Élisabeth Badass

J’ai entendu Élisabeth Badinter sur Europe 1, hier. Quelle femme ! Toujours aussi convaincante, droite, et digne quand elle raconte des idioties.
Son combat du jour, c’est d’appeler à créer une nouvelle loi sur les signes religieux : elle semble profondément affectée par le fait que le licenciement d’une employée de la crèche « Baby-Loup »,  à Chanteloup-les-Vignes, ait finalement été annulé par la cour de cassation, au motif que cette crèche relève du droit privé tandis que la loi qui interdit d’arborer des signes religieux dans les administrations publiques ne s’applique qu’aux administrations publiques, et que la loi sur le port du voile intégral dans l’espace public ne s’applique qu’au voile intégral.
Pauvre Élisabeth Badinter ! Elle veut une loi entre-deux, et elle est pour cela la première signataire d’une pétition défendue par des gens dont la signature n’est pas étonnante (Alain Finkielkraut,  Caroline Fourest, Harlem Désir), et d’autres un peu plus décevants (qui se reconnaîtront).

J’aimais bien Élisabeth Badinter, quand j’étais jeune adulte, il y a bien longtemps. Grâce à elle, j’ai découvert, par exemple que les hommes et les femmes appartenaient plus ou moins à la même espèce animale, que le sexe était une question largement sociale, que la virilité ou la féminité n’étaient pas des évidences. Merci madame Badinter pour ça, je n’en n’avais aucune idée, je n’avais pas lu Simone de Beauvoir, et votre manière très pédagogique d’expliquer tout ça était parfaitement adaptée à ma jeunesse d’alors. Peut-être que je prendrai un jour le temps de relire L’Un est l’autre et XY, de l’Identité masculine. Je me demande si je trouverais ça différent, car vingt ou vingt-cinq ans plus tard, j’ai sans doute évolué de mon côté. Par exemple, je ne me satisfais plus des positions droits-de-l’hommistes ultra-théoriques qui traitent les individus en faisant abstraction du contexte, de l’histoire, en ne cherchant pas à comprendre ce qui a mené à une situation avant de le juger et de le condamner, au nom de grands principes.
D’Élisabeth Badinter, j’ai beaucoup aimé aussi Les passions intellectuelles, qui parle si bien de la naissance de la science, mais c’est une autre affaire (quoique). Bizarrement, je n’en ai lu que le premier tome, mais il m’a captivé.
Puisque j’ai évolué, je suis aussi écologiste, et sans vénérer la mère-nature Gaïa (même si j’ai mon petit côté new-age, sans aucun doute : je lisais Actuel, voyez vous), je crois que l’allaitement maternel est plus adapté au régime alimentaire du nourrisson que le lait en poudre. Je rejoins Élisabeth Badinter lorsqu’elle dit qu’il ne faut pas culpabiliser les mères qui n’allaitent pas, mais le sentiment de culpabilité ne vient pas forcément des promoteurs de l’allaitement au sein, il vient d’une société contemporaine où l’enfant est devenu un investissement si précieux qu’on veut que tout, dans son développement, soit parfait, optimal, idéal, et qui nous pousse à culpabiliser pour chacun de nos manquements. C’est Élisabeth Badinter qui défend les idéaux plus que la pratique, pas moi. Et lorsqu’elle compare, d’interview en interview, les femmes allaitantes à des « guenons », il y a un problème. Ceci dit, en pensant insulter, elle oublie que les femmes sont bel et bien des guenons, puisque les humains sont des singes — enfin l’homme est génétiquement plus proche du chimpanzé que le chimpanzé n’est proche de l’oran-outang, alors si oran-outang et chimpanzé appartiennent à la même classe d’animaux, l’humain aussi.
Et puis je ne suis pas de la génération d’Élisabeth Badinter, ce qui crée un autre hiatus : pour elle, la conquête féministe du siècle (passé) c’était que les femmes deviennent des hommes, enfin qu’elles soient prises au sérieux dans le monde du travail avec des qualités « viriles » et en sacrifiant leur existence à leur vie professionnelle. Cette vision des choses, issue des trente glorieuses, ne tient à mon avis plus trop dans ce monde d’abondance et de gâchis dont les fondements économiques absurdes donnent raison à des « rêveurs » comme feu Ivan Illich plus qu’à tous les « réalistes » que le poste de télévision nous vend et qui nous jurent, les yeux emplis de terreur, qu’il faut s’approcher toujours plus près du précipice parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.

Bon, revenons à la crèche « Baby-Loup ». Personnellement je n’aime pas le foulard, le hijab, et encore moins les voiles religieux plus couvrants, comme le niqab, parce que j’y vois la même chose qu’Élisabeth Badinter : une violence faite à l’égalité des sexes, souvent soutenue par un projet politico-religieux régressiste assez abject. On a vu les pays où ces vêtements, dont l’abandon avait été le signe de la modernisation des pays musulmans, revenir en force par l’Iran, puis s’imposer dans de nombreux pays comme « traditionnels », y compris dans les pays où ils n’avaient jamais existé, ou jamais été systématiques. Oui, ce que ça renvoie n’est pas très beau. Mais il n’y a pas que le refus de la modernité, il y a aussi le refus de la modernité occidentale et de toutes les promesses qu’elle n’a jamais tenues envers ses ex-colonies émancipées. Question dérangeante, mais qui doit nous faire réfléchir à notre (nous : européens bien nourris) propre responsabilité et aussi, à ce que nous pourrions améliorer dans notre rapport au reste du monde. Ce retour du religieux, c’est aussi une manière, pour certains, de répondre au crachat par le crachat. Je me comprends.
Que l’on soit d’accord avec cette analyse ou que l’on pense que le foulard est avant tout une sorte d’accessoire publicitaire pour encourager et cristalliser le communautarisme, je ne vois pas en quoi il est intelligent d’interdire à une femme qui porte le voile de travailler, c’est à dire de faire partie de la société. Le communautarisme se fait là où les gens ne se voient plus, ne se fréquentent plus. En quoi serait-il malin d’interdire des emplois aux gens en fonction de leurs positions religieuses ou politiques affirmées ? En quoi sert-on la condition de la femme en luttant pour que certaines femmes n’aient pas le droit de travailler ? Et si le hijab est sexiste, c’est aussi le cas de nombreux vêtements non-religieux mais imposés par le regard social, l’entreprise ou la publicité.
La publicité, on va y revenir.

Élisabeth Badinter se justifie en expliquant qu’on ne doit pas confier ses enfants à une femme dont on ne voit pas le visage. Je suis complètement d’accord avec elle ! Comme les chimpanzés, les humains communiquent beaucoup par le biais des muscles de leur visage et par leurs mimiques, il est capital de pouvoir se jauger et se comprendre par là, autant que par les gestes, la modulation de la voix et le discours intellectuel. Pour cette raison, je trouve très dérangeant que l’on accepte les vitres fumées sur les automobiles : quand je passe à proximité d’un véhicule occupé, j’aime bien savoir qui s’y trouve, et être un peu averti de ses intentions (ou même tout bêtement, savoir s’il m’a vu et s’il ne risque pas de m’écraser). Je ne vois pas très bien pourquoi quelqu’un qui n’a rien à se reprocher aurait une automobile dont les vitres sont teintées.
Mais, chère madame Badinter, ça n’a rien à voir avec le hijab, qui permet de voir le visage de la personne qui le porte. Une loi (aux motivations douteuses, à mon avis) interdit déjà le voile intégral (niqab, burqa) dans l’espace public, donc pour ce point précis, il n’y a pas besoin d’en rajouter. Demander une loi surnuméraire pour combattre autre chose que ce que l’on veut légiférer est absurde.
La philosophe explique aussi que la crèche « Baby-Loup » est victime de pressions (lesquelles ? De la part de qui ?), et que ses employés sont régulièrement forcés de déposer des mains-courantes (à quel sujet ?). Tout cela semble bien grave, mais là encore il existe des lois et des règlements : les menaces, les agressions, le harcèlement, ne font pas partie des choses admises.
Enfin, Élisabeth Badinter, toujours sur Europe 1, est partie dans une évocation terrorisante de « certaines universités » (on s’éloigne un peu des crèches), où des jeunes femmes qui portent le voile intégral (comment sait-on que ce sont des femmes, du coup, au fait ?) au premier rang impressionnent les autres étudiants et font la loi, en exigeant de soutenir leurs diplômes face à des examinateurs de leur sexe. Bon. Une telle chose est effectivement effrayante, mais ça se passe où ? Dans quelle université est-ce que les étudiants choisissent leur jury ? Personnellement j’enseigne dans une université de Seine-Saint-Denis, où on peut voir des jeunes femmes porter le voile et parfois même le tchador (vêtement iranien qui couvre tout le corps et ne laisse voir que l’ovale du visage et rappelle celui de certains ordres de bonnes-sœurs), mais je n’y ai jamais vu de niqab ou de burqa, et surtout, je n’ai jamais entendu parler de profs qui abandonnent le contrôle de leur salle de cours ou de leur méthode d’évaluation à des étudiants.
Pour ma part, j’ai eu une seule étudiante qui insistait pour garder un foulard sur la tête pendant les cours, malgré un gros problème de chauffage impossible à réguler. J’ai aussi des étudiants qui gardent des bonnets sur la tête. Je n’aime pas trop ça, en fait, comme je n’aime pas les pantalons qui se portent sous la taille, comme je n’aime pas qu’on se ronge les ongles, qu’on mâche des chewing-gums ou autres tics qui me rendent un peu vieux con. Mais ce sont des adultes, je n’ai pas à les éduquer, je suis là pour les ouvrir à un savoir.

Donc les raisons qui motivent la demande d’une nouvelle loi par Élisabeth Badinter n’ont rien à voir avec le point de départ : une femme qui se couvre les cheveux dans une crèche privée et dont la loi a estimé qu’elle pouvait conserver un emploi qu’on lui aurait sans doute refusé si elle s’était présentée à l’entretien d’embauche dans la même tenue.
Élisabeth Badinter est un personnage atypique car si on la connaît comme philosophe dix-huitièmiste, on ignore souvent qu’elle est aussi la propriétaire de plus de 10% de la société Publicis (qui possède Saatchi et Saatchi, qui contrôle Metrobus, etc.), ce qui fait sans doute d’elle la philosophe la plus riche du monde : 1031e fortune mondiale et 18e fortune française, selon le classement de la revue Forbes. En fait, avec près d’un milliard et demie de fortune estimée, elle pourrait rembourser la dette publique d’Haïti et même celle de la ville de Levallois-Perret, qui est supérieure.

L’actionnaire principale de l’agence de publicité qui si je ne m’abuse a le budget des laits en poudre Nestlé qui se bat contre l’allaitement maternel, c’est bizarre, non ? Une féministe-de-gauche qui tire ses rentes de l’industrie de propagande sexiste la plus odieuse qui existe, la publicité, ça pose encore question. Et une milliardaire féministe qui s’engage pour interdire son emploi à une femme, c’est curieux aussi, non ?
J’aimais bien, Élisabeth Badinter, il y a très très longtemps.

39 réflexions sur « Élisabeth Badass »

    1. Jean-no le méchant Auteur de l’article

      @Wood : je ne connais pas bien le vocabulaire boursier mais elle est bien le premier actionnaire.

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  1. jyrille

    J’émetterai une seule réserve : plus le temps passe et moins je pense qu’il y a un lien entre les façons de vivre et les croyances et motivations que l’on érige en principes. L’accusation de vivre en adéquation avec ses préoccupations me semble injuste : les écolos ne vivent pas tous dans des cabanes et émettent du CO2 bien malgré eux. Le pragmatisme et le bon sens d’aller vers ce qui est le plus intéressant ou facile à vivre me semble logique, même si quelque part cela va à l’encontre de nos bons vouloirs.

    Evidemment c’est un peu plus flagrant plus on monte dans les niveaux sociaux, mais bon, même Batman est un sale capitaliste.

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    1. Jean-no le méchant Auteur de l’article

      @jyrille : je ne demande pas à Élisabeth Badinter d’être cohérente, en fait. Elle a hérité une fortune de son papa, grand bien lui fasse. Maintenant, forcément, elle doit assumer ses contradictions et elle a beaucoup de mal à le faire (me rappelle de quelques articles/interviews qu’elle a très mal pris…)

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  2. nathalie

    Ça me fait vraiment chier qu’Élisabeth Badinter se lance dans ce genre de croisades… Prétendre combattre le sexisme en privant des femmes de leur travail et en les isolant socialement, c’est juste grotesque. En vérité, ce que cette pétition voudrait punir, bien qu’elle prétende autre chose, c’est la revendication… Et l’effroi qu’elle provoque. Mais c’est cette peur, entretenue et exacerbée, qui donne sa force au simple fait de porter un bout de tissus sur la tête. La tentation de légiférer pour empêcher les manifestations d’une revendication ne servent qu’à la radicaliser et, en lui donnant la mesure de notre peur, à lui conférer plus de pouvoir.

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  3. elifsu

    Salut Jean-No,
    malgré l’urticaire que m’a fait pousser ton passage sur le l’allaitement (« je crois que l’allaitement maternel est plus adapté au régime alimentaire que le lait en poudre » : c’est une évidence et là n’est pas la question politique soulevée à juste titre par Badinter, le problème est la pression qui pèse (quelle surprise !) sur les femmes et la mauvaise foi que je trouve à évoquer sa richesse/ses parts sociales alors qu’on parle du contenu de sa pensée, on se rejoint tout à fait, mais seulement sur les histoires de voile : qu’on arrête d’emmerder les femmes là-dessus. Je fais court parce qu’on est d’accord, et le gros boulot qu’il nous reste à faire, c’est avec les 95% de la population adulte en France qui ont acclamé la loi et en voudraient d’autres (sans parler des gauchos devenus islamophobes comme Fourest/Charlie Hebdo etc.), pas ici entre nous 😉

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    1. Jean-no le méchant Auteur de l’article

      @elifsu : on en a parlé ailleurs, mais sur le caractère évident des bienfaits de l’allaitement maternel, ça ne semble pas être évident à Élisabeth Badinter, qui appartient à une génération et même à un champ intellectuel (la philosophie) qui voit la nature comme quelque chose de suspect, et pour qui rien ne vaut l’eau de javel. Sur l’argent, je le rappelle parce que quand on est vraiment très riche (grand bien lui fasse ! Je ne suis pas obsédé par l’argent des autres), philosophe et féministe, je trouve qu’on n’est pas à sa place pour réclamer des lois qui interdisent à des femmes d’exercer des emplois a priori rémunérés une fois et demie le smic à tout casser, du fait qu’on est gêné par leurs convictions et par la manière dont celle-ci s’expriment. Si les femmes voilées sont des victimes, je ne vois pas ce qu’on arrange en leur demandant de choisir entre un bout de tissu et un emploi.

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  4. Cédric

    Bonjour.

    A mes yeux il y a bien des raisons de légiférer. Si on part du principe que les p’tites nenfants sont très influençables et incapables de se « défendre » (mise à distance, dans le cas qui nous occupe), et j’ai l’impression que diverses lois/réglements existants en attestent, alors ils sont aussi influençables par des signes religieux ostentatoires. Donc, bim, pour moi c’est non.
    Par ailleurs il existe plusieurs variantes de hijab, il serait délicat d’en faire une typologie avec par exemple un % de surface de visage visible (où des chercheurs chercheraient à déterminer quel % minimum permet d’assurer une communication correcte, toussa toussa, on sent bien qu’on ne s’en sortirait pas pour définir un « acceptable »).

    Les espaces « petite enfance » doivent garantir sécurité physique et sécurité affective aux moins de 3/4 ans, rien d’autre, et les adultes qui y travaillent doivent se ranger derrière cet objectif, en neutralisant par exemple leurs petites affaires persos comme la religion. A partir du moment où un débat « pratiques moyenâgeuses versus libertés individuelles » éclot autour de tels espaces, j’ai l’impression que la mission en prend déjà un coup.

    Par ailleurs, c’est sujet qui me semble intéressant à investiguer : l’offre secteur public de la petite enfance est insuffisante, ce qui explique l’émergence d’un secteur privé, et c’est un secteur où le recrutement y est très nettement genré, très nettement autour des personnes faiblement qualifiées (BEP/CAP en alternance se développent beaucoup, c’est aussi de la main d’œuvre à coût moindre pour les dites structures privées). Ces « affaires » vont se reproduire.

    Cédric

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    1. Jukhurpa

      les adultes qui y travaillent doivent se ranger derrière cet objectif, en neutralisant par exemple leurs petites affaires persos comme la religion.

      Si on pousse cette logique jusqu’au bout, il faut également interdire les bijoux et maquillages trop ostensibles qui donnerait une représentation sexiste de la femme, je ne vais pas étaler d’autres exemple. vous comprenez l’idée générale : qui décident de ce qui est neutre et ne l’est pas?
      Et un petit enfant n’a pas le même regard que nous sur ce voile, cela reste un accessoire vestimentaires, il n’a pas la construction intellectuelle qui l’assimile à la religion et à l’oppression des femmes.

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      1. Cédric

        Je suis globalement d’accord avec ce que vous dites. Même si bijoux et maquillages (et parfums !) trop ostensibles ont plus à voir avec le mauvais goût qu’autre chose, à mes yeux. 😉
        Je trouvais important de ramener la question à celle de la fonction d’un espace d’accueil petite enfance : s’il y a un projet pédagogique fondé sur la sécurité (et c’est le cas), alors cela me semble le cadre pour étudier la question qui nous occupe.

        Pour votre dernière remarque sur le regard de l’enfant, je pourrais aussi vous retourner votre 1er argument (qui décide de ce qui), mais on tourne en rond. 🙂

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        1. Jean-no le méchant Auteur de l’article

          Dans les vêtements religieux il y en a de plus mauvais goût que d’autres aussi, remarque. Et particulièrement les hijabs : il y en a de coquets, d’autres pas du tout.
          Est-ce qu’on parle de projet pédagogique dans une crèche ? (jusqu’à 3 ans et demie maximum). Ça me semble un lieu bien différent de l’école mais je suppose qu’on peut en discuter. Dans son interview, É. Badinter disait que les gens n’ont qu’à créer des crèches confessionnelles où toutes les femmes porteront le voile. Je trouve ça plus dérangeant, au sens où ça c’est du communautarisme justement.

          Par ailleurs si on parle de religion, il faut aussi se pencher sur l’ahurissante progression des sectes évangéliques/pentecôtistes dans les banlieues (et notamment auprès des populations de tradition musulmane). J’ai tendance à penser que si tout le monde vivait bien, se sentait membre de plein droit de la société française, notre perspective sur ces questions changerait complètement.

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          1. Cédric

            « Les établissements et les services d’accueil veillent à la santé, à la sécurité et au bien-être des enfants qui leur sont confiés, ainsi qu’à leur
            développement. » Code de la Santé Publique.
            Oui Jean-No, on parle de projet pédagogique dans les lieux d’accueil petite enfance, privés, parentaux, ou publiques (crèches, jardins d’enfant, halte-garderies, les 2 premiers étant officiellement des modes de garde). Il est demandé par la loi (article R180-10 du code de la santé publique).

            Globalement, ma position est la suivante : si on considère qu’accueillir des 6 mois / 3 ans, ce n’est pas simplement changer leurs couches mais qu’il existe bien des enjeux collectivement partagés autour de leur développement social et affectif, alors on essaie de ne pas faire n’importe quoi.

            Les crèches confessionnelles existent déjà (il y en aurait quelques dizaines à Paris, par exemple). Les questions de discrimination s’y poseraient aussi, É.Badinter semble ne pas le considérer, et dans « l’autre sens » si on peut dire lapidairement.

            Ironiquement, les structures privées sont (comme les publiques) subventionnées par l’Etat (à hauteur de 60% pour le fonctionnement des premières, complété par les entreprises, et très anecdotiquement comme les structures publiques par les parents). Sont-elles privées à ce titre, ahem … Je ne sais pas si l’avocat de Baby-Loup a argumenté en ce sens.

            Les services publics de l’emploi orientent les jeunes femmes sans qualif/emploi vers les métiers de la petite enfance (à la demande de qui ?), où le besoin de personnels de terrain est fort, où le besoin de places d’accueil est très fort. En cela, l’affaire Baby-Loup est cruciale pour tout le secteur. La gauche n’a pas de projet clair : on se trouve à la conjonction explosive de différents sujets où elle est en mode bisounours/autruche depuis trop longtemps (capacités d’accueil petite enfance, femmes sans qualif/emploi et sociologie correspondante, travail des femmes vs statut de maman, discrimination, « laïcité », éducation). Qui va garder les enfants ?, pourrait-on ironiquement leur renvoyer.
            (à droite cela semble plus clair, je me rappelle des propos de Darcos, etc., et pourtant, c’est la ville de Levallois-Perret qui a l’offre petite enfance la plus importante / habitant de France …).

            Un sacré bordel, ma foi. En tant que parent usager de crèche aussi. 🙂

          2. Jean-no le méchant Auteur de l’article

            @Cédric : Levallois a une offre luxueuse en tout. Sa dette est de plus de 10 000 euros par habitant et sa dette totale est égale à 120% de celle d’Haïti, pays d’un million d’habitants ! Certaines villes réputées dynamiques n’ont pas cette dette, comme Toulouse (150 €/habitant, soit quasi cent fois moins) mais je ne sais pas comment ça se passe du côté des crèches. C’est juste un apparté, mais j’y tenais car la situation de Levallois me semble ahurissante.
            Dans ma ville (droite sérieuse), la mairie a repris le contrôle des crèches (autrefois gérées par la Croix-rouge), assez abondantes apparemment (apparemment car je n’en sais rien, mes enfants n’ont plus vraiment l’âge d’y être admis) mais sans avoir pour autant ruiné la municipalité.
            Ce que j’ai tendance à me dire, concernant Baby-Loup, c’est que la dame faisait son métier correctement, puisqu’elle n’a pas été attaquée sur des manquements professionnels (le non respect du programme pédagogique en serait un, non ?). D’ailleurs je pense que si elle avait fait du prosélytisme (autre que par le port passif d’un accessoire vestimentaire) il aurait été possible de la licencier, car chacun a le droit d’avoir ses opinions et même de les exprimer dans le cadre professionnel, mais est astreint à une certaine réserve et n’a pas le droit de désorganiser l’entreprise ou de pourrir les conditions entre les salariés par l’expression de ces convictions. Je n’ai pas les articles mais c’est ce que dit le code du travail, en gros. Je n’ai aucune idée exacte de la situation de « baby-loup », de l’état d’esprit de son employée, des arrières-pensées de l’employeur – certains cherchent des prétextes aux licenciements, ça existe, mais inversement il est possible que la situation soit, comme le prétend E.B., très tendue là-bas…
            La question financement public d’une société privée remplissant un service au public est à se poser, mais elle résulte justement du refus du service public par les administrations… Or il me semble qu’à la fin, la compétence est soit celle du Tribunal adminstratif, soit celle des prudhommes et de la justice civile, mais c’est l’un ou l’autre, les règles du public et celles du privé diffèrent, on ne peut pas prendre un peu de chaque.

    2. Jean-no le méchant Auteur de l’article

      @Cédric : sur la dernière remarque, bien sûr, l’État confie des missions de service public à des sociétés privées puis se plaint de ne pas en avoir le contrôle… Absurde. Depuis la première cohabitation en 1986 (mais le PS au pouvoir ensuite n’y a rien changé), les services publics sont démantelés, filialisés, éclatés en sociétés de droit privé, confiés à des sous-traitants, etc. On a beau jeu de se plaindre ensuite !
      Par contre BEP/CAP ce n’est pas « faiblement qualifié » hein, dans la plupart des métiers c’est bien le contraire ! Par contre c’est « faiblement considéré » mais ça c’est une autre affaire.
      Sur la propagande que représente le voile dans l’espace public : oui, bien sûr, mais de même que les mamans voilées au square… Où s’arrête-t-on ? Et à quels métiers ? Dans de nombreux endroits, l’entretien des locaux est assuré par des femmes, pauvres, et qui portent très souvent un voile sur la tête (peut-être pour la raison qui fait que dans toutes les campagnes les femmes les femmes se couvrent les cheveux : pour les protéger – le hijab vient de là à mon avis). Faut-il le leur interdire ? Là pour le coup on ne trouverait plus personne pour nettoyer les toilettes des universités et des bureaux de Publicis, mais peut-être qu’on jugera que, ces métiers n’étant pas aussi nobles que de garder les enfants, ça passe ? Je trouve ça un peu dérangeant, il y a trop d’arrières-pensées de classe derrière tout ça. On ne peut pas régler les problèmes en les mettant sous le tapis et en disant aux femmes de rentrer chez elles…

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      1. Cédric

        @Jean-No
        (faiblement qualifié au sens de la classification des diplômes, je me serais jamais permis un autre cadre d’analyse ; cela a conduit à ce qu’ils soient faiblement considérés, en effet)

        Je ne dis pas que « garder les enfants » est plus noble. Je dis que c’est très particulier. D’ailleurs, je dis que c’est tout sauf « garder les enfants », je dis projet pédagogique pour un public très particulier, et, que c’est à ce titre qu’il faut se poser la question de hijab ou pas.

        Et je n’ai pas de réponse (il n’y en a pas de toute faite).

        🙂

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      2. Cedric

        Je reprends là le fil du dessus, car visiblement sa longueur est limitée.

        (apparté Levallois : la politique des époux B est claire, attirer des CSP+ avec enfants grâce à des services pléthoriques qui fonctionnent, notamment la petite enfance et un péri-scolaire ahurissant. Ils sont une version exagérée des mairies de droite qui pensent que pour se faire réélire, il faut une offre qui marche, alors qu’à gauche, pour se faire réélire, on pense qu’il faut juste une offre, comme Delanoe et la réforme des rythmes scolaires qu’il va appliquer à la va-vite avec du périscolaire franchement bricolé … après, sur la dette levalloisienne, le pharaonisme, les méthodes, l’outrance, y a consensus chez tout le monde je pense. Les cathos tradi levalloisiens ne sont pas d’accord, mais leur poulain ne passe jamais).

        Pour revenir au sujet de départ : il faut une faute liée à la sécurité – physique surtout, affective plus rarement – pour être éjecté d’un poste petite enfance. L’aspect pédagogique est géré différemment, dans la zone grise du management de terrain. Globalement, sauf faute grave avec conséquences graves, il faut répéter les « incidents » … les tensions en matière de recrutement sont telles qu’on fait gaffe ; les tensions politico-médiatiques font privilégier le lavage de linge en famille, aussi.
        Je n’ai pas non plus (encore) d’éléments suffisants pour décrire la situation concernant Baby Loup (une crèche très particulière, fondée et dirigée par une personne très particulière), et les motivations des uns et des autres.
        J’ai trouvé cet article intéressant : http://www.slate.fr/tribune/69879/baby-loup-laicite
        Les faits initiaux semblent être ceux-là : http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/natalia-baleato-un-combat-au-quotidien-08-01-2011-1167977.php

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        1. Jean-no le méchant Auteur de l’article

          @Cedric : l’article de Slate me tue au premier coup d’œil à cause de la photo qui est mise en illustration « pour l’ambiance » : quatre femmes voilées… à 800 km de la crèche Baby-Loup. Pure propagande visuelle ! L’article du Télégramme parle aussi de la directrice adjointe comme ceci : « Après plusieurs années de congés, une salariée de confession musulmane reprend son poste, mais revient entièrement voilée, malgré le règlement intérieur qui exige la neutralité confessionnelle et politique du personnel ». Le « entièrement voilé » me semble imprécis puisque jusqu’ici je n’ai entendu parler que d’un bête hijab. Mais je lis un point intéressant : la salariée en question revient de plusieurs années de congés ! Pas le genre d’employé que les boites aiment garder. Je suis curieux de savoir si ça a joué.

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  5. Jukhurpa

    Ce que je remarque souvent chez les femmes portant le voile, surtout les jeunes, c’est qu’on se focalise sur ledit voile en occultant tout le reste, il catalyse l’attention et ainsi on ne remarque pas les signes d’indépendance, d’intégration ou de liberté pourtant flagrant : smartphone, liberté de sortir seule/ de travailler, études, aisance dans l’espace public, sans compter tout les attributs annexes auquel est sensé de conformer un femme moderne (sic) : maquillage, chaussures, accessoires de mode : certaines familles conservatrices accordent bien moins de liberté à leur filles mais comme elles ont la tête nue, tout va bien.
    Le problème n’est donc pas qu’on voit des femmes voilés dans notre société, le problème seraient justement de ne pas les voir.

    On oublie aussi beaucoup trop facilement qu’il y a moins d’un siècle dans nos pays occidentaux, nul ne sortait tête nue, homme comme femme et que le voile est bien plus culturel que religieux, que la situation dans l’Hexagone ne peut être comparée à celle de certains pays arabes où la pression d’une morale conservatrice s’accentue.
    Il est également impossible de savoir si le port du voile relève d’une pression extérieure (famille, quartier…) ou d’un choix délibéré et comme on ne peut séparer les deux, la seule chose à faire est de travailler sur les causes de ces pressions extérieure plutôt que de s’attaquer à la conséquence qu’est le voile.

    Pour finir une anecdote que ma mère me racontait souvent et qui m’a toujours fait sourire : alors qu’elle vivait en Algérie dans les années 60 après l’indépendance, elle avait souvent la surprise de voir des copines débarquaient au lycée voilées sans que ça soit spécifiquement leur habitude, et invariablement la réponse était qu’elles n’avaient tout simplement pas eu le temps de se coiffer ce matin là. 🙂

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    1. Jean-no le méchant Auteur de l’article

      @Jukhurpa : je pense que tu as raison de rappeler que la question n’est pas que religieuse. C’est vrai que les Français se sont émancipés du « village » (pas celui du « Prisonnier » mais en même temps peut-être que c’est aussi ce qu’il exprimait ?), il y a quarante ou cinquante ans, en refusant ses contraintes (coiffure, couvre-chef, fichu, etc.) qui rendaient asociaux ceux qui ne s’y conformaient pas (ceci dit si demain je sors de chez moi en jupe, on me regardera aussi d’un drôle d’œil, nos libertés ne sont pas si totales que nous le croyons, nos vêtements sont des marqueurs sociaux, religieux, sexuels,… Pourtant j’ai de très belles jambes) et on peut trouver dérangeant que cela revienne par la religion, c’est une manière de refuser la modernité. Mais comme tu dis, il est difficile de connaître les motivations exactes qui mènent à porter tel ou tel vêtement : ça peut aller de la punk-attitude (faire peur au monde entier avec un foulard sur les cheveux, pas mal !) à des choses scandaleuses (ces fameux quartiers que connaît le JT de TF1 – mais existent-ils vraiment ? J’habite vers Argenteuil, ce n’est pas là en tout cas, malgré l’importance qu’y a l’Islam – où une femme non voilée court le risque de se faire insulter ou agresser). Mais je remarque que la loi n’autorise pas à imposer un vêtement à d’autres, je veux dire que s’il est établi que des gens obligent une femme à s’habiller comme si ou comme ça, cela tombe sous le coup de la loi.

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  6. Wood

    Ce qui me tue, c’est que des hommes politiques et/où fonctionnaires laïques s’auto-proclament experts en signes distinctifs religieux. A quel titre ?

    Une femme couvrent ses cheveux d’un foulard. Qui peut dire pour quelle raison elle le fait ? On n’est pas dans sa tête ! Et si moi (qui suis un homme, même pas musulman) je mettais un foulard, qu’est-ce qu’on me dirait ? De plus, si l’un des employés de cette crèche portait un T-shirt orné de l’effigie d’un paon, on ne lui aurait probablement rien dit, parce que personne n’aurait reconnu le symbole de Malek Taous, L’ange-Paon de la religion Yézidi. A partir du moment où i l est impossible d’identifier tous les signes d’appartenance religieuse, j’estime qu’il faut tout simplement renoncer à en identifier un seul, sinon on tombe dans la discrimination.

    C’est vrai que ça m’emmerde, moi de voir un système, religieux ou autre, qui impose des obligations aux femmes et pas aux hommes. Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas être prêtres dans l’église catholique, par exemple ? Mais bon, il y a des gens qui préfèrent vivre comme ça, il devraient être libre de le faire. C’est comme le sado-maso cuir-et-chaînes, je ne comprend pas vraiment l’intérêt, mais je dois bien accepter que certains aiment ça.

    Ce que je veux dire, c’est qu’on peut ouvrir les portes des prisons, mais on ne peut pas obliger les gens à en sortir s’ils ont décider d’y rester. Ou, en l’occurence, s’ils préfèrent se balader avec une petite prison sur la tête. Tout au plus, peut-on leur rappeler, de temps à autres que les portes sont ouvertes.

    Ce que je veux dire aussi, c’est que l’état n’a pas à dire à ses citoyens comment ils doivent s’habiller, ni à présumer des raisons qui président au port d’un accessoire vestimentaire.

    Ce que je veux dire aussi, c’est qu’on ne rendra pas les gens moins cons en interdisant la connerie. On ne peut pas résoudre tous les problèmes en légiférant. Les sectes progressent, oui, et ce n’est pas sans rapport avec la déliquescence des services publics. La où la république abandonne le terrain, les gens vont s’adresser ailleurs.

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  7. Julien

    «je crois que l’allaitement maternel est plus adapté au régime alimentaire que le lait en poudre»

    Deux remarques :

    En France l’allaitement maternel est complété par des vitamines B (?), car à nos latitudes, il n’est pas suffisant pour les bébés (manque de soleil). Seul, on considère qu’il fait courir un risque.

    Attention à ne pas pencher du côté de « la nature est bien faîte ». La nature est *très* mal faite, et en particulier chez l’homo sapiens : bipédie qui rend l’accouchement particulièrement complexe et dangereux pour les femmes (on oublie la taux de mortalité en couche jusqu’assez récemment. Accoucher c’était risquer de mourir, pour plein de raisons), même chemin pour la respiration et la nouriture, appendice qui traine et peut causer la mort, etc.
    Tout ça c’est du bricolage évolutif.

    D’ailleurs l’ingénieur qui a bossé sur nous à été viré. Il n’a jamais réussi à retrouver du boulot avec ce CV 🙂

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    1. Jean-no le méchant Auteur de l’article

      @Julien : vitamine D ! C’est pas un problème de latitude, c’est un problème d’habitat, l’homme moderne ne vit pas assez dehors pour profiter des ultraviolets, qui sont arrêtés par le verre des vitres. Du coup effectivement on compense.
      Par contrer sur l’accouchement, tu remarqueras que l’accouchement « moderne » se fait dans la pire position – horizontale et sur le dos -, ce qui rend la surveillance médicale très importante. Mais c’est sûr que c’est un moment critique.

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  8. @sylasp

    Ils ont du lire ce blog à lemonde.fr ! 2 articles antagonistes sur le sujet aujourd’hui :

    – le point de vue de E.B donc, et son merveilleux (ahem) raccourci  » La banaliser (la femme voilée), c’est l’ériger en norme »
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/28/banaliser-l-image-de-la-femme-voilee-c-est-l-eriger-en-norme_3149731_3232.html
    – le point de vue d’un politologue, R.Liogier, qui met en évidence ce que j’appellerais « l’hypocrisie de la situation » face au voile http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/28/l-islamisation-est-un-mythe_3148954_3232.html

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  9. Thierry

    L’espace public et l’espace de l’école ne me semblent pas être comparables.
    Je ne demande pas que l’on décroche les croix des églises, mais je suis content que l’on ait décroché celles qui trônaient dans les salles de classe. 🙂
    Je n’ai pas d’objection à ce que des chrétiens, des musulmans, des protestants, des raëliens, des témoins de Jéhovah, des scientologues distribuent des tracts dans la rue. Par contre, s’ils travaillent dans l’école laïque, j’attends d’eux qu’ils fassent l’impasse sur leur idéologie le temps de leur activité professionnelle. Alors il est vrai que je n’ai aucune raison de faire un procès d’intention à cette jeune femme que je ne peux à priori suspecter de faire du prosélytisme, mais j’aurais été perturbé si, lorsque mes enfants allaient à la crèche, ils avaient été pris en charge par des bonnes soeurs en cornettes.

    Mais au-delà du chiffon rouge que l’on agite sous le nez du taureau laïque, ce voile n’est pas qu’un symbole pittoresque de l’appartenance à une religion parce que l’on est en France.
    Si je vivais à Singapour, je ne me poserais même pas la question. A la fois, pour reprendre les interventions précédentes, parce que ce serait banal, et parce que ce serait un accessoire culturel, communautaire, qui ne me permettrait pas de préjuger de l’idéologie réelle de la femme qui le porterait.
    Mais ici, porter le voile au risque de se faire licencier, ce n’est pas perpétuer une tradition, mais exprimer une revendication, une idéologie concernant les femmes et leur place dans la société.
    Si cette femme ne peut pas imaginer de sortir dans la rue sans son voile, c’est parce qu’elle est persuadée que la place que Dieu lui a destiné dans l’ordre du Monde, c’est celle de la modestie. Que dans la rue des femmes professent l’idée que leur destin soit nécessairement un choix entre sainte, pute ou pouliche ne me gêne pas; Que ma fille (et mon fils…), même à deux ou trois ans, soient élevés par des femmes qui font de cette idéologie un combat, ça me gênerait.

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Thierry : personnellement je ne connais pas les revendications de la dame en question, et je ne me souviens pas l’avoir entendue s’exprimer. Il est probable qu’elle soit militante de sa cause, je n’en sais rien, mais je pense qu’il faut traiter les gens comme des individus quoi qu’il en soit, pas comme des symboles, des abstractions. En France beaucoup de choses sont très sexuées : les vêtements (vas porter une robe à fleurs, tu m’en diras des nouvelles), les toilettes, les journaux, la place des uns et des autres dans l’échelle sociale, etc., etc. Je n’aime pas ce que le voile signifie, mais je ne sais pas si on peut régler le problème comme ça. La question est aussi sociale, par exemple : dans de nombreux établissements publics de France (dans mon université par exemple), des femmes travaillent voilées sans que personne n’y trouve à redire, car elles sont là pour nettoyer les locaux… Je me dis maintenant que la question est plus complexe que de savoir si on veut résister à la poussée religieuse (résistance que je suis le premier à vouloir, sans aller jusqu’à dire qu’il faut pendre le dernier curé avec les tripes du dernier imam et du dernier rabbin…).

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      1. Thierry

        Les vêtements ont toujours été l’enjeu de combats entre les salariés et les employeurs.
        Et ces combats ont toujours été sexués parce que les vêtements sont sexués. Il n’y a pas si longtemps, la plupart des employés de sexe mâle en contact avec la clientèle avaient l’obligation de porter la cravate et les femmes interdiction de porter un pantalon.
        Mais on était dans un conflit entre la société englobante (aujourd’hui ce seraient les piercings et les tatouages) dont les valeurs changent vite et l’entreprise toujours un peu à la traîne. Et au final, l’entreprise perd toujours sur la durée.
        Si l’on est en présence du même phénomène avec le voile, une société qui change plus vite que les entreprises, c’est très angoissant (pour moi ;)). C’est la fin de la laïcité.

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        1. Jean-no Auteur de l’article

          @Thierry : les uniformes existent toujours en entreprise, mais aussi dans la rue… Notre rapport au vêtement est complexe. Mais le voile est-il un vêtement religieux ? Le prétexte est religieux, mais je pense que c’est plutôt un vêtement revendicatif (identitaire, social,…), c’est pour ça qu’il gène en grande partie, et c’est pour ça que le discours qui fait du port du voile un outil d’oppression des femmes est difficile à défendre, la question est plus tordue et plus complexe. Je n’ai pas de solution, mais il me semble que ça fait vingt-cinq ans qu’on prend la question par le mauvais bout, il faut repartir un peu à zéro.

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    2. Wood

      Je crois que c’est un peu présomptueux de prétendre savoir pour quelle raison une personne porte tel ou tel vêtement. Sauf bien sûr si on est le professeur Xavier.

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  10. Thierry

    Les femmes qui nettoient les locaux, c’est un autre problème. Pire…
    C’est comme si elles n’existaient pas. Elles ne comptent pas. Si ça se trouve elles seraient contentes qu’on leur demande d’ôter leur voile. Ce serait une forme de reconnaissance. D’ailleurs à ma connaissance, lorsque des normes d’hygiènes ou de sécurités imposent des couvres chefs qui couvrent sans couvrir au sens « modestie » du terme, ça ne pose pas de problème. J’ai réalisé à plusieurs reprises des photos dans des entreprises où certaines femmes arrivaient et repartaient avec un voile qui couvrait leurs cheveux et leurs épaules, mais portaient pendant leur travail le couvre-chef réglementaire porté par tous les employés travaillant sur les mêmes postes.

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    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Thierry : je m’intéresse à ces travailleurs invisibles, complètement ignorés. Je ne sais pas par quel bout le prendre, mais je sens que leur importance dans le fonctionnement du pays est inversement proportionnel à leur visibilité et à la considération qui les entoure. Quand je prends le train de banlieue à 5:00, ça m’arrive, je vois bien que la France-qui-se-lève-tôt est très majoritairement noire et parle toutes les langues sauf le Français. J’ai appris par un ami que les vigiles que l’on voit partout sont souvent (y compris dans les lieux publics) employés par des prestataires de prestataires qui leur font de fausses fiches de paie et s’évaporent au premier problème sans payer le dernier salaire… Tout un monde complètement ignoré finalement.

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