux le sentiment d’appartenance à un groupe que le fait d’être agressé en tant que membre de ce groupe, et beaucoup de nations ne sont nées qu’en réponse à une agression. Je ne m’intéresse pas au football, mais j’ai un autre exemple qui me concerne directement : lorsque les gens de La prétendue Manif « Pour tous » se sont plaints des violences policières dont ils étaient victimes, je n’ai pas eu mal pour eux, je n’ai pas ressenti d’empathie particulière, je n’ai même pas cru à ce qu’ils disaient… Mais lorsque ce sont les « nuit debout » qui ont été gazés et tabassés, j’en ai été révolté. La différence entre les deux groupes, c’est qu’il y en a un dont je méprise les valeurs et un autre dont je me sens proche. Pourtant, la matraque est aussi lourde sur une tête que sur une autre.

Les évolutionnistes n’ont aucun mal à justifier ce phénomène, il sert avant tout à assurer notre survie et celle de nos gènes : les gens d’une même famille se soutiennent et s’épaulent, c’est normal. Pas forcément juste (il suffit de voir comme on reste fidèle aux siens lorsque ceux-ci sont attaqués, y compris lorsqu’ils sont dans leur tort), mais logique. La plasticité de notre cerveau, notre intelligence4 et la fertile imprécision de nos sens rendent la chose intéressante et moins mécanique que chez certains animaux capables, dit-on, de se détourner de leur propre progéniture si celle-ci n’a pas l’exacte odeur attendue. Une personne que nous fréquentons longtemps finira par devenir « nôtre » quand bien même elle nous est étrangère à divers égards — apparence physique, par exemple, mais aussi sexe, accent, vocabulaire, milieu social,… voire même mode d’existence : on peut être un homme blanc raciste et misogyne mais éprouver quelque chose comme de l’empathie pour un personnage noir féminin d’une série télévisée dont on sait tout à fait qu’il n’existe pas réellement, ou pour une chanteuse noire qui existe effectivement mais que l’on n’a pas rencontré et que l’on ne rencontrera jamais.
Je ne vais pas invoquer plus avant les neurosciences ou la psychologie pour expliquer le phénomène, car je commente et je résume ici de mémoire un article lu il y a un certain temps dans Science & Vie (et donc certainement réducteur, péremptoire et caricatural). Je n’en ai pas vraiment besoin, car au fond tout ça se constate facilement.

Moi, nous, toi, vous, eux

Le racisme tel que je l’entends, qui existe en chacun de nous et sert en quelque sorte à favoriser ceux qui nous ressemblent, devient vraiment dérangeant lorsqu’il glisse du besoin de soutenir ses proches à un rejet de l’autre, et que ce rejet prend la forme d’une négation de l’individualité de cet autre, lequel n’est plus vu que comme agent d’un groupe, à qui on prête des motivations et des réflexes qui ne sont plus ceux d’une personne mais bien du groupe entier et des clichés que l’on plaque caricaturalement dessus en fonction de représentations plus ou moins fantasmatiques — c’est ce qui explique qu’on soit terrorisé par les musulmans dans des villages perdus des campagnes alsaciennes et bien plus détendu sur le sujet dans les endroits où on connaît d’authentiques musulmans et où on sait, en conséquence, qu’ils sont bien des personnes, avec des opinions et des tempéraments divers.
Pour l’anarchiste que je suis, il n’existe pas grand chose de plus violent que de nier le statut d’individu d’une personne, de partir du principe que, puisqu’elle a été identifiée comme membre de tel ou tel ensemble plus ou moins arbitraire, est privée de pensée individuelle, ne pense et n’agit que pour le groupe dont elle est issue, comme une fourmi pour la fourmilière ou une abeille pour la ruche.
Une conséquence terrifiante de cette mécanique, c’est qu’elle est souvent assumée par ceux là mêmes qui en sont victimes, et pour une raison bien simple : l’union fait la force. Lorsque l’on se sent menacé ou brimé en tant que membre d’un groupe, il est assez naturel qu’on cherche la solidarité de ce groupe afin qu’il se transforme en un collectif, c’est une attitude qu’on peut difficilement condamner, mais elle peut mener ceux qui s’y conforment à réduire volontairement leur individualité, à se fondre dans le groupe, jusqu’à agir contre leur intelligence, contre leur sens de la justice et contre leurs intérêts. C’est comme ça que fonctionnent les religions, les groupes sectaires, les gangs, les partis politiques, et finalement, la société toute entière : chacun de nous doit constamment décider où placer le curseur entre ses goûts, ses idées, ses opinions, et ce que le nombre lui impose. Une société totalitaire, c’est une société qui ne nous laisse qu’une très petite marge de liberté à ses membres.
Les nationalistes et autres suprématistes de tous bord sont racistes non seulement envers ceux qu’ils considèrent comme « l’autre », mais aussi envers eux mêmes, puisqu’ils veulent se voir comme agents d’un groupe et non comme personnes, et puisque, s’ils voient l’autre comme non-eux, ils se voient aussi eux-mêmes comme n’étant pas l’autre. L’autre devient le pivot, la référence qui leur permet de se définir. Ou quelque chose comme ça.

Intellectuellement, j’arrive presque à comprendre qu’on puisse juger rassurant de ne plus être une personne, s’effacer dans le nombre, porter un uniforme, suivre un chef, suivre un dieu (enfin suivre ceux qui prétendent savoir ce que veut ce dieu), renoncer à son individualité. Mais je n’imagine rien sur Terre qui soit plus pathétique.

  1. De mémoire, le nombre de gènes qui distinguent deux individus chimpanzés est deux fois supérieur à celui qui distinguent deux individus humains. []
  2. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui qui se présente comme raciste — et qui affirme du reste le faire de manière « positive », c’est à dire sans méchanceté. []
  3. Chaque année, les règles de Koh-Lanta changent un peu. Cette année, je ne suis pas le programme mais on m’a appris qu’il y avait trois équipes. Le manque de méthodologie claire, le biais de sélection des concurrents, la forte scénarisation et la manière dont les événements sont guidés ne permet pas de faire de Koh-Lanta une expérience de psychologie exploitable, mais la manière dont certaines mécaniques se répètent d’une fois sur l’autre me semble extrêmement impressionnante.   []
  4. On a pu vérifier que lorsqu’une personne a l’esprit encombré par une tâche, par exemple retenir un nombre, elle a des réflexes plus racistes que lorsqu’elle peut utiliser ses ressources intellectuelles : le non-racisme a un rapport avec l’intelligence. Pas étonnant, et on sait aussi que le racisme a un rapport avec la peur (on dit « xénophobe » et ce n’est pas pour rien), or la peur bloque les fonctions cognitives, on est plus rapide, plus réactif, car plus con. Ne vous demandez pas à quoi sert l’angoisse que nous servent les chaînes d’information en continu… Une fois le spectateur effrayé par le matraquage d’une nouvelle anxiogène, ce dernier est si attentif et concentré qu’il accepte la solution rassurante qu’on lui propose : acheter les biens dont lui parlent les publicités qui ponctuent la journée de diffusion des nouvelles. On peut penser que j’exagère, mais tout ça a été largement démontré par la psychologie sociale. []

11 réflexions sur « Ce que j’entends par « racisme » »

  1. Elias

    Très bel article !
    Le peu que j’ai vu Koh Lanta m’a fait perdre tout espoir concernant la nature humaine : si des gens peuvent s’accrocher si fortement à des identités arbitraires créées deux semaines auparavant, comment espérer nous affranchir des obsessions identitaires quand il s’agit d’identités séculaires intériorisées depuis l’enfance. Le pire c’est qu’on peut supposer que certains participants du jeu sont d’anciens spectateurs qui trouvaient absurdes chez les autres les comportements qu’ils en viennent à adopter.

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  2. Yogi

    Merci pour cet article très clair et qui incite à la réflexion. Un point cependant me paraît une caractéristique fondamentale du « racisme » et n’est pas abordé ici.

    Il y a pour moi une différence de fond entre « classifier » voire rejeter quelqu’un sur la base de critères qui lui sont innés, qui sont indépendants de sa volonté, sur lesquels il n’a aucune prise, et le faire sur la base de choix conscients faits par la personne en question.

    Le premier est du « racisme ». Il s’appuie sur la couleur de la peau, la nature du cheveu ou la forme du nez. Il est inacceptable car il rejette l’individu dans sa nature même. Il nie la personne, ses choix et son individualité. Il nie le principe d’égalité entre individus.

    Le deuxième s’appuie sur les choix, les actes ou les opinions de la personne. C’est du débat d’idées, fondement même de la démocratie, et n’a aucun rapport avec le racisme.
    C’est par exemple la différence, comme vous le mentionnez, entre « les gens dont je méprise les valeurs et ceux dont je me sens proche ». C’est le rejet du système de pensée porté par une personne, pas de la nature de cette personne. S’opposer aux roux c’est du racisme. S’opposer aux libéraux, aux cathos, aux chasseurs, c’est du débat d’idées.

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Yogi : Oui bien sûr, on peut et on doit faire une différence fondamentale entre ce que les gens ne peuvent pas changer de leur personne, et ce qu’ils peuvent changer, mais ça pose d’autres problèmes : si on veut ne pas être rejeté en raison de son opinion, on doit en changer. C’est au fond une espèce de chantage. Il y a aussi des formes intermédiaires, je me souviens d’une femme d’origine nord africaine qui racontait qu’un jour, en mangeant un Mars dans la rue, elle avait reçu une énorme claque : c’était ramadan, et l’homme qui l’avait frappé, qui était apparemment musulman, considérait qu’en vertu de son apparence physique la jeune femme était astreinte à respecter le jeûne (le zélote était mal renseigné car même si elle avait été musulmane pratiquante, cette femme aurait pu être enceinte ou autre cas accepté de rupture du jeûne). Là on ne sait plus trop si on est dans les idées ou le phénotype.
      Mais bien sûr, l’enfant qui vient de naître n’a pas encore de vision du monde et peut pourtant totalement être victime de racisme.

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      1. Yogi

        @ Jean-no :
        > « si on veut ne pas être rejeté en raison de son opinion, on doit en changer » : bah oui. Si on est djihadiste, esclavagiste, antisémite ou raciste (!) et qu’on ne veut pas être rejeté par la société française (pour faire simple), il faut changer d’idée. Ce n’est pas du chantage c’est du débat d’idées.

        Sans cette distinction fondamentale on ne peut plus s’opposer à personne. Si l’on s’avise de critiquer les libéraux, les communistes, les pollueurs, les écolos, les musulmans, les athées (rayer les mentions inutiles) on fait face à une accusation de racisme qui ne vise qu’à tuer tout débat et toute contestation. Les mots n’ont alors plus de sens, et le vrai racisme est mélangé avec, et légitimé par, des oppositions parfaitement fondées. Il est crucial de distinguer le vrai racisme « rejet du phénotype » et le débat « rejet d’une opinion ».

        Le cas qui a fait couler le plus d’encre est sans doute l’islamophobie, dont l’assimilation absurde à du racisme ne vise qu’à interdire la critique de toute pensée religieuse.

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        1. Jean-no Auteur de l’article

          @Yogi : obliger quelqu’un a changer d’opinion, ce n’est pas forcément du débat d’idées ! Imagine juste la même chose mais concernant une opinion qui est tienne. Nos opinions font partie de nous, nous pouvons en changer, c’est évident, mais ça n’est souhaitable que si ça passe par l’information, par le raisonnement, par l’échange. Si c’est par force, si on est obligé ou de se taire ou de se forcer à changer d’opinion, c’est pas génial – pense par exemple aux pays où le blasphème est puni par la loi (y compris dans l’Union Européenne, c’est le cas en Grèce par exemple). Ce qui est certain c’est que le rejet des gens qui ont une opinion ne peut pas exister sans expression de cette opinion (expression verbale ou sémiotique – le hijab, le crucifix, la kippa, etc.), contrairement à la couleur de peau.
          L’Islamophobie est, pour moi, un racisme (ou en tout cas une crainte irrationnelle envers un milliard et demi de gens), et on nous en sert du matin au soir depuis des années, c’est assez terrible et ça nous amène peu à peu à une situation de conflit. Bien sûr, certaines personnes dénoncent l’islamophobie non en tant que peur irrationnelle mais pour interdire la liberté d’expression et la liberté de critiquer un dogme ou des pratiques religieuses, et c’est d’un grand opportunisme, mais ça n’empêche la peur et l’hostilité d’être une réalité. Note qu’une religion n’est pas une simple idéologie que l’on épouse ou rejette, c’est, dans le cas de beaucoup de gens, une culture que l’on n’a pas choisie (comme on n’a pas choisi son sexe ou son lieu de naissance) mais à laquelle on est attaché parce qu’elle est constitutive de sa personne, qu’on a grandi avec.

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          1. Yogi

            @ Jean-no :
            Il ne me semble pas qu’il soit possible de forcer quelqu’un à changer d’opinion, donc cette question n’a pas lieu d’être.
            Comme tu le dis seules l’éducation, la réflexion, l’expérience vécue, … peuvent faire changer quelqu’un d’opinion, mais encore faut-il que cette personne soit consciente de ce qui est une opinion (ou une croyance, ou un postulat) et de ce qui est la réalité.
            Les religions notamment sont des postulats infondés qui se font passer pour des réalités, c’est bien là une de leurs perversités majeures.

            Toute société est basée sur des postulats non négociables qui rejettent de fait les opinions contraires. En France citons par exemple « les hommes naissent libres et égaux en droits », qui fait que les gens qui pratiquent l’esclavage sont rejetés. Ceux qui veulent pratiquer l’esclavage ne peuvent pas vivre en France, et moi-même je ne pourrais pas vivre dans une théocratie.

            Les religions sont des idéologies intrinsèquement clivantes (« toutes les religions sont fausses sauf la mienne »), basées sur un pur aléa (96% des croyants ont la religion de leurs parents : la religion n’est que le reflet du hasard de naissance) et qui s’opposent au principe de réalité (en soutenant qu’une croyance arbitraire et contredite par les faits est vraie « parce que ma maman me l’a dit » ou « parce que je l’ai vu en rêve »). C’est pourquoi les religions me paraissent la négation même de l’harmonie et de l’intelligence humaine.

            Je les rejette donc, et plus catégoriquement encore celles dont les références sacrées prônent la violence envers les non-croyants. Je vois mal en quoi le rejet de telles idéologies serait de près ou de loin du racisme.

  3. El Gato

    Je pense qu’en confondant la violence et le racisme, tu banalises les deux.
    Pendant la deuxième guerre mondiale, il y avait des français nationalistes qui se battaient contre les « boches », des français internationalistes qui se battaient contre les nazis et enfin des français qui étaient exterminés pour être né juifs selon l’idée que se faisaient les nazis de la judéïté. Ca n’avait rien à voir.
    A propos de l’islamophobie:
    Les religions sont des idéologies comme les autres que l’on peut (doit) combattre lorsque l’on pense qu’elles déconnent. C’est l’essence même de la démocratie. Mais ce n’est pas la religion que je critique, c’est l’idéologie d’une partie de ses croyants. Il n’y a que les musulmans qui peuvent dire ce qu’est l’islam, les cathos le catholicisme, les disciples de Ron Hubbard la scientologie etc. Ce n’est pas mon problème. Je ne suis pas un docteur de la Foi qui trie entre les bons et les mauvais croyants. Mon problème, ce sont certaines des idées propagées par des individus qui se réclament de cette religion( et que ne partagent pas nécessairement tous leurs petits camarades). Parce que je ne suis pas croyant, la charia est pour moi inacceptable par exemple, n’importe où dans le monde et à plus forte raison en France.
    Ca n’a rien à voir avec le racisme. Dans le cas de l’antisémitisme, ce qui est traditionnellement reproché aux juifs ce n’est pas tel ou tel précepte de leur religion, mais c’est d’être né « juif ». Il n’y a pas de discussion possible puisque l’on ne leur reproche pas ce qu’ils pensent, mais ce qu’ils sont.
    Que la religion devienne un prétexte dans le cas de l’Islam pour justifier une détestation raciste, je veux bien. Mais c’est un prétexte un peu pourri, parce que l’Islam est une religion universaliste qui pratique la conversion à grande échelle sans se soucier de la couleur, de l’ethnie etc. C’est une détestation difficile à associer à des individus de par leur seule naissance. C’est de ce fait aussi difficile que de dire que le massacre de la Saint Barthelemy était un massacre raciste.
    A propos de la violence:
    Le sport permet de ritualiser la violence. Un peu comme le combat des Horaces et des Curiaces, mais avec des règles, comme dans Asterix 🙂 Que ces spectacles attirent des gens violents, ce n’est pas étonnant. Et parfois ça dérape. Mais il n’y a beaucoup de morts que quand une tribune s’effondre.
    La violence à la Koh-Lanta, je n’ai jamais vu l’émission, mais est-ce vraiment différent d’un match de rugby? Et est-ce qu’il n’y a pas également une troisième mi-temps lorsque la caméra est éteinte?
    Dans certaines conditions de stress, tout le monde peut devenir violent (la guerre) et puis il y a des gens profondément violents pour des raisons qui tiennent à leur histoire personnelle ou à des désordres psychiques. La société essaie de s’en protéger. L’horreur, c’est quand un psychopathe comme Merah se trouve une cause, religieuse et raciste en l’occurrence mais ça aurait pu être tout aussi bien nationaliste, qui lui permet de justifier de son envie de tuer des enfants à bout portant et que d’autres individus en font un héro.

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      La question qui m’intéresse c’est celle de s’identifier à un groupe et d’identifier les autres à un autre groupe, c’est un mécanisme inscrit dans nous, et ça nous pousse à manquer d’empathie envers « l’autre », c’est vérifiable expérimentalement.
      Les religions sont des idéologies, mais pas que : quand toute ta famille appartient à une religion depuis des générations, tu as du mal à voir ça comme une idéologie de libre-adhésion, c’est comme de dire « le Français n’est qu’une langue, on peut en changer » : c’est vrai, reste que ce n’est pas si facile.
      Je ne pense pas que seuls les membres d’un groupe religieux puissent dire ce qu’est leur religion : ils ont une place de choix pour voir certaines choses, mais aussi la pire place pour voir certaines autres choses.
      Toutes les religions ont pour défaut intrinsèque d’être organisées (hiérarchiquement comme le catholicisme, ou d’une manière moins claire et plus concurrencielle comme les sectes évangéliques ou l’Islam), c’est à dire que si on adhère à une religion, c’est qu’on accepte (au moins en surface) toutes sortes de vérités, de pratiques, et donc que l’on n’est pas parfaitement libre, comme quelqu’un qui se créerait sa spiritualité personnelle : une religion est un « pack ».
      Sur le judaïsme, c’est très particulier : c’est une religion mais aussi un peuple, dont les membres, pour tout compliquer, sont souvent plus ou moins athées. Quand tu dis « ce qu’on reproche traditionnellement aux juifs n’est pas ce qu’ils pensent mais ce qu’ils sont », tu as tout à fait raison bien entendu, mais tu remarqueras que de nombreuses catégories sont dans un cas proche : on confond ce que sont les gens et ce qu’ils pensent, on croit que, parce qu’une personne appartient à tel ou tel groupe (les amateurs de jeux de rôles, les rastas, les gens qui aiment la country music, les artistes,… on sait ce qu’ils ont dans la tête et on les soupçonne presque d’être animés par une forme d’esprit collectif, d’être plus ou moins incapables de penser par eux-mêmes.
      Le sport ritualise la violence, mais il est aussi historiquement un entraînement à la guerre, et il véhicule une idéologie de compétition.
      Sur Koh-Lanta, il faut le voir pour le croire, ce n’est pas la violence qui est intéressante (il n’y a pas de violence physique, du reste, si ce n’est la faim et l’effort librement acceptés), c’est la manière dont se crée un « nationalisme » en quelques jours : tu ne connaissais pas des gens il y a trois semaines, mais après avoir vécu quinze jours avec eux, à te mesurer à une autre équipe, tu t’identifies au groupe, tu considère que tu lui as toujours appartenu. C’est très intéressant.
      À propos de Merah : oui, bien sûr, le nationalisme, l’idéologie politique ou la religion servent souvent de prétexte vertueux à déchaîner une haine déjà présente. J’en tire comme conclusion que le déclencheur est souvent à chercher dans la personne, et que la rationalisation est artificielle – du reste les gens qui adhèrent à une idéologie violente sont souvent capables d’adhérer à une autre idéologie, parfois opposée, parce que ce qui comptait pour eux était bien le défoulement de haine et rien d’autre.

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      1. El Gato

        Je sais que tu ne mets pas sur le même plan l’empathie et le racisme!
        « quand toute ta famille appartient à une religion depuis des générations, tu as du mal à voir ça comme une idéologie de libre-adhésion, c’est comme de dire « le Français n’est qu’une langue, on peut en changer » : c’est vrai, reste que ce n’est pas si facile. »
        C’est bien en cela que c’est une idéologie. Il est aussi facile ou difficile de changer de religion que d’idéologie quand tu as été bercé par des croyances.
        « Je ne pense pas que seuls les membres d’un groupe religieux puissent dire ce qu’est leur religion : ils ont une place de choix pour voir certaines choses, mais aussi la pire place pour voir certaines autres choses. » Ca n’est pas la question. Ils sont les seuls à pouvoir dire sur un plan religieux ce qu’est leur religion. Je trouve hallucinant sur Internet tous ces gens qui ne sont de toute évidence pas musulman et qui expliquent aux musulmans (et aux autres) ce que c’est que l’Islam.
         » et donc que l’on n’est pas parfaitement libre, comme quelqu’un qui se créerait sa spiritualité personnelle : une religion est un « pack ». » En fait si. Regarde les français qui se disent catholiques, qui ne vont pas à la messe, qui ne se confessent pas au moins une fois par an. Les divorcés qui communient, tous ceux qui pratiquent le contrôle des naissances et les prêtres qui condamnent l’homosexualité, tripotent les petits garçons et sont protégés par leurs évêques.
        « parce qu’une personne appartient à tel ou tel groupe (les amateurs de jeux de rôles, les rastas, les gens qui aiment la country music, les artistes,… on sait ce qu’ils ont dans la tête et on les soupçonne presque d’être animés par une forme d’esprit collectif, d’être plus ou moins incapables de penser par eux-mêmes. »
        Pour moi c’est très différent. Rasta, country, punk, tu peux changer et tu changes. Si tu es juif, noir, asiatique ou rom, c’est pour la vie. On va projeter des clichés racistes qui n’ont rien à voir avec ce que tu penses, ce que tu es ou ce que tu as été. On est dans le domaine du fantasme de la légende populaire. Si tu as la peau noire, tu as la peau noire et tu n’y es pour rien. Rasta, country, punk, ou religieux identifiables par leurs uniformes, marquent dans leur apparence qu’ils se réclament d’une idéologie. La Marie-Jeanne, la Valstar, le parti Républicain ou la virginité de la mère du Christ, même si ce n’est pas ce que tu es, c’est ce que tu veux nous signaler, nous renvoyer en portant les signes extérieurs de ton idéologie. Et si tu t’habilles différemment, tu es jugé différemment.

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        1. Jean-no Auteur de l’article

          Il est aussi facile ou difficile de changer de religion que d’idéologie quand tu as été bercé par des croyances.

          Oui, mais je voulais dire que pour beaucoup de gens, ça fait partie de soi, qu’on ne renie pas un héritage culturel si facilement que ça ! Et souvent on se fait des idées sur ledit héritage : plein de jeunes musulmans actuels ignorent que le hijab est passé en trente ans du stade de l’anecdote à celui de vêtement répandu.

          Je trouve hallucinant sur Internet tous ces gens qui ne sont de toute évidence pas musulman et qui expliquent aux musulmans (et aux autres) ce que c’est que l’Islam

          Dans un sens un professeur du collège de France qui a consacré sa vie au sujet en sait bien plus que le musulman lambda. Mais je vois de quoi tu parles : la France grouille de spécialistes autoproclamés dans le domaine.

          En fait si. Regarde les français qui se disent catholiques, qui ne vont pas à la messe, qui ne se confessent pas au moins une fois par an

          Oui mais ça n’empêche pas la religion d’être un fait social avant d’être une philosophie personnelle. Voir le spectaculaire désaveu du pape par les gens qui se considèrent le plus catholiques en ce moment : leur catholicisme, c’est le groupe de gens qu’ils fréquentent – le « pack » dont je parle n’est pas forcément celui des écritures ni celui des dirigeants religieux.

          À part ça je comprends bien la différence entre ce qui se voit et ce qui ne se voit pas, ce qu’on peut cacher et ce qu’on ne peut pas cacher, et la différence entre ce qu’on peut changer et ce qu’on ne peut pas changer. Néanmoins je vois une violence terrible dans le fait d’imposer à quelqu’un le « choix » d’être soit rejeté, soit de renoncer à ses opinions.

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          1. Thierry

            Tu n’es jamais rejeté par tout le monde. Ou alors tu es un saint ou un fou. En étant rejeté par un groupe tu t’intègres à un autre groupe. Tu as besoin de ce rejet pour trouver ton identité. C’est ce qui caractérise l’adolescence par exemple. Ou alors c’est que tu vis dans une dictature ou une théocratie et que la différence, c’est la mort. Il n’est dit nul part que c’est en étant aimé par le plus grand nombre que tu seras le plus heureux. Tu veux être aimé par ceux qui comptent à tes yeux, ceux qui partagent tes idées. Et la détestation des autres te conforte. C’est d’ailleurs la dfférence avec le racisme puisque on te te reproche pas ce que tu penses, mais ton existence.
            Ce qui a sans doute changé au XXeme siècle, c’est que l’on s’identifie beaucoup moins à sa classe sociale. Tout le monde est plus ou moins habillé pareil.
            Avant les années 60, on distinguait le bourgeois de l’ouvrier à son chapeau par exemple. On trouvait son identité dans son appartenance à un groupe social. Le religieux permet de recréer de la singularité. Laissons les créateurs de la mode s’emparer du voile et ce ne sera plus un problème, pour les athés, si l’on ne sait plus si c’est pour répondre à la volonté divine, parce que c’est chic et sexy, ou pour planquer des cheveux qui auraient besoin d’un shampoing. Mais ça filera des ulcères aux religieux.

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