La philosophie dans le Drakkar

Le Point

Le Point, invité dans le magazine Onfray. Ou le contraire.

Non non non je ne fais pas une fixation sur Michel Onfray, je m’en fiche un peu. Mais depuis mon article d’hier, j’ai beaucoup échangé avec ses nombreux détracteurs comme avec ses nombreux défenseurs. Je note que ses partisans semblent motivés par un attachement affectif à Onfray, et que leurs arguments portent rarement sur le terrain des idées, mais plutôt sur le statut du personnage : il est en dehors du circuit académique ; il ne s’adresse pas à une élite intellectuelle ; il ose s’attaquer aux vaches sacrées ; etc. Ces éléments, qui sont avérés, sont tout à son honneur, nous sommes d’accord. En revanche, je m’étouffe un peu lorsque l’on m’en parle comme d’une sorte de victime que l’on voudrait faire taire : chouchouté par Le Point, diffusé chaque été depuis plus de dix ans par France Culture, bon client des médias, conférencier très actif et auteur régulier de succès de librairie, Onfray ne manque pas de tribunes où s’exprimer. Il est tout à fait incroyable que des gens tels que lui se présentent eux-mêmes régulièrement comme les victimes d’affreux universitaires pourtant sans accès aux médias et aux revenus nettement plus chiches. D’ailleurs Onfray est bien conscient du pouvoir que lui confère le label « vu à la télé », ainsi qu’il l’a montré en 2013 aux Rencontres du livre et du vin de Balma, qu’il avait menacé de quitter à cause de la présence de Michael Paraire, auteur d’un livre intitulé Michel Onfray, une imposture intellectuelle. Après que le jeune homme a été exclu d’un débat sur Camus par le maire de la ville, Onfray avait fait ce commentaire plutôt cynique — cynique au sens le moins philosophique qui soit, malheureusement :
« Qui remplit la salle, eux ou moi ? Ils sont rien (…) ils pissent sur des trucs pour pouvoir exister »1.
Onfray est en marge de l’institution universitaire, certes, mais n’est jamais loin des micros, des caméras ou des projecteurs, c’est à dire là où se trouve le véritable pouvoir.

...

Comment Michel Onfray a fait interdire à Michael Paraire de débattre sur Albert Camus, tout en lui disant qu’il a tout à fait le droit de s’exprimer et en expliquant que c’est lui la victime.

Enfin bref, au fil de mes lectures, je suis tombé sur la chronique de Michel Onfray numéro 122, datée de juillet 2015, c’est à dire son dernier article. Le titre en est Viking & juif, donc français.

En introduction, l’auteur ironise sur le fait que l’Assemblée nationale a supprimé le mot « race » de la législation française2. Il ne reste plus, explique-t-il, qu’à supprimer les mots « cancer », « guerre », « meurtre » et « crime » pour que toutes ces choses se trouvent interdites. Puis il conclut : « Pour quelques cerveaux fantasques, le réel devrait obéir aux mots. Hélas, pour un cerveau normal, ce sont les mots qui obéissent au réel. Ça n’est pas la race qui fait le raciste et c’est le raciste qu’il faut combattre, pas la race ».
Une seule chose est très exacte dans ce propos : le crime, c’est bien le racisme. En effet, que l’on juge le concept de « race » valide ou non, ce sont bien les hiérarchies ou les exclusions racistes qui constituent un crime. Imaginons qu’un despote décrète que les gauchers ne doivent pas avoir les mêmes droits que les droitiers : c’est bien la hiérarchie qui est à combattre, et pas l’utilisation des mots « gaucher » et « droitier ».
Pour ce qui est de la subordination des mots au réel, en revanche, on peut discuter, et deux-mille cinq cent ans de philosophie, puis plus récemment la psychologie, la neurologie et les cultural studies, se sont penchés sur le sujet : oui, les mots, ou plus généralement les représentations, façonnent notre rapport au réel et peuvent même créer le réel : quand un juge du Texas annonce à un homme qu’il le condamne à mort, ses mots n’ont beau être que des mots, leur contenu n’en sera pas moins très concret pour celui à qui ils sont dits. Et la science, dont Onfray se réclame régulièrement, ne fait pas grand chose d’autre que de trouver des mots, des nombres et des théories pour rendre le réel intelligible, puis pour agir sur lui.

de_race_normande

La normande est une vache de taille moyenne à la robe blanche avec plus ou moins de taches brunes ou bringées. Sa viande est de qualité et son lait adapté à la production fromagère. Certains pensent qu’elle trouve ses origines chez les bovins amenés par les Vikings, mais elle est surtout apparentée à d’autres races anglo-normandes comme la jersiaise, elle-même issue de la fusion très récente de races régionales telles que la cotentine et l’augeronne. Les plus grands drakkars pouvaient, certes, transporter des chevaux, utiles à la guerre, mais on voit mal l’intérêt de braver les mers en transportant des troupeaux entiers de bovidés vers un pays qui ne manquait pas de bétail.
(photo de Ben23 sur Wikimédia Commons)

Onfray explique que l’université britannique de Leicester et le Centre de Recherches Archéologiques et Historiques Anciennes et Médiévales de l’université de Caen effectuent actuellement des recherches sur les normands qui ont un patronyme nordique et dont les quatre grands parents sont originaires d’un périmètre restreint, dans le but de chercher, dans leur ADN, des marqueurs génétiques qui établiraient une parenté entre ces sujets et des scandinaves, afin de comprendre les effets du peuplement viking aux IXe et Xe siècles.
Ce genre d’étude sert à vérifier les mouvements de population qui ont pu avoir lieu en des temps mal documentés, et il sera très intéressant de savoir ce qui ressort de cette recherche : les hommes du Nord qui ont donné son nom à la Normandie l’ont-ils massivement peuplée, comme aiment à le croire les habitants de l’actuelle Normandie, ou bien se sont-ils contentés, comme le suggère la faible quantité de transferts culturels et d’indices archéologiques significatifs, de lui donner son premier duc, Rollon, et de l’exploiter comme les Français ont colonisé tel ou tel territoire africain dix siècles plus tard ? Après un millénaire, il est extrêmement difficile d’évaluer tout ça et la génétique est un excellent outil pour le faire.

Onfray résume tout ça avec une formule digne de la vulgarisation scientifique par la presse généraliste : « Autrement dit : isoler le sang viking ».
J’imagine que c’est un peu l’inverse, que l’on a déjà isolé les marqueurs génétiques caractéristiques des actuels danois (la principale origine des vikings de Normandie), et que l’on veut voir si on les retrouve dans le patrimoine génétique des actuelles populations normandes. Il ne s’agit pas de découvrir le « gène viking » chez des habitants du Cotentin, mais de savoir à quel point les vieilles familles normandes partagent des gènes avec les scandinaves.
Onfray, découvrant apparemment ce genre d’enquête qui me semble somme toute banale, interroge alors un de ses amis bordelais qui dirige un laboratoire de recherche d’ADN et qui lui confirme que, je cite : « on peut, effectivement, via l’ADN, savoir si l’on a du sang viking, bien sûr, mais également toute autre trace d’une autre origine. Ainsi, on peut déterminer si l’on a du sang Juif, s’il est ashkénaze ou séfarade, et en quelle proportion ! Des Juifs intégristes y recourent même pour certifier, comment dire ? la pureté de leur race. ». L’ami bordelais en question aurait aussi bien pu parler des émissions telles que Finding your roots, Faces of America et African American Lives, qui explorent le patrimoine génétique des américains afin d’en mesurer la diversité et d’établir des rapprochements inattendus, qui complètent les nombreuses émissions de généalogie classique aux États-Unis — celles qui ont par exemple permis de prouver que Barak Obama avait des ancêtres communs avec George Bush et Brad Pitt. L’ami bordelais aurait pu raconter aussi que c’est l’étude de l’ADN mitochondrial (qui ne porte que sur la filiation maternelle, au passage) qui a permis de confirmer une origine commune pour toute l’actuelle espèce humaine, en Afrique il y a 150 000 ans, et de comprendre selon quelle chronologie et selon quels circuits se sont produites les migrations3.

Les migrations

Les migrations humaines, depuis la vallée du grand rift l’Afrique jusqu’à l’Amérique du Sud.

Récapitulons : Onfray nous dit qu’il ne suffit pas de supprimer le mot « race » de la loi pour supprimer les races, puis nous apprend qu’on peut enquêter sur l’ADN et qu’il existe des services commerciaux qu’utilisent des juifs pour déterminer une soi-disant pureté raciale. Le lien entre ces différentes informations n’est pas explicité par l’auteur du texte, qui semble confusément penser et vouloir laisser penser que l’ADN démontre la validité biologique du concept de race. À aucun moment, Onfray n’explique ce qu’il entend par « race », un mot aux multiples acceptions. Le mot « race » peut être compris comme synonyme de lignée familiale (« la race des Bourbon »), comme synonyme de groupe ethnique, comme synonyme d’espèce en heroïc-fantasy, ou encore et surtout, comme sous-espèce animale produite par sélection (généralement) artificielle : bichon à poil frisé, bœuf charolais, mouton mérinos, poney shetland, poule chantecler, chat persan4. Le problème du concept de « race », appliqué aux groupes humains en fonction de caractères extérieurs (couleur de la peau, forme caractéristique des yeux,…), c’est qu’il sous-entend l’existence d’une possible intégrité raciale, d’un modèle de référence, et que tout entre-deux relève de la bâtardise, de l’impureté, ou, pour prendre un terme qui n’est (ici et maintenant) plus utilisé comme insulte, du métissage. C’est un mot chargé, à manipuler avec des pincettes, et que les scientifiques eux-mêmes aujourd’hui réfutent, préférant en employer de plus précis pour décrire les caractéristiques qui sautent aux yeux de tout un chacun telles que la pigmentation de l’épiderme, la nature du cheveu ou la forme d’éléments du visage tels que les yeux, le nez ou la bouche. Notons qu’Onfray ne prône à aucun moment la pureté raciale, d’autant qu’il se présente lui-même, on va le voir, comme le fruit d’un métissage. Mais cette idée n’en est pas moins contenue dans le terme depuis le Comte de Gobineau, du moins lorsqu’on l’emploie dans son acception biologique.

Sur la biologie, justement, Onfay poursuit :

« La mode est au refus de la biologie, de l’anatomie, de la physiologie, et, pour tout dire, de la nature. Bien penser, c’est croire que nous ne sommes que des produits de la culture. Nous serions une cire vierge à la naissance et nous deviendrions ce que la société ferait de nous. La gauche, qui (souvent) le croit, a tort.
Le contraire est tout aussi faux : nous ne sommes pas des produits d’une nature qui nous déterminerait absolument à être ceci plutôt que cela – les fameux gêne du pédophile, de l’homosexuel et du délinquant isolés par Nicolas Sarkozy dans un entretien que j’eus avec lui pour Philosophie-Magazine. La droite, qui (souvent) le pense, a elle aussi tort. »

On admirera ici la philosophie « normande », c’est à dire une philosophie du « p’tèt ben qu’oui, p’tèt ben qu’non », qui permet de mettre dos-à-dos deux idéologies et de s’en improviser l’arbitre. Deux idéologies qui n’existent pas forcément, d’ailleurs. Si la sociologie, et pas seulement gauchiste, s’intéresse à la manière dont se construit socialement l’identité, je doute qu’elle nie l’existence du corps, des hormones, des gènes, de la pigmentation, des organes de reproduction,… Elle essaie juste de placer adéquatement le curseur entre inné et acquis, biologique et sociologique. Tout ce que j’en sais, en tout cas, c’est qu’une personne née seule au monde sur cette Terre ne saurait jamais qu’elle est femme, homme, blanche, noire, grande ou petite. C’est l’interaction entre personnes, entre groupes, qui donne un sens à ces notions et qui peut, par exemple, transformer des faits biologiques sans importance en raison d’opprimer. Et s’il existe ici ou là des « communautés » gay, noires, juives, musulmanes, chrétiennes, végétariennes,.. ce n’est pas par une irrésistible propension biologique à se rassembler, c’est parce que les gens qui se sentent brimés pour une même raison ont tendance à s’unir pour se défendre et s’entre-aider.

En

Lorsqu’il parle de biologie, on peut supposer qu’Onfray cible implicitement la « Théorie du genre », locution qui décrit les études de genre et qu’utilisent surtout leurs détracteurs, dont Onfray fait partie. L’hypothèse qui fonde l’étude du « genre », qui est facile à vérifier, montre que nous avons un sexe biologique et un sexe culturel, qui ne sont pas toujours aussi étroitement liés qu’on pourrait s’y attendre.
Le genre est surtout étudié à partir du lycée, en cours de sciences économiques et sociales, mais il est pratiqué dès le premier jour d’école maternelle par tous les enfants, lorsque ceux-ci apprennent que l’agressivité masculine est positive et que ce sont ses victimes qui sont méprisables, lorsque ceux-ci se font inculquer que les pratiques sexuelles sont par essence passives et dégradantes lorsqu’elles sont le fait de femmes ou d’homosexuels, que toute éventualité de désir féminin ou homosexuel doivent être réprimés par des insultes diverses : « salope », « pute », « pédé », et j’en passe. Nous sommes tous des messieurs-dames Jourdain du « djendeur », nous le vivions sans le savoir… Et il ne suffit pas de supprimer le mot pour que ça n’existe pas5.

La fin du texte me passionne, car elle me semble éclairante sur le personnage lui-même, et le rend même un peu attendrissant :

« Quand l’idéologie ne fait plus la loi, mais le réel, on doit penser ce fait. Que dit le sang pour l’homme de gauche que je suis ? Moi qui suis viking par mon père et probablement Juif par ma mère, j’aime pouvoir dire que l’ADN prouve que la France est faite de sangs mêlés. Il ne faut pas avoir peur du réel. Car c’est quand on dit qu’il n’existe pas qu’il nous mord la main. »

Après une démonstration vaseuse qui tente de justifier le « bon sens » par son ennemie la science, donc, Onfray nous explique qu’il est « viking par son père » et « probablement juif par sa mère ». Il le dit pour ensuite se féliciter de la diversité du patrimoine génétique des français, ce qui est plutôt positif et bienveillant, mais qui, dans le cas, est avant tout la démonstration du caractère essentiellement imaginaire de l’identité : son père, brave ouvrier agricole normand, qui n’a jamais quitté son village natal et « n’a jamais manifesté de désirs, d’envies, de souhaits », devient un viking, c’est à dire un de ces marins, explorateurs, que Charlemagne avait violemment chassé de l’Europe chrétienne alors qu’ils y venaient en paisibles commerçants6, et qui y sont ensuite revenus en navires de guerre, terrorisant les populations du long de la Seine et pillant les trésors des édifices religieux qu’ils trouvaient sur le fleuve. Le nom qu’ils se sont donnés, Vikings, signifie « pirates ». Quant à sa mère, enfant trouvée, j’ignore sur quels éléments Onfray s’appuie pour émettre la supposition de sa judéité, mais cette seconde ascendance est tout aussi glorieusement fantasmatique que la première : les Juifs étaient déjà un peuple ancien quand les Romains ont envahi leur pays, ils sont les inventeurs du Dieu unique, ou en tout cas sont tenus pour tels par la plupart des gens, ils sont aussi le peuple des tragédies, mais encore celui qui a survécu aux tragédies, qui a survécu à la déportation à Babylone, à l’exil après la destruction du temple de Jérusalem, à l’ostracisme, aux pogroms, à la Shoah. C’est aussi le peuple de la Diaspora, le peuple sans terre, sans autre ancrage que le désir de continuer d’exister.
Victimes ultimes, survivants ultimes, voyageurs ultimes.

John McTiernan,

Le 13e guerrier, film de John McTiernan, d’après un roman de Michael Crichton. Un ambassadeur arabe, interprété par un acteur espagnol, devient un guerrier viking pour le compte du roi Goth-scandinave Beowulf, quant à lui interprété par un acteur Tchèque.

Quand les gens participent à des expériences parapsychologiques (transes, oui-ja, voyance…) pour remonter dans leurs « vies antérieures », ils ne tombent jamais sur une « Jeanne, cantinière » ou un « Martin, laboureur », mais sur une « Néfertiti, reine d’Égypte », et un « Napoléon, empereur des Français ». S’inventer un « sang » judéo-viking me semble un peu de même ordre : une évasion par l’imaginaire7.
Et pourquoi pas, d’ailleurs ? Peut-être faut-il s’être convaincu que son père est un vaillant viking et que sa mère est une juive mystère pour passer, comme l’a fait Onfray (qui a de quoi en être extrêmement fier), du statut de fils d’un employé de ferme et d’une femme de ménage issue de l’assistance publique, envoyé par ses parents dans un pensionnat qu’il nomme à présent orphelinat8, à celui de philosophe et essayiste médiatique.

  1. De la part de quelqu’un qui fait sa carrière sur le fait de déboulonner des idoles, c’est assez drôle. []
  2. Proposition de loi tendant à la suppression du mot « race » de notre législation, session du 16 mai 2013. []
  3. C’était le sujet d’un excellent documentaire, diffusé sur Arte il y a quelques semaines, l’ADN, nos ancêtres et nous. []
  4. On note que les races animales se façonnent par appauvrissement génétique, aboutissant à une moindre longévité. []
  5. On note au passage qu’Onfray fustige l’apprentissage de la programmation informatique à l’école, qui est pourtant bien rare et qui, figurez-vous, force à lire, écrire, compter et penser, activités qui ne sont, par ailleurs, pas devenues facultatives dans les programmes scolaires, a priori. []
  6. Charlemagne était persuadé d’avoir pour mission de christianiser l’Europe en en chassant les païens. Rappelons par exemple le massacre de Verden, en l’an 782, lorsque l’empereur franc a décapité 4500 personnes et déporté 12000 femmes et enfants qui refusaient le baptême chrétien. []
  7. Mise-à-jour 01/08 : Comme on me l’a fait remarquer ailleurs, il est extrêmement probable que Michel Onfray, comme vous et moi, ait de nombreux gènes venus d’anciens scandinaves ou de juifs. Chaque personne hérite des gènes de ses parents, à égalité (mais la moitié seulement de ces gènes seront exprimés, ce qui explique que nous ne soyons pas les sosies de nos frères et sœurs), donc à chaque génération, le nombre de gens dont nous pouvons hériter génétiquement est doublé. Si on compte quatre générations par siècle, nous sommes séparés de l’époque des vikings par quarante générations, ce qui nous donne 2 puissance 40 ancêtres ayant vécu en l’an mil. Soit 1.099.511.627.776, mille milliards ! Bien plus de gens qu’il n’en a jamais vécu sur cette planète, ce qui implique beaucoup de doublons. []
  8. Lire Les souvenirs d’enfance de Michel Onfray, par Patrick Peccatte, qui confronte ses propres souvenirs du pensionnat catholique de Giel à ceux d’Onfray. []

5 réflexions sur « La philosophie dans le Drakkar »

  1. Wood

    Tout ça me rappelle cet article de Crystal Fleming sur la façon dont les français sont totalement ignorants du fonctionnement et de l’histoire du racisme :
    « The only thing most French people seem to know about race is that racial categories were used against the Jews during WW II. That’s it. If you ask French people to tell you about racism in French colonialism, racial exclusion in the metropole prior to WW II, most probably would have little to say. Most French people can’t explain in any degree of detail where the concept of race came from, how racism perpetuates itself over time or how it is institutionalized. How could they? They do not (and, with few exceptions, cannot) learn about these things at school. But they think they can “fight” racism in a context of near complete social and historical ignorance about what race means and where it came from. »

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  2. Kim

    Je pense que sur ce sujet Onfray fait exactement les mêmes erreurs que dans ses diatribes réactionnaires contre la «  »théorie du genre » » (double guillemets pour dire le ridicule de l’appellation, puisqu’il entend par là une branche particulière, récemment fertile et hautement polémique des gender studies qui est la théorie queer – représentée exemplairement par Judith Butler qui en a donné le texte fondateur – Trouble sur le genre – en 1990 alors que le concept existe depuis les années 1950, ce concept décalquant les marques du féminin et du masculin dans la grammaire – en français comme en anglais d’ailleurs). Comme vous le dites, il fait de la philosophie de normand, du « d’un côté on va trop loin, de l’autre côté on va trop loin, je vais faire une bouillabaisse de tout ça et je serais donc l’homme supérieur, mesuré, etc. ». Il oppose toujours la science dure au réel, une soi-disant plénitude des faits face aux subtilités sophistiques de rhéteurs mondains. Le dogmatisme (Hélas, pour un cerveau normal, ce sont les mots qui obéissent au réel.) et le positivisme simplet qui caractérisent sa pensée ne devraient pas justifier une telle confiance en lui et son arrogance vis-à-vis des vastes débats qu’il aborde. Quand il oppose pied à pied « nature » et « culture » comme dans une copie d’élève de philo de terminale alors que tous les scientifiques savent que toute représentation de la nature est, de fait, médiée (c’est ça la représentation), et qu’il faut bien formaliser et interpréter les données que l’expérience « concrète » nous donne (la nature ne parle pas, il faut bien un palimpseste). Les deux notions sont profondément imbriquées, et elles ont toutes les deux le même degré d’abstraction. De plus, comme vous le notez, la confusion entre race et ADN est très problématique : la race comme concept humain a TOUJOURS été un outil d’hiérarchisation alors que l’ADN est un outil pour établir un patrimoine génétique (et qui, malgré tout, ne montre pas de différences probantes entre les Noirs et les Blancs). Enfin, pour un adepte du racisme biologique comme lui (écoutez ses éloges de Spengler), ce n’est pas si étonnant, mais qu’il ne vienne pas mêler la génétique dans ses divagations.
    Pour une des meilleures analyses sur la race comme construction et fiction, s’attaquant aussi bien au racisme colonialiste et dominateur qu’aux adeptes du multiculturalisme, multiracialisme, écologiste des races, etc, il y a « Racecraft » (en anglais désolé) de Karen E. Fields & Barbara J. Fields : http://www.versobooks.com/books/1645-racecraft.

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  3. Opps'

    C’est bien de critiquer l’absence conceptuelle d’Onfray , mais encore faut-il montrer que l’on sait les manier.
    Or lorsqu’on lit votre point de vue à ce sujet on a l’impression tout de même que , sans que vos remarques soient toujours fausses, elles restent bien subjectives.
    Remarquer que les fans d’Onfray le sont parce qu’ils aiment Onfray fait le pendant avec mon impression que ses détracteurs ont comme premier ressort qu’ils ne peuvent pas le blairer.

    Effectivement Onfray n’est pas parfait et fait preuve (c’est toutefois factuellement toujours argumenté, parfois grossièrement c’est vrai) d’une certaine violence envers tout une clique de philosophes et de penseurs , mais lorsqu’on examine les discours de ces penseurs on découvre le même comportement , souvent en plus méprisant , plus sectaire et plus violent encore, sans parler de petites bassesses dont Onfray semble dépourvu.

    Tenez , un autre petit exemple de la faiblesse de vos arguments : vous reprochez (ailleurs) à Onfray de se plaindre d’être un peu considéré comme un paria … votre remarque est recevable , mais tout de même , quelque part , il est bien considéré , effectivement, comme un paria … , comme le sont l’horrible BHL ou le laborieux Finky ! … et quel est le penseur qui n’a pas cette sensation là (qu’il se bat presque seul contre tous les autres , le système, la tendance …) ?

    Bien sûr , il a pignon sur rue actuellement , mais enfin il s’est construit sa maison tout seul plutôt honnêtement, et aller crachoter , avec des sous-entendus jouant la connivence, sur l’âge de son public , n’est pas de bien haute volée. D’ailleurs pourquoi même s’en soucier puisque ce sont des vieux ? … probablement intéressés , comme vous le sous-entendez, par l’illusion d’avoir ‘compris’ .

    Mais son succès énerve bien sûr. Alors plutôt que de se réjouir que (malgré tous ses défauts) Onfray remette un peu (auprès des vieux ou des réactionnaires qui s’ignorent , et autres benêts) le ‘sujet’ au centre d’une philosophie après une quarantaine d’années où l’homme avait été un gros poil évacué au profit des déterminations structuro-structuralistes , psycho-inconscientes, et sociologico-économiques , et bien non , on préfère lui chercher les poux.

    Bien entendu , c’est un fait qu’Onfray n’a pas le concept bien profond et que quelque part ce n’est un philosophe. Et pourtant d’un certain point de vue il vit , au travers de ses défaut, une vie plus ‘philosophique’ que bien des philosophes conceptuellement plus intéressants , audacieux et excitants dont l’existence n’a été qu’une suite d’erreurs et de petites compromissions.

    Bon c’est vrai que cette façon faussement naïve et pleine de vraie mauvaise foi qu’il a de dézinguer une philosophie à partir des faiblesses et des bassesses pointées dans la bio des penseurs , est (joyeusement) révoltante !
    ‘Malheureusement’ (sauf quand l’élan le porte un peu loin) c’est souvent corroboré par d’autres historiens , de sorte que cela a l’avantage de remettre certains points de vue philosophiques dans des perspectives instructives … où l’on voit bien la contradiction entre le discours (pas forcément invalidé d’ailleurs ) et le comportement de certains (bien sur tout ceci dépend de l’idée subjective que chacun se fait de la morale ou de l’éthique)

    Bon mais je m’attarde .

    Juste pour finir : quelque soit le contenu scientifique ou pas au mot « race » , il reste que la suppression de ce mot de la législation française est ambigüe . Bien sûr son contenu n’est probablement pas assez précis pour qu’il puisse recevoir un usage juridique strict et son usage courant peut être l’occasion de dérive.
    Outre le fait que cela prive les populations victimes d’un certain ‘racisme’ d’un socle culturel de combat idéologique, souvent les arguments des zélateurs de sa disparition relèvent de contorsions entre la morale des bons sentiments et la lourde justification scientifique , s’imaginant que l’on peut faire disparaître des mots de façon autoritaire et qu’il pourrait en résulter un nouvel ‘homme’, un jour.
    Notons de plus qu’il s’agit d’une mesure plutôt d’accompagnement qui ne rajoute pas grand chose aux mouvements de fond , et dont d’ailleurs se contrefoutent les ‘racistes’ , qui soit l’utiliseront toujours en étendard de révolte , soit en trouveront un autre (les hommes ayant de nombreuses différences).
    Donc , on s’excuse de sourire un peu de ce qu’il y a en coulisse !

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    1. luc nemeth

      Opps’ vous avez mal compris, je le crains… Le problème (sans guillemets) n’est pas que le public est ici composé de « vieux » : le problème est qu’on les prend pour des enfants.

      Répondre
      1. Jean-no Auteur de l’article

        Un paria, c’est quelqu’un qui ne peut pas atteindre le public, ou du moins qui ne peut atteindre qu’un public très particulier. C’est le cas d’un Renaud Camus, d’un Dieudonné,… Ce sont d’authentiques parias, des indésirables. Il y a de bonnes raisons à ça, du reste, leurs vues sont insupportables pour suffisamment de gens pour être bannies des antennes.
        Onfray, BHL ou Finkielkraut sont tout sauf des parias. Ils sont contredits, ils ont des détracteurs, parfois des détracteurs bien excités, mais ils ont pignon sur rue, tous les médias les invitent, ça va, on n’en est pas encore à l’ostracisme.

        Sur le mot « race », ce n’est pas sa disparition de la loi qui empêche les personnes victimes de racisme d’en parler, mais plutôt l’impossibilité de faire facilement des statistiques qui prennent en compte les origines des personnes. La présence du mot est à double-tranchant : en disant que la République ne distingue pas les gens selon leur race, on envoie un signe très positif, mais on valide aussi ce mot, pourtant pas très clair.

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