Blind Dati

Rachida Dati tente d’empêcher la publication d’une bande-dessinée qui semble entièrement consacrée à sa vie privée, Rachida, au nom des pères, par Yves Derai et Bernard Swysen, avec des dessins d’un dénommé Marco Paulo. L’album sort jeudi. Paulo et Swysen avaient publié l’an dernier, avec le juge Gilbert Thiel, Le pouvoir de convaincre, chez le même éditeur 12bis, un album qui était consacré à décrypter l’ascension de Nicolas Sarkozy. Yves Derai, quant à lui, avait publié en 2009, avec Michael Darmon, un essai consacré à Rachida Dati et intitulé Belle-amie, en référence évidente au Bel-Ami de Maupassant. L’éditeur s’est fait une spécialité de ce genre de bandes dessinées qui se situent à mi-chemin entre l’enquête journalistique et la caricature : Ben Laden, Ahmadinejad, Carla Bruni, Nicolas Sarkozy, mais aussi l’œnologue Robert Parker,…

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J’ai tendance à trouver le personnage de Rachida Dati assez passionnant, pour son ambition, son culot, son parcours qui rappelle effectivement Bel-Ami ou Rastignac, mais dans des conditions que n’auraient pas imaginé les romanciers du XIXe siècle : femme, d’une part, et deuxième née d’une famille modeste de onze enfants, avec un père marocain et une mère algérienne. Rien n’assurait la réussite de Rachida Dati, alors elle a « hacké » un système politique largement blanc et masculin en jouant sur ses faiblesses, multipliant les liaisons amoureuses simultanées1, argument utilisé, sans grande élégance, par un homme d’affaire pour échapper au test de paternité censé déterminer s’il est, ou non, le géniteur de la fille de l’ancienne garde des sceaux.

Le personnage est hors-normes, son potentiel comique et pathétique est immense, mais cette bande dessinée me met extrêmement mal à l’aise. Peut-être est-ce tout simplement parce que les trois pages aperçues laissent penser que les auteurs ne sont ni Shakespeare, ni Balzac, ni Maupassant, ni Choderlos de Laclos, ni David Simon — l’auteur de The Wire.
J’ai l’impression — peut-être erronée, puisque je n’ai pas lu le livre — qu’il n’y a en jeu ici que de railler une grenouille qui a voulu se faire aussi grosse que le bœuf, et de renvoyer Rachida Dati à ses origines sociales et à son sexe, attitude condescendante qui est peut-être précisément ce qui l’a amenée à transformer ses faiblesses en armes de conquête et à mettre avec un opportunisme constant son talent (dont je ne doute pas) au service d’une ambition pure.
Il va sans dire que je ne suis pas pour la censure du livre (ni d’aucun livre), j’espère juste que le public ne cautionnera pas trop massivement ce genre de publication un peu lamentable.

  1. Selon Le Monde : « un animateur télé, un ministre, un PDG, un Premier ministre espagnol, l’un des frères de Nicolas Sarkozy, un procureur général qatari et l’héritier d’un empire de luxe ». On doit pouvoir s’autoriser à se moquer de l’opposition de Rachida Dati au « mariage pour tous » si l’on considère la complexité de la question de la paternité de sa fille. []

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